"Il y a du Romario en lui. " Le comparatif est osé. Et pourtant, difficile de donner tort à Jonathan Zebina, ex-défenseur de la Roma et de la Juventus, lorsqu'il évoque Wissam Ben Yedder. Même taille (ou presque), même agilité balle au pied, même sens du but, l'attaquant séduit sous le maillot du FC Séville depuis plus de deux ans grâce à un jeu raffiné.
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"Il y a du Romario en lui. " Le comparatif est osé. Et pourtant, difficile de donner tort à Jonathan Zebina, ex-défenseur de la Roma et de la Juventus, lorsqu'il évoque Wissam Ben Yedder. Même taille (ou presque), même agilité balle au pied, même sens du but, l'attaquant séduit sous le maillot du FC Séville depuis plus de deux ans grâce à un jeu raffiné. Le Standard, qui accueille les Blanquirojos jeudi prochain, 29 novembre, connaît bien ce joueur rapide et ultra-doué, qui lui avait collé un doublé lors du naufrage au stade Sanchez Pizjuán. Malgré tout ce talent, le joueur de 28 ans (il est né le 12 août 1990 à Sarcelles) reste un second couteau du foot français, dans l'ombre des Griezmann, Mbappé et consorts. Club moins clinquant, éclosion plus tardive, le parcours du Sevillista est à marquer du sceau de la patience. Portrait. Cette technique, cette façon de se mouvoir avec le cuir collé aux basques ne vient pas de nulle part. Avant de donner le tournis à ses adversaires sur les prés, le jeune homme était un excellent joueur de futsal. Il atteint même l'équipe de France, avant de renoncer pour se concentrer définitivement sur le jeu à onze. Reste que le petit frère du foot est une école parfaite pour le droitier, qui sait très vite qu'il ne pourra pas miser sur une dégaine de colosse pour s'imposer physiquement. À force de travail et de matches, c'est au son des crissements de semelles qu'il apprend à gérer les duels et se forge un touché exquis. Celui qui lui permettra de se frayer un chemin vers le haut niveau. Le passage à l'herbe ne va pas modifier ce trait de caractère. " C'est un formidable professionnel ", s'enthousiasme Alain Casanova, son entraîneur à Toulouse entre 2010 et 2015, sur SFR Sport. " Il a une hygiène de vie extraordinaire. Il s'entraîne comme une bête. Il va m'embêter 100.000 fois parce qu'il a besoin qu'on revienne sur ses matches. Que peut-il améliorer ? Qu'a-t-il fait de bien. De moins bien ? " Cette soif d'apprendre sera l'une des clés vers les sommets. Il y a autre chose qu'il développe lors de ses années futsal en région parisienne : sa capacité à lire le jeu et à comprendre les situations. " Parfois, il nous demandait de le sortir pour analyser le jeu de l'équipe ", se souvient son ancien coach dans So Foot. " Il s'asseyait sur le banc, regardait le jeu du défenseur et dès qu'il revenait sur le terrain, il avait trouvé la parade. " Mêlée à une habileté folle avec le ballon, cette compétence l'emmènera jusqu'en Liga. Mais avant, il y a ce long passage à Toulouse. Flash-back. En 2010, WBY a déjà 19 ans et oscille toujours entre la salle et le gazon chez les amateurs d'Alfortville. Plusieurs clubs de D1 sont sur lui, dont Toulouse, qui sort grand vainqueur de la loterie. Arrivé avec une étiquette flatteuse sur le front, le gamin met pourtant deux saisons à s'acclimater. Casanova le sait, le lancer directement est la meilleure façon de cramer sa pépite. " Il y avait beaucoup de manques ", se remémore-t-il dans Ouest-France. " Sur le plan du jeu, il était très fort, très efficace devant le but, mais il faisait peu d'efforts, était trop statique. " Sage décision, car en 2012, la machine est lancée, avec déjà neuf buts inscrits en quatorze journées. La France découvre alors un jeune loup plein d'envie, mais qui doit encore apprendre la régularité. Coup de barre, puis coups d'éclat, sa première saison chez les grands se solde par un bilan plus que correct : quinze buts, six passes décisives, un pied dans 40 % des buts inscrits dans le système à une pointe de Casanova. Solide pour un bleu. En parlant de bleu, son histoire avec l'équipe de France est quelque peu compliquée. En 2012, il manque de briser son avenir en sélection après avoir fait le mur aux côtés d'un certain Griezmann en plein rassemblement avec les Espoirs. Une petite sauterie qui lui coûte une suspension de plusieurs mois et menace de lui coller une sale réputation à l'époque où Samir Nasri fait encore des siennes. Absent du Mondial 2014, il l'est également de l'EURO deux ans plus tard, malgré une saison à 23 pions et cinq assists, une demi-finale de Coupe de la Ligue et un maintien en L1. Ben Yedder bénéficie depuis lors d'une belle campagne de pub pour convaincre DD de le reprendre. Il est finalement rappelé pour la première fois en mars 2018 et dispute ses premières (et seules) minutes en Bleu lors d'une défaite contre la Colombie. Quelques semaines plus tard, c'est à nouveau la déception : il ne prend pas part à l'épopée française en Russie. Forcément, la Tunisie, pays où se situent les racines de ses ancêtres, le drague ouvertement. Mais pour l'attaquant, la donne est claire. " L'Équipe de France est un rêve, un objectif. La Tunisie ? J'ai toujours dit que ça serait avec la France ", affirme-t-il sur Canal +. Limpide. Et pour atteindre ce but ultime, Wissam met le cap sur l'Andalousie, histoire de faire danser le flamenco aux défenses de Liga après avoir retourné celles de l'Hexagone. Après quatre saisons et 71 buts au Téfécé, Ben Yedder débarque au FC Séville pour neuf millions d'euros. Une somme dérisoire pour un élément de 26 ans, régulier (il a planté au moins quinze buts par saison à Toulouse, pas mal quand on sait que le club luttait contre la relégation) et ambitieux. Débute alors une expérience paradoxale : meilleur buteur du club durant ses deux premières saisons dans le sud de l'Espagne, ni Jorge Sampaoli, ni Eduardo Berizzo, ni Vincenzo Montella ne voient en lui un titulaire en puissance. Frustrant. Ses stats sont pourtant claires : 18 buts en 26 titularisations, une action décisive toutes les 94 minutes la première année, 22 pions pour 31 départs et décisif toutes les 101 minutes la deuxième, l'attaquant fait mieux que ses concurrents. Rebelote en début de saison 2018-2019 : André Silva lui est préféré. Pire, le club pense même à le revendre. Mais un triplé contre Levante finit de convaincre Pablo Machín, qui transforme alors son système à un seul attaquant en une disposition à deux pointes. Une réussite. Excepté une défaite sur le terrain de Barcelone, les Andalous n'ont plus perdu en championnat, avec notamment un 3-0 bien tassé face au Real Madrid. Ben Yedder ? Il est déjà le deuxième meilleur buteur de son équipe, business as usual... Et si cette fois, c'était la bonne pour le patient Wissam ?