Du grenier à la cave en un clic.
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Du grenier à la cave en un clic. Des Bisounours à Star Wars en 3 minutes. Une ambiance peut changer très vite. Dimanche soir, Aleksandar Jankovic et Felice Mazzù se font la bise, parlent de respect mutuel. Joli. Trois minutes plus tard, le tableau est complètement différent devant le stade de Charleroi. Des autopompes, des pelotons de policiers, des bergers allemands, des barbelés, des militaires en treillis, un hélico qui survole la ville. Pour un match de foot. Il y a moyen de rire dans ce vacarme, dans cette atmosphère ultra sécuritaire qui rappelle les attentats. On rigole quand quelques curieux se mettent à siffler l'air du Pont de la rivière Kwaï au moment où des policiers accélèrent subitement le pas, en rang, le clébard au bout de la laisse. Ils sont appelés en urgence, un peu plus bas sur le boulevard. Le risque paraît énorme, la ville est en niveau d'alerte 4 : on craint une baston entre les supporters de Charleroi et ceux du Standard qui n'ont pas trop envie de remonter dans leur bus. Tout le monde est frustré parce que quelques débiles viennent peut-être de faire perdre des points à leur équipe. Pour retrouver le même déploiement, il faut remonter au soir où Charleroi a basculé en D2. L'objectif était alors de protéger la famille Bayat, qui allait bien devoir quitter le stade. " Ces fanatiques fous furieux abreuvés de haine et de bière, défiant les crétins en bleu, insultant les salauds en vert ", chantait Renaud. C'était un choc wallon finalement banal. Ce n'était pas The Voice, c'était bien pire. On entendait des " Anti-Standard ", des " Liégeois fils de pute ", des " J'encule les Carolos ", des " Emmenez-moi au Pays Noir, emmenez-moi au pays des bâtards ". La routine. On y ajoute les fumigènes, les pétards et le contenu de certaines poches balancé sur la pelouse. Ça devient une routine qui coûte bonbon. Charleroi est plus ou moins régulièrement sanctionné financièrement pour les débordements de ses supporters. Et le Standard bat tous les records : 100.000 euros pour les incidents à l'Ajax cette saison, plus de 450.000 euros depuis 2008 ! Ah, si la pelouse du stade de Charleroi pouvait parler... On se souvient d'un lancer de balles de tennis, il y a eu une projection de Foot Magazine sur le pré, évidemment les pièces de monnaie et les inévitables briquets et gobelets de bière. Dimanche, on a aussi ramassé une petite lampe torche, en plus d'engins pyrotechniques plus ou moins dangereux. Qui a fait quoi ? On s'étonne que les coupables ne soient pas systématiquement identifiés, sanctionnés, privés de stade. L'homme au chapeau a traversé une partie de Bruxelles, au départ de l'aéroport de Zaventem, en étant pisté par des dizaines de caméras de surveillance. On est fiché, flashé, tracé partout. Mais il n'est pas possible de zoomer sur ces quelques enfoirés qui, d'office, se placent derrière les buts ? Etonnant. Il y a les caméras de surveillance et aussi celles de la télé, qui parviennent à repérer en un quart de seconde n'importe quel spectateur prestigieux dans n'importe quel stade belge. Mais pas les hooligans qui s'allègent en prenant le gardien adverse comme cible. Surprenant, vraiment. Revenons aux deux potes des bancs de touche. Et à leurs analyses contrastées. Mazzù a pété un câble dans son debriefing, il a carrément dit qu'il n'avait plus envie d'être entraîneur de foot. " Je voudrais bien vous voir, avec 3 ou 4.000 gars qui vous balancent des projectiles. " Jankovic l'a jouée slave, en mode dédramatisation totale : " Allez sur Youtube, tapez derby de Belgrade, vous verrez ce que c'est là-bas. Déjà à l'échauffement, il y a des incidents pareils. " Pour conclure par un énigmatique " Chaque derby a son histoire ". Parmi tous les gosses présents au stade, il y a ce gamin dont la photo est parue un peu partout. Habillé d'un maillot du Standard, il se bouche les oreilles et paraît terrorisé. On a aussi aperçu Daniel Van Buyten avec son môme d'à peine trois ans dans les bras. Qu'est-ce qu'il a bien pu dire à Big Dan ? " Papa, c'est ça le Big Bang ? " T'as pas école demain, toi ? ... PAR PIERRE DANVOYEC'était un choc wallon finalement banal. Ce n'était pas The Voice, c'était bien pire.