Charles De Ketelaere était la surprise du chef, la saison dernière, face au PSG. C'est lui qui avait été choisi pour remplacer Ruud Vormer, suspendu face aux Parisiens. Il s'est tellement bien débrouillé qu'après le Nouvel An, il est devenu titulaire. On apprécie sa touche de balle, sa vision du jeu et son sens du placement. Avant lui, d'autres ont pointé le bout du nez, puis ont disparu. À Bruges, la barre est placée très haut.
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Charles De Ketelaere était la surprise du chef, la saison dernière, face au PSG. C'est lui qui avait été choisi pour remplacer Ruud Vormer, suspendu face aux Parisiens. Il s'est tellement bien débrouillé qu'après le Nouvel An, il est devenu titulaire. On apprécie sa touche de balle, sa vision du jeu et son sens du placement. Avant lui, d'autres ont pointé le bout du nez, puis ont disparu. À Bruges, la barre est placée très haut. CHARLES DE KETELAERE: Je la place surtout très haut moi-même. Je pense que j'ai autant à prouver que la saison dernière. La différence, c'est que les gens me connaissent. Les objectifs sont différents également. L'an dernier, je voulais juste rester dans le noyau A. Je devais me montrer et forcer mon destin. Le fait qu'on attende davantage de moi ne me fait pas peur. La pression, je me la mets souvent moi-même, car je ne suis pas souvent content de moi. J'aime regarder mes matches seul à la maison. Ma mère veut parfois regarder avec moi, mais je n'aime pas, car elle est toujours contente (il rit). Tu étais titulaire en finale de la Coupe. Comment analyses-tu ce match ? DE KETELAERE: C'était mauvais. Dans ce genre de match, c'est souvent tout ou rien. Nous sommes passés à côté. J'avais trop peu d'énergie pour tirer l'équipe. Quand ça ne va pas, il faut des gens qui secouent les autres. J'aurais dû le faire. L'Antwerp a pris l'avance et était sur du velours. Ils méritent leur victoire. On ne t'a pas vu plonger dans les espaces. DE KETELAERE: C'est vrai. En face, c'étaient des bêtes. Ils jouaient en bloc et il n'était pas facile de créer. Nous aurions dû faire mieux, trouver d'autres solutions. Notre première mi-temps n'était pas bonne et je ne l'ai pas encore digérée. Tu es satisfait de votre préparation ? DE KETELAERE: Pas vraiment, non. Sinon, j'aurais joué un plus grand rôle par la suite, je me serais montré davantage. Je me suis entraîné dur, je n'étais pas frais. Je suis grand, j'ai besoin d'énergie, de pouvoir sprinter. Je me sentais mou et j'ai l'impression d'avoir perdu une bonne partie de mon jeu alors que, justement, je voulais davantage faire tourner l'équipe, mettre la barre plus haut. Les journalistes sont plus critiques aussi. DE KETELAERE: C'est vrai, mais ça ne fait pas de tort. Je n'ai pas de problème à ce qu'on me juge sur un match. Je sais qu'à 19 ans, j'ai des hauts et des bas. Personne n'attend de toi que tu fasses tourner l'équipe. DE KETELAERE: Non, mais je veux y arriver. Je me mets la pression. Après la finale de la Coupe, tu as perdu ta place. À juste titre ? DE KETELAERE: (il rit) À moi de montrer que je peux apporter quelque chose à l'équipe. Personne n'aime être sur le banc. J'espère qu'avec la présence du public, nous jouerons autrement. Je ne cherche pas d'excuses, mais c'est quand même plus gai. On a beau dire que ça doit venir de nous, c'est plus facile quand on est soutenu par 20.000 personnes. On n'a pas vu beaucoup de 5-2 ni de 4-1 dans les premières semaines. Débuter face au PSG n'est pas donné à tout le monde. C'est déstabilisant ? DE KETELAERE: Je suis quelqu'un de calme, mais avant le match, je ne savais pas trop comment gérer ça. Finalement, tout s'est bien passé. Je joue toujours mieux quand il y a de la pression, je me laisse entraîner par l'ambiance. On me disait que je n'avais rien à perdre, mais je n'étais pas d'accord : si j'avais mal joué, j'aurais perdu ma place et je n'aurais peut-être jamais été repris en championnat. Je savais que ce match pouvait déterminer la suite. Vous voyez : je me mets toujours la pression. Percer, c'est une chose. Confirmer, c'en est une autre. DE KETELAERE: C'est vrai, mais j'ai bien l'intention d'y arriver. Tes prédécesseurs aussi. Qu'est-ce qui peut faire la différence ? DE KETELAERE: La mentalité, je pense. La personnalité. Le talent, d'abord. Gérer la pression. Je vis au jour le jour. J'ai des objectifs, mais je les garde pour moi. Je veux jouer, être titulaire et prester. Pas me contenter d'être là, faire de bonnes choses. Bienvenue dans la jungle, comme dirait Mata. C'en est une ? DE KETELAERE: Bah, je trouve que nous avons un bon groupe. Mon frère jouait à Varsenare et là aussi, il y avait de la concurrence. On la sent, mais ça ne me tracasse pas. Je ne me dis jamais que je vais être dans la tribune, je pense toujours que je vais jouer. Quelle est ta place préférée ? DE KETELAERE: Question difficile. Un poste offensif. En équipe nationale, j'ai joué sur le flanc droit, avec la possibilité de rentrer dans le jeu. J'ai aimé ça. Deuxième attaquant, ça me va aussi. Je pense que c'est en tant qu'attaquant que j'apporte le plus pour le moment, mais à l'avenir, ce sera dans l'entrejeu. Pour le moment, Hans et Ruud sont meilleurs que moi. Je dois être plus mûr. Quand un attaquant rate une action, ce n'est pas grave. Or, j'aime prendre des risques. Un médian doit faire plus attention, mais quand je serai meilleur et plus costaud, ce sera ma place. Il se pourrait cependant que, dans cinq ans, je sois toujours devant. La polyvalence est-elle importante ? DE KETELAERE: (il approuve) Si je ne jouais qu'en 10, je n'en serais pas là. Il y a plus de rotations avec les joueurs offensifs. DE KETELAERE: C'est vrai. Koussounou joue moins parce que quand ça va bien derrière, on ne change pas. Thierry Siquet, qui entraîne l'équipe nationale U17, dit que tu es davantage un médian infiltreur qu'un meneur de jeu. DE KETELAERE: Je pense être les deux. Avec lui, j'étais défenseur central. Il n'a donc pas dû souvent me voir monter (il rit). C'est une drôle d'histoire. En équipe nationale Tard Matures, j'étais assez grand, mais un peu frêle, alors on m'a mis en défense centrale. Je ne sais pas si je me débrouillais bien ou mal, mais je n'étais pas à l'aise. Après, Bruges m'a fait jouer à cette place aussi. Mais quand je suis monté en Espoirs, l'entraîneur a directement dit que j'étais un médian. J'étais content, car j'ai davantage l'âge d'un joueur offensif. Seulement, je dois progresser au niveau du timing et du passing. J'ai encore pas mal de points faibles. Tu as joué au tennis. Ça aide ? DE KETELAERE: Calculer la trajectoire de balle, c'est très important, pouvoir accélérer sur des espaces courts aussi. Ce sont des choses que j'ai acquises au tennis. Il est important que les enfants pratiquent plusieurs sports. Contrairement à mon frère, j'ai toujours été un perfectionniste. Lui, il accepte la défaite, moi pas. Et au tennis, quand on perd, on ne peut rejeter la faute sur personne d'autre. Je n'aimais pas les tricheurs non plus. Je pétais les plombs. C'est pourquoi j'ai arrêté le tennis. (il rit)Le tennis t'a-t-il aussi aidé à calculer tes trajectoires de passes ? DE KETELAERE: Je ne pense pas. Le tennis ne devient tactique qu'à partir d'un certain âge. J'ai joué à un haut niveau, mais chez les enfants, pas chez les pros. Les mercredis et les vendredis, tu t'entraînais à Wilrijk l'après-midi, et à Bruges le soir. C'était dur, non ? DE KETELAERE: J'avais école jusqu'à midi, puis nous étions trois ou quatre à prendre la route pour Wilrijk, pour nous entraîner de 13h30 à 16h30. Ensuite, je revenais aussi vite que possible à Bruges pour aller au football. J'ai toujours eu beaucoup d'énergie. Je ne sais pas rester longtemps sans faire de sport. Pendant les vacances, j'étais le plus difficile à la maison. Le foot, c'est ma passion. Je ne sais pas si c'est vrai, mais ma mère dit que le premier mot que j'ai prononcé, c'était balle. Mon frère jouait avec des dinosaures, moi avec un ballon. À la maison, on faisait des un-contre-un dans le living avec des balles en mousse, le bureau servait de but. Mais le football, c'est aussi courir. Tu aimes ça ? DE KETELAERE: (il rit) Derrière un ballon, oui. Dans les bois, beaucoup moins. Je suis assez discipliné pour le faire, mais ce n'est pas mon truc. Par contre, si vous me demandez de jouer au foot trois heures d'affilée, je fonce. J'y mets toute mon énergie. Je n'aime pas trop quand on défend. Je préfère prendre l'adversaire à la gorge. Mais l'important, c'est la victoire, quelle que soit la manière. Comme Charleroi. Quand on a 18 points sur 18, on ne peut pas dire que c'est juste de la chance ou de l'anti-football. Tu aimes regarder le foot ? DE KETELAERE: Pas si je suis chez ma copine, mais à la maison, oui (il rit). La semaine dernière, l'équipe nationale jouait et on ne voyait le match que sur Proximus. Ma mère aime voir tous mes matches et elle m'a bien demandé dix fois si elle ne pouvait pas venir au stade. Mais c'était interdit. Alors, elle a pris contact avec Proximus pour demander de lui installer immédiatement un décodeur. Maintenant, nous avons Telenet et Proximus. Elle est infirmière à domicile ? DE KETELAERE: Oui, c'est un métier difficile. Elle est indépendante et peut donc choisir ses heures. Quand il y a du foot, elle travaille moins. Elle commence à six heures pour avoir fini à treize heures. Et tu prépares le repas pour elle quand elle rentre ? DE KETELAERE: Non, mais je me suis juré d'être plus mûr (il rit). Je veux apprendre à cuisiner, mais ça dépend d'elle. Quand je dis que je vais le faire, elle ne veut pas. Elle en fait parfois trop pour moi. Parfois, elle ne va pas voir ses amies parce que je suis là, mais j'ai 19 ans, je peux rester un soir tout seul à la maison. J'aime bien ça, même. On s'entend bien. Tu ne te sens pas mûr ? DE KETELAERE: À vrai dire... Je pense que c'est dû au fait que je vis toujours à la maison. Ça ne me tracasse pas trop. Dans l'équipe, beaucoup de jeunes de mon âge vivent seuls. En équipe nationale aussi, mais je n'ai aucune raison de le faire. Ta vie a-t-elle beaucoup changé depuis que tu joues en équipe première ? DE KETELAERE: Oui. Quand je vais courir près de chez ma copine, je rencontre beaucoup de cyclo-touristes qui m'adressent la parole. Toujours des félicitations, jusqu'ici. Mais l'an dernier, je suis allé prendre un verre à Gand avec mon frère : ce n'était pas un bon plan, nous sommes partis après cinq minutes. Tu vas encore à l'école ? DE KETELAERE: En juin, j'ai passé deux examens sur dix ou onze. Je les ai réussis, mais je ne sais pas ce que je dois faire. Il y a beaucoup de matches : 22 avant la trêve hivernale, je pense. Pendant le confinement, ce n'était pas un problème. En étudiant deux heures par jour, je devrais y arriver, mais j'ai besoin de temps libre aussi. Quand on étudie, on a toujours quelque chose en tête. Bref, je réfléchis. Mon père dit de faire branche par branche : ça m'occuperait. Mais est-ce le but ? Ça me mettrait de la pression aussi, car je ne veux pas échouer. Le droit te passionne-t-il ? DE KETELAERE: Il y a un peu de ça, aussi. J'ai choisi ce domaine parce que je pouvais combiner avec le football, mais si je n'avais pas joué au foot, j'aurais choisi autre chose : les langues ou... des cours de cuisine (il rit). Ou la lecture. Il y a une semaine, j'ai entamé un livre sur Hitler. J'ai toujours été intéressé par l'histoire. J'ai déjà lu trente pages, pendant que ma copine étudiait. Mais maintenant qu'elle a du temps libre, plus besoin de livre (il rit). Pourquoi prends-tu seulement du muscle maintenant ? DE KETELAERE: Je n'en ai pas la moindre idée. Je fais de la muscu depuis qu'on me le demande, mais ça marche seulement maintenant. Il y a un an, je pesais 73 kilos. Maintenant, 78 ou 79. Je le sens dans les duels. À seize ans, j'étais jaloux des autres, mais il faut parfois être patient avec la nature. Ça m'a peut-être permis de miser davantage sur ma technique. C'est plus facile de prendre du muscle que d'apprendre à dribbler.