"Vivre toute une saison dans la cave de la D1 sans rien se mettre sous la dent, c'est la pire des galères ", signale Stéphane Demets qui a connu cette expérience à Beveren en 2001-2002. L'ancien médian défensif imagine parfaitement ce qui se passe dans la tête des Zèbres. C'est le temps des doutes, des tensions, des inquiétudes pour l'avenir, des économies qui fondent car les rentrées d'argent se tarissent, etc.
...

"Vivre toute une saison dans la cave de la D1 sans rien se mettre sous la dent, c'est la pire des galères ", signale Stéphane Demets qui a connu cette expérience à Beveren en 2001-2002. L'ancien médian défensif imagine parfaitement ce qui se passe dans la tête des Zèbres. C'est le temps des doutes, des tensions, des inquiétudes pour l'avenir, des économies qui fondent car les rentrées d'argent se tarissent, etc. " Personne n'imagine ce que cela représente comme souffrances. Quand la peur s'installe dans un effectif, ce n'est pas toujours fatal mais il faut être costaud. A Beveren, cette saison-là, les coaches ont défilé : Emilio Ferrera, Jean-Marc Guillou, Régis Laguesse, Edy De Bolle, Thierry Pister. Mais ce fut inutile. Au fil du temps, comme la courbe des résultats ne se redresse pas, on doute de tout : du club, des coaches, des équipiers, de soi. Est-on encore un footballeur digne de ce nom ? Sur le terrain, l'équipe tient jusqu'au moment où elle encaisse un but. Après, il n'y a plus rien, c'est souvent l'avalanche. C'est vite : -On en prend combien aujourd'hui ? Et la malchance s'acharne souvent sur les équipes malades. Rien ne leur réussit. Comme le collectif ne répond plus, chaque joueur songe progressivement à ses intérêts : pas question d'aller en D2. On veut se mettre en évidence : exploits individuels, déclarations intéressantes dans la presse pour se profiler aux yeux de l'un ou l'autre club. Il faut prouver qu'on vaut mieux que cette lanterne rouge et que cette étiquette de loser ne vous concerne pas. Les intérêts du club et des joueurs ne sont plus les mêmes. C'est humain et on en apprend beaucoup sur soi et sur les mécanismes psychologiques d'un groupe. A 34 ans, je me destine désormais au métier de coach. Cette plongée en enfer m'a beaucoup appris. C'est une galère, une jungle dont on ne sort pas intact mentalement. Et durant des mois, on ne souhaite qu'une chose : la fin du championnat pour tourner la page. C'est épuisant. On termine sur les rotules. " Dernier en 2001-02, Beveren resta malgré tout en D1 car d'autres clubs n'ont pas obtenu de licence (RWDM, Alost) ! Si une telle dégringolade peut détruire des clubs, elle hypothèque parfois la carrière de jeunes promis à un bel avenir. C'est ce qui arriva à Cisco Ferrera (le frère aîné d'Emilio et Manu) en 1972-73. Son Crossing passa à côté de son exercice, sauf contre le Standard qui fut secoué au Parc Josaphat. " J'étais un des trois gamins du coin avec Roland Danesin et Miftar Bakalli ", se souvient Cisco. " Le Crossing s'illustrait en engageant des vedettes âgées : Roger Claessen, Jos Smolders, Paul Vandenbergh, Gérard Sulon, etc. C'était un mix intéressant mais la sauce ne prit pas en 1972-1973. La chance n'explique jamais tout mais le ballon ne roula pas pour nous. Notre coach, Omer Van Boxelaer, remua ciel et terre sans trouver la bonne solution. A un moment, l'entraîneur déplaça Claessen de la pointe de l'attaque au poste de libero. C'était intéressant car Claessen n'était plus de prime jeunesse et manquait de punch à la finition. Son placement et sa détente ont été utiles en défense. J'adorais ce monstre sacré avec qui je partageais la chambre au vert. Claessen était toujours prêt à aider les autres. La veille des matches, il lisait souvent une revue, Détective ou quelque chose dans le genre. Mais quand on perd tous les dimanches, c'est tuant. A l'Antwerp, j'ai assisté à une terrible bagarre entre Smolders et Abdelkhalek Louzani. Pour nous, la rétrogradation fut un drame. Les joueurs étaient liés à leur club. Aujourd'hui, ils s'en foutent : si leur club descend, ils se taillent. Il s'agit tout au plus d'un mauvais moment. Le Crossing ne s'est jamais remis de cette catastrophe. J'avais débuté en D1 à 17 ans. Une chance et une malchance. Le plongeon en D2 a achevé le Crossing et a ruiné ma carrière. J'étais milieu ou extérieur droit. Anderlecht et le Club Bruges s'intéressaient à moi. Quand elle vit cela, la direction du Crossing me parla du Real, du Barça, etc ! Anderlecht et Bruges trouvèrent d'autres solutions car, je suppose, le Crossing fut trop exigeant. Je me suis retrouvé en D2 avec le Crossing et ma chance était passée. Si mon club était resté un an de plus en D1, ma trajectoire aurait été très différente. Finalement, le Crossing s'est exilé à Elewijt (P3). Dans le même ordre d'idées, Hasselt évolue en D3B, l'US Tournai a fusionné avec le Racing pour donner le FC Tournai (D2). Beveren s'est uni à Waasland (D2). Seul Genk a survécu à de telles épreuves. Je suis inquiet pour les Zèbres car rien n'est plus dur que de renverser le cours des choses quand on est aussi bas... " PAR PIERRE BILIC" Au fil du temps, on doute de tout : du club, des coaches, des équipiers, de soi, etc. "(Stéphane Demets)