"Si vous voulez passer pour des brutes, allez-y ! Mais je préférerais qu'on vous considère comme des gentlemen, qu'on vous reconnaisse pour votre comportement plutôt que pour votre palmarès. Nous ne pouvons pas représenter notre pays de la sorte. C'est particulièrement mauvais pour notre image. Celui qui s'écartera encore du droit chemin ne sera plus retenu. Je préfère travailler avec de chouettes types qu'avec des gens qui n'en valent pas la peine. "
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"Si vous voulez passer pour des brutes, allez-y ! Mais je préférerais qu'on vous considère comme des gentlemen, qu'on vous reconnaisse pour votre comportement plutôt que pour votre palmarès. Nous ne pouvons pas représenter notre pays de la sorte. C'est particulièrement mauvais pour notre image. Celui qui s'écartera encore du droit chemin ne sera plus retenu. Je préfère travailler avec de chouettes types qu'avec des gens qui n'en valent pas la peine. " Vicente, la biographie officielle du sélectionneur espagnol, parue voici peu, révèle que c'est en ces mots inhabituellement durs pour lui que Vicente Del Bosque s'adressa à ses joueurs, fin août 2011, juste avant le match de qualification pour l'Euro 2012 face au Liechtenstein et le match amical contre le Chili. Dans le vestiaire des champions du monde 2010, c'est la zizanie. Elle a été semée par... José Mourinho. Le Portugais, alors entraîneur du Real Madrid, a poussé à son paroxysme la rivalité avec le FC Barcelone. Le point culminant a été atteint à l'occasion des deux matches de Super Coupe d'Espagne (2-2 et 3-2 pour Barcelone) que le Real, vainqueur de la Coupe, et Barcelone, champion national, ont disputé quelques jours plus tôt. Les choses ont mal tourné : Mourinho a mis son doigt dans l'oeil de Tito Vilanova, alors entraîneur-adjoint du Barça, les joueurs (surtout Iker Casillas d'une part, Carles Puyol et Xavi d'autre part) se sont disputés et insultés sur le terrain. Ils se sont même battus dans le tunnel menant aux vestiaires. Le lendemain, Casillas a téléphoné à Xavi et Puyol pour s'excuser mais tout n'est pas résolu, comme en témoigne Javier Matallanas, rédacteur en chef adjoint de AS, qui suit l'équipe nationale de très près. " Mourinho avait exigé de ses joueurs qu'ils ne serrent plus la main de ceux du Real, qu'ils les insultent et les agressent sur le terrain. Lors des matches de qualification pour l'Euro 2012, l'ambiance au sein de l'équipe nationale était donc des plus tendues. Il y avait non seulement de la friture sur la ligne entre les joueurs du Barça et ceux du Real mais ceux du Real eux-mêmes n'étaient pas tous sur la même longueur d'ondes. Alvaro Arbeloa et Xabi Alonso étaient des partisans de Mourinho tandis qu'à partir d'un certain moment, Casillas et Sergio Ramos ne voulaient plus entendre parler du Portugais. " Matallanas explique qu'à cause des événements qui se sont produits au cours de la saison 2010/2011, Xavi et Xabi Alonso s'adressent à peine la parole. Au cours d'un clásico, Alonso aurait même craché sur Andrés Iniesta, ce que nie le médian du Real. " On n'arrête pas de me parler de cela, je ne vais pas passer ma vie à raconter cent fois la même chose. C'est vrai que, ce jour-là, le climat était plus tendu que d'habitude mais je trouve qu'on en a trop parlé. Je peux comprendre que ces disputes entre joueurs de l'équipe nationale aient rendu Vicente nerveux mais il savait également que cela s'apaiserait avec le temps. Et c'est ce qui s'est passé. Alors, je ne veux plus en parler. " Alonso relativise donc ce qu'il considère comme des broutilles mais pour Matallanas, c'est bien plus grave. " Après l'Euro 2012, Xavi a voulu arrêter de jouer en équipe nationale pour ne plus côtoyer Alonso. Il a fallu que Del Bosque le convainque de poursuivre. Aujourd'hui, les deux hommes se tolèrent, sans plus. Pepe Reina a joué un rôle important. Il a connu Alonso à Liverpool et a joué dans les équipes d'âge de Barcelone avec Xavi. C'est lui l'officier de liaison entre les deux. " On a toutefois pu constater cette saison, lors du clásico perdu 3-4 à domicile par le Real, que les relations n'étaient pas encore au beau fixe. " A un certain moment, Sergio Busquets a passé ses crampons par-dessus la tête de Pepe, qui était au sol ", dit Matallanas. " L'a-t-il touché ou pas ? Oui selon Casillas, non selon Xavi. Vous voyez : la situation est complexe. " Matallanas est cependant convaincu qu'au Mondial, ces tensions n'apparaîtront pas au grand jour. " Ce sont des professionnels et je pense qu'il existe en équipe nationale plus de facteurs qui les unissent ils - ont tout de même été champions du monde ensemble - que de facteurs qui les séparent. " Diego Torres, journaliste à El País, pense aussi que le sélectionneur veillera à ce que l'ambiance reste bonne. " Del Bosque a toujours fait en sorte que ce soit le cas. C'est un coach qui comprend les joueurs et est apprécié de tout le groupe. Les joueurs n'ont pas peur de lui mais ils sont prêts à aller au feu pour lui. Sur ce plan, je le compare un peu à Carlo Ancelotti. " A la lecture de sa biographie, on peut aussi constater que le sélectionneur ne manque jamais de rappeler aux joueurs qu'ils ont un rôle d'exemple à jouer. " Je leur dis toujours qu'ils sont un miroir dans lequel des milliers d'enfants et de jeunes se reflètent. Tous leurs faits et gestes, si minimes soient-ils, sont analysés et copiés. Toutes les décisions que nous prenons sont non seulement soumises à la critique mais elles peuvent aussi servir d'exemples. Et cela, c'est encore plus grave car elles prennent alors des proportions que nous n'imaginons même pas. " Xavi (34), Casillas (33), Alonso (32), Iniesta (30), Fernando Torres (30), Ramos (28) et Cesc Fabregas (27) sont les sept joueurs qui ont participé aux trois finales victorieuses de l'Espagne à l'Euro 2008, la Coupe du Monde 2010 et l'Euro 2012 (voir encadré). Pour la plupart d'entre eux, le Mondial 2014 constitue l'occasion de décrocher un dernier trophée avec l'équipe nationale. Le fait que ces joueurs constituent l'épine dorsale de l'équipe nationale prouve bien que Del Bosque a poursuivi le travail entamé par Luis Aragonés, décédé en février dernier. " Aragonés avait conféré un certain style a l'équipe et Del Bosque a été suffisamment intelligent pour ne pas tout changer par orgueil ", dit Diego Torres. " Il aurait pu imposer sa griffe mais il a compris qu'il valait mieux conserver la base existante car son prédécesseur avait effectué de l'excellent boulot. C'est un exercice difficile qui exige de l'honnêteté et de l'abnégation. " Ces derniers temps cependant, en Espagne, des voix se sont levées pour réclamer du changement. De jeunes talents éclatent un peu partout tandis que les joueurs de Barcelone restent sur une saison décevante. " Fabregas a été mauvais et Xavi, guère meilleur ", dit Matallanas. " Mais certains pensent aussi que cela peut être bénéfique à l'équipe nationale car ces joueurs sont ambitieux, ce sont des gagneurs. Comme ils n'ont décroché aucun trophée avec le Barça, ils vont tout miser sur la Coupe du Monde. " Mais pourquoi emmener Xavi au Brésil quand on dispose de joueurs comme Koke (22) et Thiago Alcántara (23) ? " On ne peut changer quelque chose que quand on dispose du matériel pour le faire et quand on est sûr que ça va marcher ", dit Diego Torres. " On dit souvent qu'en football, il est difficile de changer une équipe qui a déjà atteint ses limites et entame sa chute. Il faut qu'elle commence à perdre, elle doit mourir sur le terrain. C'est ce que veut Del Bosque. Il veut que la loi du terrain démontre que les vétérans n'ont plus leur place. Ce n'est qu'après qu'il pourra reconstruire. Il n'y a pas de deuxième Xavi. S'il y en avait un, il serait dans l'équipe. D'ailleurs, comment réagirait celle-ci si on remplaçait Xavi ? Il a peut-être déjà un certain âge mais les autres préfèrent peut-être jouer avec lui qu'avec un jeune. Il faut accepter que cette équipe s'éteigne progressivement. Certains pensent qu'il s'agit d'une forme de lâcheté dans le chef de Del Bosque mais pour ma part, je trouve que c'est une preuve d'intelligence : il accepte qu'on ne peut pas gagner éternellement, que les meilleures choses ont une fin. " Matallas est tout à fait d'accord avec ce point de vue. " Del Bosque finira par se planter avec les joueurs qui lui ont permis d'être champion d'Europe et champion du monde. " De Koke et Thiago, Diego Torres dit encore ceci : " Koke est le Xavi Hernandez de l'Atlético mais en dehors du contexte club, les choses sont plus difficiles pour lui. Thiago a plus de talent que lui. Je pense qu'à terme, il sera le nouveau métronome de l'entrejeu. Mais si on le lançait maintenant à la place de Xavi, il ne se sentirait pas bien, il aurait l'impression de devoir faire mieux qu'un mythe. " Selon Diego Torres, Del Bosque a une autre bonne raison de ne pas modifier son équipe : " Xavi, Casillas, Torres, Puyol, Capdevila, etc. savent ce qu'est la défaite. Ils étaient déjà présents lors des grands tournois lors desquels l'équipe ne gagnait rien et décevait. C'est cette frustration qui leur a donné l'envie de réaliser quelque chose que personne n'avait jamais réussi avant eux. Pour décrocher des titres, il faut plus d'énergie que de talent ou d'habileté. Les jeunes n'ont pas cette énergie, ils ont simplement été invités à participer à une histoire qui marche. Eux, ils n'ont jamais connu la déception avec l'équipe nationale et c'est un handicap. Les équipes les plus fortes lors de la Coupe du monde 2014 seront le Brésil (champion du monde pour la dernière fois en 2002, ndlr) et l'Allemagne (sacrée pour la dernière fois en 1990, ndlr), des pays qui n'ont plus rien gagné depuis un certain temps et qui éprouvent, plus que les autres, le besoin de décrocher un titre. " PAR STEVE VAN HERPE, ENVOYÉ SPÉCIAL À MADRID - PHOTOS: BELGAIMAGE" Je dis toujours à mes joueurs qu'ils sont un miroir dans lequel des milliers d'enfants et de jeunes se reflètent. " Vicente Del Bosque