Il y a 16 mois, Grégory Dufer débarquait au Club Bruges. Après une expérience à Caen où il avait alterné les bonnes prestations et les blessures, cet authentique espoir du football belge rentrait au pays par la grande porte. Avec l'étiquette de futur remplaçant de Gert Verheyen, non seulement au Jan Breydelstadion mais peut-être aussi en équipe nationale, où même ceux qui avaient critiqué le grand Campinois pour son manque de technique devaient bien admettre qu'un an après ses adieux, son absence se faisait toujours sentir...
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Il y a 16 mois, Grégory Dufer débarquait au Club Bruges. Après une expérience à Caen où il avait alterné les bonnes prestations et les blessures, cet authentique espoir du football belge rentrait au pays par la grande porte. Avec l'étiquette de futur remplaçant de Gert Verheyen, non seulement au Jan Breydelstadion mais peut-être aussi en équipe nationale, où même ceux qui avaient critiqué le grand Campinois pour son manque de technique devaient bien admettre qu'un an après ses adieux, son absence se faisait toujours sentir... Les débuts du Carolo à Bruges furent intéressants. Mais au fil des mois, son étoile a pâli et, alors qu'on approche du mercato d'hiver, Dufer fait de moins en moins souvent partie du groupe. Déjà international à quatre reprises, il a ainsi dû regarder les deux derniers matches européens de son équipe depuis la tribune. Et il envisage sérieusement de relancer une carrière qui, à 24 ans, menace de s'enliser. Grégory Dufer : Ce sont les gens qui ont dit que j'étais le remplaçant de Verheyen et c'est vrai qu'à un certain moment, j'ai bien pensé que cette tâche m'incomberait. Quand je suis arrivé, on m'a affirmé qu'on voulait me laisser le temps de m'intégrer, j'avais pour ainsi dire un an devant moi et je trouve que je suis allé beaucoup plus vite que cela : le nombre de matches que j'ai disputés, notamment en Coupe d'Europe, est là pour le prouver. Mais les choses se sont précipitées avec l'arrivée d'un nouvel entraîneur et, surtout, d'un nouveau système. C'est vrai qu'il y avait un nouvel entraîneur et beaucoup de nouveaux joueurs mais les défis qui nous attendaient n'étaient pas minces puisque nous avions un titre et une place en Ligue des Champions à défendre. Gert a eu un gros passage à vide, assez inhabituel pour lui et j'ai joué quatre ou cinq matches d'affilée. J'ai notamment été titulaire dans les trois rencontres de Ligue des Champions disputées en déplacement. Comme je me débrouillais bien, certains ont pensé que Verheyen ne reviendrait plus, mais c'était mal le connaître. Et moi, j'ai pris un troisième carton jaune à Anderlecht et j'ai été suspendu. Gert est revenu et il a de nouveau explosé. Après, je n'ai plus souvent été titulaire, sauf quand Verheyen était aligné à gauche. Mais j'entrais régulièrement au jeu. Dans l'ensemble, je ne pensais d'ailleurs pas jouer autant la saison dernière (19m et 2b en D1). Dans ce contexte, je pense que je me suis imposé assez vite et je suis très content de la saison livrée. Je ne sais pas. J'espère quand même que les dirigeants ou l'entraîneur ne mettent pas tout le monde dans le même sac. D'autant que la période d'adaptation prévue a tout de même été chamboulée par la venue d'un nouvel entraîneur. Et quand Emilio Ferrera est arrivé, j'ai été une fois sur le banc puis je me suis blessé. Cette saison, je n'ai été titularisé que contre Sudova (avec un but et un assist à la clef) et au Brussels, où j'ai joué 70 minutes. Est-ce assez pour voir si je conviens au nouveau système ? Cela devrait donc m'avantager. Mais on en est revenu à un 4-4-2, un système que je maîtrisais aussi puisque j'ai été écolé de la sorte à Charleroi. Oui, quelques fois. Il m'a dit qu'il avait confiance en moi, que la saison était encore longue et que je devais être patient mais cela fait six mois et je ne dois pas être c... : quand on ne joue pas pendant autant de temps, c'est qu'on n'entre pas trop dans les plans. ( Evasif) Oui, il demande des choses, bien sûr. Mais on ne peut pas me demander autre chose que ce que je sais faire. Oui, notamment. D'être plus agressif, aussi. Et de tacler. Mais je ne veux pas non plus perdre mon football, mes caractéristiques. J'essaye de compenser mes lacunes par mes qualités. Je dois progresser dans le domaine physique, par exemple, mais je ne serai jamais un Gert Verheyen. Moi je déborde, je centre,... Je veux bien évoluer mais ce sont des choses que je ne veux pas perdre. Oui, c'est vrai. Pour le moment, c'est Gaëtan Englebert qui joue à droite. Mais on est dans un grand club et la concurrence est normale. Tout ce que je demande, c'est qu'on me donne la chance de prouver que je peux aussi apporter quelque chose à Bruges. Je vais seulement avoir 25 ans et ce que je veux, c'est jouer au foot, prouver qu'on ne s'est pas trompé sur mon compte. Or, ça fait six mois que je ne joue pas. Je ne suis pas assez tordu pour attendre qu'un entraîneur soit viré pour obtenir ma place. D'autant que je ne suis pas du tout certain que son successeur comptera davantage sur moi. Si je n'entre pas dans les plans, il faut me le dire avant fin décembre, que je sois fixé. Ma priorité, c'est de rester : j'ai signé pour quatre ans, je suis venu pour prouver que je pouvais réussir et, si je dois partir, je serais très triste, d'autant que je viens d'acheter une maison à Bruges. C'est quand même une preuve que j'aime le Club et la ville, que je veux m'intégrer ici. Oui. C'est difficile mais je m'accroche. Pour le moment, nous ne sommes plus que trois : Michael Klukowski, Jeanvion Yulu-Matondo et moi. Avant, il y avait Jonathan Blondel mais il était trop fort pour nous. Cela dépendra un peu de ce qui se dira dans la conversation que je souhaite avoir avec la direction. Pas du tout ! C'est l'entraîneur qui dira s'il compte faire appel à moi ou pas mais je souhaite que la direction soit impliquée dans la discussion car il s'agira d'une décision commune. Pourquoi ? J'ai fait des choix difficiles en signant pour Caen et Bruges et je ne considère pas ce qui m'est arrivé jusqu'ici comme des échecs. Si je pars, ce sera un choix footballistique avant tout mais, je le répète, ce n'est pas ce dont j'ai envie. C'est une hypothèse mais alors, l'entraîneur doit le savoir et me le dire. Tant qu'il ne dit rien, je continue à espérer qu'il pense le contraire et je m'accroche. Parce que moi, je ne doute pas. J'ai joué en France, un des meilleurs championnats européens, même si ce n'était qu'à Caen. Et si Bruges m'a voulu, c'est qu'on croyait en moi. Mais les qualités d'un joueur ne plaisent pas nécessairement à tous les entraîneurs. On ne peut pas dire qu'il y a vraiment un problème. Depuis le début de saison, je n'ai enregistré que deux gros échecs : à Roulers, où l'équipe était dans un jour sans, et à Lokeren, où nous avons manqué un penalty face à une formation qui venait de changer d'entraîneur. Quant à nous, nous étions rentrés très fatigués de Tottenham, où nous avions souffert physiquement. Je pense que nous sommes capables de faire ce que Genk fait pour le moment. Nous aussi ! Bosko Balaban, Yulu, Salou Ibrahim lorsqu'il retrouvera son niveau de Zulte. Et moi qui, l'an dernier, ai inscrit des buts décisifs. Non, c'est mon problème, pas celui de tout le monde. Pareil dans le groupe : je n'embête pas les autres avec mes histoires. Je ne connais pas grand monde ici mais je me sens bien et je n'ai pas envie de gâcher l'ambiance. Si j'en parle, c'est avec ma famille, mes amis. Dans le monde du foot, c'est surtout Gauthier Remacle qui me soutient. Il a eu des soucis du même genre à Charleroi et n'a pas oublié que j'étais là dans les moments difficiles. Maintenant, c'est lui qui m'appelle pour me remonter le moral. Et quand je joue en Espoirs, j'essaye de me motiver par respect pour les jeunes. Parce qu'ils ne sont pas responsables de ma situation. On m'a transféré pour jouer au foot. L'attitude, on s'en fout. Moi, je ne peux pas être méchant. ( Il rit) J'essaye de me remettre en question, de travailler, d'être prêt. Je ne suis pas encore au point d'exploser. Si cela arrive, ce sera peut-être encore pire que casser des assiettes. Et quand je suis en famille, j'essaye de ne plus penser au football. C'est une situation que je ne connaissais pas : à Caen, je n'ai pas toujours joué mais c'était dû à des blessures. Bien sûr. Le club a beaucoup évolué depuis que je suis parti. Mogi Bayat a fait du bon travail en achetant des joueurs qui ont du potentiel puis en les revendant pour régler le problème financier. Et l'entraîneur a montré qu'il savait tirer des joueurs vers le haut. Je n'aurai jamais une carrière à la Brogno puisque, pendant trois ans j'aurai tenté ma chance ailleurs. Et Charleroi peut également constituer un tremplin, comme la première fois. Et puis, qui dit qu'il n'y aura pas d'autres clubs intéressés. Non, l'Autriche, pas question ! Je veux jouer au football, pas m'exiler pour le fric et jouer dans une compétition sans valeur. Quand on signe quelque part, on ne sait jamais exactement ce qui va se passer mais c'est sûr qu'à refaire, je re-signerais à deux mains. PATRICE SINTZEN