Alors qu'il était en vacances , Patrick Thairet a cru à une blague lorsqu'il a découvert qu'un numéro français l'appelait sur son téléphone. France Football l'appelait pour réaliser un reportage sur le retour du RWDM dans le football professionnel en Belgique. Une demi-heure de discussion révélatrice : non, le mythe RWDM n'est pas mort, même à l'étranger. Pourtant, la D1B n'est pas la Premier League.
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Alors qu'il était en vacances , Patrick Thairet a cru à une blague lorsqu'il a découvert qu'un numéro français l'appelait sur son téléphone. France Football l'appelait pour réaliser un reportage sur le retour du RWDM dans le football professionnel en Belgique. Une demi-heure de discussion révélatrice : non, le mythe RWDM n'est pas mort, même à l'étranger. Pourtant, la D1B n'est pas la Premier League. Thairet prend une bière au Nouveau Daring, l'un des légendaires cafés de supporters rouge et noir, à moins d'un kilomètre du stade Edmond Machtens, sur le boulevard Mettewie, cette large avenue qui relie la basilique de Koekelberg à Anderlecht. Comme Jan Boskamp, il est l'une des icônes du club bruxellois, qui ne compte en réalité que trente ans d'existence, depuis la fusion entre le Daring Molenbeek et le Racing White en 1973, jusqu'à la faillite au début de l'année 2002. Boskamp a vécu les années de gloire, avec le titre de champion en 1975 et la demi-finale de la Coupe de l'UEFA en 1977. En 1980, lorsque Thairet atteint l'équipe première en tant que pur produit du club, le RWDM vient de monter sur le podium pour la dernière fois, en terminant troisième en 1979-80. Le déclin devient ensuite inéluctable. En 1968, il commence à jouer au football dans un club qui s'appelle encore le Daring Molenbeek. Il termine sa carrière active au plus haut niveau au RWDM, en 1995. Un vrai clubman , quoi. D'avril à septembre 2001, il y est également entraîneur lorsque le club vit ses derniers jours. Il fait remonter Molenbeek en première division, mais n'est pas présent lors de la faillite, car il vient d'être licencié en septembre, après un 1 sur 21 peu reluisant. Cette cessation d'activité ne le surprend pas : " Lorsque nous sommes montés, le club croulait sous les dettes. Mais le président de l'époque, Eric De Prins, pensait toujours pouvoir attirer de nouveaux investisseurs. Son espoir ne s'est pas concrétisé. Nous avons alors dû nous résoudre à vivre ce que Malines a subi quelques années plus tard : recommencer en troisième division, avec nos propres moyens. " Mais le bourgmestre Philippe Moureaux, le père de l'actuelle maïeure Catherine Moureaux, ne veut pas que le stade tombe en ruine et que l'école des jeunes soit abandonnée. Il demande de l'aide à l'entrepreneur Johan Vermeersch. L'ancien joueur, entraîneur et dirigeant du RWDM fait venir le FC Strombeek, qui joue à l'époque en deuxième division, à Molenbeek, pour créer le FC Brussels : un nouveau départ sous un autre nom, afin d'attirer de nouveaux sponsors dans une capitale qui compte des milliers d'entreprises. Au début, beaucoup de curieux viennent jeter un coup d'oeil, mais le nouveau projet ne prend jamais réellement. Thairet le constate à distance : " Vermeersch voulait tout faire tout seul, mais si l'on veut attirer de nouveaux investisseurs, il faut leur offrir une partie du pouvoir en échange de leur argent. Or, Vermeersch ne voulait pas partager le pouvoir. C'est pourtant indispensable, et encore plus à l'heure actuelle : le football devient de plus en plus cher. " Selon Thairet, il y a une autre raison pour laquelle le projet a échoué : " Sans les quatre lettres magiques, le pouvoir d'attraction n'était pas le même. R-W-D-M : ce sont les quatre lettres magiques qui garantissent le succès. " Aujourd'hui, il pense que le projet peut réussir. D'anciens supporters reviennent, parfois accompagnés de leurs enfants. Mais il n'a pas de réponse à une autre question : pourquoi les nouveaux Molenbeekois, les habitants de la partie basse de Molenbeek, ne viennent-ils pas au stade ? " Les joueurs de nos équipes de jeunes proviennent pourtant de cette partie de la commune, ils viennent aux matches avec leur famille et leurs amis. Mais il est exact que peu de nouveaux Molenbeekois sont présents dans les tribunes. La plupart des supporters proviennent du Pajottenland, et sont souvent néerlandophones. " Les supporters ne doivent pas s'attendre à voir beaucoup de produits du cru, poursuit Thairet, qui est aujourd'hui le directeur technique de l'école des jeunes, une fonction qu'il avait déjà occupée de 1993 à 2000. " Il faut au moins une dizaine d'années avant qu'un joueur qui a commencé tout au bas de l'échelle atteigne l'équipe A. Et pour qu'il devienne une valeur sûre, il faut en compter cinq de plus. Il faut se rendre compte que, lorsque nous avons recommencé de zéro, il n'y avait rien ici. Plus un seul joueur. Aussi longtemps que nous n'avons pas pu jouer le championnat Élite, nous avons perdu chaque année nos meilleurs jeunes. L'année dernière encore, et même cette année, ils sont partis à OHL, à La Gantoise et à Anderlecht. Maintenant que nous jouons de nouveau le championnat Élite, nous avons plus de chances de pouvoir les conserver. " Tout près du Nouveau Daring, on trouve un autre café légendaire : Au Bon Coin, où un ancien drapeau du Daring pend à la fenêtre du premier étage, avec un calicot où l'on reconnaît le visage de Boskamp, les cheveux encore mi-longs, et un chapeau melon, qui fait référence au légendaire club de supporters du même nom. Le gérant offre un verre à ses visiteurs. " C'est l'un des derniers vrais cafés belges de Molenbeek ", dit-il. Nous sommes dans la partie haute de Molenbeek, la partie plus bourgeoise, où l'on découvre même quelques belles maisons à côté du parc Marie-José. C'est un quartier très vert, les trottoirs sont propres et des chantiers sont en cours. C'est ici que bat le coeur du RWDM. Au fur et à mesure que l'on descend la chaussée de Gand en direction du canal, qui forme la frontière avec la Ville de Bruxelles, les références au club disparaissent et le visage de la commune change. Sur les devantures des commerces, les inscriptions en français et en néerlandais sont rares. C'est la partie basse de Molenbeek, les couches de la population sont différentes, et le RWDM n'intéresse que les nombreux jeunes joueurs qui sont originaires du quartier. Comment peut-on expliquer que la composition des noyaux de supporters n'ait pas évolué avec le changement de population ? Est-ce dû à la consommation d'alcool dans le stade, au fait que la fibre se transmet souvent de génération en génération, ou simplement au fait que le Machtens n'ait plus accueilli de match de haut niveau depuis une décennie ? Le stade n'a plus fait que deux fois le plein au cours de trente dernières années : lorsque le RWDM a disputé son dernier match européen en 1996 contre les Turcs de Besiktas - les tribunes étaient alors remplies de supporters turcs - et lors du dernier derby de première division entre le FC Brussels et les puissants voisins d'un peu plus haut. L'un des sponsors locaux du club est la brasserie Les Trappistes, un bel établissement art-déco situé au croisement de la rue Edmond Machtens et de la chaussée de Gand. Matthias Kremer, un Bruxellois néerlandophone qui a habité un temps dans la partie basse de Molenbeek avant de déménager dans la partie haute, raconte comment il est devenu supporter en 1992 : " Pour mon premier match à domicile, nous avons été battus 1-2 par Charleroi. Mes frères étaient supporters d'Anderlecht, mais je trouvais que c'était trop facile, des supporters de la victoire. Je voulais un autre défi, et je l'ai trouvé avec le RWDM. L'ambiance était plus populaire, plus crue. " Il était toujours présent lors du dernier match à domicile de la saison 2001-2002, et n'a pas déserté le stade lorsque le club qui y jouait s'appelait le FC Brussels. " Pourtant, le nombre de spectateurs n'a cessé de diminuer. " Jusqu'à cet appel lancé sur Facebook pour une réunion au Sippelberg, une salle prestigieuse dans le parc Marie-José que l'on peut louer à la commune. Le débat concerne alors le nom du club : et pourquoi pas le RWDM ? Il est lui-même étonné qu'autant de personnes, au moins 500, répondent à l'appel. " L'enthousiasme était de mise, d'anciennes connaissances qui ne s'étaient plus vues depuis des années se sont retrouvées. " Il est également présent à Asse-Zellik, lors du premier match de Coupe de Belgique, disputé contre Stekene, qui réunit 800 spectateurs : d'anciens supporters, mais aussi des nouveaux qui n'ont jamais vu jouer le RWDM. Même les matches en déplacement attirent entre 300 à 500 personnes, et le match pour le titre en D2 Amateurs, à l'Olympic, réunit plus de 2.000 Molenbeekois. Qu'attend Matthias de la première saison dans le football professionnel ? Pas grand-chose, dit-il : " Si nous terminons devant Seraing et que nous battons trois fois l'Union Saint-Gilloise, je considérerai la saison comme réussie. " On ne savait pas encore, à ce moment-là que le Lierse et les U23 du Club de Bruges rejoindraient également la D1B. Il fait confiance au nouvel homme fort, Thierry Dailly : " À condition qu'il ne fasse pas de folies. Je suis heureux qu'il n'ait pas encore acheté un seul grand nom. Un joueur dont on se demande : mais comment parviendra-t-il à le payer ? " Les joueurs s'entraînent à l'arrière du stade Edmond Machtens. Dans leur champ de vision, ils aperçoivent les grands blocs d'appartements construits par Jean-Baptiste L'Ecluse, l'homme qui avait propulsé le RWDM vers les sommets, dans les années 70. Depuis la nouvelle tribune principale, Thierry Dailly (52 ans) assiste aux entraînements depuis les business-seats. Dailly a grandi à Molenbeek, au Sippelberg, là où son père jouait au football dans une équipe de café. À six ans, il a déménagé avec sa mère à Ruisbroek, pour revenir à Bruxelles plus tard et jouer pour l'Union en troisième et en deuxième division. À la demande de Vermeersch, il a officié pendant deux ans et demi comme manager du FC Brussels, mais le projet a échoué. En juin 2014, alors qu'il est en vacances, il découvre le message de quelques sympathisants qui organisent une réunion pour voir s'il est possible de faire revivre le RWDM. Il est étonné par le nombre de personnes présentes à cette soirée : " Mais il n'y avait pas de projet, seulement beaucoup de bonne volonté. " Finalement, cinq candidats investisseurs décident de tenter le coup. Mais, lorsque ces gens se heurtent aux réticences de la commune (qui avait promis le stade au White Star), ils se retirent les uns après les autres. " Le 9 juin, le dernier candidat encore en lice m'a téléphoné : Thierry, ne laissons pas le projet tomber aux oubliettes. Le lendemain, j'ai décidé de reprendre le projet à mon compte et j'ai acheté un matricule. Un premier contact avec Waterloo n'a débouché sur rien de concret. J'ai en revanche trouvé une oreille attentive du côté du Standaard Wetteren, qui fusionnait avec le Racing Wetteren/Kwatrecht. C'était le matricule 5479, celui du Standaard Wetteren. Aujourd'hui, il est toujours celui du RWDM, même si nous avons l'intention de récupérer le 47, à l'image du Beerschot qui a récupéré le treize ". Tout commence par une réunion avec les supporters au Sippelberg. 600 d'entre eux répondent à l'appel. " Sur place, nous avons confectionné des abonnements avec une photocopieuse et nous en avons vendu 400. Un beau début. " Dailly a une première impression de ce qui l'attend lors du premier match amical disputé dans la Flandre profonde, à Oudenburg, contre le Cercle Bruges, le club de Fred Vanderbiest, un Bruxellois qui a joué au RWDM et au FC Brussels. Arrivé à Oudenburg, Dailly reçoit un coup de téléphone lui signalant que " beaucoup " de supporters sont en route, au moins trois ou quatre bus. " Finalement, 600 personnes ont assisté à la rencontre, dont 400 venues de Bruxelles. Plus de cent kilomètres parcourus pour un match de rien du tout. J'en ai eu la chair de poule. " Le RWDM doit disputer ses premiers matches de Coupe de Belgique sur le terrain d'Asse-Zellik (le club ne pouvait pas encore se produire au stade Edmond Machtens) et attire plus de 800 personnes. Dailly se souvient d'un déplacement à Virton, où 500 supporters bruxellois avaient accompagné l'équipe. Le 17 octobre 2015, le RWDM perd certes son premier match au stade Machtens contre Sterrebeek, mais le phénomène RWDM est né, devant plus de 3.000 supporters, un chiffre dont le White Star Bruxelles ne peut que rêver. Cette année-là, il y a en moyenne entre 3.000 et 4.000 spectateurs au stade. Il se remémore un match en déplacement, un samedi soir, à Profondeville. " Nous avons joué au milieu des bois, l'éclairage était insignifiant. Nous avons été reçus de manière fantastique. Un dirigeant nous a expliqué qu'avec notre venue, ils avaient bouclé le budget de leur saison. " Ce RWDM 2.0, avec tout le respect que l'on doit aux récits nostalgiques des six dernières années, parviendra-t-il à se débrouiller dans le football professionnel ? Dailly l'espère : " La saison dernière, notre équipe était déjà quasiment professionnelle. La saison d'avant, la moitié des joueurs étaient pros. Nous devons simplement veiller à ne pas dépenser plus que ce que nous avons en caisse. " Le budget sportif est de 1,2 million d'euros, le budget total est passé de 1,8 million l'an dernier à 2,5 millions cette année. Pour l'instant, Dailly reste le seul actionnaire. " Mais je suis conscient que je dois être ouvert à de nouveaux investisseurs si nous voulons grandir ", dit-il, en répondant alternativement en français et en néerlandais, comme un vrai Bruxellois. " Pour grandir , il faut investir. J'ai aidé cet enfant à naître, je lui ai appris à marcher, et à l'avenir, il devra pouvoir se débrouiller tout seul. Aujourd'hui, le club est sain. Il n'y a pas de dettes. Je peux donc choisir qui j'accepte comme investisseurs. "