"Ma participation à cet établissement consiste surtout à venir y manger. " Paul De Geyter rit en s'adossant à son siège et en goûtant son vin rouge. Il nous demande si des garganelli all'arrabbiata nous plairaient. Le patron de Lotto-Soudal est chez lui au bar à pâtes Roberta, à quelques pas de la grand-place de Saint-Trond. " J'en suis propriétaire, avec deux autres couples. Filippo et Roberta sont de vrais Italiens, de Marken et de Sicile. " Tom et Lore sont campinois mais il n'est pas nécessaire de les présenter.
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"Ma participation à cet établissement consiste surtout à venir y manger. " Paul De Geyter rit en s'adossant à son siège et en goûtant son vin rouge. Il nous demande si des garganelli all'arrabbiata nous plairaient. Le patron de Lotto-Soudal est chez lui au bar à pâtes Roberta, à quelques pas de la grand-place de Saint-Trond. " J'en suis propriétaire, avec deux autres couples. Filippo et Roberta sont de vrais Italiens, de Marken et de Sicile. " Tom et Lore sont campinois mais il n'est pas nécessaire de les présenter. Pendant 18 ans, De Geyter a défendu les intérêts de grands noms du peloton, parmi lesquels Tom Boonen. Juriste de formation, il a intégré le milieu du cyclisme en tant que conseiller fiscal de Frank Vandenbroucke. Il a même conduit Sarah Pinacci, l'ex-épouse de VDB, à l'autel lors de leur mariage. De Geyter est devenu un des plus influents managers de coureurs au niveau international. Puis, le 1er janvier 2017, il a remis son portefeuille à son partenaire Dries Smets. Neuf mois plus tard, il était à la tête de Captains of Cycling, la société coopérative derrière Lotto-Soudal. Que représente encore un championnat de Belgique pour une équipe du WorldTour comme Lotto-Soudal ? PAUL DE GEYTER : Ça reste un moment important. Je n'ai pas l'impression qu'il l'est moins qu'avant. Nous avons plus de trois ou quatre professionnels. Oliver Naesen, l'actuel champion de Belgique, est un monsieur du cyclisme. Il est toujours intéressant pour une équipe d'avoir ce maillot pendant un an. Quel est le champion de vos rêves ? DE GEYTER : Si je parle comme Patrick Lefevere - il n'a pas tort de ce point de vue -, je dois citer les coureurs possédant la plus grande valeur médiatique : Tiesj Benoot, Tim Wellens, Thomas De Gendt. Mais, c'est typiquement belge, j'offrirais volontiers ce titre à un outsider qui se bat. Style Preben Van Hecke, pour lequel le titre 2015 a été le couronnement de sa carrière. Dans notre équipe, il y a des hommes comme Frederik Frison, Sander Armée... Lequel de vos coureurs mérite le plus le titre sur base de cette saison ? DE GEYTER : Thomas De Gendt vient en tête. Tout le monde sait qu'il participe aux échappées et personne ne peut l'en empêcher car il démarre au moment où les autres sont à l'arrêt. Il a enlevé deux courses du WorldTour. Sur base des résultats, Tiesj émerge largement grâce à son succès aux Strade Bianche, qui est une classique à mes yeux. Comment jugez-vous la saison de votre équipe jusqu'à présent ? DE GEYTER : Je ne suis pas vite content mais elle se déroule un peu mieux que prévu car quand on gagne les Strade Bianche, on fait partie des meilleures équipes. Désormais, quand un coureur Lotto lance une attaque, les directeurs sportifs des autres formations ne haussent plus les épaules. Ils ne nous laissent plus partir comme ça. Je considère cette année comme la saison de la confirmation pour notre école de jeunes. Ils ont vraiment émergé. Tiesj pleinement. Tim n'a pas encore décroché de grande victoire mais il a rivalisé avec les meilleurs. Le premier pas a été franchi et j'espère que ces garçons vont gagner des classiques contre les Van Avermaet et les Sagan de ce monde. Vous êtes content de votre douzième place sur 18 au classement du WorldTour ? DE GEYTER : Non, pas du tout, même si elle n'est pas trop basse par rapport à notre budget de treize millions. Nous avons eu de la poisse. André Greipel a été indisponible au printemps. S'il n'avait pas chuté à Sanremo, nous serions revenus sur Nibali et André aurait sprinté pour la victoire. Il aurait aussi pris des points à Gand-Wevelgem et nous serions mieux classés. Nous avons certainement notre place parmi les huit premiers. Pour 2020, le top cinq reste notre objectif mais il faut que tous les ingrédients soient réunis, que nous soyons bons dans les sprints et dans les classiques, où nous devons encore progresser. Vous ne parlez pas des courses par étapes, qui rapportent plus de points. DE GEYTER : C'est ce qui est injuste dans ce classement mais nous choisissons nos batailles. Nous ne devons pas engager coûte que coûte quelqu'un qui peut rouler dans le top quinze d'un grand tour. On peut y réfléchir si un nouveau Jurgen Van den Broeck émerge et peut-être en avons-nous déjà un, en Bjorg Lambrecht, mais c'est pour l'avenir. Je suis convaincu que les coureurs de classiques peuvent aussi remporter des courses dans les tours, petits et grands. Le passé l'a prouvé. Nous devons être forts dans les classiques et au sprint. Nous y travaillons. Comment se déroule la campagne de transferts ? DE GEYTER : BMC détermine l'essentiel du marché. Une équipe qui risque de s'effondrer -car elle doit trouver un sponsor principal, pas un deuxième ni un troisième- suscite toujours la nervosité des coureurs. En même temps, je n'ai pas l'impression que les équipes convoitent beaucoup de coureurs, hormis quelques ambitieuses comme LottoNL. En fin de compte, tout dépend de l'offre et de la demande et cette année, je suis du bon côté de la table. Van Avermaet, votre ancien client, a été cité chez Lotto-Soudal mais la piste semble fermée. DE GEYTER : On ne ferme jamais la porte à Van Avermaet. Mais Greg préférait rester chez BMC et son beau-frère Rik Verbrugghe a affirmé qu'un beau contrat l'attendait chez Bahrain. Nous aurions pu attendre Greg mais nous n'aurions été que le troisième choix. Entre-temps, Tiesj et Tim ont gravi des échelons et nous pouvons aller de l'avant avec nos jeunes. Nous avons donc fait des choix. Vous êtes à la tête de l'équipe depuis dix mois. Quelle est votre plus grande réalisation jusqu'à présent ? DE GEYTER : La prolongation du contrat de Tim Wellens. Il était convoité (par LottoNL-Jumbo et Trek-Segafredo, ndlr) et pouvait gagner plus ailleurs mais je voulais le garder à tout prix. Tim a une immense aura, il est une des vedettes du cyclisme belge et, surtout, il personnifie notre école de jeunes. S'il partait au moment où il éclatait, j'envoyais un très mauvais signal. L'équipe a déjà subi trop souvent ce genre de scénario, avec Gilbert et Van Avermaet. Comment avez-vous convaincu Wellens ? DE GEYTER : Je lui ai parlé du fonctionnement interne et des efforts que l'équipe était prête à faire à court terme pour innover et devenir encore plus professionnelle. Par exemple, nous allons travailler avec un conseiller externe, un Allemand, pour le contre-la-montre, parce que je trouve que nous investissons encore trop peu dans cette discipline. Vous avez négocié la prolongation de Wellens et de De Gendt avec Dries Smets, votre ancien partenaire. N'est-ce pas limite sur le plan déontologique ? DE GEYTER : Je ne vois pas en quoi. Mes négociations pour Wellens prouvent justement que Dries et moi jouons correctement notre rôle. Dries n'était pas satisfait et il m'a mis longtemps sous pression, estimant ma proposition insuffisante, etc. Moi, j'ai pensé aux intérêts de l'équipe. Il est ridicule d'imaginer une combine quelconque. Imaginez que nous convenions de donner 100 000 euros de plus à un coureur et que nous nous partagions la commission de Dries, 5 %, dont la moitié part en impôts. Avec tout mon respect, pensez-vous vraiment que je vais risquer ma réputation et mon salaire (230.000 euros bruts par an, ndlr) pour un montant aussi modeste ( 1250 euro, ndlr) ? Imaginez encore qu'il s'agisse de 500 000 euros, croyez-vous que Marc Sergeant et le conseil d'administration n'auraient pas des soupçons ? Vous parlez de Wellens mais nous pouvons aussi vous féliciter pour votre premier gros transfert, Caleb Ewan ? DE GEYTER : C'est encore tôt mais Caleb est certainement un coureur intéressant. Pour le moment, il est impossible de dire qui est le meilleur sprinteur du peloton. Cinq d'entre eux se valent et Caleb est l'un d'eux. Je suis obligé de veiller à ce que nous ayons encore un bon sprinteur la saison prochaine. Vous n'avez pas attendu la réponse de Greipel avant de négocier avec Ewan. DE GEYTER : Non car l'un n'exclut pas l'autre. Lefevere n'a pas non plus attendu de voir ce que Gaviria allait faire pour discuter avec Viviani. Mais Greipel veut rester le premier sprinteur de l'équipe. DE GEYTER : J'aime les coureurs ambitieux mais personne n'a à déterminer la composition de l'équipe ni sa tactique : c'est le boulot des directeurs sportifs. Je ne parle pas de Greipel ni d'Ewan ni d'aucun coureur en particulier. Quand Van Avermaet était chez BMC et ne se réjouissait pas de l'arrivée de Gilbert, je lui ai dit : " Greg, tu veux devenir le meilleur spécialiste des classiques du peloton. Que Gilbert fasse partie de ton équipe ou pas ne fait aucune différence. " Il l'a reconnu et est devenu le meilleur coureur de classiques. Greipel a été votre garantie de victoires pendant des années. Selon lui, ne pas avoir voulu reconduire son contrat aux conditions actuelles est un manque de respect. DE GEYTER : Après l'escalade médiatique, nous avons décidé de ne plus commenter les négociations ni la position d'André en 2019. Je vais m'y tenir. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est avec André que je dois discuter de ça, en direct. (De Geyter s'est rendu en Suisse le week-end passé pour parler à Greipel, ndlr). On attend de moi que j'assure l'avenir de l'équipe. Votre horizon ne dépasse pas fin 2020. DE GEYTER : J'ai le sentiment que Lotto et Soudal sont satisfaits et j'espère qu'ils poursuivent leur sponsoring au-delà de 2020. Idéalement, il faudrait que nous le sachions l'année prochaine. Le championnat de Belgique se déroule en Wallonie mais les politiciens du sud s'interrogent sur le sens qu'a le sponsoring de la Loterie Nationale. DE GEYTER : Ça nous oblige à faire de notre mieux et, quelque part, cette critique est compréhensible : le cyclisme est moins populaire en Wallonie qu'en Flandre. Je suis en train de prendre des initiatives en faveur du cyclisme wallon. Nous allons travailler plus étroitement avec WB-AquaProtect-Veranclassic afin que cette formation puisse devenir le Sport Vlaanderen - Baloise de Wallonie. Il est très important que les talents wallons sachent qu'ils ont la possibilité d'éclater.