Privés d'Euro 2012, les Diables Rouges songent déjà, avec une méchante pointe de regret, à la campagne de qualification pour le Mondial brésilien. Le comportement désastreux de la Turquie face à la Croatie à l'aller des matches de barrages a multiplié les regrets : l'équipe nationale du Bosphore était à prendre dans notre groupe qualificatif. Cet échec cuisant restera éternellement au passif de Georges Leekens. Quel rendez-vous manqué ! En plus du prestige et de l'argent perdus à jamais, une présence en Pologne et en Ukraine aurait pourtant fait le plus grand bien à cette jeune génération bourrée de talent mais en panne de vécu au plus haut niveau.
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Privés d'Euro 2012, les Diables Rouges songent déjà, avec une méchante pointe de regret, à la campagne de qualification pour le Mondial brésilien. Le comportement désastreux de la Turquie face à la Croatie à l'aller des matches de barrages a multiplié les regrets : l'équipe nationale du Bosphore était à prendre dans notre groupe qualificatif. Cet échec cuisant restera éternellement au passif de Georges Leekens. Quel rendez-vous manqué ! En plus du prestige et de l'argent perdus à jamais, une présence en Pologne et en Ukraine aurait pourtant fait le plus grand bien à cette jeune génération bourrée de talent mais en panne de vécu au plus haut niveau. Dans ces conditions, la Belgique a intérêt à conclure des matches amicaux, pour peaufiner les automatismes, et est devenue un sparring-partner très apprécié sur la scène internationale. Après la Roumanie et la France, il y en aura quatre autres avant d'entamer la campagne pour Rio de Janeiro. Et, ce qui n'est pas négligeable, cela permet de contenter les sponsors via la couverture médiatique, de gérer une popularité en hausse indiscutable et de faire rentrer des sous dans la caisse. La fédé en a évidemment grand besoin car il y a de moins en moins de beurre dans ses épinards. Les Diables Rouges constituent sa principale vitrine aux yeux du monde extérieur. C'est dire si la Maison de Verre a fait des efforts pour eux ces derniers temps. Parfois plus à tort qu'à raison. En fait, elle a commencé à délier plus largement les cordons de la bourse à la fin de l'ère de Germain Landsheere, ex-trésorier général de la vénérable institution. Plus pingre que l'oncle Picsou, il coupait le moindre euro en 100 et a certainement fait une attaque d'apoplexie quand débarqua le général Dick Advocaat. Landsheere se rendit vite compte que le président de la fédération, François De Keersmaeker et Philipe Collin, patron de la commission technique qui chapeaute les Diables Rouges, étaient incapables de refuser quoi que ce soit à leur coach de luxe. Rien n'était excessif. Advocaat exigea tout de suite un hôtel 5 étoiles pour ses joueurs et jeta son dévolu sur le prestigieux Hôtel Conrad de l'Avenue Louise à Bruxelles. Bonjour le temps perdu dans les embouteillages pour se rendre à l'entraînement. A l'époque, il fallait débourser plus ou moins 450 euros par nuitée pour une chambre double, petit déjeuner compris, heureusement. Le coach néerlandais n'en resta pas là : il exigea une chambre par joueur. Et la facture d'hôtel fut multipliée par deux. Il ne reste rien du bref passage d'Advocaat à la tête de l'équipe nationale, sauf un bon contrat pour le coach (voir encadré staff de l'équipe nationale) et cette habitude de réserver une chambre par Diable dans des palaces. Pourquoi se gêner ? En Belgique, leur habituel QG est désormais le Crown Plaza de Diegem. Petit regard sur la liste des prix : avec un peu de chance, on peut loger en single pour 220 euros la nuit dans ce quatre étoiles. Une solide économie tout de même par rapport au Conrad d'Advocaat et la fédé a décroché une réduction via un contrat collectif comprenant un paquet de nuitées pour toutes ses équipes nationales, des réunions avec les sponsors, etc. La semaine passée, l'équipe nationale s'est préparée tranquillement à l'Hôtel du Château des Thermes à Chaudfontaine. Un magnifique endroit, confort assuré et cet établissement prestigieux a signalé avec classe et discrétion la présence de Georges Leekens et de ses boys en ses murs. Les chambres sont parfaites avec douche, bain, téléphone, écran plasma, air climatisé, sèche-cheveux, coffre, minibar, connexion internet, toilettes séparées, tisanes, etc. Sur le site de l'hôtel, on peut lire que le prix par personne en demi-pension (on peut en trouver entre 150 et 185 euros) comprend l'accès aux thermes : 3 saunas, bain thermal extérieur à 34°, piscine d'eau thermale intérieure, hammam, salles de relaxation, jardin zen, etc. Sur un autre site internet, un client de cet établissement donne son avis : " A l'occasion d'un anniversaire, nous avons séjourné une nuit dans ce magnifique hôtel ! Le cadre est fantastique, la décoration très belle au goût du jour. Les chambres sont confortables et de belle dimension. Et que dire du Spa et des deux piscines surtout celle extérieure que nous avons pu apprécier par une belle journée d'automne ! Tout était impeccable et tellement relaxant. Le repas du soir était correct mais il est vrai que ce n'est pas gastronomique. L'attente est assez longue car je pense qu'ils attendent que tout le monde soit là pour lancer les entrées. Si vous arrivez dans les premiers, il faudra vous armer d'un peu de patience. Nous en garderons néanmoins un très bon souvenir. A faire sans modération si ce n'est... le prix. "Un coin de paradis idéal qui confère un certain prestige à l'équipe nationale. La fédé y a retenu une quarantaine de chambres durant une semaine. Tout cela pour un match amical contre la Roumanie... Enfin, il y avait quand même des (bains) bulles à Chaudfontaine. Elle n'est pas belle, la vie de château ? Georges demande, Georges reçoit sans qu'on le contredise. Il aurait tort de ne pas en profiter. Pour combien de temps ? Il y a eu des dérives. On dit que le kiné miracle, Lieven Maesschalck, a coûté une fortune avant que son statut ne soit clarifié. Il était temps... Les dépenses effrayent certaines personnes qui craignent le pire si les Diables ne se qualifient pas pour le Brésil. Ce serait un cataclysme financier. En attendant, la fédération ne roule pas sur l'or mais elle peut offrir plus facilement un agréable cadre de travail à ses ouailles que des primes faramineuses. Les internationaux sont tous royalement payés dans leur club respectif. Vincent Kompany tient le haut du pavé avec un salaire annuel de 7.000.000 d'euros à Manchester City (137.000 euros par semaine), sans compter ses divers contrats publicitaires. Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne mais Leekens a affirmé avec à propos : " Les primes en équipe nationale sont tout simplement hilarantes. Mes joueurs viennent pour l'amour du maillot et ils savent parfaitement qu'ils peuvent faire décoller une carrière internationale via les Diables Rouges. " Lors de la campagne de qualification pour l'Euro 2012, une victoire rapportait 6.500 euros et un nul 3.250 euros à chaque international. Appréciable mais banal à côté des primes de la Mannschaft : 18.000 euros par victoire (180.000 euros en tout sur le chemin de la Pologne et de l'Ukraine). Cette qualification a coûté 4 millions d'euros à la fédération allemande. Au contraire de Leekens, Jan Ceulemans a déclaré un jour que " certains joueurs n'ont pas conscience de l'importance d'un Euro ou d'une Coupe du Monde. Seuls Timmy Simons et Daniel Van Buyten ont eu la chance de participer à une phase finale du Mondial en 2002. Ils pensent peut-être que la Ligue des Champions constitue le top du top. " En tout état de cause, la Belgique ne peut pas s'aligner sur ce que propose l'Allemagne et les joueurs mesurent bien cette évidence. Les tractations pour les primes ne s'éternisent jamais. C'est donc ce qui explique, à titre de contrepartie, leur désir d'être bien logés et de bénéficier de bons terrains d'entraînement. On ne peut que regretter l'absence des Diables au Centre Euro 2000 de Tubize. Il y reste tant à faire mais c'est une autre histoire. La fédération est obligée de promener les panneaux publicitaires à gauche et à droite, à Liège, à Diegem ou ailleurs, ce qui génère des frais évitables. A Liège, les supporters ont une fois de plus répondu présents pour la rencontre Belgique-Roumanie (2-1). Grâce au bon travail accompli par la cellule marketing ( Filip Van Doorslaer, Benjamin Goeders, Emmanuelle Puttaert), ce match s'est très bien vendu : 14.000 places en prévente et 6.000 avant le coup d'envoi, vendredi passé. C'est appréciable et Gert Verheyen était sous le charme car 20.000 supporters ne se voient pas au stade Roi Baudouin (enceinte plus vaste, piste d'athlétisme) mais font du bruit à Sclessin, comme ce serait le cas à Bruges ou à Anderlecht. Tous frais payés à la Roumanie et au Standard, la fédération devrait dégager un bénéfice de... 15.000 euros et le double pour France-Belgique. Le public est indiscutablement accro à son équipe nationale. On imagine ce qu'aurait pu être la récolte si les Diables s'étaient qualifiés pour la Pologne et l'Ukraine. Pour Van Doorslaer, project manager d'un service qui a accompli un travail fou ces dernières années, le public n'a pas besoin de dessin pour comprendre que notre équipe nationale est riche de grands talents : " Ce sont pour la plupart des joueurs qu'on ne voit plus sur nos terrains. On les admire désormais à la télévision, en Ligue des Champions. Or, les amateurs adorent observer les stars en direct. "A Sclessin, les fans du Standard ont assisté à la renaissance du trio Axel Witsel- Steven Defour- Marouane Fellaini. Leekens l'avait sous-entendu dans sa com. Bien vu car au-delà des retrouvailles roumaines, ce trio sera essentiel pour réaliser le rêve de Long Couteau : marcher un jour sur la plage de Copacabana. Les supporters et leur public sont sur la même longueur d'onde. Leekens a de la chance : les fans de l'équipe nationale ne sont pas rancuniers et ont oublié l'élimination. Van Doorslaer ajoute : " C'est un phénomène remarquable. En Allemagne, ils étaient plus de 5.000 alors que les chances de qualification étaient limitées. A cela s'ajoute le succès des retransmissions télévisées. Les Diables cartonnent. Je me souviens de rencontres suivies par 1.878.018 téléspectateurs : 1.124.601 sur Canvas, 753.417 sur Club RTL. Cela n'échappe pas aux sponsors, c'est évident. Les Diables Rouges leur assurent un return publicitaire national. Ils s'identifient à des Diables en plein devenir. " Le regain d'intérêt populaire se confirme chaque année. En 2010, les droits télé, la publicité (1.820.000 euros), la vente des billets des matches des Diables et des Espoirs (1.740.000 euros) constituaient un apport important. En 2009, la fédération avait noté un déficit d'un million d'euros dû en partie aux 428.784 euros versés pour rupture de contrat à René Vandereycken. Si la situation financière s'est bonifiée grâce à l'équipe nationale, elle reste fragile. C'est pour cela que la fédération soigne l'équipe, autrement plus rentable que le splitsing de la fédé qui se transformera tôt ou tard en gouffre financier. Mais s'ils ne se qualifient pas pour le Brésil, nos chers Diables Rouges auront eux aussi coûté très cher pour rien. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: IMAGEGLOBE La fédé peut offrir plus facilement un agréable cadre de travail que des primes faramineuses. Les sponsors s'identifient à des Diables Rouges en plein devenir.