La Louvière en finale? On aura la réponse ce soir. Les Loups éviteront-ils le piège des Juniors de Lommel? Didier Ernst n'ose pas penser l'inverse. "Si nous sommes éliminés par ces gamins, c'est toute la Belgique qui va se moquer de nous", lance-t-il. "La plus grosse erreur serait de monter sur le terrain avec le gros cou. Nous devons être conscients qu'il y a un gros piège devant nos pieds. Ces jeunes vont tackler dans tous les sens parce qu'ils n'auront rien à perdre. Et ils risquent de rester à 11 dans leur rectangle pendant une bonne partie du match".
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La Louvière en finale? On aura la réponse ce soir. Les Loups éviteront-ils le piège des Juniors de Lommel? Didier Ernst n'ose pas penser l'inverse. "Si nous sommes éliminés par ces gamins, c'est toute la Belgique qui va se moquer de nous", lance-t-il. "La plus grosse erreur serait de monter sur le terrain avec le gros cou. Nous devons être conscients qu'il y a un gros piège devant nos pieds. Ces jeunes vont tackler dans tous les sens parce qu'ils n'auront rien à perdre. Et ils risquent de rester à 11 dans leur rectangle pendant une bonne partie du match".Le Verviétois a déjà disputé deux finales avec le Standard, contre le Lierse et Genk. Deux défaites. Il rêve aujourd'hui de décrocher enfin un premier trophée. Mais surtout de se mettre en évidence car son avenir n'est pas du tout assuré. Depuis quelques jours, il sait qu'on ne le conservera pas au Tivoli.Didier Ernst: Je suis déçu mais j'ai deux motifs de consolation. L'entraîneur m'a dit qu'il n'allait pas me retirer de l'équipe sous prétexte que je ne serais plus ici la saison prochaine, et surtout, je vais partir en bons termes avec tout le monde: la direction, les joueurs, les entraîneurs, le staff médical, les supporters. Je garderai le souvenir d'une année sympa. C'est vrai. On ne m'a jamais dit en face que je devais m'en aller. Je l'ai appris via les journaux. A 31 ans, ça fait mal. J'ai l'impression qu'à La Louvière, il y a une porte infranchissable entre les joueurs et les dirigeants. Mais je ne vais pas faire de vagues pendant mes dernières semaines ici: je ne tiens pas à gâcher le souvenir d'ensemble. Le club a décidé de réduire son budget et de fonctionner essentiellement avec des jeunes qui ne gagneront à moitié rien: c'est un choix que je respecte. La Louvière ne peut quand même pas se mettre dans le rouge pour un joueur comme moi.Que gagnez-vous par rapport à ce que vous touchiez au Standard?J'ai dû diminuer mon salaire de près de 50%. Mais on était déjà à la mi-août quand La Louvière m'a contacté et j'ai pris ce que je trouvais. Aujourd'hui, je sais que je devrai à nouveau réduire mes prétentions si je veux rester dans le foot. C'est une évolution générale, c'est la crise partout. L'avenir immédiat va être délicat pour les joueurs de ma génération parce que les jeunes acceptent n'importe quoi.Craignez-vous de vivre un nouvel été pourri?Je voudrais être fixé avant de partir en vacances, mais je ne peux être sûr de rien. L'an dernier, à 15 jours près, j'étais au chômage. J'ai vu les effets d'un seul mois sans salaire. On se rend vite compte qu'on doit modifier son mode de vie quand on n'a pas beaucoup d'argent de côté. On commence à rogner sur tout, on supprime les repas au resto avec les copains, etc. Les petites folies, c'est terminé.Vous imaginez-vous au chômage?Je ne peux rien exclure. Si personne ne veut de moi, je n'aurai pas le choix: ce sera le chômage ou un boulot. Si je dois aller pointer, cela aura des répercussions sérieuses sur ma vie: je toucherais entre 750 et 850 euros par mois. Je rembourse 1.300 euros pour ma maison: vous voyez avec quel déficit j'entamerais le mois. Ma femme ne travaille pas, elle s'occupe de nos trois enfants. Mais elle commence à se renseigner pour trouver un job parce que nous n'aurons pas le choix. En attendant, j'espère ne pas être obligé de vendre ma maison."Pas moins bon que Vanderhaeghe"Un bon bilan. J'ai joué presque tous les matches et je me suis toujours donné à 200%. Je regrette que le coach m'ait rarement aligné comme médian défensif, mais il a privilégié l'intérêt de l'équipe et je peux le comprendre.Estimez-vous que vous avez atteint, ici, le niveau que vous aviez au Standard?J'ai été aussi constant avec les Loups qu'avec les Rouches. Je ne serai jamais que Didier Ernst: un joueur rarement très bon et rarement très mauvais, mais toujours constant. Nous avons facilement atteint l'objectif de début de saison: assurer le maintien. Et nous réalisons, en Coupe, un parcours que ce club ne réussira peut-être plus jamais. Pourtant, nous aurions pu faire encore mieux s'il y avait eu plus d'ambition dans le noyau. Beaucoup de joueurs sont trop vite contents. Quand ils gagnent un match, ils se disent qu'ils ont pris trois points d'avance sur les équipes de bas de classement qui ont perdu le même week-end. Et, quand la menace de la lutte pour le maintien revient, ils se disent qu'il serait peut-être temps de gagner à nouveau l'un ou l'autre match. Ils ne sont pas assez concernés. S'il y avait eu plus d'ambition dans le groupe, nous aurions fait le même parcours que Mons. Notre équipe doit se reprendre en mains car si elle va en finale mais bâcle sa fin de championnat, elle aura désappris à tout donner quand elle se retrouvera au Heysel. Et elle sera incapable de remonter un but adverse. Moi, je compte beaucoup sur cette finale: il y aura des recruteurs dans la tribune et ce sera ma dernière occasion de me montrer.Vous dites régulièrement que vous n'avez rien d'extraordinaire: ce n'est pas la meilleure façon de vous mettre en vitrine!Vous voulez m'entendre dire que je suis une star? Restons sérieux. Les bons attaquants et les médians créatifs sont rares et recherchés. Par contre, il y a de bons médians défensifs à tous les coins de rue. Ma grande malchance a été de ne jamais rien gagner avec le Standard. Regardez Vanderhaeghe: il profite d'une hécatombe de blessés pour aller jouer un tournoi en Asie avec les Diables, il se met en évidence puis se retrouve à Anderlecht. Sans me vanter, je ne suis quand même pas moins bon que lui.Vous avez aussi eu votre chance en équipe nationale!Oui, pour un match amical à Sclessin. Des journalistes avaient fait remarquer à Leekens qu'il avait déjà essayé 50 joueurs et qu'il devait aussi me donner ma chance. Je savais que c'était sans lendemain. Le jour où il a donné sa sélection pour le match suivant, je n'ai même pas regardé le télétexte pour savoir si j'y étais.Est-ce plus difficile de quitter le Standard ou La Louvière?Il y a une similitude entre les deux situations: pour moi, les fins de saison sont catastrophiques. Mais les circonstances ne sont pas les mêmes. Je n'ai pas quitté le Standard en bons termes alors que je vais partir d'ici en n'ayant de problèmes avec personne.Vous n'en seriez peut-être pas là aujourd'hui si le Standard avait continué à vous faire jouer pendant le deuxième tour de la saison passée?C'est possible. On m'a laissé dans la tribune et certains clubs intéressés se sont sûrement demandé si je n'avais pas un problème."Je regrette d'avoir refusé l'offre du Standard"Oui, je le regrette aujourd'hui. Si j'avais pu prévoir l'avenir, j'aurais accepté cette offre. Mais, à l'époque, je râlais trop de voir des coéquipiers gagner beaucoup plus que moi. Je sais maintenant qu'on ne peut plus être trop difficile. Pendant très longtemps, les joueurs ont fait la loi lors des négociations: ils prenaient la parole en premier et disaient ce qu'ils voulaient gagner. Aujourd'hui, c'est la direction qui propose, et c'est à prendre ou à laisser. Faire le difficile, c'est ne pas être conscient de l'impasse dans laquelle le foot belge se trouve.Seriez-vous encore tenté par le foot professionnel si vous aviez 20 ans aujourd'hui?Non. De nos jours, il faut être vraiment doué et signer dans un des cinq meilleurs clubs belges pour gagner très bien sa vie. Les autres ont un salaire simplement normal tout en sachant qu'à 35 ans, ils devront envisager autre chose. Si j'avais 20 ans, je chercherais une équipe ambitieuse de D2 et un boulot stable. Pierre Danvoye"Je n'aurais pas dû quitter le Standard"