En fait, les données sont simples: il suffit que Geert De Vlieger préserve ses filets inviolés, comme il l'avait fait contre l'Ecosse, pour que la Belgique se qualifie pour la Coupe du Monde 2002. "C'est plus facile à dire qu'à faire", rétorquent de concert Glen De Boeck et Eric Van Meir, qui formaient la charnière centrale de la défense le 5 septembre dernier. Tous les scénarios sont en effet imaginables. Et, d'abord, quelle sera la composition de l'équipe?
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En fait, les données sont simples: il suffit que Geert De Vlieger préserve ses filets inviolés, comme il l'avait fait contre l'Ecosse, pour que la Belgique se qualifie pour la Coupe du Monde 2002. "C'est plus facile à dire qu'à faire", rétorquent de concert Glen De Boeck et Eric Van Meir, qui formaient la charnière centrale de la défense le 5 septembre dernier. Tous les scénarios sont en effet imaginables. Et, d'abord, quelle sera la composition de l'équipe?Evoluerez-vous encore côte à côte dans l'axe dans la défense à Zagreb?Van Meir: C'est à Robert Waseige de décider. Face à l'Ecosse, le duo que je formais avec Glen avait très bien fonctionné. Mais Joos Valgaeren revient. C'est un luxe d'avoir l'embarras du choix. De Boeck: Lors du match face à l'Ecosse, tous les regards étaient braqués sur Eric et moi. A l'issue de la rencontre, j'ai perçu comme un ouf de soulagement de la part des observateurs, parce que la défense n'avait pas encaissé de but. A croire que le bon fonctionnement de notre duo était plus important que le résultat du match. Je pense qu'Eric et moi avons démontré notre complémentarité, mais je n'ignore pas que, dans le passé, la paire Van Meir-Valgaeren s'était montrée très performante également. Si Joos n'avait pas été blessé, il aurait joué contre l'Ecosse. J'accepterai la décision de Robert Waseige. Je suis un joueur parmi les dix-huit, candidat à une place de titulaire mais tout autant candidat à une place sur le banc. Le rendement du groupe est plus important que la satisfaction d'un individu. Aviez-vous vous-mêmes des doutes sur votre complémentarité?De Boeck: Personnellement, non. J'ai toujours été convaincu que nous ne rencontrerions pas de problèmes. Van Meir: J'avais l'impression de devoir démontrer ce qui ne devait plus l'être. En deuxième mi-temps du match amical en Finlande, nous avions évolué ensemble pour la première fois depuis un tournoi à Chypre, à l'époque de Georges Leekens. Malgré la défaite 4-1, j'avais l'impression que cela s'était bien passé entre Glen et moi à Helsinki. Mais, plutôt que s'attarder sur les mérites des Finlandais, on a préféré mettre le doigt sur nos faiblesses. En Belgique, on ne voit que le négatif. Si nous n'avons pas concédé d'occasions aux Ecossais, c'était aussi à cause de l'impuissance de ceux-ci, sans doute? Je sais que j'ai beaucoup de détracteurs et cela ne changera sans doute pas. La saison dernière, certains observateurs ne comprenaient pas qu'on vous sélectionnait malgré la saison en demi-teinte du Lierse, alors que Glen, qui disputait la Ligue des Champions avec Anderlecht, n'était pas retenu.Van Meir: On a même prétendu que seule l'équipe nationale me motivait encore. Ce n'était pas une question de motivation. Simplement, c'est difficile d'être performant au sein d'une équipe qui se cherche. Si je jouais mieux en équipe nationale qu'au Lierse, c'est parce que j'étais aspiré vers le haut avec tous mes partenaires. Mon transfert au Standard a coupé court à ces insinuations et a satisfait toutes les parties: moi le premier, qui ai rejoint un club ambitieux et un entraîneur comme Michel Preud'homme que j'avais encore côtoyé comme joueur; le Standard, qui peut compter sur un joueur déterminé; et le Lierse, qui a allégé sa masse salariale. En équipe nationale, j'ai eu la chance d'être intégré au groupe grâce à la retraite de Lorenzo Staelens. La confiance que Robert Waseige m'a témoignée constitue une belle satisfaction. J'ai disputé toutes les rencontres à l'exception du déplacement en Ecosse. Robert Waseige change très rarement son équipe, sauf lorsqu'il y est obligé. Et les résultats lui ont donné raison. Il dispose d'un groupe homogène auquel il accorde un large crédit. C'est rassurant pour les joueurs, qui ne doivent plus craindre d'être écartés à la moindre contre-performance. Glen, avez-vous l'impression d'être davantage apprécié aujourd'hui que par le passé?De Boeck: Le jugement que l'on porte sur moi est sans doute influencé par les quatre buts que j'ai inscrits en Ligue des Champions. En fait, je suis apprécié parce que je marque alors que ma tâche principale est de défendre. D'une certaine manière, c'est compréhensible parce que les buts attirent l'attention, mais je n'ai pas l'impression de mieux jouer que la saison dernière. La seule différence, c'est qu'à l'époque, Jan Koller et Tomasz Radzinski attiraient tous les regards. Van Meir: Il en allait de même pour moi à l'époque où j'ai inscrit seize buts sur la saison. Pour cette raison, j'étais alors considéré comme l'un des meilleurs... défenseurs du pays. Le premier match contre la Croatie a été joué trois mois après l'EURO 2000, qui s'était terminé par une cruelle défaite 0-2 contre la Turquie. Robert Waseige a-t-il tiré les leçons de cette désillusion?De Boeck: Contre la Turquie, les observateurs extérieurs avaient reproché aux Diables Rouges de s'être lancés trop rapidement à l'assaut du but adverse alors qu'un partage était suffisant. C'était une question d'orgueil: à domicile, sous les regards de l'Europe entière, la Belgique avait envie de montrer son plus beau visage. Mais le scénario de ce match est effectivement revenu dans les conversations à l'heure de recevoir l'Ecosse. Il fallait éviter de commettre la même erreur. Van Meir: Robert Waseige tient surtout compte de la qualité des joueurs qui composent son effectif. Nous forgeons nos meilleurs résultats en nous appuyant sur la collectivité. Nous n'avons pas une équipe où six ou sept joueurs peuvent se permettre d'évoluer devant le ballon. Au cours de la campagne éliminatoire, les Diables Rouges ont réalisé un parcours presque parfait: 6 sur 6 contre la Lettonie et St-Marin, et 4 sur 6 sur six contre l'Ecosse. Le 0-0 initial contre la Croatie représente-t-il la seule fausse note?Van Meir: On peut regretter de ne pas avoir battu la Croatie à Bruxelles. Nous en avons eu l'occasion. Mais Geert De Vlieger a aussi eu un arrêt déterminant en fin de match. Dès lors, ne faisons pas la fine bouche. Dans notre groupe, on recensait trois favoris: la Belgique, la Croatie et l'Ecosse. Dans les confrontations mutuelles, il n'y a eu qu'une seule victoire: celle des Diables Rouges sur les Ecossais. De Boeck: Le fait d'être toujours invaincu, à une journée de la fin, est très positif. Il ne manque que la cerise sur le gâteau, sous la forme de la qualification. Avez-vous senti une évolution dans l'équipe depuis ce 0-0 initial?Van Meir: Les deux matches contre la Lettonie se sont déroulés selon un scénario identique: nous avons inscrit deux buts dans les dix premières minutes et avons ensuite contrôlé la partie. A Riga, nous avons disputé tactiquement l'un des meilleurs matches des Diables Rouges de ces dernières années. Contre St-Marin, à domicile, nous avons inscrit un nombre anormalement élevé de buts. Les spectateurs se sont bien amusés ce soir-là. Un tel score-fleuve est très rare de nos jours. Sans vouloir en tirer trop de gloire, je dois reconnaître qu'il a contribué à réconcilier les Diables Rouges avec leur public. Les derniers sceptiques ont dû revoir leur point de vue. Nous avons été moins prolifiques là-bas: c'était un match de fin de saison, mais l'essentiel a été acquis avec la victoire. Je crois que la Belgique a progressé au fil de la compétition. Elle a gagné en confiance, mais celle-ci vient avec les résultats. C'est en Ecosse que s'est, selon moi, produit le véritable redressement. Menés 2-0 et réduits à dix, nous avons trouvé la force de caractère pour revenir à 2-2. De Boeck: En Ecosse, nous avons mieux joué à dix qu'à onze. C'est très curieux. Mais cette égalisation forgée dans les derniers instants a fait un bien fou au moral. Le fait d'avoir su remonter deux buts à Glasgow est-il encourageant dans l'hypothèse où nous serions également menés à Zagreb?De Boeck: Sans doute, mais chaque match a son histoire et les comparaisons ne sont pas de mise. Sur le plan footballistique, on ne peut pas comparer les Ecossais aux Croates. Ce sont deux styles tout à fait différents. Les Ecossais pratiquent par des ballons aériens alors que les Croates préfèrent jouer au sol. Techniquement, les Croates sont supérieurs, mais paradoxalement, je trouve que leur principale qualité réside dans l'imperméabilité de leur défense. Ils concèdent très peu d'occasions à l'adversaire. Leur entrejeu est aussi impressionnant: lorsque Robert Prosinecki évoluait au Standard, je trouvais qu'il ralentissait le jeu, mais avec son équipe nationale, il m'a époustouflé face aux Ecossais. Je ne pense pas que les Croates se rueront d'entrée à l'assaut de notre but. Ils affichent une certaine prudence: face aux Ecossais, ils avaient toujours conservé beaucoup d'hommes derrière le ballon. Faudra-t-il songer prioritairement à attaquer ou à défendre à Zagreb?De Boeck: En parler maintenant n'a aucun sens: les circonstances du match détermineront l'option à choisir. Nous ne devons pas avoir la prétention de vouloir balayer les Croates sur leurs terres, mais nous devons aussi être conscients de nos qualités et jouer sur nos points forts, qui sont avant tout la solidarité et la collectivité. En partant d'une bonne organisation, il y a moyen de se créer des occasions de buts. Je pense que nous devrons marquer pour nous qualifier. Van Meir: Je crois qu'il sera surtout important d'inscrire le premier but. Si les Croates ouvrent la marque, ils risquent de se replier et de nous laisser venir. Or, nous sommes moins à l'aise lorsqu'il s'agit de faire le jeu. Geert De Vlieger a donné tous les apaisements lors des matches précédents.De Boeck: Je ne comprends pas qu'on ait pu douter de ses capacités. Geert est un grand gardien, point à la ligne. On n'est pas considéré par hasard comme le meilleur gardien du championnat des Pays-Bas devant des garçons comme Dudek ou Waterreus. Le malheur de De Vlieger, c'est qu'il a très longtemps payé un lourd tribut pour une petite erreur qu'il avait commise contre l'Inter Milan. Van Meir: Geert a déjà sauvé des buts tout faits à maintes reprises, mais on préfère mettre l'accent sur ses défauts plutôt que sur ses qualités. C'est typiquement belge. Emile Mpenza revient. Mais Wesley Sonck fut excellent contre l'Ecosse.Van Meir: Avoir l'embarras du choix, c'est un problème de luxe. Robert Waseige doit être heureux de pouvoir choisir entre deux bons attaquants. Wesley s'implique davantage dans les combinaisons, tandis qu'Emile est toujours capable d'exploiter sa pointe de vitesse. Celle-ci peut être utile en Croatie. De Boeck: Je dois reconnaître que Wesley m'a impressionné par son sens du but, y compris à l'entraînement. Et face à l'Ecosse, il a été déterminant. Mais c'est tout le groupe qu'il faut mettre en évidence. Nous avons démontré que nous étions supérieurs aux Ecossais dès l'instant où nous avions retrouvé notre football. Cette victoire ne nous assure malheureusement pas encore la qualification: elle n'a fait qu'éliminer l'Ecosse de la course à la première place. L'avantage est qu'à un match de la fin, nous avons toujours notre sort en main. Auriez-vous préféré disputer le match décisif à domicile?De Boeck: Personnellement, je ne trouve pas que le fait de jouer à Zagreb soit un handicap. Surtout dans la situation actuelle, où nous partons avec deux points d'avance. Van Meir: Les Croates sont obligés d'attaquer, et avec les joueurs dont nous disposons, nous sommes très efficaces en contre-attaque. De Boeck: On sait que l'ambiance sera chaude, mais nous en avons vu d'autres. Je suis certain que le groupe actuel se rendra à Zagreb avec la ferme intention d'y forger un résultat. C'est cette détermination qui m'avait le plus impressionné lors des dix jours ayant précédé le match face à l'Ecosse: c'était une longue phase de préparation, mais nous n'avons commencé à parler du match que la veille ou l'avant-veille de celui-ci. Une grande assurance et une grande sérénité se dégageaient. Daniel Devos