Le buteur de Sclessin n'est pas du genre bavard mais quand il décide de ciseler et de polir ses mots, il n'en est que plus impressionnant.
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Le buteur de Sclessin n'est pas du genre bavard mais quand il décide de ciseler et de polir ses mots, il n'en est que plus impressionnant. Meme Tchité : Non et, et étrangement, le dimanche, l'ambiance était pesante à Zulte Waregem avant que nous apprenions le décès de Guy Namurois. Je sais que tout le monde ne croit pas aux signes annonciateurs d'une tragédie comme c'est souvent le cas dans la nature, moi bien. J'ai tout compris après le match, quand on nous a annoncé la triste nouvelle. A l'échauffement, quelqu'un m'avait demandé pourquoi j'étais... triste. Je ne le savais pas, je ne m'en étais pas rendu compte. Sur le terrain, la même morosité régnait alors que tous les joueurs étaient tous animés par le désir de bien faire : les passes, les centres ou les tirs au but filaient à côté de l'objectif. Un drame se déroulait ailleurs et, même si on l'ignorait, cela concernait déjà tout le Standard, l'équipe première en tête. J'ai travaillé avec lui dès l'âge de 18 ans. Il m'a appris à bien entretenir ce qu'un footballeur actuel a de plus précieux : sa condition physique. Au-delà de son métier, il y avait une personnalité attachante avec ses valeurs, sa façon d'écouter et de comprendre les sportifs. Je n'oublierai jamais Guy. Le retour de Zulte Waregem a été long, silencieux et, dans l'autocar, j'ai entendu pleurer. Il a fallu repartir de cette tristesse profondément ancrée en nous pour aborder le match retour contre Wisla Cracovie. Le coach nous a parlé de Guy, lundi, la veille de notre jour de repos. C'était dur. La veille du match, nous nous sommes rendus au funérarium où nous avons rencontré la famille de Guy. En rentrant, je suis directement tombé malade. Exactement, j'ai eu une poussée de fièvre en allant au vert à l'Académie. A la fin du dernier galop d'entraînement, Belhocine m'a demandé comment j'allais. Je n'ai pas hésité : -Pas terrible, je suis patraque mais une chose est sure : demain, je jouerai ! Ne t'inquiète pas, je serai au poste contre les Polonais.Pas un grand match ? Détrompez-vous, ce fut même un très très grand match. Il était important de décrocher la qualification et le Standard y est arrivé par le travail. Le groupe a réalisé ce qu'on attendait de lui contre le Wisla qui, on ne le mesure pas assez, est un grand club. Son équipe a tout, que ce soit du physique, de la présence, de la technique ou de la science de jeu. Compte tenu des absents, blessés ou suspendus, il n'y avait qu'un moyen de passer : leur opposer un collectif irréprochable, sans la moindre faiblesse, d'organisation, ou mentale, et ne pas encaisser de but. Nous ne pouvions rien lâcher et il y a eu des surprises dans l'occupation du terrain. Tout le monde a mis son bleu de travail. Notre public l'a compris en assumant son rôle, à fond derrière un effectif obligé de se passer de Vainqueur, Seijas, Kanu, Felipe. C'est énorme... Nous avons entendu les encouragements, surtout pendant la 51e minute consacrée à Guy. Mais cette qualification appartient quand même prioritairement au coach. Chapeau à Monsieur Riga qui, après une défaite, a su gérer de telles émotions, tout en tenant compte des difficultés de notre échéance européenne. Il a su être un père, un grand frère, un ami en trouvant sans cesse les mots justes. Pas facile et c'est dans des moments comme celui-là qu'on découvre la dimension des hommes. Et j'explique aussi notre grand match par cette approche. Cela a décuplé mon envie d'y arriver, de travailler, comme un malade, d'attaquer, de défendre, d'aider la ligne médiane, de gêner sans cesse les Polonais. Je suis désolé pour ceux qui pensent autre chose à notre propos, ou en ce qui concerne le coach, mais je dis des choses vraies. Je ne parle pas beaucoup mais j'ai ma manière de m'adresser aux gens. Et je le dis ouvertement : ce retour contre Wisla, c'est un plus bel exploit que le 1-3 signé à Anderlecht la saison passée et qui avait lancé le Standard dans les PO1. Au Parc Astrid, Dominique D'Onofrio, que j'apprécie, a eu l'idée de procéder à un énorme turnover car la priorité était la Coupe de Belgique. Le match de championnat était d'un intérêt secondaire et a été abordé avec calme. Par contre, cette fois-ci, malgré des changements importants, et un effectif nettement moins expérimenté, il fallait forcer une qualification européenne : vous imaginez la pression. Ce sont deux matches importants mais l'aventure contre Wisla, c'est quand même autre chose. Et à propos de Belhocine... Je savais qu'il allait livrer un grand match contre Wisla. Je l'ai félicité pour sa sélection en ajoutant qu'il devait surtout rester calme et ne pas prendre un carton. Quand quelqu'un qui n'a pas un temps de jeu énorme dépanne aussi bien, cela veut tout dire sur son état d'esprit et celui de tout un noyau. Ce n'est pas la première fois : on ne parle pas beaucoup de lui. Ce gars-là ne vient pas pour foutre la merde ( sic), il bosse quand on fait appel à lui. Oui, c'est un ouvrier. Et alors ? Nous avons tous été des ouvriers contre Wisla. C'était la seule solution... C'est super mais, malgré cette fierté, je sais que l'heure est toujours à la reconstruction... Enervé ? Non. Je m'énerve rarement. Ceux qui connaissent le football savent que j'ai besoin de bons ballons. On peut simplement dresser un constat, sans verser dans la polémique comme l'ont fait ceux qui ont interprété mes propos à leur sauce. C'est leur truc, pas le mien. Quand je ne marque pas, certains en déduisent que je ne suis pas bon. C'est plus compliqué : un attaquant peut rendre des services autrement. Mes propos constituaient un échange d'idées et quand on m'a demandé si j'étais bien physiquement, j'ai dit : -Oui, il me manque des ballons, c'est tout et je suis trop obligé de plonger en profondeur, à gauche, à droite... Je vais vous dire quelque chose : la saison passée, j'ai vite su que le groupe irait loin et se qualifierait pour les PO1. Le Standard est passé à deux doigts du doublé. Et j'ai dit avant la mise en place que le Standard actuel a du talent et une énorme marge de progression. Nous parlions de références et le voyage à Poltava en a été une, même pour moi. C'était une question de patience. Et il y a eu des étapes : l'arrivée de Vainqueur, l'apport de Van Damme dans l'axe, le travail de Buyens, les éclairs de Seijas, le retour de blessure de Cyriac, l'affirmation des jeunes comme Michy ou Bia, etc. Dès que cela a été possible, j'ai bénéficié de plus de soutien en pointe. Peut-être qu'il nous manque ce profil mais nous avons d'autres solutions : la vitesse, la pression haute, la niaque, l'engagement, l'esprit de décision, la mentalité, les ailes, les phases arrêtées offensives, la générosité, le c£ur. Berrier ? Excellent joueur, rien à dire, mais il a peut-être manqué de rage de vaincre quand le coach en avait besoin. Ce n'était pas suffisant pour le Standard. Il y a des moments où une équipe n'a pas l'utilité de buteurs ou de passeurs mais bien de gars qui vont au charbon. Enfin, je ne suis pas le coach, c'est simplement ce que je pense. Il faut prendre du plaisir sur un terrain : on le fait mais le groupe est jeune et doit aussi apprendre, il ne faut pas l'oublier, à gérer un calendrier très lourd. Cela passe par des hauts et des bas. Et cela concerne principalement la ligne médiane. Presque tout est neuf dans ce secteur. A mon sens, oui : la mission de Riga est plus difficile que celle de D'Onofrio. Il reconstruit tout, ce n'était pas le cas de Dominique même s'il a dû recomposer une attaque. Je suis arrivé tout de suite et il avait d'autres solutions avec Nong, Cyriac, Leye, Carcela. En été, c'est toute la ligne médiane et un énorme capital métier qui s'est évaporé : Defour et Witsel connaissaient la D1 sur le bout des doigts. Le travail de Riga est donc différent, plus compliqué. On ne remplace pas cet énorme acquis en une minute avec des jeunes. Cela s'est senti en début de saison. Les réglages sont passés par le travail et il faut l'accepter : c'est mon cas. Beaucoup d'attaquants n'ont pas cette mentalité, c'est dommage. Il est facile de marquer quand l'équipe tourne à plein régime. La vérité, surtout dans notre cas, passe par l'esprit de groupe. Seijas, Vainqueur et Van Damme n'étaient pas là contre Cracovie : le collectif a trouvé les solutions. Sans cela, le Standard ne se trouverait pas où il est pour le moment. Nous sommes plus collectifs que la saison passée car nous avions alors des individualités capables de faire la différence à elles seules. Le Standard actuel n'en est pas encore là : la phase de découverte collective n'est pas terminée. Oui, mais il y a la même passion pour le football. Les entraînements sont différents car l'effectif est plus jeune. Peter Balette assume un rôle essentiel. Je n'ai jamais croisé un homme d'une telle classe. Il parle beaucoup avec nous. Je me demande s'il a un seul défaut. Il dit calmement ce qu'il pense. Ses séances d'entraînement sont des modèles. Il est à fond dans son trip et nos buts sur phases arrêtées ne tombent pas du ciel ; c'est répété mille fois si nécessaire. Le Standard a gagné plein de matches grâce à son boulot. Le travail collectif, c'est aussi celui que le staff abat en semaine avec le groupe. Ce n'est pas la même chose. Sergio est extra aussi. Balette est calme, juste. Ce gars-là, je l'aime bien. Oui, j'ai toujours eu beaucoup de contacts : Saint-Etienne, la Turquie, l'Arabie Saoudite, la Russie et des clubs belges. Ce n'est pas nouveau, c'est comme cela chaque année. Certains ont cru que mon problème de jeu expliquait un désir de partir du Standard : c'est totalement faux. Je l'ai affirmé : l'équipe se mettait en place ; le reste, c'était de l'invention. Je n'étais pas à la rue au Standard où mon contrat se termine en 2013. J'avais deux offres fermes : Saint-Etienne et Al Ain. Je suis resté en Belgique parce que je veux aller jusqu'au bout dans mon combat pour pouvoir être un jour Diable Rouge. En janvier, les mêmes clubs et Al Shabab de Michel Preud'homme sont revenus à la charge même si je me remettais d'une déchirure à l'aine. J'ai dit non pour les mêmes raisons. Preud'homme a compris et respecté mon choix de rester jusqu'en fin de saison. Personne n'a décidé à ma place et je n'ai rien demandé ou obtenu au Standard, ni prolongation de contrat ni augmentation de salaire. Le Standard n'a évité aucun contact ou n'a pas spéculé pour obtenir un meilleur montant de transfert. Dire le contraire, c'est de l'invention pure et simple. On a raconté que j'avais vidé mon armoire avant de partir, dit au revoir à mes équipiers et j'ai été vu en partance à l'aéroport : c'était n'importe quoi. Je peux dire une chose : le discours qu'on m'a tenu au Standard m'a plu. Je me suis entretenu avec les joueurs. Aucun ne m'a envoyé sur les roses. Ils désiraient que je reste. J'ai eu un long échange avec Riga à propos de mes idées, de ce qu'il pensait de moi, de ce qu'il ferait à ma place. Cette conversation qui restera entre nous m'a beaucoup touché. Et j'ai ressenti la même chose avec Pierre François avec qui j'ai rigolé, parlé de tout et de rien. C'était super et très important pour moi. Je n'oublie pas Jean-François de Sart, un peu plus distant. Oui. Je suis confiant. Et en cas de pépin, je suis toujours le coupable. Cela ne me dérange plus. Ce n'est pas un déplacement facile. Le Standard connaît ses objectifs : tout jouer à fond et se qualifier pour les PO1. Anderlecht se croit déjà champion. Moi, je dis que la saison est encore longue. Il faut aller le plus loin possible en Europa League. Bien qu'Hanovre soit une grosse pièce, c'est jouable si on y fait preuve de caractère comme contre Cracovie. Jusqu' à présent, le Standard n'a raté qu'un rendez-vous en Coupe de Belgique : pas mal pour une équipe en construction.PAR PIERRE BILIC" Je n'ai rien demandé ou obtenu au Standard, ni prolongation de contrat ni augmentation de salaire "