La légende du football se nourrit d'anecdotes croustillantes, de contes de fées et de belles histoires qui n'en finissent plus d'alimenter les conversations de comptoir. A Charleroi, les pessimistes ressassent les malheurs des hommes politiques locaux mais les plus optimistes préfèrent se pencher sur l'aventure d'un jeune joueur. Car les débuts prometteurs de Flavio Fragapane ont une origine unique...
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La légende du football se nourrit d'anecdotes croustillantes, de contes de fées et de belles histoires qui n'en finissent plus d'alimenter les conversations de comptoir. A Charleroi, les pessimistes ressassent les malheurs des hommes politiques locaux mais les plus optimistes préfèrent se pencher sur l'aventure d'un jeune joueur. Car les débuts prometteurs de Flavio Fragapane ont une origine unique... On est un mardi soir de septembre au terrain d'entraînement des Espoirs du Sporting, à Marcinelle, non loin du Bois du Casier. Cet arrière gauche qui croyait simplement venir s'entraîner, repartira avec une convocation chez les A pour les trois jours suivants. Jacky Mathijssen, en panne de défenseurs suite à la suspension de Dante et à la blessure de Diallo, était venu jeter un coup d'£il au noyau de Mario Notaro et Thierry Siquet. Le but : dénicher un défenseur capable de rejoindre les Zèbres en pleine préparation de l'important match contre Anderlecht. Le rêve prenait forme pour Fragapane, qui séduisit l'entraîneur limbourgeois. Mais l'histoire n'était-elle pas déjà assez belle pour se terminer là ? Non. Car à l'étonnement général, Mathijssen réservait une surprise de taille à sa nouvelle recrue et le titularisait au poste de back gauche au sein d'une défense inédite contre les champions en titre ! " Je m'étais entraîné avec le groupe normalement et je n'ai appris que cinq minutes avant de monter sur la pelouse que j'étais titulaire ", explique Fragapane. " Je n'ai pas eu le temps de réaliser. Au début, j'ai éprouvé quelques difficultés à trouver le rythme mais je me suis vite adapté. Le soir, je n'ai pas senti d'excitation particulière. Au contraire, cette débauche d'énergie m'avait fatigué. Je m'étais donné à fond. Il faut avouer que, contre Anderlecht, on n'a pas vraiment le choix ! Du coup, je me suis endormi tout de suite ". Si le fiston ne savait rien de sa participation au match de gala, son père Pino avait été mis au parfum. " Quelqu'un me l'avait dit mais je n'y ai pas cru ", explique ce travailleur dans une fonderie de titane depuis 25 ans. " J'ai réalisé seulement quand je l'ai vu au coup de sifflet initial ". Et que demander de plus qu'un match héroïque face à des calibres du type Mbark Boussoufa ou Ahmed Hassan et un partage à la clé. Face à Anderlecht, Fragapane a fait étalage d'une certaine sobriété et de solides capacités défensives, malgré le handicap d'une taille (1m78) qui contraste quelque peu avec la moyenne générale des défenseurs. " Je ne suis pas très grand mais cela ne m'a jamais posé problème. Je compense par mes qualités de récupération, de relance et par ma sobriété. Tout le monde m'a dit qu'on voyait bien que je n'avais pas osé prendre de risques lors de mon premier match alors que j'ai toujours joué de cette manière ! ". " Ce n'est pas un chipoteur ", dit son père Pino. " Il donne des ballons simples. Je n'ai jamais aimé les gens qui font tout, tout seul. Il a un bon pied gauche et il dispose d'une frappe violente. On n'a pas pu encore s'en rendre compte car il effectue en priorité sa tâche défensive mais quand il sera davantage installé dans cette équipe, je pense qu'il pourrait tirer les coups francs. Il n'est pas très grand mais comme il a un bon timing il a toujours pris beaucoup de ballons de la tête. Son apport offensif a également toujours été un de ses points forts. Une fois en confiance, il peut faire des dégâts sur une montée. Il a joué six ans au foot en salle et cela lui a donné un minimum de technique. Par contre, il doit améliorer son pied droit ". Flavio avoue : " Je sais utiliser mes deux pieds mais je suis d'abord gaucher. Et puis, je dois aussi bonifier mon positionnement. En un mois, je sens déjà une énorme évolution ". Un laps de temps qui lui a permis de connaître deux autres titularisations. A 17 ans à peine, la direction vient de lui témoigner sa confiance en lui proposant un contrat amateur de deux ans. Le jeune arrière gauche doit maintenant intégrer son nouvel horaire, en jonglant entre les entraînements Espoirs (le lundi et mardi soir), professionnels (le jeudi et vendredi matin) et ses cours de rhéto qu'il suit à Notre Dame de Fleurus. " Je ne m'en fais pas trop pour lui ", ajoute son père, " Il a la tête sur les épaules et est studieux. Il n'a jamais raté une année et il n'a jamais fallu lui dire de faire ses devoirs. En football, c'est la même chose. Il est concentré et n'hésite pas à donner un coup de main à l'équipe. J'ai suivi tous ses matches et je ne l'ai jamais vu engueuler un coéquipier ". Pour perpétuer encore un peu son rêve, il suffira alors à ce jeune joueur, né d'un père d'origine italienne et d'une mère belge, de s'inspirer de l'exemple de Laurent Ciman avec lequel il partage certaines caractéristiques. Comme lui, il joue derrière. Comme lui, il s'est fait connaître contre Anderlecht (Ciman n'avait pas été titulaire mais avait remplacé Thierry Siquet, blessé après quatre minutes). Comme lui, il vient de Farciennes, commune souvent décriée et considérée comme difficile. Mais les comparaisons s'arrêtent là car sur un terrain, autant Ciman est un jeune chien fou qui aime jaillir, autant Fragapane est réfléchi. " Il n'a pas beaucoup de déchets dans son jeu ", renchérit son père, " Je ne vois pas souvent de mauvaises passes de sa part. D'ailleurs, lorsqu'il jouait à Farciennes sous mes ordres, je l'utilisais comme distributeur car il voyait bien le jeu. J'ai toujours insisté pour qu'il fasse quelque chose du ballon. Je lui interdisais de le mettre dehors ". Quatre ans après être arrivé au Sporting, en provenance de Farciennes où il avait effectué toutes ses classes sous les ordres de son père, aujourd'hui président de ce club qui milite en P2, Fragapane frappe donc aux portes de l'équipe Première. Depuis son intronisation officielle, il est toujours entré dans les plans de Mathijssen. " Cela se passe de mieux en mieux. J'ai de suite été intégré au groupe. Grâce aux anciens mais aussi à Ciman. Tout cela s'est réalisé en peu de temps mais je m'organise. Je mets mes cours le plus vite possible en ordre. Mes camarades de classe sont contents et fiers de moi et mes profs sont compréhensifs. Je finis ma dernière année en sciences sociales et puis on verra. Soit je me consacre au football, soit je me tourne vers un graduat de trois ans comme kiné ou professeur d'éducation physique ", affirme déjà le nouvel arrivant. STÉPHANE VANDE VELDE