Ariel Jacobs: Je n'ai jamais douté que je resterais ici. Malgré tous les bruits qui ont couru, notamment ceux qui me destinaient à Anderlecht. Le président Gaone aurait voulu que je signe mon nouveau contrat dès le mois de février, mais je lui ai fait comprendre à l'époque qu'il valait mieux attendre le maintien. Depuis que nous sommes assurés de rester en D1, je ne vois pas pourquoi j'envisagerais d'aller voir ailleurs.
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Ariel Jacobs: Je n'ai jamais douté que je resterais ici. Malgré tous les bruits qui ont couru, notamment ceux qui me destinaient à Anderlecht. Le président Gaone aurait voulu que je signe mon nouveau contrat dès le mois de février, mais je lui ai fait comprendre à l'époque qu'il valait mieux attendre le maintien. Depuis que nous sommes assurés de rester en D1, je ne vois pas pourquoi j'envisagerais d'aller voir ailleurs. Tout à fait. J'ai accepté un défi difficile. Qui aurait pu mal se terminer. Mais bon, si on n'y croit pas, autant ne pas se lancer. Je suis arrivé avec énormément de foi. J'ai dû persuader les joueurs que le sauvetage était possible. Cela n'a pas été simple. Quand j'ai débarqué, je n'ai rencontré que des problèmes: sportifs, structurels, etc. Et le public était en plein ras-le-bol. Il en voulait à la direction, aux joueurs, au nouvel entraîneur. Lors de mon premier match, il a réclamé le retour de Leclercq. Ce soir-là, nous n'avons pris qu'un point contre Lommel, au terme d'une rencontre archi-mauvaise. Le lendemain, j'avais l'impression que la situation était encore plus catastrophique que quelques jours plus tôt. Le président était en ligne de mire: je ne pouvais pas le tolérer. J'acceptais de ne pas faire l'unanimité parce que j'avais encore tout à prouver, mais je ne comprenais pas que les gens s'en prennent à un homme qui portait le club à bout de bras.Je les ai rencontrés plusieurs fois. Je les ai écoutés. Et j'ai compris qu'ils ne m'en voulaient pas spécialement. Ils étaient contre tout et tout le monde, c'était aussi simple que cela. C'était le ras-le-bol total."Ouédec était considéré comme l'espion de Leclercq"Avant d'arriver, j'avais vu pas mal de matches de D1. J'étais persuadé que plusieurs équipes n'étaient pas moins bonnes que La Louvière, mais pas meilleures non plus. Je voyais quatre clubs se battre pour le maintien : La Louvière, le RWDM, Beveren et Alost. Entre-temps, le Lierse, Westerlo et l'Antwerp sont devenus les déceptions de la saison: le fait d'avoir autant de clubs impliqués en bas de classement nous a facilité la tâche.J'ai directement constaté qu'il y avait beaucoup de situations conflictuelles dans le groupe. Un exemple: Ouédec m'a confié qu'il n'avait pas l'impression d'être le bienvenu. Les autres joueurs l'avaient toujours pris pour un espion de Leclercq. Je voyais partout des réactions de méfiance, d'hypocrisie. Il m'a fallu pas mal d'entretiens individuels pour rétablir une ambiance positive.... je ne sais pas comment j'aurais réagi. Car je comptais justement beaucoup sur ces trois joueurs pour faire la différence au second tour. Je table sur le collectif, mais je les considérais comme des piliers. La succession de départs n'a pas été facile à vivre. Chapeau aux survivants!Quelque part, oui. Il a fallu digérer les départs, mais aussi des commentaires souvent négatifs. Chaque fois qu'une équipe perdait des points contre nous, son entraîneur disait qu'elle venait de jouer son plus mauvais match. Seul Vergoossen a eu l'élégance de dire que le nul de Genk chez nous s'expliquait par notre très bonne prestation collective.Sans doute pas. Certains adversaires nous ont pris de haut et cela nous a facilité la tâche. Pourquoi Bruges et Genk ont-ils perdu des points à Alost? Parce qu'ils étaient convaincus que leur match contre cette petite équipe était gagné d'avance. Si La Louvière avait pris sept ou huit points lors des premiers matches, nos adversaires nous auraient pris plus au sérieux par la suite. Et il y aurait peut-être eu un phénomène de déconcentration dans mon groupe. Quand tout va bien, une certaine aisance s'installe, et cet état d'esprit, je le crains comme la peste.Au lieu de cela, nous nous sommes retrouvés plusieurs fois avec le couteau sur la gorge. Après le nul contre Lommel et la défaite malheureuse à Charleroi, nous recevions un Standard en pleine forme, le dimanche soir. L'après-midi, nous apprenons que Beveren a battu St-Trond, ce qui signifie qu'une défaite face aux Liégeois nous aurait complètement isolés en fond de classement. Ce sont des situations difficiles à gérer mais nous avons quand même battu le Standard. Par la suite, nous avons abordé plusieurs matches que l'on disait à six points, où la pression était très forte, mais tout s'est bien passé."L'équipe ne s'est pas complètement libérée"Bien sûr. Je regrette notre inconsistance -à moins que ce soit de la peur- en déplacement. Ainsi que nos difficultés à la concrétisation.Ça me dérange, évidemment. Je ne suis pas satisfait de la qualité générale de notre jeu. On m'a vu plus d'une fois tirer la tête après une victoire pas trop convaincante : ce n'est pas de la fausse modestie, je ne sais pas jouer la comédie. L'organisation a été très vite comprise et acquise par les joueurs. Par contre, la gestion de la balle me laisse sur ma faim alors que nous y consacrons 60% du temps d'entraînement. Ce groupe a rarement exprimé tout son potentiel. Même en fin de saison, quand le maintien était assuré, l'équipe ne s'est pas complètement libérée. Bon, il ne faut pas être aveugle non plus. Je ne voudrais pas qu'on dise que La Louvière est une belle petite équipe mais qu'on soit aujourd'hui à la place de Beveren. Le foot pro, c'est un foot de prestations. Le public semblait content après notre défaite à domicile contre Bruges parce que nous avions montré quelque chose. Moi, j'ai préféré notre match au Lierse, où nous avons gagné sans bien jouer.Certainement. Ce groupe s'est sauvé essentiellement grâce à sa solidarité et sa volonté. S'il n'avait pas été aussi performant dans ces deux domaines-là, nous serions maintenant à la place de Beveren. La volonté et l'organisation sont deux paramètres faciles à travailler. Nous l'avons fait. Par contre, un entraîneur ne peut pas faire de miracles si ses joueurs manquent de qualités purement footballistiques. Si nous avions pu ajouter une forte dose de qualité de jeu à notre volonté et notre organisation, nous serions européens. Je constate que des équipes plus douées que La Louvière sont derrière nous au classement parce qu'elles n'ont pas assez mis l'accent sur l'enthousiasme et l'organisation. Et dans le haut du classement, qui a produit régulièrement du beau football? Pourtant, certains clubs de tête sont cent fois plus riches que nous. La saison prochaine, je chercherai à améliorer notre construction. C'est un élément dont nous devons tenir compte dans la campagne des transferts."D'accord, je ne suis pas extraverti"Non. Chaque départ sera compensé et nous veillerons à ce que les remplaçants soient meilleurs et plus efficaces que les partants. C'est possible si on prospecte bien, malgré la diminution du budget. La priorité consistera à rééquilibrer le noyau. Il faut un équilibre attaque-défense et gauche-droite. Quand je suis arrivé, il n'y avait plus qu'un gaucher disponible: Buelinckx. Ce n'est pas normal. J'ai plusieurs joueurs capables d'évoluer dans l'axe, mais ils ne savent pas se déporter vers les flancs. Il faut remédier à tout cela.Il est souvent négligé, effectivement. Beaucoup de footballeurs voient l'entraîneur comme celui qui les fait crever, leur apprend à bloquer une balle, fait de grands schémas au tableau et s'excite sur son banc. Il y a autre chose. Le coach doit être conscient qu'un joueur est avant tout un être humain. Les discussions d'homme à homme sont terriblement importantes. J'essaye d'être clair et je m'adapte au joueur qui est en face de moi. Certains comprennent mieux mon message en 30 secondes que d'autres en une heure et demie. Il faut aussi savoir reconnaître ses erreurs. J'en ai fait et j'ai assumé en debriefing. Je me suis parfois trompé dans la préparation de mes entraînements ou dans mon coaching en match. Le groupe peut réagir de deux manières quand l'entraîneur reconnaît son erreur. Soit il s'en moque et se dit: -Il s'est trompé, on a tout bon; soit il décide de jouer aussi cartes sur table. Ah, ces préjugés (il rit). Je serais trop gentil, introverti, voire asocial. Je ne suis pas extraverti, c'est vrai. Par contre, je peux être ferme. Ce matin, je me suis encore énervé une bonne fois à l'entraînement. Il y a des choses que je n'accepterai jamais. Un joueur peut se permettre un moins bon match, mais j'interviens durement si je constate qu'il se laisse aller. Car un footballeur qui baisse les bras risque d'influencer négativement toute l'équipe, et c'est alors le tapis rouge pour l'adversaire. Par contre, si l'homme en petite forme se retrousse les manches, cela peut aussi avoir un effet contagieux. J'entends régulièrement des plaintes concernant les entraînements: ce serait apparemment trop dur. Mais si c'est pour faire un petit entraînement relax, je préfère que tout le monde reste à la maison. Pierre Danvoye,"J'ai débarqué dans un contexte de ras-le-bol général""Nous ne serions pas aussi bien classés aujourd'hui si l'équipe avait pris plus de points avec Leclercq"