La ville de Chicago, troisième métropole américaine avec ses sept millions d'habitants, est frustrée. Après avoir touché au bonheur avec les Bears -champions nationaux de la National Football League en 1986- et bien entendu avec les Bulls et leurs six titres NBA au cours de années 90, la Windy City n'a plus grand-chose à se mettre sous la dent depuis quelques années. Et ce ne sont pas les joueurs de soccer des Chicago Fire, champions nationaux à deux reprises pourtant, qui peuvent mettre du baume au coeur des fanatiques purs et durs qui ne jurent que par les sports typiquement américains: le football, le baseball (les Cubs et les White Sox), le basket et, à la rigueur, le hockey sur glace ( Blackhawks).
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La ville de Chicago, troisième métropole américaine avec ses sept millions d'habitants, est frustrée. Après avoir touché au bonheur avec les Bears -champions nationaux de la National Football League en 1986- et bien entendu avec les Bulls et leurs six titres NBA au cours de années 90, la Windy City n'a plus grand-chose à se mettre sous la dent depuis quelques années. Et ce ne sont pas les joueurs de soccer des Chicago Fire, champions nationaux à deux reprises pourtant, qui peuvent mettre du baume au coeur des fanatiques purs et durs qui ne jurent que par les sports typiquement américains: le football, le baseball (les Cubs et les White Sox), le basket et, à la rigueur, le hockey sur glace ( Blackhawks). C'est pourquoi la journée du samedi 19 janvier revêtait une importance toute particulière avec trois grands événements: la première apparition des Bears dans les playoffs depuis 1991, le retour de l'idole, Michael Jordan, en qualité de joueur, et la convention annuelle des Cubs qui attire pas moins de 30.000 supporters avides de rencontrer leurs héros dans un grand hôtel de la ville. Dans le coeur des autochtones, Michael comme ils l'appellent familièrement, reste le favori par excellence. Celui qui leur a procuré tant de bonheur et qui aura marqué de son empreinte l'histoire des Bulls, de la NBA et du basket tout court. Mais quelque part, le temps fait son oeuvre et le présent supplante le passé. Les chimères se font plus fortes que les valeurs établies et le rêve détrône la réalité. Ainsi, dans un sondage électronique du Chicago Tribune, 90,9% des internautes déclaraient préférer encourager les Bears par moins 10°C plutôt que de se délecter des mouvements de Jordan dans un stade climatisé. Le radio-trottoir donnait à peu près ceci: "Jordan reste Jordan et nous sommes très reconnaissants de ce qu'il a fait pour nous, mais le football ici, c'est une institution. Jordan est grand mais rien n'est plus grand à Chicago que les Bears dans les playoffs". N'y voyons pas autre chose que l'expression de la nature américaine, dissimulatrice et amoureuse à outrance de la victoire. Mais il s'est malgré tout trouvé 23.534 fanatiques douillets pour saluer Mike. C'était la deuxième fois seulement de la saison que le United Center faisait le plein. Avec à l'appui, on s'en doute, des prix de places défiant l'entendement. Le sésame le moins cher -et on parle ici du cours officiel- valait 100 dollars et donnait droit à une place debout très haut perchée, d'où, même les basketteurs, ressemblent à des nains. La presse nationale avait fait du come-back de Jordan un événement majeur. La rencontre, originellement programmée à 19h30, a été avancé à midi pour plaire aux télévisions et notamment à la NBC qui n'avait plus diffusé un match des Bulls depuis juin 1998, soit la dernière apparition de la star sous le maillot des Bulls. 72% des foyers américains ont ainsi pu voir la rencontre en direct. Un drôle de retour à Windy CityJordan lui-même n'avait pas caché ses sentiments envers ce retour: "Je n'ai jamais pensé que je me retrouverais dans cette situation. Décidément, il ne faut jamais dire jamais. J'ai juré deux choses dans ma carrière: que je ne jouerai jamais pour un autre entraîneur que Phil Jackson et que je ne jouerais jamais pour un club autre que les Chicago Bulls. C'est raté. Pour en revenir au match, nul doute que l'émotion sera au rendez-vous. C'est comme si je devais jouer contre un parent. Quelque part, c'est déchirant. On ne peut pas effacer comme cela toute une carrière et surtout les moments très forts que j'ai vécu à Chicago où le public a toujours été très chic avec moi. Je me demande pourtant quelle va être sa réaction maintenant que je suis habillé de bleu plutôt que de rouge. Mais plus que les sentiments, c'est le match qui compte. C'est certain que je veux gagner". D'aucuns ont cru déceler un soupçon de revanche envers la direction bicéphale des Bulls: Jerry Reinsdorf et Jerry Krause qui, au lendemain du sixième sacre national il y a quatre ans déjà, avaient détricoté l'équipe (vieillissante il est vrai) pour rebâtir une génération qu'ils voyaient gagnante. Les deux Jerry avaient demandé aux étoiles Kukoc, Jordan, Pippen, Kerr de changer de galaxie. Notons pour l'anecdote que nos deux hommes n'ont pas assisté à la rencontre. L'un était en Arizona et l'autre visionnait des recrues potentielles... Mais Jordan dément le règlement de comptes: "Je n'éprouve pas de ressentiment particulier. Je veux gagner non pas contre quelque chose ou quelqu'un mais bien pour quelque chose. Pour prouver la progression sportive des Washington Wizards".La métamorphose des WizardsParlons-en de ces sorciers: après une saison 2000-2001 catastrophique qui souvent couvrait de honte leur vice-président Michael Jordan, les voici sur la route du succès. A mi-parcours de la phase classique de la compétition, ils comptabilisent déjà autant de victoires (19) qu'au cours de toute la saison passée. Le rôle prépondérant joué par Jordan-joueur ne fait aucun doute. Il est non seulement le meilleur marqueur de l'équipe avec une moyenne avoisinant les 24 points par rencontre mais il en est aussi et surtout le guide et l'inspiration. "C'est l'équipe qui compte, pas un joueur en particulier", dit Jordan. Il ne tient pas spécialement à soigner sa moyenne personnelle. Certes, il aime se faire plaisir de temps en temps -comme contre les Charlotte Hornets le 29 décembre où il a marqué 51 points- mais il privilégie la qualité de l'ensemble. Une fois la victoire assurée, il s'assied sur le banc pour prodiguer ses conseils, en parfaite collusion avec l'entraîneur Doug Collins, un ancien stratège des Bulls (86-89) qu'il a engagé. Ces temps de repos lui sont aussi bien nécessaires pour épargner ce corps de bientôt 39 ans. Sa condition et les aptitudes physiques (course, vivacité, équilibre, détente, souplesse) sont en baisse. Lors de sa remise en forme dans les mois précédant la reprise du championnat en octobre, MJ a connu pas mal de problèmes notamment aux côtes et aux genoux. Il n'est pas rare qu'on doive lui ponctionner le genou droit avant une rencontre. Comme le dit joliment l'ex-joueur Bill Walton, devenu commentateur pour la NBC: "De voiture de sport, Jordan est devenu une voiture de luxe". Au début de la saison, Jordan a écrasé de sa seule présence quelques personnalités et inhibé ses plus jeunes équipiers. Par la suite, tout est progressivement rentré dans l'ordre. Pour preuve: un joueur comme Richard Hamilton progresse à vue d'oeil sous sa tutelle. Tous s'améliorent au contact du maître qui s'occupe personnellement de la formation de sa jeune recrue, le numéro un du draft, Kwame Brown. Moribonds l'année dernière, les Wizards sont cette fois sur la route des playoffs. La métamorphose n'est pas mince. Un match horribleComble de l'ironie, c'est Ron Artest, qui fut chargé de museler Jordan. C'est ce "petit" avant (1,99m) qui est un des meilleurs défenseurs du championnat, qui lui avait cassé des côtes cet été, lors d'un contact à l'entraînement dans un gymnase de Chicago. "Michael nous avait demandé d'y aller à fond", se contente-t-il de dire quand on lui demande ce qui s'est passé. Les deux hommes sont restés bons copains. Une fois n'est pas coutume, l'avantage revint au garde-chiourme qui, très intelligemment, parvint à confiner le rayonnement de la superstar qui traverse d'ailleurs une mauvaise passe au niveau du rendement personnel. Elle avait certainement rêvé à une meilleure prestation que 16 petits points, 4 passes décisives, 7 tirs réussis sur 21 tentés et 9 pertes de balle. Des chiffres qui ne lui ressemblent pas. Heureusement pour elle qu'en face, l'équipe locale était encore moins bien inspirée. Elle a même enregistré le troisième moins bon taux de précision des tirs à distance (24,4%) de toute l'histoire de la NBA! Symptomatique d'une équipe bien malade malgré la nomination au poste d'entraîneur de Bill Cartwright en lieu et place de Tim Floyd le mois dernier. "Une bonne décision", a commenté Jordan qui a ajouté, avec un petit sourire qu'il ne restait plus maintenant qu'à remplacer Jerry Krause... On avait cru un moment que le grand Bill allait pouvoir redresser la barre mais il ne semble pas que ce sera le cas. Sous sa direction, les Bulls ont pourtant récemment fait illusion en remportant une victoire à domicile face aux Los Angeles Lakers et une autre en déplacement (la première en 18 essais cette saison) face aux Atlanta Hawks mais ce n'est visiblement qu'un feu de paille. Lors de la dernière saison de Jordan, l'équipe de Chicago avait remporté 62 victoires. Depuis lors, en quatre saisons, elle n'en a récolté que 54! Lanterne rouge de leur division, de leur conférence et du championnat tout entier (8 victoires pour 31 défaites), les taureaux rament. Doug Collins n'a pas hésité à qualifier ce match très imprécis (77-69) d'horrible également dans le chef de ses joueurs. Certains journalistes -et pas les plus jeunes- ont confié qu'il s'agissait probablement d'un des pires matches, sinon le pire qu'il leur ait été donné de voir. C'est tout dire. "Je suis content que ce soit fini", avait précisé Jordan. Mis à part confier ses états d'âme, ll n'y avait rien d'autre à dire. Cinq heures plus tard, dans leur stade de Soldier Field, en bordure du lac Michigan, au bord du lac, les Chicago Bears perdaient leurs illusions face aux Philadelphia Eagles. Et Chicago pleurait. Bernard Geenen, à Chicago