La nouvelle est tombée en catimini, comme si elle avait voulu passer inaperçue. Juste quelques lignes sur le site internet du Standard. Pas de conférence de presse avant la fin de semaine. Soit plus de dix jours entre l'annonce du nouveau staff et sa présentation officielle. Pourquoi si peu de publicité de la part d'un club devenu maître dans l'art de faire passer ses discours ? Car, le sujet est sensible. Voire tabou. Le Standard a décidé de confier les rênes de l'encadrement sportif à... Dominique D'Onofrio, l'entraîneur intérimaire, nommé début février. Signe soit que l'intérim se poursuit et que le chantier est loin d'être fini, soit que d'intérim il n'en fut jamais question dans la tête de l'homme fort de Sclessin, Luciano D'Onofrio.
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La nouvelle est tombée en catimini, comme si elle avait voulu passer inaperçue. Juste quelques lignes sur le site internet du Standard. Pas de conférence de presse avant la fin de semaine. Soit plus de dix jours entre l'annonce du nouveau staff et sa présentation officielle. Pourquoi si peu de publicité de la part d'un club devenu maître dans l'art de faire passer ses discours ? Car, le sujet est sensible. Voire tabou. Le Standard a décidé de confier les rênes de l'encadrement sportif à... Dominique D'Onofrio, l'entraîneur intérimaire, nommé début février. Signe soit que l'intérim se poursuit et que le chantier est loin d'être fini, soit que d'intérim il n'en fut jamais question dans la tête de l'homme fort de Sclessin, Luciano D'Onofrio. Est-ce pour autant que le Standard se place sous le signe de la continuité ? Que nenni. On ne peut décemment pas affirmer qu'on continue sur sa lancée après une saison ratée. Alors, on a apporté quelques petites modifications. Un nouvel adjoint a été adoubé. Sergio Conceiçao, le chouchou du public, le bouillant Soulier d'Or 2005, revient en bord de Meuse, après une pige en Arabie Saoudite et un exil grec de deux ans au PAOK Salonique où il avait terminé sa carrière de joueur et commencé une nouvelle de directeur technique. L'année prochaine, le T2 liégeois sera donc plus connu (et reconnu) que le T1. Situation sans doute unique dans les annales du championnat belge ! Ce choix ne manque pas de surprendre. Dominique D'Onofrio n'a pas réussi à sortir l'équipe de l'ornière dans laquelle elle s'était fourrée sous la houlette de Laszlo Bölöni. En termes de points, D'Onofrio n'a pris que 12 points en dix matches (soit une moyenne d'1,2 point par match) pour 35 points en 24 matches (soit 1,45 point) pour le Roumain. En termes d'objectif non plus, D'Onofrio n'a pas réussi son pari de qualifier ses ouailles dans les play-offs. Seule fleur à son chapeau : le bon parcours en Europa League. Dans un style qui lui convient : outsider et combattif. Oui mais voilà, en championnat de Belgique, le Standard avait troqué sa vareuse d'outsider pour celui de cador et dominateur. Revoir un Standard timoré n'a pas du tout plu aux supporters qui n'ont pas hésité à boycotter les play-offs 2. La prolongation de Dominique a donc fait grincer quelques dents. Principalement du côté des supporters où la colère gronde. DD n'est pas apprécié du public rouche. Et c'est le moins que l'on puisse dire. Les forums se sont déchaînés dès la semaine passée. Un sondage (sur rscl. be) indiquait même que 82,38 % des participants au forum étaient contre la prolongation de contrat de DD. Les commentaires allaient dans le même sens : " Quel dégoût, quel manque de respect pour les supporters et le blason ". " No comment ", " Ce communiqué laconique traduit bien le malaise qui entoure cette prolongation. Ils n'ont pas eu le culot de l'annoncer en grandes pompes ". " J'hésite entre pleurer de rire, de honte ou de dégoût ". Bref, 35 pages de supporters désabusés. " On est beaucoup à être contre la re-conduction de contrat de Dominique D'Onofrio ", explique un assidu de ce forum, Tony Russo, abonné depuis plusieurs saisons. " Mais aussi contre la communication du club. On compte bien mener une action symbolique le jour de la conférence de presse de présentation. Ce sera une façon de montrer notre mécontentement et de mettre la pression sur le club, avant le début de saison, car on ne va pas admettre une deuxième saison comme celle-ci. " " Je ne réagis pas au mécontentement des supporters et ne ferai aucun commentaire là-dessus ", se défend le directeur de la communication Sacha Daout. " Mais c'est faux de dire qu'on n'a pas prévu de conférence de presse. Elle se fera une fois que Sergio sera de retour en Belgique. Les choses se sont précipitées. Il a dû retourner au Portugal et cela peut parfois prendre un peu de temps. La conférence de presse se prépare calmement. " Dominique D'Onofrio n'a certes ni la carte de visite, ni les résultats de Bölöni ou de Michel Preud'homme mais il avait eu le mérite, lors de son premier passage de quatre ans, de remettre le club sur des rails qui le conduisirent à l'Europe. Alors, pourquoi ce phénomène de rejet ? Flash-back. Le 5 mai 2006, le Standard finit sa saison en eau de boudin, par une défaite contre Gand. A cinq points d'Anderlecht, après avoir gâché deux occasions d'être champion. Le public est déçu mais le club organise cependant un podium pour fêter cette deuxième place. Dominique D'Onofrio, alors entraîneur, est le premier à monter sur le podium. Il est copieusement sifflé et reçoit dès ses premiers pas une motte de terre. Il fait demi-tour presque aussitôt. Cet événement a agi comme un séisme. Mais est-ce une fracture définitive entre lui et les abonnés ? " Si on regarde l'ensemble des résultats sous la conduite de Dominique D'Onofrio, on ne peut que se montrer déçu ", ajoute Russo. " Il a fait quatre ans et il n'a rien gagné. Or, il n'avait pas que des chèvres sous ses ordres ! Son fait d'armes : le 1-4 à Anderlecht mais il oublie peut-être le 1-7 contre Bilbao. Si nous n'étions pas contre le fait qu'il reprenne la succession de Bölöni par intérim, on ne peut pas admettre qu'il reste toute une saison. On n'attaque pas l'homme mais l'entraîneur. Nous n'aimons pas sa tactique. On a envie de voir jouer une équipe de foot. On en a marre de cette verticalité, de ces longs ballons qu'on défend au nom du foot moderne. Tout le monde, à Liège, sait que les supporters ne le portent pas dans leur c£ur. Pourquoi donc l'envoyer dans la fosse aux lions ?"Car DD doit également sans cesse se battre contre cette étiquette de frère de. " C'est sûr qu'à nos yeux, cela le dessert. Aurait-il eu le même crédit (quatre ans et de nouveau un an et demi) s'il ne s'était pas appelé D'Onofrio ? Poser la question, c'est déjà y répondre ", continue un membre du groupe des supporters PHK. Derrière Dominique, c'est également Luciano D'Onofrio qui est pointé du doigt. Le vice-président du Standard fut adulé par les supporters auxquels il a ramené le titre deux ans d'affilée mais son étoile a quelque peu pâli suite à cette saison mitigée. " Rien n'a été fait pour pérenniser le succès ", conclut Russo. " Certes, le club a fait des efforts pour conserver son noyau mais en n'ajoutant aucun nouveau joueur, on n'a pas instauré d'émulation dans le vestiaire. Alors, quand on voit revenir Dominique, après Bölöni et Preud'homme, on a l'impression de retourner cinq ans en arrière. "Le Standard est conscient de ce désamour du public envers le fidèle Dominique. Si DD n'a pas eu trop le choix de prendre la succession de Bölöni, il a été protégé par son frère, qui a fermé toutes les vannes et a resserré les rangs autour de son entraîneur. Sport/Foot Magazine n'a obtenu aucune interview individuelle avec DD depuis sa nomination. Avec toujours la même excuse - Lucien ne veut pas. En agissant de la sorte, le vice-président du Standard permettait à son frère de ne pas devoir revenir sans cesse sur la motte de terre ou les sifflets, de plus en plus fréquents dans les travées de Sclessin. Surtout, il le plaçait dans l'ouate. Idéal pour travailler. Lors de sa présentation, le Standard avait fait venir Louis Smal, président de la famille des Rouches, qui a toujours soutenu Dominique D'Onofrio. Smal était là pour montrer le soutien d'une partie des supporters mais également pour contrer les attaques. Ce qu'il n'a pas manqué de faire lorsqu'un confrère a évoqué le désamour du public. Et lors de ses quatre mois à la tête de l'équipe, à chaque fois qu'un journaliste, en conférence de presse, a évoqué cette relation tendue avec les fans, DD s'est crispé, se bornant à regretter cet état de fait. Pourtant, jamais Luciano D'Onofrio n'a imaginé un autre entraîneur pour la saison prochaine. D'abord parce qu'il est intimement persuadé que son frère peut mener le Standard au titre. Mais aussi parce qu'il veut que son frère réussisse à décrocher un trophée. En cas de titre, le succès des D'Onofrio à Liège serait total. Il ne restait plus qu'à lui trouver un adjoint capable de faire l'unanimité et de prendre les coups. Dans un premier temps, c'est à Stéphane Pauwels dans un rôle de directeur technique, que pense Luciano D'Onofrio. Le premier contact a lieu le 25 avril en marge de Liège-Bastogne-Liège. A ce moment-là, Luciano pense confirmer le duo D'Onofrio-de Sart, avec Pauwels dans le rôle de paratonnerre. " Pauwels est populaire et Lucien savait qu'en cas de mauvais résultats, il pouvait compter sur Pauwels pour calmer les supporters ", explique un proche du club. Peu importe que Pauwels ne dispose pas d'une expérience dans un grand club et qu'il ait été inactif dans un poste à responsabilité depuis son départ de La Louvière en 2005. Pauwels hésite mais finit par dire non au vice-président qui lui répond : " Tu es la première personne à me dire non pour un poste au Standard. "Si Pauwels dit non, ce n'est pas tant pour la longueur des trajets (il habite Mouscron et aurait dû s'installer à Liège) ou ses activités médiatiques que parce qu'il sait très bien qu'il n'aurait eu aucun pouvoir de décision à ce poste. Il n'y a qu'un homme qui décide, sur le plan des contrats et des transferts, dans le club : Luciano D'Onofrio. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le club liégeois ne dispose pas d'une cellule de scouting ! Après la piste Pauwels, c'est la piste Marc Wilmots qui s'avère sans issue. Wilmots aime le Standard, est alléché par le poste et s'entend bien avec le patron. Lui aussi correspond au profil de paratonnerre. Populaire, il a également une réelle connaissance du football. Cependant, Luciano aurait-il pu le contrôler comme il pouvait le faire avec Pauwels ? Finalement, les discussions achopperont sur un point bien précis : la durée du contrat. Le Standard a l'habitude de n'offrir que des contrats d'un an. Or, Wilmots estime que le directeur technique mène une politique de long terme, incompatible avec un contrat d'un an. Finalement, la solution est toute trouvée lorsque la fratrie D'Onofrio se rend, il y a huit jours, au jubilé de Sergio Conceiçao à Coimbra. Au milieu de la fête - Sergio a joué avec ses deux gamins -, Luciano propose le deal à l'ancien Soulier d'or. Ici, il n'est plus question de la direction technique - job qu'avait pourtant tâté Conceiçao au PAOK Salonique - mais du poste d'adjoint. De Sart n'a en fait jamais convaincu Luciano. L'entraîneur des Espoirs n'a pas un caractère gueulard, ni une personnalité capable de monter au feu lorsque l'incendie prend. Mais il est compétent et ce serait dommage de s'en passer. On tente alors de le recaser au poste de directeur de l'école des jeunes. Rien n'ayant filtré, de Sart avait vraiment été surpris de la proposition et a demandé un délai de réflexion. En effet, là-aussi, c'est un contrat d'un an qui l'attend et cela oblige de Sart à abandonner son agence bancaire. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Conceiçao, lui, ne se fait pas prier. Le PAOK connait des problèmes d'argent et le club grec commence à être lassé de la main mise portugaise (l'entraîneur, le directeur technique et deux joueurs étaient portugais). Conceiçao trouve vite un accord à l'amiable pour rompre son contrat. Comme au Standard, il quitte le PAOK en ami. Avec Conceiçao comme T2, Luciano espère tempérer l'impopularité de Dominique. Certaines anciennes gloires, comme Wilfried Van Moer, ont déjà salué l'idée. " Conceiçao, c'est une bonne idée. Il va apporter sa grinta, son envie. Et surtout un esprit positif. Car, on doit bien admettre que Bölöni n'avait pas cet esprit de gagnant. Il était trop souvent négatif ", explique un proche du club. Pourtant, l'idée ne fait pas non plus l'unanimité. Et si c'était pour calmer le courroux des supporters, c'est raté ! " Conceiçao, l'idole des supporters ? Oui quand on ne gagnait rien, c'était notre idole. C'était le symbole de cette équipe qui ne remportait aucun trophée. Depuis lors, on a gagné deux titres et on a découvert de nouvelles idoles ", explique un membre du PHK. " Il a ramené l'esprit Standard, cette rage de vaincre à tous les niveaux du club ", continue Russo. " Grâce à lui, on a repris goût à la victoire mais sur le plan sportif, il nous a davantage fait perdre que gagner. Rappelez-vous sa suspension ou son penalty raté à Ostende alors que c'était Philippe Léonard qui était désigné pour le tirer. " A l'époque de son départ, il avait été salué comme un héros. Six mois plus tard, alors que les jeunes du Standard caracolaient en tête, plusieurs joueurs avaient admis être libérés par le départ du Portugais. Sa rage de vaincre avait fini par en paralyser certains. Sur le banc, il va secouer le cocotier et sans doute remotiver des joueurs endormis sur leurs lauriers. Mais à la longue, selon certains, cela pourrait ralentir l'éclosion d'autres éléments, plus fragiles mentalement. " J'ai surtout peur qu'il ramène de la nervosité dans le groupe et sur le banc ", craint Russo. lpar stéphane vande velde -photos: belgaQuand on voit revenir Dominique D'Onofrio, cela nous donne l'impression de retourner cinq ans en arrière. (Un supporter)