Anderlecht reste convalescent mais va mieux. C'est en substance ce qui ressortait du match de vendredi dernier derrière les casernes malinoises où les visiteurs n'ont pourtant ramené qu'un partage (2-2). Certes, une semaine plus tôt, à Saint-Trond, seul un but d'Idrissa Sylla,synonyme de hold-up à 5 minutes du terme, avait permis de décocher un sourire dans le clan bruxellois tant la prestation des hommes de Besnik Hasi avait été indigeste.
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Anderlecht reste convalescent mais va mieux. C'est en substance ce qui ressortait du match de vendredi dernier derrière les casernes malinoises où les visiteurs n'ont pourtant ramené qu'un partage (2-2). Certes, une semaine plus tôt, à Saint-Trond, seul un but d'Idrissa Sylla,synonyme de hold-up à 5 minutes du terme, avait permis de décocher un sourire dans le clan bruxellois tant la prestation des hommes de Besnik Hasi avait été indigeste. Vendredi soir, le mauve était loin d'être éclatant mais certains signaux permettent d'envisager une suite plus douce. Les supporters l'espèrent et l'exigent, eux qui ont applaudi leurs favoris à la fin du match et qui avaient rangé le temps de 90 minutes les " Hasibuiten " ou " Hermanbuiten " entonnés bruyamment au Stayen. Deux jours avant le déplacement à Malines, le président Roger Vanden Stock avait tenu une interview fracassante où il soutenait son coach, prenant notamment une position ferme dans l'affaire Vanden Borre, excluant un éventuel retour, se félicitait des transferts hivernaux, et piquait au vif Matias Suarez et de façon assez virulente et surréaliste, Dennis Praet. " Certains joueurs n'ont pas donné tout ce qu'ils avaient dans le corps ; cela a fait la différence. Tout le monde au club croit par exemple que Dennis Praet choisit ses matches. Et qu'il pense plus à son transfert qu'à jouer pour l'équipe. Maintenant, il doit montrer ce qu'il vaut. S'il ne le fait pas, il a un gros problème. Il a intérêt à le faire, parce qu'il est 'moins cinq'. " A la sortie du déplacement malinois, le président devait penser avoir tapé sur le bon clou puisque Praet avait été le meilleur homme sur le terrain. Et pourtant, le numéro 10 du Sporting avait été essayé cette fois sur le flanc droit, à un poste qui n'avantage pas son profil de joueur axial. Avant de rejoindre le nouveau car flambant neuf du RSCA, le Soulier d'Or de 2015 avait eu l'intelligence de ne pas polémiquer par rapport à la sortie de son patron, se contentant d'un " Je me donne toujours à 100 % " et quittait les lieux avec un sourire en coin contrastant avec la moue de Youri Tielemans, resté sur le banc, qui avait pu apprécier la prestation sobre mais athlétique du nouveau transfuge au milieu de terrain, Stéphane Badji. Le youngster des Mauves avait, lui, échappé aux foudres de son président, son jeune âge le protégeant des critiques. Cette sortie médiatique n'était évidemment pas anodine. Elle avait été préparée en amont, nous avions été informés de sa tenue dès le lundi. Plusieurs noms avaient été ciblés et cette sortie médiatique devait aussi mettre un terme à l'affaire Vanden Borre qui brouillait la communication du club depuis plusieurs jours. Et, pour cela, la direction anderlechtoise n'a pas hésité à instrumentaliser certaines personnes au sein du club. Herman Van Holsbeeck a beau avoir tout essayé afin de trouver une solution qui arrangeait les deux parties en faisant le tour de son carnet d'adresses, Vanden Borre est resté à quai. Un statu quo qui oblige la direction à verser à un joueur condamné au noyau B un salaire de près d'un million d'euros brut annuel (à l'heure de boucler le numéro lundi midi, aucune porte de sortie n'avait encore été trouvée). Dennis Praet perçoit aussi des émoluments similaires. Un salaire qui lui a longtemps été reproché, tout comme son Soulier d'Or, voire sa convocation trop rapide chez les Diables qui remonte à novembre 2014. Mais jusqu'à preuve du contraire, ces sont les journalistes qui lui ont décerné la godasse dorée, le coach national qui l'a appelé en sélection et l'actuelle direction anderlechtoise qui lui a offert, très jeune, un plantureux contrat. Si le club attend sûrement davantage de lui au niveau de l'efficacité (il possède les meilleures statistiques du noyau après StefanoOkaka), il est assez incompréhensible de lui reprocher un manque d'engagement. Lors du match face à Charleroi du 24 janvier, il était le joueur anderlechtois à avoir parcouru le plus de kilomètres. Dans l'entourage du joueur, on s'étonne des récentes critiques et l'on reproche aussi un manque de soutien pour celui dont la valeur marchande est la plus importante du noyau après celle de Youri Tielemans. Praet vit logiquement sa dernière saison en mauve. Son transfert, l'été prochain, doit permettre de minimiser la perte financière d'une éventuelle non-participation à la Ligue des Champions. Les ventes, cet été, d'Aleksandar Mitrovic et de Chancel Mbemba pour près de 24 millions avaient fait mieux que contrebalancer ce déficit d'exploitation. Ce qui avait fait dire à Herman Van Holsbeeck dans nos colonnes : " Je n'ai jamais essayé d'être populaire auprès des fans alors que j'essaie de l'être auprès du Conseil d'administration. " A Anderlecht, plus que jamais, l'avenir passe par une politique de jeunes ambitieuse qui doit permettre de tirer des dividendes sportifs et financiers à moyen terme. Une politique qui doit s'avérer payante et qui s'oppose à celle, risquée, de l'été 2011 lors des arrivées de MilanJovanovic et DieumerciMbokani, qui avaient plombé la masse salariale mais qui avaient aussi permis de remporter deux titres de rang. Mais si la politique des jeunes au RSCA est louée par de nombreux observateurs européens, son cap n'est pas évident à maintenir. Au Sporting, le budget alloué au blé en herbe est le plus important du pays. Le club n'hésite pas, par exemple, à offrir des contrats à plus de 5000 euros/brut par mois à des jeunes promesses de 16 ans à peine qui n'ont jamais disputé la moindre minute chez les pros alors que le revenu moyen en D1 tourne autour des 7000 euros mensuels. Des salaires déjà conséquents pour des ados qui n'ont encore rien prouvé. " Les jeunes n'ont plus faim, ça saute aux yeux ", clame l'agent de joueurs, Didier Frenay. " Je ne sais pas qui fait quoi à Anderlecht, mais si tu es proche des bonnes personnes, tu peux recevoir énormément. Ce n'est pas une bonne chose parce que le foot doit rester un sport de prestations. Ces jeunes croient que tout est arrivé, qu'ils n'ont plus rien à faire. Au niveau des salaires pour les jeunes, on est beaucoup plus raisonnable à Gand, à Bruges et au Standard. " Et pourtant, ces généreux montants n'ont pas empêché l'exil des jeunes tels Charly Musonda, AlperAdemoglu, Franco Antonucci ou Adnan Januzaj. Et il arrive que dans certains cas, ce sont quelque 300 euros supplémentaires qui séduisent les parents à déménager leur enfant de club. Autre difficulté : que faire des jeunes talents qui n'arrivent pas à percer en équipe première et qui perdent leur temps dans un championnat des réserves bien trop faiblard ? Le prêt est l'option privilégiée sauf que les jeunes mauves préfèrent souvent s'asseoir sur le banc de l'équipe première, dans l'espoir de recevoir quelques minutes, que se retrouver dans un club bien moins clinquant de notre D1. Il est aussi reproché aux jeunes frappés du label " anderlechtois " de ne pas en faire assez aux entraînements. Sans être trop caricatural, la jeunesse mauve a grandi dans l'ouate remportant souvent aisément ses oppositions dans les catégories d'âge. Ceci expliquerait notamment pourquoi Anderlecht n'arrive pas à former un véritable arrière latéral puisqu'en jeunes cette place se transforme en ersatz d'ailier offensif. Cette forme de nonchalance structurelle a des conséquences directes quand un jeune du centre de formation intègre l'équipe première (symbolisée par les récents retards répétés de Dodi Lukebakio). Un manque d'écoute et d'envie qui a le don d'agacer les anciens, Silvio Proto et Olivier Deschacht en tête, et qui a pu générer plusieurs conflits dans un passé pas si lointain. D'autant que ces derniers ont beau faire figure de leader aux yeux du grand public, ils ne sont que trop peu écoutés par une jeunesse qui espère aller bien plus haut et qui ringardise souvent celui qui n'a pas su percer à l'étranger. Besnik Hasi souhaitait aussi, ardemment, voir son noyau prendre de l'âge ou, en tout cas, de l'expérience. Trop souvent, on l'a vu gesticuler le long de son banc de touche en multipliant les gestes d'incompréhension auprès de ses jeunes éléments. On peut aussi douter par moment de la clarté du message du coach kosovar, dont certains reprochent un tempérament bouillant qui brouille son message. " Pourquoi a-t-on laissé partir Guillaume Gillet ? C'est parce qu'on sait que des joueurs comme Samuel Bastien ou LeanderDendoncker lui sont déjà supérieurs au niveau du toucher de balle ", déclarait Herman Van Holsbeeck en juillet 2015 après avoir laissé partir l'actuel milieu nantais vers Bastia. Aujourd'hui, on semble quelque peu avoir fait machine arrière, ce qui explique notamment le transfert du Sénégalais Badji qui pourrait envoyer sur le banc le futur du club, Youri Tielemans-Leander Dendoncker. " On nous a souvent reproché lors des titres de FrankyVercauteren et d'ArielJacobs, que le jeu ne correspondait pas à la culture du club. Aujourd'hui la culture anderlechtoise que nos jeunes portent a une répercussion directe sur l'équipe première. Et ça plaît aux supporters. Mais j'ai appris aussi une chose : si on joue avec des jeunes et qu'on se retrouve quatrième ou cinquième, c'est la bronca ", témoigne le DG des Mauves. La paire Badji-Defour est évidemment moins élégante sur papier mais elle doit, paraît-il, amener de l'équilibre et plus de puissance au jeu des Mauves. Et le Sporting n'a plus une minute à perdre. Désormais les beaux discours ont laissé place à l'efficacité. PAR THOMAS BRICMONT ET ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGEDes contrats à plus de 5000 euros/brut par mois sont offerts dès 16 ans.