Un challenge difficile mais une belle aventure humaine " : Jean-Guy Wallemme (45 ans) commente ainsi sa venue au White Star. Une arrivée étonnante pour un club surprenant, au bord de la liquidation il y a quelques mois, mais qui donne aujourd'hui l'impression que plus rien n'est impossible au Stade Fallon, qu'on trouvera de toute façon l'argent nécessaire pour concrétiser l'ambition de la montée en D1. Arrivée étonnante car Wallemme est quand même un homme très bien coté dans le foot français : 413 matches en Ligue 1, rien que ça, et un titre de champion. Retour sur son parcours.
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Un challenge difficile mais une belle aventure humaine " : Jean-Guy Wallemme (45 ans) commente ainsi sa venue au White Star. Une arrivée étonnante pour un club surprenant, au bord de la liquidation il y a quelques mois, mais qui donne aujourd'hui l'impression que plus rien n'est impossible au Stade Fallon, qu'on trouvera de toute façon l'argent nécessaire pour concrétiser l'ambition de la montée en D1. Arrivée étonnante car Wallemme est quand même un homme très bien coté dans le foot français : 413 matches en Ligue 1, rien que ça, et un titre de champion. Retour sur son parcours. Wallemme était le capitaine du RC Lens champion de France en 1998 et finaliste de la Coupe la même saison - la toute première finale disputée au Stade de France. Un choix naturel, selon l'entraîneur de l'époque, Daniel Leclercq. " En plus de ses qualités de footballeur et de compétiteur, c'était une personnalité exceptionnelle. Plus qu'un homme : un meneur d'hommes. " Né à Maubeuge, " il avait les valeurs du Nord. Il était le relais essentiel entre le staff technique et le groupe. Il savait faire passer les messages et imposer le respect comme première règle de conduite. C'était un formidable leader. Et il ne vivait que pour le foot. " " Un joueur exemplaire, irréprochable dans sa préparation, son hygiène de vie, son implication, sa fiabilité, son honnêteté ", dit Joël Domenighetti, insider du RC Lens pour L'Equipe. " Malheureusement pour lui, l'honnêteté n'est pas la valeur la plus partagée dans le monde du foot... Point de vue jeu, je me souviens d'un défenseur central au style académique, dur sur l'homme mais toujours propre. Il avait le plus souvent un rôle de libero à l'ancienne. Son placement était très bon et il était fort régulier. Il ne se mettait jamais en avant, c'était l'antistar par excellence. " Lens est le fil rouge de la carrière de joueur de Jean-Guy Wallemme : il y a été pro de 1986 à 1998, puis il y a terminé son parcours en 2002. Entre-temps, il a connu des expériences mitigées à Coventry, Sochaux et Saint-Etienne où il cumula même brièvement les fonctions de joueur et entraîneur - oui, en Ligue 1 ! Racing de Paris, Rouen, Renaix, Roye, Paris FC, Ligue 2, National et même CFA : on ne peut pas dire que les débuts de Wallemme comme entraîneur soient extraordinaires. Tout change en 2008 quand il fait un nouveau retour à Lens. " Moi aussi, j'étais retourné à Bollaert, comme directeur technique, et j'avais eu l'idée de le rapatrier ", se souvient Leclercq. Banco dès la première saison, il fait remonter le club en Ligue 1. Ensuite, ça se complique. " La deuxième année a été affreuse. Il cherchait encore ses repères dans le métier et il s'est retrouvé à la tête d'un vestiaire très difficile. Je pense qu'au moment même, il n'a pas bien pris conscience de la mentalité de certains joueurs. J'ai essayé de l'aider comme il m'avait assisté quand il était le capitaine et moi le coach, mais ça n'a pas marché. Et sa relation avec son adjoint, Jacques Santini, n'était pas bonne du tout. Pas claire. Il l'a mal vécu. " Journaliste de France Football, Thierry Marchand s'interroge sur la présence de Santini aux côtés de Wallemme. " Est-ce qu'on lui a vraiment donné sa chance ? Est-ce que les dirigeants ont cru en ses compétences ? Je me pose la question. Quand il entraînait Saint-Etienne, il devait composer avec Rudi Garcia comme T2. A Lens, il avait un grand nom comme Santini dans son staff. Comme si on ne voulait lui donner... qu'une moitié de poste. Comme si on hésitait à lui confier les clés du camion pour de bon. " " L'arrivée de Santini, c'était une initiative de Wallemme lui-même, pas du président de Lens ", affirme Joël Domenighetti. " Oui, il a osé prendre à ses côtés un ancien sélectionneur des Bleus. Donc un homme qui était censé pouvoir prendre sa place à tout moment. Ça illustre la confiance qu'il place dans les gens. Santini ne visait pas du tout le poste d'entraîneur, il se voyait plutôt comme futur directeur technique. " Mais il y avait déjà Daniel Leclercq à cette place, bien installé. Après la démission de Wallemme, la direction proposa d'ailleurs à Santini de devenir T1, il refusa et c'est Laszlo Bölöni qui allait débarquer. Wallemme, resté en bons termes avec ses patrons, devint alors recruteur. Le journaliste de L'Equipe a une analyse très tranchée de la fin du séjour d'entraîneur de Wallemme à Lens. " Il donnait beaucoup de confiance aux joueurs et pensait qu'il pouvait leur faire confiance. Pour lui, c'était naturel. Mais il n'avait pas le vestiaire pour le faire. Ça a implosé parce qu'il n'a pas su jouer au Père Fouettard. Il a quand même réussi à maintenir Lens en L1 lors de la saison qui a suivi la remontée. C'était un exploit, vu les clans et les bagarres dans le groupe. L'année suivante, il a jeté l'éponge en décembre. Il était épuisé. Il n'a pas du tout pensé à sa gueule, il a privilégié l'intérêt du club. Dominique Cuperly, son adjoint, avait craqué avant lui et était parti au Maroc avec Eric Gerets. Si Jean-Guy Wallemme a un vestiaire de voyous, il n'est pas l'homme de la situation. Par contre, s'il a un noyau composé de gars respectables, il va les faire grimper aux rideaux ! " Août 2011 : Jean-Guy Wallemme devient sélectionneur du Congo Brazzaville. Mars 2012 : il est nommé coach d'Auxerre, très mal en point et qui chutera en L2 en fin de saison. La direction bourguignonne accepte son cumul, c'est une façon de soulager ses finances délicates. Octobre 2012 : il démissionne de son poste en Afrique après l'échec dans les éliminatoires pour la CAN. Décembre 2012, Wallemme et l'AJ Auxerre se séparent " de commun accord " suite à un départ raté dans le championnat de deuxième division. C'est l'année un peu folle de JGW ! " Ça ne pouvait pas marcher dans la durée parce qu'on lui reprochait sa double casquette ", se souvient Joël Domenighetti. Une fois parti, Wallemme devait se lâcher dans la presse française. Dans sa ligne de mire, une figure emblématique du foot hexagonal. " Ce qui me dérange, c'est la méthode et le fonctionnement du club. L'association des entraîneurs a bien relevé que Guy Roux, notamment, y jouait toujours un rôle. Lui qui répète depuis des années qu'on ne lui a jamais demandé son avis... En début de saison, je lui ai demandé d'être présent. Je n'ai pas senti son soutien indéfectible. Il ne veut pas partager le projet, il veut imposer. Au quotidien, il y avait cette nébuleuse auxerroise au sein de laquelle il avait une large partie de complices. Elle a pollué le club. Je n'ai jamais eu les mains libres pour travailler dans la sérénité. L'unité n'a été que façade. J'ai l'impression que Guy Roux pratique la politique de la terre brûlée. Auxerre est en danger, il faut faire revenir de la stabilité. Il faut que les gens sachent bien que dans ce club, il y en a certains qui ne sont pas sur la bonne voie, qui font fausse route. " " Jean-Guy Wallemme n'a pas inventé le foot ", lance Joël Domenighetti. " Il mise d'abord sur ses qualités humaines et de management. Son schéma tactique est assez simple, c'est le plus souvent un 4-3-3 avec un médian défensif qui doit être le régulateur de l'équipe. Il prône aussi un foot généreux, engagé. La D2 belge devrait bien convenir à son style parce que la mentalité dans cette série est semblable à celle du Nord. " Wallemme a déclaré, lors de son arrivée au Stade Fallon : " Si on gagne plus de matches que nos adversaires, on sera en haut. " Mais la montée est inimaginable s'il n'améliore pas de façon spectaculaire son pourcentage de victoires depuis qu'il entraîne : 26 % avec Saint-Etienne, 23 % à Rouen, 37 % à Lens, 30 % à Auxerre. Des statistiques qui valent ce qu'elles valent, selon le journaliste de L'Equipe : " Vu le matériel humain qu'il a eu à sa disposition dans tous ces clubs, son bilan est très valable. " Les Français retiennent aussi qu'il n'hésite jamais à lancer des jeunes. L'exemple le plus frappant est Raphaël Varane, qui s'est retrouvé au Real quelques mois après avoir débuté au RC Lens.?PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" S'il a un vestiaire de voyous, il ne sera pas l'homme de la situation. Mais s'il a un noyau de gars respectables, il va les faire grimper aux rideaux ! "