Les similitudes ne manquent pas entre Kevin Mirallas et Urko Pardo. Tous deux se sont solidarisés au football dans un grand club belge : le premier au Standard et l'autre à Anderlecht. Ensuite, ils ont intégré de concert un centre de formation étranger, le LOSC pour le Liégeois, et le Barça pour le Bruxellois. Cette saison, après des expériences mitigées à Saint-Etienne et au Rapid Bucarest, ils ont pris une éclatante revanche sportive en contribuant largement au sacre de l'Olympiacos, le 38e de l'histoire du prestigieux club athénien. Avec 14 buts à son actif sur un total de 65, l'ancien Principautaire s'est révélé le meilleur réalisateur des siens. Quant à l'ex-sociétaire de Neerpede, battu à 11 reprises seulement, il peut se targuer d'avoir dirigé la meilleure défense de la D1 grecque.
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Les similitudes ne manquent pas entre Kevin Mirallas et Urko Pardo. Tous deux se sont solidarisés au football dans un grand club belge : le premier au Standard et l'autre à Anderlecht. Ensuite, ils ont intégré de concert un centre de formation étranger, le LOSC pour le Liégeois, et le Barça pour le Bruxellois. Cette saison, après des expériences mitigées à Saint-Etienne et au Rapid Bucarest, ils ont pris une éclatante revanche sportive en contribuant largement au sacre de l'Olympiacos, le 38e de l'histoire du prestigieux club athénien. Avec 14 buts à son actif sur un total de 65, l'ancien Principautaire s'est révélé le meilleur réalisateur des siens. Quant à l'ex-sociétaire de Neerpede, battu à 11 reprises seulement, il peut se targuer d'avoir dirigé la meilleure défense de la D1 grecque. Urko Pardo : L'année passée, le Pana avait réalisé le doublé championnat-Coupe. Il s'agissait là d'un véritable événement, dans la mesure où c'est le plus souvent l'Olympiacos qui se taille la part du lion. Les gens, ici, comparent d'ailleurs volontiers la Super League à une tomate. Elle est verte au départ, à l'image du Pana, fréquemment en verve en début de championnat. Par la suite, sa coloration vire au jaune, référence à l'AEK qui joue de temps en temps les trouble-fête. Mais au final, le fruit est toujours rouge, couleur de notre club. Kevin Mirallas : Nous sommes passés en tête du classement lors de la quatrième journée et le sommes restés jusqu'à la fin de la compétition. Les seuls bémols, sur l'ensemble de la campagne 2010-11, auront été nos prestations dans les deux autres épreuves du calendrier, avec une éviction d'abord en Europa League, par le Maccabi Tel-Aviv, puis une élimination par le PAOK Salonique dans l'épreuve de coupe nationale. Mais ces deux contre-performances ont été compensées par un succès sur le Pana en championnat. Pour les supporters, cette victoire-là est beaucoup plus importante qu'une autre. Pardo : Elles ont fait de Kevin un dieu vivant, ni plus ni moins. A l'entame du championnat, il n'y en avait que pour Marko Pantelic. Le topo a changé avant le match contre Volos. Dans l'optique de cette rencontre, le coach, Ernesto Valverde, avait procédé à quelques ultimes réglages au cours d'une dernière séance d'entraînement au stade Karaïskakis. En principe, on ne se prépare jamais sur l'aire de jeu principale. Mais là, c'est comme s'il avait voulu conditionner Kev pour la confrontation du lendemain. Alors qu'il l'avait fait jouer constamment sur le flanc jusqu'à ce moment, il l'a aligné en pointe, poste réservé jusque-là à l'attaquant serbe. Dans la foulée, je me suis fait la réflexion qu'il y avait du changement dans l'air au numéro 9. Et je ne m'étais pas trompé. Mirallas : Urko ne manque pas de mérite non plus puisqu'il a réussi à déboulonner Antonis Nikopolidis, monument du football grec. En matière de buts encaissés, aucune équipe européenne n'a fait mieux qu'Olympiakos parmi l'élite. L'équipe a été très longtemps en lutte avec le FC Porto à ce niveau. Mais la 27e journée a été fatale aux Portugais, suite aux deux buts pris face au Sporting Lisbonne. De quoi porter leur total à 13 alors qu'Urko en est resté à 11 jusqu'au 30e match. Même s'il n'a pas joué la rencontre de clôture face à Larissa, puisqu'elle était placée sous le signe des adieux de Niko au public olympien. Le vibrant hommage que lui ont réservé les 30.000 fans était un grand moment. J'en ai encore la chair de poule. Pardo : Pour moi, c'est le jour et la nuit par rapport à ce que j'ai connu à l'Iraklis Salonique. Au sein de cette équipe modeste, j'étais bombardé de toute part. Je n'avais pas une seule seconde de répit. A l'Olympiacos, il ne faut s'employer la plupart du temps que deux ou trois fois par match. Mais il s'agit évidemment de ne pas se planter à ces moments. La concentration est primordiale alors qu'à l'Iraklis c'est le keeping stricto sensu qui était important. Mirallas : C'est exactement l'inverse dans mon cas. A Saint-Etienne, je n'avais quelquefois qu'une seule occasion par match. Ici, j'en ai davantage. Chez les Verts, quand je loupais une opportunité, je savais que je ne pourrais pas me racheter. En Grèce, c'est différent. Lors de ma première titularisation, face à Volos, j'ai commencé par un loupé magistral mais je n'ai pas gambergé. Je me rendais compte que d'autres chances se présenteraient. Et j'ai planté deux buts. Mirallas : C'est avant tout une question de philosophie différente. A Lille et Saint-Etienne, on jouait essentiellement pour ne pas perdre. A l'Olympiacos, on joue pour gagner, voilà la différence. En France, en cas de perte de ballon, il fallait immédiatement se replier. C'était la même chose partout. Récemment, j'ai regardé le match Lyon-Lens. Avec d'un côté, l'un des postulants au titre et, de l'autre, un candidat à la relégation. Honnêtement, je n'ai pas vu de différence. Tout s'est joué à 20 mètres de part et d'autre de la ligne médiane. Comme le disait Alain Perrin, le coach que j'ai eu à Geoffroy-Guichard : on ne prend pas de but et si on peut en mettre un, on le met. Son discours se résumait toujours à ces quelques mots, semaine après semaine. Ici, dès qu'on n'a plus le ballon, on presse l'opposant. Pardo : Toutes proportions gardées, l'Olympiacos s'inspire du Barça avec cette volonté de chasser le cuir dans le camp adverse. Le coach a été joueur au FC Barcelone autrefois et ça se sent. Cet épisode-là l'a forcément marqué. Comparaison n'est pas raison, mais je pense que l'Olympiacos est le Barça grec. Le Panathinaïkos, lui, me fait plutôt songer au Real Madrid. Il est formé d'individualités alors que nous tirons notre force du collectif. La différence vaut aussi en dehors des terrains. Chez nous, les joueurs font la Une des pages sportives tandis qu'au Pana, ils alimentent la presse people. Surtout Djibril Cissé et Sydney Govou. Pardo : Le contraste était grand par rapport à ce que j'avais connu à Anderlecht. D'un jour à l'autre, j'ai été amené à perfectionner tant et plus mon jeu au pied. A l'entraînement, j'officiais plus comme libero que comme portier. Il fallait que mes coéquipiers puissent à tout moment s'appuyer sur moi pour la relance. A ce petit jeu, mon compagnon d'âge, Victor Valdes, excellait vraiment. La maîtrise au pied qu'il affiche aujourd'hui, il l'a développée en classes d'âge. Il était capable de trouver un partenaire, de la main ou du pied, à hauteur de la ligne de touche. Vous pouvez le vérifier : quand il bascule le jeu, il cherche toujours à exploiter au maximum la géométrie du terrain. Ce qui m'a marqué aussi, chez les jeunes, c'étaient les fameux toros. Au Sporting, le ou les joueurs au milieu du cercle parvenaient toujours à un moment donné à intercepter le ballon. Au Barça, c'était impossible. Quand t'étais la poire, tu restais la poire. Aussi simple que ça. Mirallas : Je me demande parfois ce qu'il serait advenu de moi si j'étais resté au Standard. Mon seul et unique regret, à ce stade de ma carrière, est de ne pas y avoir évolué au plus haut niveau. Je l'aurais ardemment souhaité mais ce n'était pas possible à l'époque. Parmi les jeunes, seul Jonathan Walasiak s'était vu décerner une chance. Et on ne peut franchement pas dire qu'il ait été souvent utilisé. Il n'y avait guère de perspectives pour la jeune classe. Du coup, les plus talentueux cherchaient à partir. Comme Sébastien Pocognoli à Genk ou Jonathan Legear à Anderlecht. J'aurais juré fidélité aux Rouches si on m'y avait permis, à 15 ans, de m'entraîner avec les réserves. Mais la direction n'a rien voulu entendre. C'était les U18 ou rien. Et ce fut rien parce qu'au LOSC, je pouvais me préparer avec les doublures. Avec le recul, je me dis que j'y ai bénéficié d'une formidable post-formation. Et le même constat vaut aujourd'hui pour Eden Hazard. Pardo : A condition d'être toujours ici, du moins. Contrairement à Kevin, dont l'option a été levée en janvier passé, je suis toujours dans l'expectative. Mirallas : Moi aussi car je n'ai toujours pas trouvé de terrain d'entente avec la direction concernant un nouveau contrat. Mirallas : Oui, mais il était exclu que j'aille là-bas. C'est l'Olympiacos qui me faisait flipper. J'avais gardé un formidable souvenir des deux matches de Coupe de l'UEFA qu'on avait livré avec Saint-Etienne : 1-3 en Grèce et 2-1 à Geoffroy-Guichard. Je m'étais fait la réflexion que si un jour j'aboutissais ici, ce serait au stade Karaïskakis. Pardo : Passer de l'un à l'autre n'est pas vraiment une bonne idée. Certains se laissent parfois tenter, dans la mesure où les deux clubs font de la surenchère pour attirer les meilleurs, a fortiori s'ils peuvent déforcer la concurrence. Mais c'est s'exposer à bon nombre de désagréments. En 2008, l'Argentin Sebastian Leto est passé de l'Olympiacos au Panathinaikos. Il a dû déménager car à Glyfada, où il habitait, les fans s'acharnaient sur lui. Cette station balnéaire-là, au même titre que Vouliagmeni, Voula et Vari, est traditionnellement le point de chute des joueurs de l'Olympiacos. Ceux du Panathinaikos élisent généralement domicile au nord de la capitale. A Kifissia, Halandri ou Marousi par exemple. Mais la vie n'y est pas toujours de tout repos non plus. Avant de rejoindre l'Olympiacos, Antonis Nikopolidis était actif au Pana. Il a beau avoir 40 ans et contribué au titre de Champion d'Europe de la Grèce en 2004, au Portugal, les fans des Vert et Blanc le considèrent toujours comme un traître. Il ne peut pas se promener où il veut en ville sinon bonjour les dégâts. Et pas question de porter du vert, c'est le pire outrage. Mirallas : Le PAOK Salonique, ce n'est pas triste non plus. Là-bas, les supporters sont habillés de noir de la tête aux pieds. Comme s'ils portaient déjà le deuil de l'adversaire. C'est chaud et intimidant. Dans les tribunes comme sur le terrain. Pardo : Le plus chaud reste quand même le derby au Pana. Là, c'est 75.000 spectateurs qui te tombent dessus, puisqu'en raison de mesures de sécurité nos propres sympathisants ne sont pas admis. A l'échauffement, en signe de bienvenue, on te claque des pétards et des fusées dans les pieds. Bienvenue au Stade Olympique ( il rit). Celui de Barcelone était plus calme. Mirallas : On en parle tous les jours. Urko Pardo : L'espagnol a son petit succès dans le vestiaire. Non seulement avec nous mais aussi avec des garçons comme David Fuster, Raul Bravo, Albert Riera et Moises Hurtado. J'ai toujours des contacts avec le Barça. J'ai promis à Kevin que si je tombe un jour sur le président Sandro Rosell, je ne manquerai pas de lui glisser son nom. Mirallas : J'étais plutôt fan du Real il y a quelques années mais je ne dirais quand même pas non à une offre du Barça ( il rit). Pardo : Normal, c'est le plus beau football du monde. Et le Barça actuel la meilleure formation de club de tous les temps. Pardo : J'ai un patronyme à consonance espagnole mais je suis belge. Si on m'appelle, je viendrai avec plaisir. Mais la concurrence est rude avec Simon Mignolet, Silvio Proto, Logan Bailly et j'en passe. Mirallas : Devant aussi, c'est dur de se faire une petite place au soleil. Mirallas : Ce fut dur à avaler. J'étais en plein boum avec l'Olympiacos à ce moment et j'espérais poursuivre sur ma lancée en équipe nationale. Je peux comprendre que, vu l'abondance de biens, je faisais partie des réservistes à Vienne. Mais ne pas figurer sur la feuille de match contre l'Azerbaïdjan... D'autres aussi étaient manifestement surpris. Comme Tom De Sutter, par exemple. Repêché la veille, il était repris pour ce match alors que moi qui avais fait toute la préparation, je devais me contenter d'une place comme simple spectateur. Comprenne qui pourra. Mirallas : Désolé mais si on avait eu des joueurs de cette trempe, on ne se serait pas fait remonter face aux Autrichiens. Entendons-nous bien : la Belgique a des super-joueurs à l'heure actuelle mais personne ne frappe du poing sur la table. Cela dit, les choses évoluent favorablement. On a fait un pas dans le bon sens lors des deux derniers matches. Mirallas : Je serai d'autant plus motivé que je me marierai le lendemain avec Christelle. Et pour enterrer ma vie de garçon, rien de tel qu'une victoire ce soir-là ( il rit). PAR BRUNO GOVERS, À ATHÈNES - PHOTOS : REPORTERS" A l'Olympiacos, les joueurs font la Une des pages sportives. Au Pana, ils alimentent la presse people. " (Urko Pardo) " Je ne remercierai jamais assez Saint-Etienne de m'avoir mené la vie dure " (Kevin Mirallas) " Je suis passé de Barcelone à Sandanski en Bulgarie : la zone. " (Urko Pardo)