La semaine dernière, sur Twitter, Opta a diffusé une statistique : depuis ses débuts à l'Atlético Madrid, en août 2011, Thibaut Courtois (26 ans) a déjà rendu 103 clean sheets en championnat, que ce soit avec le club espagnol ou avec Chelsea. Cela le place en deuxième position d'un ranking qui concerne les cinq grands championnats, derrière Gianluigi Buffon (117 clean sheets). Ce n'est donc pas un hasard si, alors que son contrat avec Chelsea prend fin en juin 2019, les plus grands clubs de la planète veulent s'attacher ses services.
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La semaine dernière, sur Twitter, Opta a diffusé une statistique : depuis ses débuts à l'Atlético Madrid, en août 2011, Thibaut Courtois (26 ans) a déjà rendu 103 clean sheets en championnat, que ce soit avec le club espagnol ou avec Chelsea. Cela le place en deuxième position d'un ranking qui concerne les cinq grands championnats, derrière Gianluigi Buffon (117 clean sheets). Ce n'est donc pas un hasard si, alors que son contrat avec Chelsea prend fin en juin 2019, les plus grands clubs de la planète veulent s'attacher ses services. Avec les Diables Rouges, c'est lors de la Coupe du monde au Brésil qu'il a côtoyé pour la première fois le haut niveau. Apprécié et expérimenté, il s'apprête à disputer son troisième grand tournoi. Celui-ci survient au terme d'une saison au cours de laquelle il a été critiqué mais qu'il a clôturée en beauté avec un nouveau trophée dans une vitrine déjà bien remplie. S'il y a bien un Diable qui sait ce que gagner veut dire, c'est bien notre interlocuteur du jour. Que retenez-vous des tournois précédents qui vous servira en Russie ? THIBAUT COURTOIS : Je me dis toujours que chaque match sera peut-être le dernier et qu'il faut le jouer à fond. Tout peut se jouer en un instant. Si nous avons été éliminés par l'Argentine il y a quatre ans, ce n'est pas parce que nous n'avons pas joué à fond. Par contre, le Pays de Galles en voulait certainement plus que nous, surtout lorsque nous avons mené 1-0. Par la suite, nous n'avons plus réussi à mettre autant d'intensité dans le jeu. Or, dans les grands tournois, il est très important de donner le maximum à tout moment. Pour le reste... Maintenant, nous avons de l'expérience, nous savons à quoi nous en tenir. Nous pouvons être battus par n'importe quelle équipe, même le Panama ou la Tunisie. Sans intensité, on ne gagnera pas ces matches-là. Il faut aussi être clinique, efficace. COURTOIS : Oui mais ça, ça vaut pour chaque match de football, ça n'a rien à voir avec ce que nous avons appris au cours des tournois précédents. C'est vrai aussi en Ligue des Champions. Un peu moins, peut-être, car la qualification se joue sur deux matches. Ici, tout se décide en 90 ou 120 minutes. L'intensité est plus forte. En 2014, après la finale perdue de Ligue des Champions, dans la voiture, Diego Godín m'a dit : Prépare toi car en Coupe du Monde, tous les matches sont comme ça. J'y ai repensé après le Mondial et je me suis dit : il avait raison. L'Argentine était-elle mieux préparée à ça ? COURTOIS : Je pense que, ce jour-là, nous sommes tombés sur une équipe qui a eu un peu de chance pour inscrire le premier but puis qui a souffert mais a très bien défendu. Nous n'avons pas trouvé la solution. C'était ça le problème, rien d'autre. La semaine dernière, quand on lui a posé la même question, Romelu Lukaku a répondu que ce qu'il avait retenu, c'était qu'il devait faire ses preuves sur le terrain et pas faire le fanfaron avant. COURTOIS : Je comprends mais on nous pose tellement souvent la question de nos ambitions... À vrai dire, on n'aime pas parler de ça car on ne veut effectivement pas faire les malins. Le Panama et l'Arabie saoudite ne diront évidemment pas qu'ils visent une demi-finale mais nous, nous devons nous fixer cet objectif. On ne peut pas se contenter d'un quart. Et si on perd cette demi-finale en raison des circonstances ou aux penalties, on pourra encore se consoler avec la troisième place mais je pense que personne ne serait heureux de rater la finale. Vous avez le sentiment que les observateurs étrangers attendent beaucoup des Diables cet été ? COURTOIS : Je ne sais pas... Mais je signe à deux mains pour arriver en finale sans faire de bruit. À l'EURO, après le match contre la Hongrie, on ne parlait que de nous. Pareil deux ans plus tôt après la rencontre face aux États-Unis. Mais la qualité et la façon de jouer de l'adversaire y sont pour beaucoup. S'il joue en bloc, à onze derrière le ballon, on va encore dire : Ouais, les Belges sont empruntés, ceci, cela... Ils ne jouent que sur leur talent... On ne doit pas s'occuper de ça. Pour les gens, on doit tout le temps être bon, marquer des buts, donner du plaisir... Mais en fait, la seule chose qui compte, c'est la victoire. L'ambiance a changé : il y a quatre ans, avant le départ, tout le monde était euphorique. Cette fois, il y a pas mal de négativisme autour de la sélection. COURTOIS : C'est en partie dû à ce qui s'est passé avec Radja. Ce n'était pas l'idéal mais le sélectionneur a fait son choix et chacun doit le respecter. On doit avancer et se concentrer là-dessus. Radja est un grand joueur mais on doit avancer en équipe et obtenir de bons résultats en Russie. À son arrivée, Roberto Martinez a parlé de " culture de la victoire ". Vous l'avez acquise avec le temps ? COURTOIS : On a déjà gagné pas mal de matches mais un tournoi, c'est encore autre chose. Mais qui possède réellement cette culture de la victoire ? Seule l'Allemagne, je pense. Et peut-être quelques joueurs brésiliens ou espagnols. La dernière fois que les Anglais ont remporté un grand tournoi, c'était en 1966. Ils n'ont pas plus cette culture que nous. Même les Espagnols n'ont plus rien gagné depuis 2012 et une nouvelle génération s'est intégrée à l'équipe. La culture de la victoire, elle s'acquiert aussi en club et je pense que beaucoup de nos joueurs ont déjà décroché des trophées ou joué des finales. En Allemagne, c'est vrai, la culture de la victoire est une affaire d'état mais Kevin, Vincent, Eden, moi et quelques autres savons ce que c'est de jouer une finale et ça vaut pour la plupart des joueurs du groupe. Vous avez déjà pratiquement tout gagné. Vous vous rendez compte que vous êtes en train de vous forger le plus grand palmarès de toute l'histoire du footballe belge ? COURTOIS : Il me manque des trophées. La Ligue des Champions, par exemple. Et une victoire avec mon pays. Vous savez, en Écosse aussi, Dedryck Boyata gagne tout... (il rit) Je suis un gagneur et tant mieux si je collectionne les trophées. C'est ma volonté et celle de la plupart des autres joueurs. C'est la sensation la plus forte qu'on puisse avoir au football et une fois qu'on y est habitué, on en a besoin. On ne vous cite que dans de grands clubs : le PSG, l'Atlético, le Real... Beaucoup moins en Chine. Votre priorité est donc sportive ? COURTOIS : À mes yeux, c'est le plus important... Vous savez, même les joueurs qui évoluent dans un club moyen ou une équipe du bas de tableau rêvent de gagner un jour quelque chose. Il n'en va pas autrement en ce qui me concerne. Quand je vois Kevin et Vincent soulever le trophée en Premier League, je veux que l'an prochain, ce soit moi, même si je l'ai déjà gagné deux fois. Dani Alves compte peut-être déjà 30 trophées à son palmarès mais il sera tout aussi heureux s'il en remporte un 31e. Pareil pour Iniesta, Piqué ou Ramos. C'est votre père qui vous a inculqué cette culture ? COURTOIS : J'ai vu que mon père avait la même mentalité au volley-ball. J'ai grandi là-dedans. Quand on jouait au ping-pong, il ne voulait jamais jouer pour le plaisir. Il disait : Je vais te mettre une raclée.C'est ce qui manque à la Belgique ? COURTOIS : Je pense que le problème, c'est que pendant longtemps, on a juste voulu que les jeunes produisent du beau football. On peut avoir de l'ambition mais pas trop... Je ne dis pas que c'est mauvais mais j'ai connu ça à Genk : on ne jouait pas pour être premiers mais pour la beauté du geste. Si, en plus, on gagnait, c'était parfait mais ce n'était pas l'essentiel. Je pense que les choses ont changé, je vois que les jeunes de Genk gagnent davantage. À l'époque, ce n'était pas le cas puis, à 16 ans, on était propulsé en équipe première et on nous disait : Tu manques d'ambition. Mais c'étaient eux qui ne voulaient pas que nous en ayons. D'autres équipes espoirs évoluent en championnat et acquièrent cette culture. Des jeunes de 17-18 ans doivent jouer dans des championnats où ils sont obligés de gagner sous peine de descendre. Peut-être que c'est ça qui nous a manqué en équipes d'âge. D'un autre côté, je comprends qu'on craigne que les entraîneurs alignent sans cesse les meilleurs et qu'on risque de perdre des joueurs... Il faut donc trouver un équilibre entre cette culture et les intérêts de notre football. En avril, Roberto Martínez nous a dit qu'il voulait utiliser ces trois semaines de préparation pour former un véritable groupe. C'était nécessaire ? COURTOIS : Je pense qu'il parlait du terrain. Notre seule point faible, si je peux dire, c'est/c'était que nous sommes parfois trop irréguliers dans la façon de jouer et de mettre la pression. Kevin l'a déjà dit : certains pressent alors que d'autres reculent tandis qu'en possession de balle, certains joueurs partent en profondeur alors qu'ils devraient peut-être reculer. C'est ce manque de régularité qui doit disparaître. Nous avons beaucoup travaillé sur ce point au cours des derniers jours. Nous avons eu des réunions et nous en avons parlé. Je pense que tout sera clair au début du tournoi. On va utiliser les matches amicaux pour être prêts pour la Coupe du monde. À ce moment-là, tout le monde devra connaître ses tâches, tant en perte de balle qu'en possession de balle. C'est la difficulté de l'équipe nationale : on n'a jamais vraiment le temps de vraiment travailler tactiquement. Il faudrait deux ou trois semaines. Il veut pouvoir varier, passer du 4-3-3 au 3-5-2 ou au 3-4-3. COURTOIS : Je crois que ce ne serait pas malin de tout dévoiler mais nous devons effectivement avoir des alternatives afin de pouvoir surprendre. C'est difficile, pour vous, de jouer dans une équipe où le coach demande avant tout de la combativité et de l'organisation tandis que le sélectionneur national veut jouer plus offensivement et pense avant tout à marquer un but de plus que l'adversaire ? COURTOIS : J'ai eu d'autres coaches à Chelsea : Mourinho pensait tantôt offensivement, tantôt défensivement tandis que Hiddink était plutôt offensif. La différence, pour moi, c'est que je dois être plus attentif quand on joue haut, je dois beaucoup replacer mes défenseurs si je vois un homme libre, attirer leur attention. Quand on joue dans une équipe bien organisée, on doit moins intervenir. C'est une question de communication. Vous discutez de l'organisation de la défense avec Roberto Martinez ? COURTOIS : On a discuté des coups de coin avec Vincent et les deux adjoints. Et aujourd'hui, on a travaillé ça à l'entraînement. On a un avis à donner. Avec Martinez... Bien sûr, si quelque chose est important pour moi en tant que gardien, je vais lui en parler. Pareil pour les défenseurs : il les consulte afin de savoir ce qu'ils pensent de telle ou telle chose. Vous avez l'impression d'avoir pris de l'importance dans l'équipe en tant que leader ? COURTOIS : God... Celui qui gagne beaucoup a automatiquement de l'importance. Mais le leader sur le terrain, c'est le capitaine : Eden, Vincent... Il ne faut pas cinq ou six leaders. Je donne mon avis et je pense que c'est légitime mais je ne suis pas du genre à prendre la parole devant tout le groupe, sauf si c'est nécessaire. Il y a d'autres joueurs pour ça. À l'EURO, Kompany n'était pas là et on a eu l'impression que personne n'avait pris sa place dans ce rôle ? COURTOIS : Ce n'est pas si simple, c'est quelque chose qu'on doit avoir en soi. On a connu ça à Chelsea lorsque Terry est parti. C'était notre capitaine et notre leader... Vincent est du même tonneau. Je ne connais personne d'autre qui puisse motiver et unir une équipe comme ces deux-là. À l'Atlético, la mentalité était différente : chacun se battait pour avoir le ballon... C'était autre chose. Comment avez-vous programmé votre pic de forme ? COURTOIS : Je pense que ça se fait un peu inconsciemment. La saison de Chelsea a été longue, avec des hauts et des bas, des petites blessures entre janvier et mars. Je souffrais des ischio et l'expérience m'a appris qu'il valait mieux être à 100 % avant de rejouer. C'est pourquoi je n'étais pas sur le terrain face à Tottenham : je n'étais pas tout à fait prêt. En jouant, je prenais le risque de traîner mes bobos jusqu'ici. Il y a deux ans, j'aurais peut-être pris le risque de continuer à jouer mais cette fois, j'ai estimé que ce n'était pas opportun. Parfois, mieux vaut rater une rencontre pour ensuite aligner une série de bons matches. Le titre de meilleur gardien de la Coupe du monde, c'est un objectif ? COURTOIS : Non. Celui qui livre quatre matches extraordinaires mais est éliminé en huitièmes de finale n'a pratiquement aucune chance d'être élu meilleur gardien. Il faut être en finale ou en demi-finale. Moi, je préfère passer inaperçu pendant tout le tournoi parce que l'équipe défend bien et n'intervenir qu'une fois par match.