Le jaune et le bleu se portent mal, cette saison. Les deux clubs de D1 qui arborent ces couleurs risquent fort d'effectuer la culbute. Ou, du moins, d'être condamnés aux play-offs 3. Comment en est-on arrivé là ? Les problèmes de Saint-Trond et de Westerlo n'ont pas les mêmes origines. Le club limbourgeois est un club historique, populaire, qui a récemment inauguré deux nouvelles tribunes et est en train d'en construire une troisième. Il a indéniablement sa place en D1. Le club campinois, en revanche, constitue depuis 14 ans une " anomalie " parmi l'élite. C'est le club d'un village de 4.000 habitants (23.000 avec les communes avoisinantes), qui n'a aucune tradition antérieure à 1998, qui s'appuie sur l'une des moyennes de spectateurs les plus basses de la D1 (aux alentours de 5.000 spectateurs, mais très fluctuante en fonction de l'adversaire) et qui, miraculeusement, s'est maintenu dans le ventre mou sans aucune difficulté grâce à une gestion " en bon père de famille " qui fut longtemps citée en exemple mais qui, cette saison, a montré ses limites.
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Le jaune et le bleu se portent mal, cette saison. Les deux clubs de D1 qui arborent ces couleurs risquent fort d'effectuer la culbute. Ou, du moins, d'être condamnés aux play-offs 3. Comment en est-on arrivé là ? Les problèmes de Saint-Trond et de Westerlo n'ont pas les mêmes origines. Le club limbourgeois est un club historique, populaire, qui a récemment inauguré deux nouvelles tribunes et est en train d'en construire une troisième. Il a indéniablement sa place en D1. Le club campinois, en revanche, constitue depuis 14 ans une " anomalie " parmi l'élite. C'est le club d'un village de 4.000 habitants (23.000 avec les communes avoisinantes), qui n'a aucune tradition antérieure à 1998, qui s'appuie sur l'une des moyennes de spectateurs les plus basses de la D1 (aux alentours de 5.000 spectateurs, mais très fluctuante en fonction de l'adversaire) et qui, miraculeusement, s'est maintenu dans le ventre mou sans aucune difficulté grâce à une gestion " en bon père de famille " qui fut longtemps citée en exemple mais qui, cette saison, a montré ses limites. Les problèmes de Saint-Trond trouvent leur origine en fin de saison dernière : lorsque RolandDuchâtelet décide de racheter le Standard et est donc obligé de quitter le Stayen, puisqu'on ne peut pas diriger deux clubs d'une même série. Pour ne pas donner l'impression de lâcher complètement les Canaris, et surtout pour continuer à gérer ce qu'il avait commencé à construire (le stade et tout ce qui tourne autour), il laisse son épouse dans le Limbourg. Mais il lègue aussi un cadeau empoisonné à son ancien club : la pelouse synthétique. Tous les footeux étaient d'accord sur ce point : s'il y avait une équipe qui ne tirerait aucun avantage d'une pelouse destinée aux techniciens, c'était Saint-Trond. Les Canaris ont bâti leur légende sur le hourrah-football, sur le jusqu'au-boutisme, sur le soutien du 12e homme qui tapait des mains sur les panneaux publicitaires en bois pour faire du bruit. Certes, aujourd'hui, le STVV compte également des techniciens dans ses rangs, à l'image de GregoryDufer et de NielsSchouterden, mais la dentelle n'a jamais fait partie des traditions locales. Duchâtelet a donc forcé les Canaris à jouer contre nature. Pourquoi tenait-il autant à cette pelouse synthétique ? Par amour du beau jeu ? Peut-être. Mais surtout, parce qu'il voulait rentabiliser son nouveau Stayen. Les deux (bientôt trois) nouvelles tribunes comprennent un hôtel, un restaurant et des commerces. Il fallait que l'affaire tourne. Donc, qu'il y ait le plus de matches possibles. En plus de l'équipe Première, les Espoirs et les Dames jouent désormais au Stayen. Seule une pelouse synthétique pouvait garantir la succession des rencontres. Lorsque l'équipe nationale belge des U21 a affronté l'Ukraine à Saint-Trond, c'est à l'hôtel Stayen que la délégation a logé. Et lorsque les Dames jouent en Coupe d'Europe, c'est au même endroit que sont logées les adversaires. BenoîtMorrenne a succédé à Duchâtelet. Il est devenu le premier président rémunéré de l'élite. Mais il était aussi novice en la matière. Confronté au manque de résultats de l'équipe, il s'est donc posé la question : faut-il conserver l'entraîneur ou pas ? Un an plus tôt, Duchâtelet s'était déjà posé la même question et avait choisi de maintenir sa confiance en GuidoBrepoels. L'équipe avait assuré son salut sans trop de difficultés. Morrenne a pris l'autre option : exit Brepoels, bienvenue FrankyVanderElst, débauché à Lommel. On ne peut pas dire que la situation se soit améliorée avec l'ancien Diable Rouge, au contraire. Morrenne a lui-même fini par être déboulonné en janvier, mais trop de temps a été perdu et lorsque le club a enfin réagi à la fin du mercato, il était sans doute déjà trop tard. Le maintien d'une équipe dépend souvent de deux éléments-clefs : un bon gardien et un buteur. L'infortuné MarkVolders n'en finit plus de squatter l'infirmerie et le prometteur LaurentHenkinet est parti au Standard. Bram Castro n'a pas donné toutes les garanties. Il a fallu engager DavinoVerhulst au pied levé. Quant au buteur : Saint-Trond a fait illusion grâce aux dix buts de RezaGhoochannejad durant le premier tour, mais lorsque le Néerlandais d'origine iranienne s'est blessé en décembre, l'équipe s'est retrouvée démunie. Vander Elst a parfois dû aligner Dufer et Schouterden comme fers de lance. Aujourd'hui, Saint-Trond possède ces éléments offensifs avec GiuseppeRossini et DollyMenga, plus ThomasChatelle pour les alimenter, mais il ne reste que les PO3 pour sauver ce qui peut encore l'être. Les problèmes de Westerlo étaient déjà perceptibles lors des deux tours préliminaires d'Europa League, disputés durant l'été face à Turku et aux Young Boys Berne : inscrire un but se révélait une tâche insurmontable. Les années précédentes, les Campinois avaient toujours réussi à dénicher l'oiseau rare en Amérique du Sud ou en Afrique : JajaCoelho, JaimeRuiz, PauloHenrique ou Patrick Ogunsoto, pour ne citer qu'eux. Cette fois, les recruteurs n'ont pas eu le nez fin. Ils ont posé leur dévolu sur Marcao, qui n'a jamais trouvé ses marques. DieterDekelver a couru derrière sa meilleure forme et Liliu se sent plus à l'aise sur le flanc droit qu'à la finition. WilliamOwusu a apporté une éclaircie... lorsqu'il n'était pas blessé. La solution devait donc venir de l'extérieur, mais la poisse s'en est mêlé : StijnDeSmet a traîné une blessure aux adducteurs durant de longs mois et ShlomiArbitman, lui aussi arrivé de Gand, s'est retrouvé sur la touche. Il reste, encore aujourd'hui, le meilleur buteur du club avec... quatre buts. ChristianBrüls a quitté le Kuipke pour Gand et n'a jamais été remplacé. Westerlo aurait bien aimé récupérer OleksanderIakovenko mais à l'époque, l'Ukrainien espérait toujours s'imposer à Anderlecht. Et lorsque le Sporting mauve a enfin accepté de le prêter, durant le mercato hivernal, c'est à Louvain qu'il l'a placé. Et qui a crucifié Westerlo, lors du match contre OHL que les Campinois devaient absolument remporter pour conserver une chance de maintien ? Iakovenko, pardi ! Le problème du gardien s'est aussi posé. Durant l'été, YvesDeWinter a fait le forcing pour partir aux Pays-Bas et a fini par obtenir gain de cause. Sa doublure, BartDeelkens, a pris le relais avec plus ou moins de bonheur. Aujourd'hui, Westerlo possède un gardien capable de prendre des points en la personne de GlennVerbauwhede, mais il est sans doute trop tard. Contrairement à Morrenne, qui a limogé Brepoels, HermanWijnants a choisi de conserver JanCeulemans lui aussi soumis aux inévitables critiques. En Belgique, on ne détruit pas un monument. A-t-il bien fait ? Remplacer Ceulemans n'aurait sans doute rien changé. Le mal qui rongeait Westerlo se situait ailleurs que dans le chef de l'entraîneur. Westerlo a été frappé par une incroyable malchance. Lors du match au stade Constant Vanden Stock, voici dix jours, Ceulemans a dû composer avec 15 absents : 13 blessés, excusez du peu, plus Reynaldo et NathanKabasele, prêtés par Anderlecht et qui ne pouvaient pas être alignés. Sans parler d' ArnaudDeGreef, un autre ancien anderlechtois, relégué dans le noyau B. Westerlo a souvent fait appel à des anciens joueurs en fin de carrière pour renforcer son équipe. On se souvient, entre autres, de NicoVanKerckhoven, RudiJanssens, CvijanMilosevic, RonnyGaspercic ou du nouveau directeur technique de l'Union belge, BenoîtThans. " Avec des vieux on ne descend jamais ", entendait-on du côté du Kuipke. " Car ces joueurs apportent leur expérience et font appel à leur roublardise ou à leurs trucs de vieux briscards pour prendre les points nécessaires ". Eh bien, si : on peut descendre avec des vieux. Malgré JefDelen, qui mettra un terme à sa carrière en fin de saison, et l'arrivée de BartGoor dans les conditions que l'on connaît, Westerlo ne pourra sans doute pas éviter la culbute. " Quand la poisse s'acharne à ce point, on est impuissant ", soupire l'éternel manager Wijnants. " La très longue liste de blessés n'est que la partie visible de l'iceberg. Peu de gens savent que le frère de Marcao s'est tué au Brésil et que celui de MosesAdams a été assassiné au Nigéria. Notre ancien joueur BobElejiko a succombé à une crise cardiaque alors qu'il jouait à Merksem en P1, et JeffreyNtuka, un autre de nos anciens joueurs, a été abattu en Afrique du Sud. Récemment, l'épouse de notre jardinier s'en est allée. C'est la vie, mais on peut comprendre que le moral soit affecté. Je ne veux toutefois pas tout mettre sur le compte de la fatalité. Je porte peut-être ma part de responsabilités également. Le succès obtenu avec cette gestion en bon père de famille m'a peut-être aveuglé. Je n'ai pas vu le danger arriver. Il aurait peut-être fallu entreprendre des réformes plus tôt, se montrer plus strict au niveau de la discipline. Comment je vois l'avenir ? D'abord, on fera tout pour se maintenir en D1. Grâce à la nouvelle formule de compétition, rien n'est perdu. Si l'on passe l'écueil de Saint-Trond dans les PO3, on deviendra favori du tour final avec trois clubs de D2. Les blessés devraient alors être rétablis et on ne pourrait plus avancer d'excuses. Et si l'on chutait malgré tout ? La première saison, on s'en sortirait, grâce au parachute de 1,5 million et à un petit bas de laine qu'on s'est constitué. Cet argent compenserait la perte des droits TV. Mais, si le séjour en D2 devait se prolonger, l'objectif deviendrait tout simplement de survivre. Notre budget, qui est actuellement de 6,5 millions, devrait forcément être réduit, mais de combien ? Lorsqu'on sait que l'un de nos plus proches voisins à cet étage, Heist-op-den-Berg, a un budget de 600.000 euros, c'est significatif. Combien d'abonnés nous resteront-ils fidèles ? Et combien d'hommes d'affaires ? Actuellement, on sert 7.000 repas en business durant la saison. Ce nombre diminuerait à coup sûr. En D1, on réalise nos meilleures recettes face aux cinq grands du championnat, et un peu aussi contre le Lierse et Malines. Face aux autres équipes, l'assistance est famélique. En D2, à l'exception peut-être de l'Antwerp, on accueillerait très peu d'adversaires attractifs. On ne doit pas s'attendre à faire le plein contre Boussu-Dour, par exemple. "Saint-Trond avait déjà chuté en 2008, et était directement remonté, poursuivant ensuite sur sa lancée lors de son retour en D1. L'histoire peut-elle se répéter ? " Il est trop tôt pour le dire ", affirme le directeur sportif GuyMangelschots, figure emblématique du Stayen depuis la nuit des temps. " Une nouvelle structure est en train de se mettre en place. Il faudra voir dans quelle direction veut aller le nouveau président BartLammens, un homme d'affaires. Il y aura aussi un nouveau directeur sportif, qui n'est pas encore officiellement nommé. Car, oui : je ne sais pas si c'est un scoop, mais j'arrête en fin de saison. " Certains sujets sont manifestement délicats. " Le départ de Duchâtelet nous a-t-il porté préjudice ? Chacun a son avis. Et la pelouse synthétique ? Vaste débat. Morrenne a-t-il démissionné ou a-t-il été poussé vers la porte de sortie ? C'est de la cuisine interne. Pour moi, la raison principale de notre saison difficile a trait aux blessures. Des éléments-clefs se sont retrouvés sur la touche pour de longues semaines, dont deux des trois attaquants : Reza et BrunoAndrade ( NDLR : le troisième, le géant OndrejSmetana arrivé en janvier 2011, ne s'est jamais imposé et est retourné en Slovaquie). Sans oublier GrégoryChrist, un créateur. Avons-nous commis une erreur en misant sur un noyau trop étriqué ? Nous n'avons pas les moyens d'Anderlecht, qui peut se permettre d'entretenir cinq ou six attaquants. " Mangelschots se montre fataliste : " Nous avons vécu trois belles années, c'était sans doute trop beau pour durer. " Mais avertit : " Nous ne sommes pas encore en D2. Reza se ré-entraîne, il sera peut-être opérationnel pour les PO3 et le tour final. Nous vendrons chèrement notre peau. "PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Les succès des dix dernières années m'ont peut-être aveuglé. J'aurais dû réagir plus tôt. " (Herman Wijnants)" Nous n'avons pas les moyens d'Anderlecht, qui peut se permettre d'entretenir cinq ou six attaquants. " (Guy Mangelschots)