Il y a un an, le 12 octobre 2003, Valentino Rossi montait sur la plus haute marche du podium pour fêter son cinquième titre mondial, le troisième consécutif dans la catégorie reine, la moto GP, 1000cc, 4 temps. L'homme entrait en outre par la grande porte dans la légende des deux-roues, en remportant également neuf GP, un record. Certains observateurs souligneront que si le pilote est sans aucun doute doué, il montait la meilleure moto et pouvait compter sur l'aide du meilleur staff technique et du meilleur team logistique.
...

Il y a un an, le 12 octobre 2003, Valentino Rossi montait sur la plus haute marche du podium pour fêter son cinquième titre mondial, le troisième consécutif dans la catégorie reine, la moto GP, 1000cc, 4 temps. L'homme entrait en outre par la grande porte dans la légende des deux-roues, en remportant également neuf GP, un record. Certains observateurs souligneront que si le pilote est sans aucun doute doué, il montait la meilleure moto et pouvait compter sur l'aide du meilleur staff technique et du meilleur team logistique. Coup de théâtre en 2004 : le phénoménal Dottore, The Doctor pour son équipe, quitte - non sans susciter la polémique- l'écurie Honda, pour rejoindre Yamaha, qui n'a rien gagné depuis une dizaine d'années. Des doutes s'élèvent quant à son avenir. Mais Valentino Rossi ne rejoint pas seul le team Gauloises Fortuna de Yamaha dont l'Italien Davide Brivio est le directeur sportif et le Japonais Ichiro Yoda, le directeur technique (Yamaha). Le chef d'équipe, l'Australien Jeremy Burgess, l'ingénieur japonais Hiroya Atsumi, l'électronicien italien Matteo Flamigni ainsi que les mécaniciens, trois Australiens, Alex Briggs, Gary Coleman et Brent Stephens ainsi qu'un Belge, Bernard Ansiau vont suivre le champion du monde aux dépens du team officiel Honda. Inutile de préciser que le divorce sera mouvementé ! En dépit de ce que l'on pouvait penser, Rossi prouve qu'il est compétitif dès le premier rendez-vous. Il lutte pied à pied tantôt avec Max Biaggi, son compatriote tantôt avec l'Espagnol Sete Gibernau pour prouver qu'il était inutile, voire stupide, de mettre en doute son talent, sa force de concentration et sa volonté. Bref, il s'assurera le titre mondial à une épreuve du terme. Et l'homme, dont les t-shirts sont souvent le reflet peu discrets de ses sentiments, ne laisse pas passer l'occasion : à la fin du GP d'Australie, le 17 octobre, Rossi endosse un casque et un polo avec un message écrit noir sur blanc. Deux mots qui en disent long sur les émotions qu'il veut transmettre aux passionnés des deux-roues : che spettacolo. 15 jours plus tard, au GP d'Espagne, il met la gomme pour décrocher son neuvième succès de la saison et égaler le record qui lui appartenait depuis le championnat 2003. " Mon bilan est superbe : le titre mondial et neuf victoires comme avec la Honda malgré le fait que j'ai récolté un peu moins de points. Enfin, il y a quand même un score que j'ai amélioré : j'ai chuté deux fois cette saison et aucune l'année dernière ", a commenté Rossi qui, pour la circonstance avait endossé un t-shirt noir avec che spettacolo, en lettres dorées cette fois. Valentino est le fils du pilote des années 70 GrazianoRossi, qui terminait troisième du championnat mondial 250cc en 1979 et de Stefania Palma. L'ambiance moto, il est tombé dedans tout petit. Et n'a pas attendu longtemps pour démontrer qu'au rayon sports moteur, il possédait un certain feeling. Il avait 11 ans le jour de sa première expérience positive. Le 25 avril 1990, il remportait une épreuve de go-kart. Un bonheur de courte durée : son père lui expliqua que ce sport était exigeant financièrement et il lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'il se consacre à la mini-moto. Le choix se révéla judicieux. Le jeune pilote s'adjugea des épreuves et des titres régionaux à tire-larigot à tel point qu'en 1993 il débutait, à Magione, en Sport Production 125cc, sur une vraie moto, une Cagiva. Un an plus tard, il remportait le titre national et se classait troisième du championnat d'Europe. En 1997, à 18 ans, il devenait champion du monde 125cc sur une Aprilia. Deux ans plus tard, il se répétait en 250cc. En 2001, il s'imposait dans la catégorie reine et devenait le troisième pilote dans l'histoire de la moto de vitesse à avoir décroché un titre mondial dans trois catégories différentes après PhilRead (125cc, 250cc et 500cc) et Mike the bike Hailwood (250cc, 350cc et 500cc) : Depuis, il a enchaîné les titres malgré le fait d'avoir changé d'écurie, délaissant celle du top, pour une autre, moins fringante. " Je ne m'attendais pas moi non plus à remporter le titre mondial dès la première année ", re-connaît Rossi. " Nous nous étions donné deux ans même si j'avais beaucoup apprécié ma moto lors de mon premier essai. J'espérais terminer le mondial dans les trois premiers et la victoire lors du premier GP à Welkom, en Afrique du Sud, ne m'avait pas fait changer d'avis. Je me répétais qu'il était encore trop tôt pour s'emballer ". Le voilà nanti de quatre titres dans la catégorie reine, seuls GiacomoAgostini (8) et Mike Doohan (5) ont fait mieux. Sur le plan purement médiatique, le phénomène Rossi a débuté en 1997. Ses résultats y étaient pour quelque chose mais également sa capacité innée de conquérir le public : grâce non seulement à sa manière incroyable de fêter chaque succès mais aussi par ses déguisements, ses railleries et autres pitreries. Sur tous les circuits, les passionnés guettent la dernière trouvaille du pilote italien qui, selon les circonstances, se déguise en Robin des Bois, Superman ou en Romain. Le résultat de tout ce show fait que Rossi est devenu, en Italie, plus populaire que Michael Schumacher au point de plaire plus aux publicistes que l'Allemand. En 2000, une telle comparaison était impossible : le vaste public transalpin suivait avec passion le retour de Ferrari aux avant-postes dû à Schumi tandis que le mondial moto voyait son intérêt confiné à quelques groupes de passionnés. Mais depuis, Vale est devenu le plus grand talent de tous les temps tout en brisant les règles établies. Par son comportement, Rossi est devenu un spectacle dans le spectacle, digne de la meilleure tradition des shows à l'américaine, mais encore plus efficace parce que bourré d'ironie et de malice. Ainsi quand on lui demande s'il n'a pas puisé sa motivation dans l'envie de battre Honda, il s'est contenté de rétorquer : " Absolument pas. Je n'ai jamais couru contre Honda même si la battre constitue un grand plaisir (il rit) ". Quel conseil leur donnerait-il pour le battre : " Peut-être qu'ils me reprennent avec eux ! " Les tifosi l'adorent. Même les femmes alors qu'il n'est pas, à vrai dire, un sex-symbol. Et voilà que le feu follet est devenu le roi Midas qui transforme en or tout ce qu'il touche. Il est fort probable que Rossi (22,6 millions d'euros) ne recueillera jamais les sommes amassées par Schumacher ou Tiger Woods (80 millions de dollars pour le pilote et 80,3 millions pour le golfeur, selon le magazine Forbes) et à la dernière mise à jour, il n'entrait pas dans le top 20 des sportifs les mieux payés mais, au hit-parade de la sympathie, il devance tout le monde. On ne compte plus les sociétés, des télécoms au fabriquant de bière, qui veulent s'assurer ses services. Yamaha est la première à se réjouir de tout cela : lors des neuf premiers mois de l'année, la firme japonaise a enregistré une augmentation de ses ventes totales de 52 % (61.000 engins) et a écoulé 22.300 motos soit 30 % en plus que douze mois plus tôt. Pour la première fois, la firme d'Iwata a vu un de ses modèles, la FZ6 Fazer, devancer la Hornet fabriquée par le rival Honda. Et ce n'est pas tout : les ventes de scooter ont grimpé de 70 % et les 4.000 répliques de la M1 de Valentino Rossi ont été liquidées en deux mois. Cela fait plusieurs années que Rossi a décidé de s'installer à Londres, dans le quartier résidentiel de St-James's Park pour pouvoir vivre comme les jeunes de son âge. En Italie, il était arrêté à chaque coin de rue et sa notoriété ne lui permettait plus de sortir, de faire du shopping (principalement des magasins de vêtements et de musique), d'aller au restaurant ou en discothèque. Il aime se rendre dans l'East End où se trouvent les les DJ en vogue et quand il est en veine de mondanités, il se dirige soit dans un club select où il retrouve la jet-set internationale, et notamment le prince Henry, autre trublion notoire, soit dans un autre fréquenté par des top-modèles, des acteurs ou des sportifs célèbres. Londres est un refuge mais aussi un choix économique puisque le fisc anglais se montre moins exigeant à son égard que son homologue italien. Ceci étant, Rossi a installé son quartier général dans un restaurant italien même s'il aime beaucoup la cuisine... japonaise. Nicolas Ribaudo, avec ESM