Qu'il soit adapté en 4-4-1-1 quand Cristian Benavente s'installe derrière Kaveh Rezaei, ou qu'il reste traditionnel comme en début de saison, quand David Pollet et Chris Bédia se partageaient le front du système zébré, le 4-4-2 ne quitte jamais vraiment l'esprit de Felice Mazzù.
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Qu'il soit adapté en 4-4-1-1 quand Cristian Benavente s'installe derrière Kaveh Rezaei, ou qu'il reste traditionnel comme en début de saison, quand David Pollet et Chris Bédia se partageaient le front du système zébré, le 4-4-2 ne quitte jamais vraiment l'esprit de Felice Mazzù. Le système peut sembler rigide et prévisible, presque démodé, mais il offre une richesse rare, car sa variété est importante en fonction des profils choisis pour l'animer. Ce sont principalement les hommes qui vivent à proximité de la ligne de touche, tutoyant la craie ou migrant vers l'intérieur du jeu, qui créent cette imprévisibilité. " Le 4-4-2 vit différemment, par exemple, selon que vous avez ou non un excentré à profil de débordement ", professe Christian Gourcuff, admirateur d' Arrigo Sacchi et apôtre français du 4-4-2, dans la revue spécialisée Vestiaires. À Charleroi aussi, le module a évolué en cours de saison, en fonction des hommes qui se sont installés dans les couloirs. Sont-ils ceux qui représentent le mieux l'évolution du football carolo ? En cinq ans de règne de Felice Mazzù sur le Pays Noir, l'homme impliqué le plus souvent dans les buts zébrés s'appelle en tout cas Clément Tainmont. Un ailier de débordement, un vrai, espèce parfois abonnée au siècle dernier, mais que le coach des Zèbres a toujours su réactualiser. L'arrivée de Dodi Lukebakio, l'été dernier, avait donné un nouvel élan aux couloirs du Sporting. Le prodige de Neerpede, dribbleur irrégulier et frappeur compulsif, n'hésitait pas à rentrer dans le jeu pour créer le surnombre entre les lignes, et priver ses adversaires de repères. Il était, en outre, une menace constante pour le latéral gauche adverse, jamais certain de sortir indemne d'un duel face au virevoltant Diablotin. La formule des flancs faisait des merveilles, et était d'ailleurs la menace majeure du 4-4-2 carolo. D'autant qu'à l'opposé, Amara Baby savait jouer de son profil, atypique pour un ailier. Le Sénégalais et sa taille, presque démesurée pour s'installer sur un couloir, sont depuis quelques saisons déjà la cible privilégiée des coups de pied de but de Nicolas Penneteau. Car son duel aérien face à un latéral, souvent plus petit que les tours qui peuplent l'axe des terrains de Pro League, est ridiculement déséquilibré. Sa complémentarité avec Nurio Fortuna, terreur dans la profondeur, a fait du couloir gauche des Zèbres l'une des sensations du début de saison. Les premiers heurts comportementaux entre Mazzù et Lukebakio ont redistribué les cartes, et remis celles de Mamadou Fall dans le jeu de Charleroi. Le sprinter du Mambour présente un profil stéréotypé, avec une pointe de vitesse hors-normes qui s'exprime surtout dans le couloir. La qualité du jeu intérieur des Zèbres était pénalisée, et la variété disparaissait progressivement, en même temps que Lukebakio. La forme étincelante du duo Rezaei-Benavente a masqué pendant plusieurs semaines les premiers ratés des flancs carolos, qui ont fini par exploser au visage du Sporting au sortir de l'hiver. Les ventes de Lukebakio et de Clément Tainmont, revenu en grâce et en force au cours du mois de décembre dans une association " à l'ancienne " avec Francis N'Ganga à gauche, ont privé Mazzù de sa richesse initiale dans les couloirs. Le coach a certes reçu les services de Romain Grange, débarqué à Charleroi avec l'étiquette de joueur-frisson de la Ligue 2 française, mais son profil s'est rapidement avéré inconciliable avec la conception des flancs de son entraîneur. S'il a l'habitude d'évoluer sur les côtés, le Français au pied droit d'orfèvre est surtout un meneur de jeu excentré, qui ne fait la différence que par ses passes. Lors des saisons précédentes, Felice Mazzù avait déjà tenté l'expérience d'installer un passeur dans le couloir, mais les piges d' Enes Saglik ou de Sotiris Ninis près de la ligne de touche ont rarement été couronnées de succès. La capacité de débordement reste un atout incontournable chez l'ailier carolo. Même Lukebakio et Dieumerci Ndongala, qui préféraient pourtant repiquer dans l'axe, ont toujours conservé cette capacité à faire la différence avec les jambes au bord de la touche. Grange, toujours en quête d'un premier but ou même d'une passe décisive sous la tunique zébrée, n'a pas encore vraiment atterri footballistiquement à Charleroi. Et comme l'autre joueur de flanc débarqué en janvier, Willy Semedo, met naturellement du temps à franchir le palier entre le niveau d'un promu en D1 chypriote et celui d'un membre du top 6 belge, le staff carolo s'est vite retrouvé à court de solutions sur les flancs, au point de revenir à un système à cinq défenseurs au début des play-offs, après avoir tenté de transformer Cristian Benavente en faux ailier droit. La formule à trois défenseurs n'a pas été au goût de l'entourage d'Amara Baby, qui a eu de vifs échanges avec la direction carolo, lui reprochant de " cacher " son puissant gaucher à l'aube des play-offs 1, observés de plus près par les recruteurs étrangers. À l'aube de la trentaine, le Sénégalais se voit bien quitter Charleroi dans quelques semaines pour relever un nouveau défi, et ouvre le débat d'un recrutement indispensable dans les couloirs zébrés, en quête de sang neuf. " Cet été, on risque de voir un peu plus de changement, car c'est nécessaire ", a confié Mehdi Bayat dans les colonnes de la DH. Une réunion avec le staff technique a déjà eu lieu, et les priorités du mercato estival regardent notamment vers les flancs. Le nom d' Ali Gholizadeh, gaucher vif et technique aimant s'installer sur le côté droit, a déjà filtré dans les médias, et l'Iranien pourrait bien poser rapidement sous le maillot des Zèbres, dans le but de renvoyer Fall dans un rôle de joker plus adapté à ses limites footballistiques, même si l'ancien buteur du White Star a montré une plus grande efficacité cette saison (6 buts et 4 passes décisives). Mais le Sporting ne pourra sans doute pas s'arrêter là. Parce qu'en cinq ans de règne, Felice Mazzù a toujours fait briller les siens quand ses flancs semaient la terreur dans la moitié de terrain adverse.