Si l'arbitre a visiblement choisi de finir la soirée avec le rouge comme fil conducteur, brandissant trois cartons pour une rencontre conclue en petit comité, ce sont bel et bien les maillots zébrés qui affichent de larges sourires au bout de ce froid après-midi. Nous sommes l'un de ces mercredis où l'hiver semble avoir décidé que son sommeil avait assez duré, et Charleroi envoie ses U21 en quarts de finale de la Coupe de Belgique.
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Si l'arbitre a visiblement choisi de finir la soirée avec le rouge comme fil conducteur, brandissant trois cartons pour une rencontre conclue en petit comité, ce sont bel et bien les maillots zébrés qui affichent de larges sourires au bout de ce froid après-midi. Nous sommes l'un de ces mercredis où l'hiver semble avoir décidé que son sommeil avait assez duré, et Charleroi envoie ses U21 en quarts de finale de la Coupe de Belgique. Le lendemain matin, une fine couche blanche recouvre encore les terrains de Marcinelle quand Alain Decuyper ouvre les portes vitrées de son bureau, qui donne une vue imprenable sur l'une des pelouses synthétiques du site. Le directeur de l'École des Jeunes du Sporting entame sa cinquième saison dans le Pays Noir, et entre dans une nouvelle phase de son projet pour les Zébrions. " On a pris le temps de poser les rails, et maintenant on avance ", poétise celui qui est également professeur à l'École fédérale des Entraîneurs. La locomotive devra rapidement atteindre son rythme de croisière. Dans son plan Horizon 2024, présenté à la presse en présence de Decuyper, Mehdi Bayat a lourdement insisté sur l'importance d'offrir chaque saison au staff de l'équipe première un jeune joueur candidat à une place dans le onze de base tous les ans, passant même à deux titulaires potentiels d'ici à l'échéance du plan. Une ambition que les deux hommes ont dessinée de concert, en compagnie d' Alex Teklak et de Samba Diawara, hommes-clés dans la restructuration du projet zébrion après de longues années noires sous la présidence d' Abbas Bayat, qui avait complètement laissé de côté les promesses du football local. Avec les contrats offerts par le club à Ken Nkuba, lancé dans le grand bain de la D1 par Felice Mazzù l'an dernier à l'occasion d'un déplacement à Gand, puis au prometteur guinéen Malick Keita, nécessitant un effort financier plus important en raison de son statut d'extra-communautaire, la direction carolo espère récolter à terme les premiers fruits d'un investissement dont l'importance n'a fait que croître au fil des ans, pour atteindre à l'heure actuelle un coût annuel avoisinant les deux millions d'euros. Pour un Mehdi Bayat qui n'a pas pris l'habitude d'investir le moindre euro sans l'analyser de façon détaillée, la somme indique forcément une attention particulière portée à la cause des Zébrions. Et pour cause : en plus de renforcer l'adhésion d'un public qui aime toujours voir des jeunes du cru fouler la pelouse et mouiller le maillot, les bénéfices potentiels peuvent rapidement rendre l'investissement initial dérisoire. L'exemple des pépites de Neerpede ou de Genk, vendues au prix fort après avoir crevé l'écran sur les terrains nationaux, inspire immanquablement les clubs du subtop. " À un moment, ce sont les jeunes qui vont t'apporter un réservoir que tu pourras peut-être vendre pour faire des plus-values ", explique Nicolas Penneteau. " Arriver à sortir plus de jeunes du cru, ce serait une vraie progression qui collerait avec tout ce qui se fait en Europe. " Pour amener les jeunes vers le noyau de l'équipe première, encore faut-il pouvoir les garder jusqu'à ce qu'ils soient en âge de l'intégrer. Dans l'ombre du G5, Charleroi souffre forcément de la comparaison, parfois sportive et souvent financière, avec les grands clubs du pays, qui n'hésitent pas à se constituer un vivier majuscule en puisant aux quatre coins de la Belgique les talents les plus prometteurs, avant de rejeter progressivement le surplus inévitablement accumulé. Pour les clubs comme le Sporting, c'est à ce moment que se présente une seconde opportunité, en tentant de profiter du jugement erroné parfois émis par les formateurs d'autres clubs pour récupérer des joueurs dont le talent reste à façonner en post-formation pour prétendre à une véritable carrière au sein de l'élite. Dans un club comme Charleroi, les enfants restés fidèles au blason côtoient ceux qui ont atterri à Marcinelle après avoir manqué leur décollage vers des cieux plus brillants. " On n'a jamais vraiment accès aux joueurs haut de gamme, ceux-là ne restent pas à Charleroi. On doit se concentrer sur les joueurs du second rideau ", explique un habitué des terrains de Marcinelle. Un état des lieux cruel, mais indéniable, qui oblige le Sporting à mettre le paquet sur le volet de la formation, et à faire preuve d'inventivité pour se distinguer de la concurrence. C'est dans cette optique que le club a engagé Samba Diawara au début de l'année 2018. Passé par les bancs de touche du centre de formation de Saint-Trond et de l'Union Saint-Gilloise, le Malien était également convoité par les Américains de Kansas City quand il a finalement opté pour le projet zébré, endossant la double casquette de T3 de l'équipe première et de coach des U21. " De l'extérieur, en tant qu'adversaire, l'image que j'avais de la formation à Charleroi n'était pas forcément glorieuse ", se souvient l'ancien défenseur de Tubize, là où il a côtoyé un Philippe Saint-Jean devenu source d'inspiration au moment de passer de l'autre côté de la ligne blanche. " Mais une fois que je me suis vraiment intéressé au projet, j'ai vu qu'il y avait des choses très intéressantes qui se mettaient en place, et une vraie ambition autour de la formation. " Samba Diawara hérite d'un rôle assez unique en Belgique, dessiné de longs mois plus tôt dans les bureaux de Marcinelle mais longtemps resté vacant, faute de candidat idéal. Le casting s'éternise car le profil demande de coupler les capacités de formateur avec celles d'adjoint véritablement utile à l'équipe fanion, et les candidats penchent plus souvent d'un côté ou de l'autre, selon qu'ils soient proposés par Alain Decuyper ou par Felice Mazzù. Finalement, c'est le directeur de l'Ecole des Jeunes qui soumet le nom du Malien, et Diawara séduit rapidement Mazzù par ses qualités, à tel point que le Carolo aurait voulu l'emmener dans ses valises limbourgeoises l'été dernier. " Depuis que Samba est là, le lien, la progression, la communication, la continuité se font de meilleure manière. Le suivi est beaucoup plus présent. Je crois que c'est la meilleure manière de travailler, et que ça nous permettra à un moment de sortir un, deux ou trois jeunes ", avait concédé Felice Mazzù à l'automne dernier, peu de temps après avoir lancé Ken Nkuba dans le grand bain. Le Malien permettait d'aplanir certaines divergences de vue, entre le football rêvé par les formateurs de Marcinelle et celui réellement pratiqué sur la pelouse du Mambour, où le combat prenait une dimension importante parfois négligée par les formateurs. Arrivé lors d'un stage hivernal en Espagne qui se déroulait sans le moindre jeune du centre de formation, Samba Diawara a facilité les échanges, et garde un oeil attentif sur ses meilleurs éléments quand ils intègrent l'entraînement des pros, sans leur faire de cadeau pour autant. Dans son sillage, le club a consenti à l'effort financier d'engager cet été des coaches à plein temps, placés à la tête des U18, U17 et U16 pour affiner la formation des Zébrions d'élite et maximiser un peu plus leurs chances de briller à l'échelon professionnel. Lors de son passage à Anderlecht, Karim Belhocine faisait l'unanimité auprès des jeunes joueurs, qu'il avait l'habitude de prendre sous son aile en tant qu'adjoint d' Hein Vanhaezebrouck. En l'attirant au Mambour, Mehdi Bayat s'offrait également les services d'un coach qui avait fait preuve d'une véritable affinité envers les jeunes talents, reproche que certains adressaient parfois à Felice Mazzù. " J'aimerais intégrer des jeunes beaucoup plus souvent ", s'était défendu l'ancien mentor des Zèbres. " Mais pour ça, il faut laisser de la place à ce genre de joueurs dans le noyau. Quand tu as de la qualité chez un jeune, il faut lui laisser une ouverture, ne pas avoir trois ou quatre joueurs qui peuvent évoluer à son poste. " Un message visiblement entendu après le départ du coach carolo, puisque malgré les doléances des supporters - voire du staff - aucun joueur n'a été recruté pour renforcer un milieu de terrain où seuls Marco Ilaimaharitra, Cristophe Diandy et Gaëtan Hendrickx font office de titulaires potentiels, vu la situation particulière dans laquelle se trouve Enes Saglik depuis plusieurs saisons maintenant. Une manière d'ouvrir la porte au jeune Guinéen Malick Keita, qui a impressionné les pros dès ses premiers entraînements dans le noyau A la saison dernière. Invité au stage estival des Zèbres, en compagnie du gardien Boris Ngoua, Keita aurait même pu recevoir sa chance lors de la visite d'Eupen au Mambour, profitant de la suspension d'Ilaimaharitra et de la blessure de Diandy, mais le Guinéen peine à afficher à nouveau la forme qui était la sienne en début de saison. Les espoirs de faire de lui le nouvel étendard de la formation carolo sont donc remis à plus tard, et la couleur locale reste solidement ancrée autour du brassard de Dorian Dessoleil et des débordements de Maxime Busi, arrivé de Saint-Trond pour intégrer le noyau U21 mais lancé par Mazzù la saison dernière et également apprécié par Belhocine, qui lui a déjà offert sa chance à plusieurs reprises au poste d'un Stergos Marinos déclinant. Là aussi, le Sporting aurait pu transférer un arrière droit l'été dernier, mais a préféré ne pas boucher les perspectives d'un jeune joueur au potentiel intéressant. Une nouvelle façon de construire un noyau qui devrait devenir de plus en plus fréquente dans le futur blanc et noir.