Edhem Sljivo, en attendant d'entraîner

Il a été un très grand joueur de football. Sarajevo, Rocourt, Nice et Cologne ont été les points cardinaux d'une carrière qui aurait pu l'emmener vers le PSG, le Standard, Bordeaux ou l'un ou l'autre grand club italien. Mais Edhem, 53 ans, ne regrette rien. Il se sent bien à Liège avec sa femme Jasna et ses deux filles, Tea et Adisa. Le temps qui passe lui a offert un petit fils blond comme un Suédois ( Dylan, 10 ans), un beau café sur la Place du Marché, à deux pas du Perron, le 8, son numéro durant toute sa carrière de footballeur. Puis, il y a ce Challenge de foot en salle Edhem Sljivo, devenu un des grands événements sportifs de la fin de l'année né après son terrible accident de voiture du 17 décembre 1986 à Hognoul, sur l'autoroute de Bruxelles, près de la Cité ardente.
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Il a été un très grand joueur de football. Sarajevo, Rocourt, Nice et Cologne ont été les points cardinaux d'une carrière qui aurait pu l'emmener vers le PSG, le Standard, Bordeaux ou l'un ou l'autre grand club italien. Mais Edhem, 53 ans, ne regrette rien. Il se sent bien à Liège avec sa femme Jasna et ses deux filles, Tea et Adisa. Le temps qui passe lui a offert un petit fils blond comme un Suédois ( Dylan, 10 ans), un beau café sur la Place du Marché, à deux pas du Perron, le 8, son numéro durant toute sa carrière de footballeur. Puis, il y a ce Challenge de foot en salle Edhem Sljivo, devenu un des grands événements sportifs de la fin de l'année né après son terrible accident de voiture du 17 décembre 1986 à Hognoul, sur l'autoroute de Bruxelles, près de la Cité ardente. Les secours l'emmènent vers l'hôpital de Bavière. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Sljivo est au sommet de sa popularité. Tant comme sportif qu'en tant qu'homme d'une grande gentillesse. " Je n'aime pas en parler mais je me souviens évidemment du formidable soutien de mes amis du FC Liégeois et de Robert Waseige en particulier ", souligne-t-il. " Cela me fit chaud au c£ur. Je n'avais jamais été blessé en 20 ans de carrière et 820 matches officiels. Et, brutalement, je me retrouvais cloué sur un lit d'hôpital. J'y suis resté neuf mois, attendant quelque chose de beau pour l'avenir, comme une femme enceinte ". Condamné, Edhem Sljivo se bat et survit. Puis la Faculté lui annonce qu'il ne retrouverait plus jamais l'usage de ses jambes. " J'ai alors juré aux médecins que je marcherais un jour ", avance-t-il. " Je ne savais pas quand mais il était hors de question de renoncer à cette ambition ". Durant quelques années, l'ancien grand meneur de jeu des Sang et Marine avancera millimètre après millimètre sur le chemin de la guérison. Il a longtemps droit à deux séances de revalidation dans les hôpitaux liégeois puis, le soir, Jean Kuypers, le kiné du stade vélodrome de Rocourt travaille avec lui aussi. Edhem Sljivo marchera. Difficilement certes. Avec des béquilles qui ne le quittent jamais mais il retrouva une bonne partie de son autonomie. Un peu plus tard, il rend visite à André Malherbe, un des plus grands champions de motocross de tous les temps, fauché par la malchance sur les chemins du Dakar. Edhem est impressionné par le courage du pilote hutois. Mais vit des hauts et des bas sur le plan moral. Les opérations se succèdent; malheureusement ça n'effacera jamais son ostéite, une inflammation osseuse à la jambe. " Après quatre ans, la courbe de mes progrès physiques s'est arrêtée ", se souvient-il. Il s'agit de se redéfinir, d'avancer autrement dans la vie. En 1989, Raymond Arets lui prête sa plume afin d'écrire le livre de sa carrière : - Ma vie, édité chez Labor. Cela fait du bien à Edko qui y raconte ses aventures, celles d'une famille de Sarajevo, la sienne, dont le papa, Mohamed, rencontra sa future femme, Claudia Smirnova, une jeune fille russe de Leningrad, dans un camp de prisonniers à Salzbourg, durant la Deuxième Guerre mondiale. Les photos de ce bouquin nous montrent Edhem Sljivo avec des monstres sacrés dont Pelé. Avant son accident, il suivait des cours d'entraîneur avec Guy François, Raphaël Quaranta, Matt Van Toorn, etc. " J'ai dû revoir mes ambitions mais je garde l'espoir de m'occuper un jour des jeunes ", affirme-t-il. " Evidemment, balle au pied, il faut leur montrer l'exemple, ce que je ne peux plus faire ". Il y a 14 ans, Alain Darcy lança le Challenge Edhem Sljivo au Sart-Tilman. Le petit tournoi a été repris depuis lors par le duo Benoît Thans- DidierJacoby, et a acquis de formidables lettres de noblesse. C'est la fête du football technique, celui de Sljivo, qui assiste avec joie aux exploits des enfants, des moins jeunes et d'anciennes gloires de la D1. C'est indiscutablement son élixir de vie, son challenge. Edhem avance, parfois cahin-caha, mais le trajet du paquebot du Challenge lui fait du bien. Le football restera sa vie comme c'est le cas pour le formidable Xavier Deleuze (43 ans), directeur sportif de l'Union Namur (D3) après avoir officié durant des années à Walhain. Xavier Deleuze est connu partout, promène sa chaise roulante sur tous les terrains de football, fait avancer des projets en faveur des handicapés, que ce soit à l'Union Belge, à la Ligue Professionnelle, à l'UEFA, etc. Il est né avec une ostéogenèse imparfaite (fragilité osseuse) et a eu plus de 150 fractures. " Chez moi, tout a été cassé ", dit-il en riant. " Ma chaise roulante, c'est moi, je l'ai intégrée dans ma vie, je ne la vois plus. Mes parents m'ont élevé comme un enfant normal avec ses jeux et ses sorties. Je n'ai pas été couvé et je me souviens même avoir accompagné un motard car j'en avais envie. Après mes gréco-latines, j'ai fait deux ans de droit à l'Université de Louvain-la-Neuve. Je n'aimais pas la philosophie et j'ai alors passé des examens à l'administration communale de Walhain. J'y ai grimpé tous les échelons avant de devenir receveur communal. Puis, il y eut la découverte du football, un monde fabuleux où je me suis fait beaucoup d'amis ". Son premier grand flash date de 1978. Le Standard se mesure à l'AEK Athènes en Coupe de l'UEFA. Xavier se hisse sur une caisse de Coca-Cola pour mieux suivre le match. Un peu plus tard, il écrit à Michel Preud'homme qui lui répond. Ils se rencontrent, une estime mutuelle est née. Ils se sont revus récemment. Michel dans son costume de directeur technique du Standard, Xavier dans celui de... directeur technique de Namur. Le chemin parcouru par Xavier Deleuze est plus qu'exemplaire. En 1987, avant le match de Coupe de Belgique de Wallonia Walhain au Club Brugeois, il s'affilie dans le club cher à FrancisSprimont. Ce dernier ne tarde pas à en faire son secrétaire et son correspondant qualifié auprès de l'Union Belge. Xavier Deleuze se plonge dans les règlements de la fédération. Il les connaît sur le bout des doigts et des clubs de D1 s'adressent parfois à lui en cas de pépin. Un beau jour, Walhain cède un joueur à l'Union Namur. Armand Kaida, le président des Merles, a un n£ud administratif à défaire. Francis Sprimont lui conseille d'en parler à Xavier Deleuze, qui indique la voie à suivre. Armand Kaida est impressionné et emmène aussi Xavier Deleuze dans ses bagages. Namur vivra des moments enivrants et des soucis avant de retrouver la D3. " Il y a une place à prendre entre Charleroi, La Louvière et Liège ", avance-t-il. " L'Union Namur a une politique ambitieuse qui doit nous mener vers les sommets. La D2 doit faire partie au plus vite de notre univers. Cela ne passera pas par une politique de stars mais bien via la formation, les jeunes du cru. Nous devons nous en donner les moyens. La Ville a compris la démarche. Nos dossiers y progressent bien et, dans deux ans, nous aurons un stade digne de ce nom. L'Union Namur possédera un jour un centre de formation à la française. Nous avons rencontré plusieurs fois Christophe Dessy qui dirige celui de l'AS Nancy. C'est un modèle intéressant pour l'Union Namur ". Xavier Deleuze suit tous les jours les entraînements de l'équipe fanion de l'Union Namur et tient à réduire les distances qui peuvent séparer le coach et son noyau de la direction. " Je suis très intéressé par tout ce que fait Fabrice Silvagni ", affirme-t-il. " Je suis là pour l'aider et le soutenir. Dans sa façon de travailler, il me rappelle beaucoup Marc Grosjean, qui n'a laissé que de grands souvenirs, comme coach ou simplement en tant qu'homme, à l'Union Namur. Mais quand notre centre de formation sera mis sur pied, je ferai appel, d'une façon ou d'une autre, à Edhem Sljivo. Les jeunes ont toujours quelque chose à apprendre au contact d'un joueur qui fut aussi fabuleux. Il gagnait des matches grâce à sa technique et peut en parler en commentant, par exemple, des vidéos. On trouvera bien une solution. J'assisterai aussi à une soirée du Challenge Sljivo. Ce ne sont des initiatives qui ne peuvent qu'être positives pour le beau football ". Didier, de Bilzen, on ne connaît guère son nom de famille. C'est Didier du Limbourg, supporter acharné du Standard, point à la ligne. " Je n'ai pas de jambes, c'est de naissance, et le Standard, c'est ma femme ", lance-t-il en riant. " Je me suisparfois fâché sur elle, pardon sur les Rouges. Mais, dans un mariage, qui n'a pas de temps en temps des mots avec sa... femme ?" Handicapé à 100 %, il voyage partout avec les Rouches, les suit lors des matches à l'étranger ou durant les stages d'hiver ou d'été. Son frère l'emmena un jour à Sclessin en 1983. La fièvre rouge ne quitta plus ce supporter au tempérament de feu. Avec lui, blanc, c'est blanc. " Les trois plus grands clubs de supporters du Standard se situent en Flandre : Tirlemont, Bilzen, St-Trond ", dit-il. " Le dernier titre national date de 1983. Si cela avait été le cas à Anderlecht, Bruges ou Genk, ces clubs auraient été rayés de la carte. Le Standard est resté vivant grâce à ses supporters. Je ne retrouve nulle part une ambiance comparable à celle de Sclessin. Genk, par exemple, attire du monde mais l'ambiance est plus feutrée. Les tifos du Standard sont uniques. Paradoxalement, c'est à l'extérieur que je vis le plus ma passion pour mon club. Sclessin est un enfer, c'est normal, mais je suis séduit par la verve des supporters en déplacement. Ils mettent de l'ambiance, chantent comme personne, que ce soit en français, en flamand ou en anglais. Je n'ai qu'un mot pour cela : magnifique ". Didier est président du club de supporters The Euro-Reds Bilzen, qui compte 261 abonnés au Standard et encore plus de membres. Il organise les déplacements. " Partout, on nous demande aux environs de 20 euros, c'est énorme ", regrette-t-il. Son club n'a pas de parrain. " J'ai toujours repoussé cette éventualité. Si un joueur accepte d'assister à une de nos soirées, pas de problèmes, mais ce n'est pas nécessaire. L'essentiel, c'est notre esprit de groupe. Nous sommes bien entre nous, dans notre passion pour le Standard. Les joueurs ne restent plus que deux ou trois ans dans le même club. Je n'ai pas envie de changer régulièrement de parrain. Pour nous, c'est le club qui compte, le Standard rien que le Standard ". " En 820 matches, je n'avais jamais été blessé " (Edhem)