Appelé à quatre reprises par Jean-François de Sart de Sart, notamment pour le déplacement des Espoirs en Bosnie et la préparation du match décisif face à l'Espagne, le défenseur Christopher Baratto (21 ans) avait affaire à forte concurrence dans l'axe central de la défense. L'Ajacide Tom Vermaelen et le Gantois Nicolas Lombaerts y forment un duo complémentaire et efficace. Tout au moins jusqu'au dernier quart d'heure du match contre l'Ukraine...
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Appelé à quatre reprises par Jean-François de Sart de Sart, notamment pour le déplacement des Espoirs en Bosnie et la préparation du match décisif face à l'Espagne, le défenseur Christopher Baratto (21 ans) avait affaire à forte concurrence dans l'axe central de la défense. L'Ajacide Tom Vermaelen et le Gantois Nicolas Lombaerts y forment un duo complémentaire et efficace. Tout au moins jusqu'au dernier quart d'heure du match contre l'Ukraine... Mais c'est de son fauteuil que Baratto a assisté à l'élimination face à l'Ukraine : " Je n'en veux pas au sélectionneur : il n'est pas facile de reprendre quelqu'un qui ne joue pas dans son club. Et c'est à l'équipe qu'on peut reprocher d'avoir paniqué dans les dernières minutes alors qu'elle avait tous les atouts en main. Dommage car c'est un bon groupe que le coach avait rendu très cohérent en faisant comprendre que tout le monde devait travailler. De Sart est un peu comme Jacky Mathijssen : toujours présent lorsqu'on a besoin de lui. J'aime bien les entraîneurs qui savent mettre les joueurs en confiance ". Et c'est ce qui manque à Baratto cette saison à St-Trond. Car après deux bonnes saisons sous la direction de Mathijssen puis de Marc Wilmots (33 rencontres et trois buts depuis son arrivée en 2002), le citoyen de Battice est retourné sur le banc, Herman Vermeulen lui préférant un autre jeune défenseur central, EgonWisniowski, qui n'a été repris qu'une seule fois en Espoirs. " Et si David Vanhoyweghen ne s'était pas blessé, je n'aurais pas encore joué ", constate-t-il, un peu déconfit. Né à Battice, au carrefour entre le pays de Herve et le pays de Liège, il a rejoint le FC Liège en Préminimes où il a fait ses gammes sous la direction d'entraîneurs comme StéphaneHuet (La Calamine), Luc Eymael (Lorrain Arlon) et Dominique Renson : " Mon rêve aurait été d'aider Liège à remonter en D1 mais, plus les mois passaient, plus la situation financière se dégradait et j'ai compris qu'il faudrait des années pour inverser la tendance ". Repéré par Anderlecht, il a rapidement convaincu le Sporting lors d'un test en 1998 et est resté deux ans à Neerpede, où il a évolué dans l'axe aux côtés de Vincent Kompany. Dès la deuxième saison, il fut incorporé au noyau de Réserves mais préféra ne pas pousser l'aventure plus loin et partit à St-Trond en 2002 : " Mon père était carrossier mais avait eu un accident de travail, ma mère était femme au foyer : les déplacements coûtaient cher et, comme j'avais dû abandonner l'école pour le foot, j'estimais qu'on pouvait m'offrir un contrat minimum. Ce ne fut pas le cas et YvesBaré, mon agent de l'époque, m'a conseillé de venir à St-Trond, où je pouvais continuer mon apprentissage plus près de chez moi. On dit toujours que, si on parvient à jouer en D1, on a effectué le bon choix. Dès lors, et malgré ma situation actuelle, je suis certain de ne pas m'être trompé ". Jusqu'au début de cette saison, tout se passa en effet très bien pour Baratto dans le Limbourg puisque après un an et demi en Réserves, Mathijssen le lança en équipe Première : " C'était le jour de la Saint-Nicolas 2003, contre La Louvière. Je venais juste d'avoir 19 ans. J'ai ensuite attendu le mois de février pour être titularisé face à Heusden-Zolder. Jusqu'ici, c'est le match le plus important de ma carrière, celui où j'ai enfin pu concrétiser mon rêve ". La saison dernière, sous la direction de Wilmots, Baratto s'imposa comme titulaire à part entière, avec une trentaine de rencontres et trois buts inscrits, toujours sur phases arrêtées. " Pour moi, Wilmots était un bon coach et je ne crois pas qu'il manquait de discipline, comme je l'ai lu et entendu. On a simplement oublié qu'il devait reconstruire une toute nouvelle équipe et que cela ne se fait pas du jour au lendemain ". Mais beaucoup de choses ont changé au Staaien où le sempiternel Guy Mangelschots dirige à nouveau tout le staff technique depuis son bureau et a lui-même placé Vermeulen à la tête de l'équipe : " En début de saison, le nouvel entraîneur a dit qu'il voulait former un groupe solidaire. Il y a eu, notamment, un stage de trois jours dans les Ardennes où nous avons fait des exercices très particuliers. Moi qui ai le vertige rien qu'en montant sur une chaise, j'ai escaladé des rochers, marché sur un fil... J'avais les jetons mais je l'ai fait. C'est sans doute bon pour la confiance et la solidarité mais il s'est passé tant d'autres choses que tout ce travail a été anéanti ". Outre les problèmes spécifiques de certains joueurs qui se sentent abandonnés à leur sort, d'énormes soupçons de corruption pèsent désormais sur quelques éléments du club. " J'essaye de ne pas me prendre la tête avec tout cela ", dit Baratto. " Roland Duchâtelet nous a réunis pour expliquer ce qui se passait. De toute façon, les jeunes sont rarement concernés par ces choses-là. Si quelqu'un veut acheter un match, il s'adressera plutôt à un routinier ". Sur la nuque bien dégagée et derrière sa carapace solide (1m84, 78 kg) se cache un homme très sensible, qui a besoin qu'on lui dise régulièrement qu'il est dans le bon et qui avoue avoir craqué en septembre lorsqu'il s'est aperçu que les choses tournaient en sa défaveur : " J'ai même songé à abandonner le foot et à reprendre mes études d'électricien. C'est alors que j'ai rencontré Eric Depireux, qui m'a tiré de ce mauvais pas et remis sur rails mentalement. Il m'a dit que je devais continuer à travailler pour être prêt lorsque ma chance viendrait. Elle est arrivée entre-temps et je pense l'avoir saisie. Mais nous avons entamé des négociations avec la direction afin que je puisse partir gratuitement à la trêve. Les dirigeants ont accepté. J'ai besoin rapidement d'un nouveau défi afin de prouver que j'ai suffisamment de qualités pour évoluer en D1. Je ne me sens pas encore prêt pour l'étranger : j'ai besoin de matches en Belgique ". L'été dernier, pourtant, il eut des contacts avec Waalwijk, où évolue Maarten Martens, qui fut son équipier à Anderlecht et en Espoirs. Mais Baratto était encore sous contrat à St-Trond, qui réclamait une indemnité de transfert : " Quand j'ai vu leur début de championnat, je me suis dit que j'étais peut-être passé à côté de quelque chose. Mais ma chance reviendra ". PATRICE SINTZEN