A 80 balais, 12 ans après sa retraite de l'équipe nationale qu'il dirigea 114 fois (record belge, 50 victoires, 37 défaites, 27 nuls), Guy Thys est toujours dans le coup. Public relations de l'Union Belge, il accueille les observateurs de l'UEFA, tient compagnie aux sponsors lors des matches internationaux, préside le jury des sages (avec Raymond et Robert Goethals) qui décerne le diplôme UEFA de l'école des entraîneurs et se montre régulièrement aux matches de championnat. "Comme j'habite Berchem, c'est souvent au GBA", avoue-t-il. A 73 ans, Guy Thys s'est aussi mis au golf, et depuis 22 ans, il débarque chaque année au Club Med à Agadir.
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A 80 balais, 12 ans après sa retraite de l'équipe nationale qu'il dirigea 114 fois (record belge, 50 victoires, 37 défaites, 27 nuls), Guy Thys est toujours dans le coup. Public relations de l'Union Belge, il accueille les observateurs de l'UEFA, tient compagnie aux sponsors lors des matches internationaux, préside le jury des sages (avec Raymond et Robert Goethals) qui décerne le diplôme UEFA de l'école des entraîneurs et se montre régulièrement aux matches de championnat. "Comme j'habite Berchem, c'est souvent au GBA", avoue-t-il. A 73 ans, Guy Thys s'est aussi mis au golf, et depuis 22 ans, il débarque chaque année au Club Med à Agadir. Guy-le-bienheureux ? L'homme eut ses coups durs: il perdit une fille de 40 ans, subit l'ablation d'un rein cancéreux puis fut traité pour un ulcère de l'estomac. "Je reste sous contrôle, de temps en temps un cigarillo et un whisky. Attention à la légende, je ne me levais pas le matin avec un cigarillo et un whisky aux lèvres. Aux conférences de presse et aux matches d'accord, mais c'était surtout un jeu qui arrangeait journalistes et photographes. Ciblé par une caméra, Goethals, déjà très nerveux, gesticulait encore plus. Et Happel n'arrêtait pas de répéter scheisse devant la presse". Ses rôles actuels à l'UB sont-ils plutôt symboliques ? "L'argent des sponsors est important, il permet de mieux rémunérer nos internationaux. Ces hommes d'affaires apprécient de bavarder avec quelqu'un du métier. Ils trouvent exagérées les exigences des Diables sur le droit à l'image, je suis de leur avis. Déjà à l'EURO 80, le président Wouters et Gerets s'étaient accrochés ferme sur les primes. Avec des torts partagés, selon moi. Le terrain n'avait pas été bien déminé". Quant à l'accueil du délégué UEFA à nos matches internationaux, ne le sous-estimez surtout pas, dit l'ex-fédéral. "Je le prends en charge de Zaventem à Zaventem et d'hôtel en restaurant parce que son rapport sur une petite faute d'organisation peut coûter 20.000 francs suisses, et selon son humeur, un pétard lancé des gradins est jugé grave ou non. Je le place le mieux possible dans la tribune, et toujours à proximité directe d'une sortie, en cas d'ennui ".Et le Thys des débuts ? Suprise: un marchand de charbon, combinant commerce et foot durant les deux tiers de sa carrière professionnelle. Son père, Yvan, ex-attaquant international du Beerschot, dirigeait encore l'entreprise quand éclata la deuxième Guerre mondiale. "En mai 1940, nous avons fui, et au retour, adieu l'école. A 17 ans, j'ai pris la direction du chantier. En 1973, mon père s'est retiré de l'affaire, et face à la demande de nouveaux combustibles comme le mazout, une restructuration s'imposait. C'était trop et j'ai accepté l'offre de l'Antwerp pour un poste d'entraîneur pro". Le futur patron des Diables se basait déjà sur une solide expérience. A 17ans, il emmenait l'attaque du Beerschot, mais la concurrence était très dure dans cette équipe de haute lignée ( Braine, Ceuleers, Van den Wouwer). En 1942, il fut prêté pour une saison au Daring des internationaux Buyle, Mondelé, VanIngelghem...Dans ce noyau figurait aussi Raymond Goethals, doublure du portier titulaire Rooms. "Je suis retourné au Beerschot et, en 1950, grâce à une relation d'affaires liégeoise du charbon, Roger Petit m'a engagé au Standard pour quatre ans. L'époque des Bogaerts, Mathonet, Blaise et des jeunes Thellin, Piters, Houf. J'ai remplacé deux fois Moes comme ailier gauche en équipe nationale A, contre la Hollande. A l'avant-centre, j'étais barré par Coppens et Mermans, deux monuments. J'ai aussi eu le plaisir d'être retenu en sélection liégeoise après l'avoir été en sélection anversoise. A l'arrivée d' André Riou, j'ai quitté Sclessin. Il exigeait un entraînement quotidien que mes affaires et mon âge (32 ans) ne me permettaient pas. Toujours par relation charbonnière, j'ai signé au Cercle de Bruges (1954-1958) comme joueur-entraîneur, et après, dans le même rôle, au Racing Lokeren". Wezel Sport (1959-1963) puis Herentals lancèrent la carrière d'entraîneur du futur patron national. "Avec Beveren, nous sommes montés en 1967 de D2 en D1 puis, de 1969 à 1973, toujours en D1, j'ai dirigé l'Union des Trappeniers, Verleysen, Schraepen, Teugels...J'ai pris Trap avec moi à l'Antwerp, et avec Kodat, Riedl, Lund, Eklund, Pilot et Van Gaal, nous avons terminé deux fois deuxièmes et atteint la finale de la Coupe en 1975. Van Gaal n'est pas mon ami. Il était peu productif et donc souvent sur le banc. Parfois, en pleine théorie, il me lançait qu'il était le meilleur des étrangers, qu'il savait tout faire avec un ballon Après un 4-0 contre Aston Villa, en Coupe de l'UEFA, nous menions 0-1 à Birmingham lorsque Kodat a demandé son remplacement. J'ai désigné Van Gaal qui, de toute sa hauteur, m'a demandé comment il devait jouer. Je lui ai répondu: -Comme d'habitude, le plus lentement possible; ce soir, on peut geler le ballon". "J'ai espéré le titre mondial"En 1976, Thys reçut un coup de fil de Goethals, démissionnaire de l'équipe nationale et engagé par Anderlecht. "-Si ça t'intéresse je te recommande. Vanden Stock et Petit sont déjà d'accord. Pas question de refuser, et j'en ai parlé au président Wouters. Il voulait me garder et il supposait que, sans diplôme, je serais recalé. En fait, avec l'appui complémentaire de Ruiters, président de la commission technique, c'était gagné. J'entrerais en fonction la saison suivante, mais le 5-0 de Hollande-Belgique, en quarts de l'EURO 76, a précipité le départ de Goethals ". Du 22 mai 1976 (Belgique-Hollande, 1-2) au 9 juin 1989 (Canada-Belgique, 0-2), le nouveau fédéral aligna une série de 101 matches, avec la deuxième place à l'EURO 80 et la quatrième au Mondial 86. Puis, du 26 mai 1990 au 1er mai 1991, il coacha 13 autres matches. Entre les deux, l'intermède Meeuws. "On m'a reproché de l'avoir remplacé, mais pouvais-je dire non à mon employeur? A ses débuts, à la demande de la fédération, je l'ai chaperonné quelques mois, mais c'est très délicat. Après un mauvais résultat, certains journalistes n'hésitaient pas à me demander ce que j'aurais fait à sa place. Depuis, j'évite de donner un conseil au coach national". Au départ de Goethals, une brillante génération touchait à sa fin: celle des Van Himst, Van Moer, Lambert et Piot: "Je devais reformer un noyau, et il était irréaliste d'espérer une qualification pour le Mondial 78. Par contre, j'étais attendu pour l'EURO 80. J'ai pu travailler sans pression fédérale et médiatique. J'ai d'abord déblayé par l'absurde, en offrant une chance à plusieurs joueurs que je sentais limités à ce niveau comme Haleydt, Delesie, Cordiez, Jacobs, Beheydt. Ils ont confirmé mon pronostic. Par contre, de jeunes talents pointaient avec cette cuvée 77 de Juniors qui venaient d'enlever le tournoi UEFA. Parmi eux, Plessers, Voordeckers et Erwin Vandenbergh, entre autres. Et il y avait aussi Ceulemans et Vercauteren qui s'affirmaient en Espoirs". Après des débuts modestes, le coach anversois arracha cinq qualifications au sommet en dix ans: EURO 80 et 84, Coupe du Monde 82, 86 et 90. Ses coups de coeur ? "Incontestablement l'EURO 80 devant les Mondiaux 86 et 90. Pour les matches, j'hésite entre le succès tout en tactique et intelligence sur l'Argentine en ouverture du Mondial 82, et celui sur la France, qualificatif pour le même tournoi. Ce match-là nous relançait pour la première fois en Coupe du Monde depuis 1970. Comment oublier aussi Feyenoord et cette tête de Grün qui nous projeta au Mondial 86? Pourquoi je préfère la finale de l'EURO 80 à notre quatrième place mexicaine ? En Italie, on a laissé derrière nous l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie avant d'échouer en finale contre l'Allemagne. C'était ma plus forte équipe, un alliage de talent et de maturité, avec Pfaff, Gerets, Millecamps, Meeuws, Renquin, Van Moer, Vandereycken, Cools, François Vander Elst, Vandenbergh et Ceulemans. En qualifications, sur le conseil d'un journaliste flamand, j'avais repêché Van Moer, en fin de carrière à Beringen et écarté de l'équipe nationale depuis quatre ans et demi. Il a porté l'équipe au-dessus de son niveau". A Mexico, Thys avoue avoir espéré le titre mondial. "Oui, pas moins que ça. C'était peut-être fou...On avait usé les Soviétiques et les Espagnols, et le groupe se sentait invulnérable. Seul Maradona nous a eus en demi-finales. Et encore...Si, à 0-0, Veyt, lancé seul vers le but, n'est pas sifflé sur un hors jeu imaginaire, c'est but et les Argentins ne reviennent plus". Bonheur et déception, c'est le résumé de Thys du Mondial 90. Toujours imperturbable face au succès et à la défaite, il admet qu'après le but décisif de Platt, à quelques secondes de la fin des prolongations de Belgique-Angleterre, en huitièmes, il eut la migraine. "Le coach, mon vieil ami Bobby Robson, m'a dit : -The best team is going home ! J'ai tenté de relativiser en pensant au tir sur le poteau du Soviétique Belanov au Mexique. Chance là-bas, poisse ici". La légende de la patte de lapinRik Coppens disait que Thys avait une patte de lapin en poche. De la chance, il en eut peut-être, mais il sut aussi la provoquer. Pour preuve, cette anecdote tactique sur le heading historique de Grün, à Rotterdam. "Juste avant le repos, à 0-0, Beenhakker fait s'échauffer Van Loen. J'avise Grün sur le banc : -Tu cours à côté de lui, tu l'énerves un peu. Van Loen donc, mais à la place de qui ? Important pour mon dispositif tactique. Je devais le savoir avant de remonter au terrain. Comment ? Le demander à l'arbitre Courtney, que je connais très bien ? Interdit, mais j'y vais. Il me répond: -Sorry, il n'y a rien sur la feuille, et de toute façon, je ne peux rien dire. De son vestiaire, je retourne au nôtre, et en passant, je remarque que la porte hollandaise est entrouverte. Rapide coup d'oeil, et j'entrevois van de Korput sous la douche. Il sort ! Donc, Grün monte pour contrer Van Loen et je remplace Franky Van der Elst par Veyt, un médian par un avant. On domine, ça tourne très bien, mais Van Breukelen sort tout, et ils marquent deux fois. Fichu ? Non ça paye. A la 86e, centre de Gerets, front de Grün, c'est Mexico". Force tranquille et sereine, Guy Thys a toujours tenté de la transmettre à ses joueurs. L'Anversois savait rester relax. Comme quand il croisa Renquin nu comme un ver dans le couloir d'un lieu de retraite: -Fait chaud, hein, garçon? Fin diplomate? "Je suis toujours arrivé à mes fins. Avec le président D'Hooghe, nous résolvions les problèmes en souplesse, en amis. Avec Wouters, son autoritaire prédécesseur, je disais oui, mais je faisais à ma guise et ça s'arrangeait. J'ai aussi agi en souplesse lorsque Scifo, écarté dans les matches de préparation au Mondial 90, avait déclaré qu'il en avait marre. Un dîner avec lui et Guy Roux à Auxerre, et c'était arrangé". Henry Guldemont"On m'a reproché d'avoir remplacé Meeuws mais je ne pouvais pas refuser"