"Pologne en Rouge et Blanc ", scandent en début de rencontre les supporters polonais, écharpes déployées au vent dans un bruit assourdissant. " Pourtant, il y aurait eu plus d'ambiance si au lieu des familles, on avait retrouvé les ultras des clubs ", lance Michal, jeune de 25 ans au look de geek, qui a troqué l'espace de l'EURO son écharpe de Katowice pour celle des Bialo-Czerwoni (Rouge et Blanc). " C'est toujours comme cela avec l'équipe nationale ou les clubs polonais : on ne joue qu'une mi-temps ". La nation organisatrice vient de partager face à la Grèce (1-1), de quoi gâcher quelque peu la fête.

Devant le stade, la famille Radwanskewa (le père, la mère et les deux enfants grimés aux couleurs nationales) est partagée entre la déception et l'effervescence, eux qui faisaient partie des 56.000 spectateurs possédant un ticket. " Pour nous, ce match était fixé à l'agenda depuis près de six mois ", explique la mère Franceszka. " Cet EURO, on ne voulait pas le rater. C'est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée au pays depuis la chute du régime communiste. Les enfants ne parlent que de ça depuis des semaines. "

La famille Radwanskewa n'est pas la seule dans ce cas. Depuis quelques semaines, le pays (et plus particulièrement la capitale) vit au rythme de l'EURO. A Varsovie, des panneaux officiels ornent tous les lampadaires, les grands magasins ont emboîté le pas et certains hôtels aussi. Comme le Novotel du Rond-Point Charles de Gaulle (ça ne s'invente pas !) qui a orné sa façade de peintures représentant des écharpes géantes des pays engagés dans cet EURO 2012. Des énormes ballons trônent au milieu des carrefours les plus importants et les alentours du stade National ( Stadion Narodowy) ne désemplissent pas.

Vu que la veille du match d'ouverture constituait un jour férié (la fête Dieu et comme on ne rigole pas avec la religion dans ce pays très catholique...), pas mal de familles polonaises ont décidé de faire le pont pour vivre à fond cet EURO. Tout ressemble à s'y méprendre à un jour de fête nationale. Dès le matin, la fan zone regorge de monde, les rues se réveillent en rouge et blanc et certaines familles, venues de la banlieue voire même de bien plus loin, sont arrivées tôt pour profiter totalement de cette journée.

Pour certains, cette journée s'apparente même à un pèlerinage. Comme ce couple d'une quarantaine d'années, parti de Bialystok et venu comme beaucoup d'autres visiter le musée de l'insurrection de 1944 en avant-match. " Il faut venir avec nous ", tente de nous convaincre Piotr, le mari. " Vous vous rendrez compte que beaucoup de Polonais veulent rentabiliser leur journée à la capitale. En nous rendant au musée de l'insurrection ( NDLR : qui raconte le soulèvement de 63 jours, en 1944, de la population de Varsovie face à l'occupant allemand et qui aboutit quasiment à l'extermination de la ville et de ses habitants puisque 23.000 soldats polonais et 180.000 civils perdirent la vie), on fait un lien entre notre passé et notre avenir, représenté par le match. " Cette matinée-là, les lieux ressemblent davantage à un stade de foot, rempli de visiteurs aux couleurs nationales et souvent revêtues du maillot de la sélection ou d'une écharpe avec le symbole de l'aigle blanc, qu'à un musée.

" L'histoire de la Pologne montre que les Polonais sont bagarreurs ", explique le sociologue, Raphaël Chwedoruk. " Ils passent leur temps à se chamailler. Ils ne sont jamais d'accord entre eux. Sans doute parce qu'ils ont passé leur vie à se battre contre l'ennemi mais le paradoxe réside dans le fait que quand il s'agit de supporter ou de défendre l'honneur du pays, ils deviennent nationalistes. A ce moment, ils tirent tous sur la même corde. "

" Aujourd'hui, les Polonais ont l'impression d'être comme tout le monde "

Malheureusement, les Polonais doivent partager cet EURO. Et comme la situation politique et les difficultés logistiques en Ukraine soulèvent beaucoup de critiques, les Polonais tentent de se démarquer. Contrairement à son voisin, la Pologne est prête pour l'événement. " Mais je pense que sans l'Ukraine, on n'aurait pas reçu l'organisation ", tempère cependant Wlodzimierz Lubanski, l'ancien attaquant vedette de la sélection et autrefois joueur de Lokeren. " Le pays n'était pas prêt financièrement à supporter seul le coût d'un tel événement. "

Les stades sont magnifiques, l'organisation rodée et l'ambiance présente. Même si toutes les infrastructures n'ont pu être finies à temps (comme les autoroutes encore en chantier), la Pologne a réussi son pari. Il faut dire que ce genre de défis est inscrit dans les gènes locaux. " Ils aiment se lancer des objectifs ", explique un journaliste de France Culture qui vient de faire un reportage sur les hooligans de Lodz. " Vu qu'ils ont subi le communisme pendant 45 ans, ils ont une nature complexée. Ils ont donc une revanche à prendre sur eux-mêmes et sur l'image qu'on leur prête. Cet EURO, ils l'ont ressenti depuis le début comme une fierté nationale. Dans leur tête, la Pologne est devenue un pays moderne, capable de recevoir et d'organiser des grands événements. Enfin, ils ont l'impression d'être comme tout le monde. Dernièrement, un octogénaire m'a interpellé en me disant : - La Pologne est devenue une nation riche. On a réussi ! "

Cet enthousiasme s'est propagé à la sélection. En conférence de presse d'avant-match, le capitaine Jakub Blaszczykowski a tenu à remercier les supporters pour leur soutien inconditionnel. " Jusqu'à présent, l'atmosphère est à l'optimisme. C'est à nous de prouver notre valeur et à transformer cet optimisme en réalité. Nous voulons prouver durant cet EURO que nous avons les joueurs capables de changer le cours d'un match à chaque moment. Car c'est sans doute le moment le plus important de notre histoire. "

Et voilà où justement pourrait se situer le problème : " L'équipe actuelle repose sur une jeune génération, 24 ans de moyenne d'âge ", explique l'ancien défenseur d'Anderlecht et recordman des sélections (102), Michal Zewlakow, consultant pour la télé polonaise. " Aujourd'hui, on se dit qu'on est au début du chemin qui mène au succès mais cette génération n'a jamais connu une telle pression. Pour beaucoup de joueurs, il s'agira du premier tournoi international et le manque d'expérience et l'absence de repères au plus haut niveau peuvent constituer un problème. " Après le match d'ouverture, le sélectionneur Franciszek Smuda avait d'ailleurs admis que sa jeune équipe avait sans doute craqué sous la pression.

Smuda, qui, à part une parenthèse d'un an à l'Omonia Nicosie, n'a entraîné qu'en Pologne ces vingt dernières années, a décidé de faire table rase des anciens. Il a d'abord prié Zewlakow de dégager après lui avoir offert le record de sélections nationales. Puis, c'est le gardien Artur Boruc qui a dû céder sa place. Pour avancer, il fallait écarter les caractères susceptibles de mener la vie dure à ce groupe. Derrière cette décision se cachait également une histoire de sponsors : Boruc, Zewlakow et Slawomir Peszko étaient sous contrat avec l'équipementier allemand Puma alors que la Fédération avait opté pour Nike qui, pour lancer l'EURO, voulait miser sur de nouveaux visages comme Robert Lewandowski, Blaszczykowski ou Wojciech Szczesny.

Choix fut donc fait de lancer une nouvelle génération. " Smuda a son avis et ses idées. On peut ne pas être d'accord mais il faut lui reconnaître une certaine cohérence ", ajoute Zewlakow. " Il aime l'école allemande ( NDLR : il possède la double nationalité) et a construit son équipe autour des trois joueurs de Dortmund, Lewandowski, Blaszczykowski et l'arrière droit, Lukas Piszczek. " Sur les 23 joueurs, 7 évoluent en Bundesliga (1 en Angleterre, 5 en Pologne, 3 en Turquie, 2 en Belgique, 1 aux Pays-Bas, 3 en France et 1 en Russie).

" Cette équipe est-elle assez polonaise ? ", se demandent certains

Autre décision de Smuda : favoriser les naturalisations. Sébastian Boenisch a grandi en Allemagne, comme Eugen Polanski et Adam Murawski alors que les Français Ludovic Obraniak et Damien Perquis ne doivent leur présence qu'à leurs grands-parents polonais. Cela a eu le don de soulever quelques critiques. Notamment celles de l'ancien gardien Jan Tomaszewski (ex-Beerschot mais surtout gardien de la grande équipe polonaise des années 70). " La Pologne n'est plus une équipe. C'est devenu la poubelle de l'Europe. Je pense qu'un pays de 40 millions d'habitants comme le nôtre doit évoluer avec des joueurs polonais et pas avec des éléments qui ont d'abord pensé à la France ou à l'Allemagne. Si la Pologne remporte l'EURO, ce ne sera pas la victoire des Polonais mais de joueurs étrangers. "

Cet avis est loin de faire l'unanimité même s'il est partagé par une minorité. " Tomaszewski représente l'ancienne génération ", calme Zewlakow, " Le pays a plutôt bien pris ces naturalisations. C'est plus facile de mener une telle politique qu'il y a dix ans. Le pays est plus ouvert et il y a davantage d'étrangers dans les clubs. Cette saison, il n'y avait que deux Polonais au Wisla, par exemple. Mais il ne faut pas non plus en abuser. Avoir en équipe nationale des joueurs qui ne parlent pas un mot de polonais, ce n'est pas un exemple. "

Néanmoins, les binationaux sont attendus au tournant. Comme le dernier arrivé, Perquis. " Pour certains, il ne devrait pas être là car sa connaissance du polonais est sommaire mais il faut bien dire que sa présence était nécessaire à cause de la pauvreté de l'axe défensif. La Pologne manque de grands défenseurs centraux ", explique Michal Gasiorowski, journaliste pour la Trojka Polskie Radio. Mais ce qui inquiète le plus, c'est que Perquis s'est cassé le bras, il y a deux mois. Il n'est pas à 100 %. Autre inquiétude, le manque de vitesse de cet axe. Perquis est intelligent et compense par son placement mais certains sont dubitatifs quant à sa complémentarité avec Marcin Wasilewski, à qui on reproche sa lenteur. La paire Perquis-Wasilewski n'a joué que trois rencontres amicales ensemble. Dont une en février contre le Portugal qui n'a rassuré personne. Contre la Grèce, les doutes entourant la défense ont été renforcés en deuxième mi-temps, les médians grecs (surtout Dimitris Salpingidis) recherchant les espaces dans le dos des deux défenseurs centraux polonais.

La Pologne a donc réussi une entrée mitigée, elle qui attend beaucoup de cet EURO. Non seulement une équipe qui ressemble à celle des années 70 mais également une ère nouvelle pour le foot polonais. " Certains disent qu'il nous aurait fallu 30 ans pour obtenir toutes ces nouvelles infrastructures ", ajoute Gasiorowski.

Restera alors à définitivement tourner la page de la corruption qui paralyse les arcanes du football local. A la tête de la Fédération, l'ancien joueur emblématique, Gregorz Lato n'a rien fait pour combattre cette gangrène. Au contraire, en concluant un deal lucratif avec l'agence Sportfive (qui s'occupe de choisir les adversaires de la Pologne lors des matches amicaux et de l'organisation de ces rencontres), il a favorisé l'influence extérieure.

" Aujourd'hui, ceux qui gouvernent le foot polonais, ce sont les gens de Sportfive. Ils le font bien mais cette situation n'est pas saine ", affirme Gasiorowski. Les observateurs considèrent Lato comme un pantin, quelqu'un qui n'a pas la carrure pour le poste. " Je ne dirai rien sur Lato mais si je dois choisir entre Lato et Boniek comme président de la Fédération, j'opte pour le second ", conclut Zewlakow.

PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE

" C'est sans doute le moment le plus important de notre histoire. " (Le capitaine Jakub Blaszczykowski)

"Pologne en Rouge et Blanc ", scandent en début de rencontre les supporters polonais, écharpes déployées au vent dans un bruit assourdissant. " Pourtant, il y aurait eu plus d'ambiance si au lieu des familles, on avait retrouvé les ultras des clubs ", lance Michal, jeune de 25 ans au look de geek, qui a troqué l'espace de l'EURO son écharpe de Katowice pour celle des Bialo-Czerwoni (Rouge et Blanc). " C'est toujours comme cela avec l'équipe nationale ou les clubs polonais : on ne joue qu'une mi-temps ". La nation organisatrice vient de partager face à la Grèce (1-1), de quoi gâcher quelque peu la fête. Devant le stade, la famille Radwanskewa (le père, la mère et les deux enfants grimés aux couleurs nationales) est partagée entre la déception et l'effervescence, eux qui faisaient partie des 56.000 spectateurs possédant un ticket. " Pour nous, ce match était fixé à l'agenda depuis près de six mois ", explique la mère Franceszka. " Cet EURO, on ne voulait pas le rater. C'est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée au pays depuis la chute du régime communiste. Les enfants ne parlent que de ça depuis des semaines. " La famille Radwanskewa n'est pas la seule dans ce cas. Depuis quelques semaines, le pays (et plus particulièrement la capitale) vit au rythme de l'EURO. A Varsovie, des panneaux officiels ornent tous les lampadaires, les grands magasins ont emboîté le pas et certains hôtels aussi. Comme le Novotel du Rond-Point Charles de Gaulle (ça ne s'invente pas !) qui a orné sa façade de peintures représentant des écharpes géantes des pays engagés dans cet EURO 2012. Des énormes ballons trônent au milieu des carrefours les plus importants et les alentours du stade National ( Stadion Narodowy) ne désemplissent pas. Vu que la veille du match d'ouverture constituait un jour férié (la fête Dieu et comme on ne rigole pas avec la religion dans ce pays très catholique...), pas mal de familles polonaises ont décidé de faire le pont pour vivre à fond cet EURO. Tout ressemble à s'y méprendre à un jour de fête nationale. Dès le matin, la fan zone regorge de monde, les rues se réveillent en rouge et blanc et certaines familles, venues de la banlieue voire même de bien plus loin, sont arrivées tôt pour profiter totalement de cette journée. Pour certains, cette journée s'apparente même à un pèlerinage. Comme ce couple d'une quarantaine d'années, parti de Bialystok et venu comme beaucoup d'autres visiter le musée de l'insurrection de 1944 en avant-match. " Il faut venir avec nous ", tente de nous convaincre Piotr, le mari. " Vous vous rendrez compte que beaucoup de Polonais veulent rentabiliser leur journée à la capitale. En nous rendant au musée de l'insurrection ( NDLR : qui raconte le soulèvement de 63 jours, en 1944, de la population de Varsovie face à l'occupant allemand et qui aboutit quasiment à l'extermination de la ville et de ses habitants puisque 23.000 soldats polonais et 180.000 civils perdirent la vie), on fait un lien entre notre passé et notre avenir, représenté par le match. " Cette matinée-là, les lieux ressemblent davantage à un stade de foot, rempli de visiteurs aux couleurs nationales et souvent revêtues du maillot de la sélection ou d'une écharpe avec le symbole de l'aigle blanc, qu'à un musée. " L'histoire de la Pologne montre que les Polonais sont bagarreurs ", explique le sociologue, Raphaël Chwedoruk. " Ils passent leur temps à se chamailler. Ils ne sont jamais d'accord entre eux. Sans doute parce qu'ils ont passé leur vie à se battre contre l'ennemi mais le paradoxe réside dans le fait que quand il s'agit de supporter ou de défendre l'honneur du pays, ils deviennent nationalistes. A ce moment, ils tirent tous sur la même corde. " Malheureusement, les Polonais doivent partager cet EURO. Et comme la situation politique et les difficultés logistiques en Ukraine soulèvent beaucoup de critiques, les Polonais tentent de se démarquer. Contrairement à son voisin, la Pologne est prête pour l'événement. " Mais je pense que sans l'Ukraine, on n'aurait pas reçu l'organisation ", tempère cependant Wlodzimierz Lubanski, l'ancien attaquant vedette de la sélection et autrefois joueur de Lokeren. " Le pays n'était pas prêt financièrement à supporter seul le coût d'un tel événement. " Les stades sont magnifiques, l'organisation rodée et l'ambiance présente. Même si toutes les infrastructures n'ont pu être finies à temps (comme les autoroutes encore en chantier), la Pologne a réussi son pari. Il faut dire que ce genre de défis est inscrit dans les gènes locaux. " Ils aiment se lancer des objectifs ", explique un journaliste de France Culture qui vient de faire un reportage sur les hooligans de Lodz. " Vu qu'ils ont subi le communisme pendant 45 ans, ils ont une nature complexée. Ils ont donc une revanche à prendre sur eux-mêmes et sur l'image qu'on leur prête. Cet EURO, ils l'ont ressenti depuis le début comme une fierté nationale. Dans leur tête, la Pologne est devenue un pays moderne, capable de recevoir et d'organiser des grands événements. Enfin, ils ont l'impression d'être comme tout le monde. Dernièrement, un octogénaire m'a interpellé en me disant : - La Pologne est devenue une nation riche. On a réussi ! " Cet enthousiasme s'est propagé à la sélection. En conférence de presse d'avant-match, le capitaine Jakub Blaszczykowski a tenu à remercier les supporters pour leur soutien inconditionnel. " Jusqu'à présent, l'atmosphère est à l'optimisme. C'est à nous de prouver notre valeur et à transformer cet optimisme en réalité. Nous voulons prouver durant cet EURO que nous avons les joueurs capables de changer le cours d'un match à chaque moment. Car c'est sans doute le moment le plus important de notre histoire. " Et voilà où justement pourrait se situer le problème : " L'équipe actuelle repose sur une jeune génération, 24 ans de moyenne d'âge ", explique l'ancien défenseur d'Anderlecht et recordman des sélections (102), Michal Zewlakow, consultant pour la télé polonaise. " Aujourd'hui, on se dit qu'on est au début du chemin qui mène au succès mais cette génération n'a jamais connu une telle pression. Pour beaucoup de joueurs, il s'agira du premier tournoi international et le manque d'expérience et l'absence de repères au plus haut niveau peuvent constituer un problème. " Après le match d'ouverture, le sélectionneur Franciszek Smuda avait d'ailleurs admis que sa jeune équipe avait sans doute craqué sous la pression. Smuda, qui, à part une parenthèse d'un an à l'Omonia Nicosie, n'a entraîné qu'en Pologne ces vingt dernières années, a décidé de faire table rase des anciens. Il a d'abord prié Zewlakow de dégager après lui avoir offert le record de sélections nationales. Puis, c'est le gardien Artur Boruc qui a dû céder sa place. Pour avancer, il fallait écarter les caractères susceptibles de mener la vie dure à ce groupe. Derrière cette décision se cachait également une histoire de sponsors : Boruc, Zewlakow et Slawomir Peszko étaient sous contrat avec l'équipementier allemand Puma alors que la Fédération avait opté pour Nike qui, pour lancer l'EURO, voulait miser sur de nouveaux visages comme Robert Lewandowski, Blaszczykowski ou Wojciech Szczesny. Choix fut donc fait de lancer une nouvelle génération. " Smuda a son avis et ses idées. On peut ne pas être d'accord mais il faut lui reconnaître une certaine cohérence ", ajoute Zewlakow. " Il aime l'école allemande ( NDLR : il possède la double nationalité) et a construit son équipe autour des trois joueurs de Dortmund, Lewandowski, Blaszczykowski et l'arrière droit, Lukas Piszczek. " Sur les 23 joueurs, 7 évoluent en Bundesliga (1 en Angleterre, 5 en Pologne, 3 en Turquie, 2 en Belgique, 1 aux Pays-Bas, 3 en France et 1 en Russie). Autre décision de Smuda : favoriser les naturalisations. Sébastian Boenisch a grandi en Allemagne, comme Eugen Polanski et Adam Murawski alors que les Français Ludovic Obraniak et Damien Perquis ne doivent leur présence qu'à leurs grands-parents polonais. Cela a eu le don de soulever quelques critiques. Notamment celles de l'ancien gardien Jan Tomaszewski (ex-Beerschot mais surtout gardien de la grande équipe polonaise des années 70). " La Pologne n'est plus une équipe. C'est devenu la poubelle de l'Europe. Je pense qu'un pays de 40 millions d'habitants comme le nôtre doit évoluer avec des joueurs polonais et pas avec des éléments qui ont d'abord pensé à la France ou à l'Allemagne. Si la Pologne remporte l'EURO, ce ne sera pas la victoire des Polonais mais de joueurs étrangers. " Cet avis est loin de faire l'unanimité même s'il est partagé par une minorité. " Tomaszewski représente l'ancienne génération ", calme Zewlakow, " Le pays a plutôt bien pris ces naturalisations. C'est plus facile de mener une telle politique qu'il y a dix ans. Le pays est plus ouvert et il y a davantage d'étrangers dans les clubs. Cette saison, il n'y avait que deux Polonais au Wisla, par exemple. Mais il ne faut pas non plus en abuser. Avoir en équipe nationale des joueurs qui ne parlent pas un mot de polonais, ce n'est pas un exemple. "Néanmoins, les binationaux sont attendus au tournant. Comme le dernier arrivé, Perquis. " Pour certains, il ne devrait pas être là car sa connaissance du polonais est sommaire mais il faut bien dire que sa présence était nécessaire à cause de la pauvreté de l'axe défensif. La Pologne manque de grands défenseurs centraux ", explique Michal Gasiorowski, journaliste pour la Trojka Polskie Radio. Mais ce qui inquiète le plus, c'est que Perquis s'est cassé le bras, il y a deux mois. Il n'est pas à 100 %. Autre inquiétude, le manque de vitesse de cet axe. Perquis est intelligent et compense par son placement mais certains sont dubitatifs quant à sa complémentarité avec Marcin Wasilewski, à qui on reproche sa lenteur. La paire Perquis-Wasilewski n'a joué que trois rencontres amicales ensemble. Dont une en février contre le Portugal qui n'a rassuré personne. Contre la Grèce, les doutes entourant la défense ont été renforcés en deuxième mi-temps, les médians grecs (surtout Dimitris Salpingidis) recherchant les espaces dans le dos des deux défenseurs centraux polonais. La Pologne a donc réussi une entrée mitigée, elle qui attend beaucoup de cet EURO. Non seulement une équipe qui ressemble à celle des années 70 mais également une ère nouvelle pour le foot polonais. " Certains disent qu'il nous aurait fallu 30 ans pour obtenir toutes ces nouvelles infrastructures ", ajoute Gasiorowski. Restera alors à définitivement tourner la page de la corruption qui paralyse les arcanes du football local. A la tête de la Fédération, l'ancien joueur emblématique, Gregorz Lato n'a rien fait pour combattre cette gangrène. Au contraire, en concluant un deal lucratif avec l'agence Sportfive (qui s'occupe de choisir les adversaires de la Pologne lors des matches amicaux et de l'organisation de ces rencontres), il a favorisé l'influence extérieure. " Aujourd'hui, ceux qui gouvernent le foot polonais, ce sont les gens de Sportfive. Ils le font bien mais cette situation n'est pas saine ", affirme Gasiorowski. Les observateurs considèrent Lato comme un pantin, quelqu'un qui n'a pas la carrure pour le poste. " Je ne dirai rien sur Lato mais si je dois choisir entre Lato et Boniek comme président de la Fédération, j'opte pour le second ", conclut Zewlakow. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" C'est sans doute le moment le plus important de notre histoire. " (Le capitaine Jakub Blaszczykowski)