Croiser Mehdi Bayat en zone mixte après une rencontre est un indicateur qui ne trompe pas. Il existe une corrélation presque mathématique entre la largeur du sourire de l'administrateur délégué du Sporting et l'importance de la prestation que viennent de réaliser " ses " Zèbres. Ce samedi, après la victoire contre Ostende, le sourire est radieux. D'autant plus que le but décisif a été marqué par Chris Bedia, au terme d'une semaine où le manque de solutions de rechange à David Pollet a alimenté les discussions.
...

Croiser Mehdi Bayat en zone mixte après une rencontre est un indicateur qui ne trompe pas. Il existe une corrélation presque mathématique entre la largeur du sourire de l'administrateur délégué du Sporting et l'importance de la prestation que viennent de réaliser " ses " Zèbres. Ce samedi, après la victoire contre Ostende, le sourire est radieux. D'autant plus que le but décisif a été marqué par Chris Bedia, au terme d'une semaine où le manque de solutions de rechange à David Pollet a alimenté les discussions. " Comme quoi, on a des attaquants à Charleroi ", envoie Mehdi en même temps qu'un clin d'oeil à l'adresse des journalistes. Le géant ivoirien a déposé sa carte de visite sur la table de la Pro League dès sa première titularisation, en piquant subtilement un ballon d'abord poussé trop loin au-dessus d'un Silvio Proto surpris. " Mon problème du début de saison, c'était mon manque d'efficacité ", souligne un Bedia radieux après une rencontre qu'il a conclue au bord des crampes. " Mais cette fois, ma première frappe a fini au fond. " Dès son arrivée à Charleroi, le grand Chris n'est pas passé inaperçu. À cause de son mètre 90 qui fait de lui le plus grand joueur du noyau, mais aussi grâce à une aisance technique qui étonne. " Je peux créer un effet de surprise en un-contre-un, parce qu'on n'attend pas de la vitesse et de la technique quand on rencontre un joueur avec mon profil. " Tout le paradoxe de Chris Bedia se situe dans cette phrase. L'Ivoirien semble renier son corps, comme s'il ne voulait pas devenir le joueur que son gabarit induit. Lors de ses premières apparitions, il s'éparpille sur les flancs, provoque des un-contre-un sur les côtés et cherche sans cesse la profondeur. Un peu comme si Igor De Camargo avait décidé de jouer comme Imoh Ezekiel. Pendant que David Pollet enchaîne les titularisations, Felice Mazzù prend le temps de faire grandir son attaquant. Il lui parle de Kalifa Coulibaly, qui avait commencé son bail zébré sur le banc avant d'exploser durant les play-offs 1 carolos. " Comme lui, Chris aura besoin de temps ", affirme Mazzù, qui réalise que le travail de modelage de sa nouvelle recrue ne sera pas réglé en quelques jours. Sa mission la plus importante est d'aider son Ivoirien à prendre conscience de son corps, et de ce potentiel physique que Bedia semble toujours vouloir faire passer au second plan. " Il doit mieux utiliser son gabarit ", dira rapidement son entraîneur. " Je ne suis pas un pivot ", répète Chris dès qu'un journaliste l'interroge sur son style de jeu. Pourtant, quand il doit décrire son rôle en pointe de l'attaque zébrée face à Bocholt, les mots laissent peu de place au doute : " Le coach voulait que je joue haut, que je ne me promène pas sur les flancs. Je devais rester dans l'axe et être un appui pour les joueurs venant de la deuxième ligne. " Là, le joueur réalise : " C'est vrai que ce rôle correspond à celui d'un pivot... même si mes qualités sont différentes. " Mazzù s'obstine. Il voit trop de Coulibaly en Bedia pour ne pas rêver d'une trajectoire similaire, lui qui a réussi sa meilleure saison carolo avec les centimètres de Cédric Fauré et ceux de Coulibaly en pointe devant Neeskens Kebano, dont l'ancien rôle a été interprété à merveille par Cristian Benavente contre Ostende. Avant la rencontre face aux Côtiers, près de la moitié de la théorie est consacrée à Bedia : " Je voulais lui expliquer le rôle que je voulais qu'il occupe, avec des décrochages et de la conservation du ballon. " Il ne faut que sept minutes à l'Ivoirien pour réussir un premier décrochage, avant d'utiliser les qualités de son pied gauche pour lancer Clément Tainmont vers une magnifique occasion. Deux fois encore, il se retournera pour fixer les défenseurs centraux avant de décaler l'ailier français. Dans les airs, par contre, il ne parviendra jamais à faire souffrir Matthias Bossaerts et Zarko Tomasevic, malgré un gabarit qui devrait le rendre dominant. Felice Mazzù lui a d'ailleurs demandé de ne pas trop s'éloigner des centraux adverses : " Je dois chercher le contact avec les défenseurs, et les trois milieux offensifs derrière moi doivent en profiter pour prendre la profondeur. La tactique, c'était ça. " " Il a un tout autre style que Pollet, mais l'équipe commence à comprendre de quelle façon elle doit jouer avec lui ", souligne Mazzù. Le staff carolo façonne son pivot, mais reste impressionné par un atout plus technique du jeu de Chris : sa faculté à se retourner sur son premier contrôle pour prendre le meilleur sur un, voire deux défenseurs. Un geste qui avait déjà failli rapporter gros contre Gand et au Standard, et qui a fini par offrir trois points à Charleroi quand l'immense Ivoirien a réceptionné cette passe de Djamel Bakar pour prendre le meilleur sur son défenseur et déposer le ballon au fond des filets de Proto. Avec les félicitations des Storm Ultras, qui ont entonné leur célèbre " Allez Bedia, saute avec nous " au moment du remplacement de leur attaquant. Mais aussi celles de Felice Mazzù : " Mercredi en Coupe, il avait marqué contre une D2. Et aujourd'hui, il a prouvé qu'il pouvait marquer contre une D1. Il est donc dans son schéma de progression ". La stature et la marge de progression font évidemment penser à Kalifa Coulibaly. Mais là où le Malien a surtout dû apprendre à mettre ses pieds au service de son corps, Bedia doit plutôt faire l'inverse. Au petit jeu des comparaisons, on rappellera que Kalifa avait dû attendre le mois de décembre pour inscrire son premier but carolo. Chris a déjà deux mois d'avance. " Mais la saison est longue, le coach ne veut pas que je brûle les étapes. " Pour l'instant, Bedia se contente donc de mettre le feu au Mambour. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE