Alin Stoica à Bruges, c'est évidemment la signature de l'été. Nous disons bien signature, et non transfert, car le dernier mot n'est manifestement toujours pas dit, ou écrit, entre Anderlecht, qui réclame une indemnité de formation pour un joueur de moins de 23 ans, qu'il a hébergé et formé durant une demi-douzaine de saisons, et le Club qui estime le même prodige libre, sous prétexte que son bail était tout simplement arrivé à expiration au Sporting.
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Alin Stoica à Bruges, c'est évidemment la signature de l'été. Nous disons bien signature, et non transfert, car le dernier mot n'est manifestement toujours pas dit, ou écrit, entre Anderlecht, qui réclame une indemnité de formation pour un joueur de moins de 23 ans, qu'il a hébergé et formé durant une demi-douzaine de saisons, et le Club qui estime le même prodige libre, sous prétexte que son bail était tout simplement arrivé à expiration au Sporting. Cette considération statutaire ne constitue pas, au demeurant, le seul pied de nez des Bleu et Noir vis-à-vis de leur ennemi juré de la capitale. Par le passé, ils avaient plus d'une fois dû enregistrer le passage d'un des leurs dans les rangs du rival, sans pouvoir opposer la moindre résistance. L'exemple de Lorenzo Staelens, figure emblématique des Flandriens avant son accession au capitanat, au Parc Astrid, est encore vivace dans les mémoires. Avant lui, toutefois, les Mauve et Blanc avaient fait moisson d'autres talents dans la Venise du Nord. Comme le diabolique gaucher hollandais Robby Rensenbrink (en 1971), à coup sûr le meilleur étranger qui ait jamais évolué à l'ombre de St-Guidon, le chevronné défenseur Erwin Vandendaele (1974) ou, plus près de nous, Marc Degryse (1989), qui vient tout juste de mettre un terme à sa carrière, au GBA, à 36 ans bien sonnés. Certes, il y eut du mouvement en sens inverse aussi. Et qui se révéla même tout aussi probant avec Gilbert Van Binst (1981), Hugo Broos (1983) et Gert Verheyen (1992). Mais au moment de leur mutation, il faut signaler que ces deux derniers, surtout, ne faisaient plus figure de priorités au RSCA où le premier était barré par Luka Peruzovic au poste de stopper, tandis que le second ne s'y était, carrément, jamais imposé en l'espace de quatre campagnes. Un rendement insuffisantAvec Alin Stoica, c'est différent. Car chacun s'accorde à dire, évidemment, que le jeune médian, d'origine roumaine, est bel et bien le footballeur le plus doué qui s'est produit sur nos pelouses ces dernières années. Qu'il ait choisi le stade Jan Breydel comme point de chute en lieu et place de rempiler au stade Constant Vanden Stock fait indéniablement figure de victoire de prestige pour Antoine Vanhove et la direction brugeoise. Au Sporting, on ne l'entend cependant pas de la même oreille. Lassés par ses caprices de star et son dilettantisme sur le terrain, les dirigeants anderlechtois, soutenus par le staff technique, se seront laissé souvent à déclarer, ces derniers temps, qu'il n'y avait tout simplement plus de place pour un élément de la trempe du Roumain dans le contexte de l'équipe actuelle.En cause: un rendement insuffisant, chiffré à 1% à peine, dans ces mêmes colonnes, par Hugo Broos. Un mentor qui n'aime visiblement pas trop les numéros 10 à l'ancienne, comme en témoignèrent, dans un passé récent, les difficultés d'expression d'un Dejan Mitrovic ou encore d'un Jonathan Blondel à l'Excelsior Mouscron. Deux joueurs pétris de qualité mais non moins logés à la même enseigne que les autres en matière de travail entre les lignes. Ce qui n'était pas leur tasse de thé. Reste à voir quand même si la spécificité brugeoise n'autorise pas, précisément, l'adjonction d'un tel joueur. A cet effet, il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'à l'époque où il était encore entraîneur à Bruges, Hugo Broos ne souhaitait rien tant que la venue d'un créateur aux côtés de Franky Van der Elst et de Lorenzo Staelens. Et peu lui importait si ce joueur-là redoublait d'ardeur ou non, sur le terrain, puisque les deux autres faisaient de toute façon office de marathoniens. Une bonne décennie plus tard, il est symptomatique de constater, à cet effet, que rien n'a changé au Club. A cette nuance près que les navetteurs, dans la ligne médiane, ne s'appellent plus Franky Van der Elst et Lorenzo Staelens mais plutôt Timmy Simons et Gaëtan Englebert. Deux all-rounders, bourrés de qualités, mais qui n'excipent pas de la touche de génie d'un Alin Stoica. Montrés du doigt lorsqu'on met en exergue l'absence d'un véritable élément de surprise dans le jeu brugeois, les deux internationaux bénéficieront avec Alin Stoica du précieux acolyte capable de mettre idéalement sur orbite la division offensive du Club, formée d' Andrés Mendoza, de Rune Lange et de Gert Verheyen, Sergeï Serebrennikov ou encore le dernier arrivé Bengt Saeternes. Avec deux pistons à ses côtés et trois partenaires à qui distiller le ballon devant, Alin Stoica est probablement appelé à faire davantage merveille encore qu'au Sporting. Une brebis galeuseCar chez les Mauve et Blanc, sa participation aura toujours été tributaire de pas mal de facteurs. Avec, en premier lieu, la récupération du ballon. Contrairement à Bruges, où Timmy Simons et Gaëtan Englebert se sont invariablement plu à ratisser large et avec succès, ces dernières années, ce problème aura toujours été des plus pointus au RSCA. Grâce à l'arrivée d' Yves Vanderhaeghe et de Besnik Hasi, le club bruxellois était parvenu à remédier un tant soit peu à cette lacune. Mais la titularisation de ces deux hommes, ainsi que le concours de Walter Baseggio, avaient fréquemment entraîné le positionnement d'Alin Stoica sur la droite au lieu de le voir officier à sa meilleure place: celle de soutien d'attaque. C'est dans ce rôle, en tout cas, qu'il avait brillé avec le Sporting en Ligue des Champions derrière le duo formé de Jan Koller et Tomasz Radzinski. A l'époque, le travail inlassable de Bart Goor et Didier Dheedene, sur le flanc gauche, avait permis à Walter Baseggio de s'acquitter d'une tâche plus offensive, laissant à Yves Vanderhaeghe le soin de veiller au grain sur le côté droit. Une portion du terrain où Bertrand Crasson régnait alors seul en maître la plupart du temps. Il aura toutefois suffi que les deux tandems, devant et à gauche, quittent le Parc Astrid, l'été passé, pour placer l'entraîneur, Aimé Anthuenis, devant un véritable casse-tête en matière d'équilibre des forces sur le terrain. Un problème qui a souvent fait la même victime: Alin Stoica, sacrifié sur l'autel de la reconquête du cuir. Une situation qui ne recueillait évidemment pas les faveurs du principal intéressé avec, comme conséquence, un refus de prolonger son contrat au Sporting. Après le départ d'Aimé Anthuenis et l'arrivée d'Hugo Broos, on pouvait espérer a priori un rapprochement. Le nouveau mentor s'était d'ailleurs exprimé de la sorte, en laissant la porte ouverte à un éventuel retour avant de faire subitement volte-face. Se serait-il ravisé parce qu'un Walter Baseggio métamorphosé lui donne tous ses apaisements aujourd'hui? Ou bien redoutait-il qu'un joueur fréquemment montré du doigt pour son lymphatisme, comme Alin Stoica, ne donne le mauvais exemple à un groupe à qui il avait précisément inculqué les vertus du travail, cette saison?A choisir, Hugo Broos préférait encore s'en remettre à Vaclav Kolousek, un régisseur qui a la particularité de mouiller son maillot, plutôt que de ramener au bercail une brebis égarée et, comme le soutiennent certains, carrément galeuse. Aussi, contrairement aux apparences, tout le monde n'est-il pas fâché, à Anderlecht, de savoir Alin Stoica à Bruges. Un Club à qui il a peut-être manqué un tout petit fifrelin -en l'occurrence un joueur de la trempe du Belgo-Roumain- pour rafler le titre, ces dernières années. Mais un Club aussi qui a eu son lot de déboires avec des fortes têtes, comme Darko Anic ou Khalilou Fadiga. Et justement le nouveau venu ne fait-il pas partie de ce nombre? Tout le monde, manifestement, n'est pas convaincu du bien-fondé de son acquisition. L'ancien sélectionneur Raymond Goethals d'abord, qui demeure une référence dès qu'il s'agit d'évaluer un joueur, et qui prétend que le joueur alternera, comme au RSCA, les prestations d'anthologie avec les bides de dimension. Lorenzo Staelens, son ancien coéquipier au Sporting et ex-Brugeois, abonde dans le même sens, lui aussi. Seule la direction brugeoise, heureuse d'avoir joué un bon tour au Sporting, est sûre de son coup. "Dans un club familial comme le nôtre, Alin Stoica s'épanouira pleinement", observe Antoine Vanhove.Bruno Govers"Alin va s'épanouir dans un club familial comme le nôtre" (Antoine Vanhove)