MARDI premier sirtaki

Des tas d'amateurs de sport hollandais se trouvent à bord de l'avion qui nous emmène de Bruxelles à Athènes. Petra par exemple a fait la route depuis la lointaine ville de Zwolle jusqu'à Zaventem. Elle joue au volley en troisième division féminine aux Pays-Bas, mais ne va pas en tant que fanatique dans la capitale grecque. Son ami bien. Il épargne depuis mai 2003 pour pouvoir assister à de grands événements et c'est nécessaire. Un ticket pour la finale du plongeon acrobatique coûte par exemple 200 euros. Pour elle, cela ne vaut pas tout cet argent, elle l'accompagne davantage pour goûter à l'atmosphère des Jeux. Et peut-être espère-t-elle faire de bonnes affaires, car elle a entendu que la vente des billets sur place ne se passe pas très bien. Les prix vont-ils chuter ? Les semaines à venir le lui diront.
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Des tas d'amateurs de sport hollandais se trouvent à bord de l'avion qui nous emmène de Bruxelles à Athènes. Petra par exemple a fait la route depuis la lointaine ville de Zwolle jusqu'à Zaventem. Elle joue au volley en troisième division féminine aux Pays-Bas, mais ne va pas en tant que fanatique dans la capitale grecque. Son ami bien. Il épargne depuis mai 2003 pour pouvoir assister à de grands événements et c'est nécessaire. Un ticket pour la finale du plongeon acrobatique coûte par exemple 200 euros. Pour elle, cela ne vaut pas tout cet argent, elle l'accompagne davantage pour goûter à l'atmosphère des Jeux. Et peut-être espère-t-elle faire de bonnes affaires, car elle a entendu que la vente des billets sur place ne se passe pas très bien. Les prix vont-ils chuter ? Les semaines à venir le lui diront. Dans le tout nouvel aéroport Eleftherios Venizelos, les bénévoles ont sorti leur plus beau sourire pour accueillir les journalistes et athlètes égarés. Avant que vous ne l'ayez remarqué, l'une de ces personnes vous aide à pousser votre chariot dans la bonne direction. Au début de la file des accréditations, on trouve une bénévole qui ne parle pas un mot de grec mais ce n'est pas grave, il y a suffisamment de monde qui ne parle que le grec, comme nous le verrons plus tard. Cinq minutes après avoir récupéré nos bagages, tout le monde se trouve devant le bon autobus. Des bus qui partent à l'heure et qui, pour la petite histoire, ont tous été assemblés par la firme Van Hool près de Lierre. Une heure après, le visiteur est dans sa chambre d'hôtel, où le check-in se passe d'ailleurs sans encombre. Il y a huit mois, le voyageur, même l'Athénien, avait une expérience bien moins agréable de l'arrivée dans la capitale hellène. Le même bus le déposait à une rame de métro qui parfois ne s'arrêtait pas à une station, lorsque celle-ci était en travaux. Aujourd'hui, l'autobus roule sur des voiries rénovées, décorées de part et d'autre de drapeaux olympiques. A partir des collines, on peut admirer aussi bien les vestiges de l'Antiquité que les installations sportives hypermodernes. La nuit surtout, Athènes revêt ses habits de lumière. Aucune trace d'un quelconque problème d'organisation. Au centre-ville, un homme traverse la rue avec une TV sur les épaules. Il a raté les prestations des Grecs à l'EURO, pas question de louper les J.O. ! Au restaurant au nom imprononçable, au coin de la rue Karolou et de la place Metaxourgio, manger à 22 heures ne pose aucun problème. Au contraire, le resto commence à peine à se remplir à partir de cette heure. A peine assis depuis cinq minutes, nous devinons ce qui va se passer : quelques hommes prennent leur bouzouki ou leur guitare et des marins se mettent spontanément à danser le sirtaki. Il est l'heure d'aller dormir ! A dix heures du matin, le soleil athénien cogne déjà dur. La file d'attente pour le bus des médias se forme depuis une heure sur la place Metaxourgio, alors que les bus vont et viennent toutes les dix minutes, comme convenu. Hier, la ponctualité était de mise, aujourd'hui un peu moins. C'est le premier et le seul signe minime d'un défaut dans l'organisation que tout le monde attendait chaotique, mais qui est loin de l'être. Sur les grands axes en dehors du centre, la bande de circulation olympique, séparée des autres voies de circulation par une ligne rouge, prouve déjà son utilité et nous tient à l'écart des embouteillages légendaires d'Athènes. Cela fonctionne bien, mais les véritables Jeux doivent encore commencer. Le contrôle de sécurité au centre de presse se passe sans anicroche, comme à l'aéroport. Il ne faut pas ôter ses chaussures, éteindre son GSM ou son ordinateur comme c'était le cas lors de la Coupe du Monde coréo-japonaise. Dans l'immense centre de presse, il y a foule le midi au McDonalds alors qu'on est bien plus vite servi au restaurant des cuisines du monde, qui offre un choix bien plus varié. Ici aussi, les bénévoles se bousculent. Ils bavardent beaucoup et veulent sans cesse vérifier si nous avons bien lu attentivement les instructions liées à l'utilisation des facilités pour la presse. Lorsque, avec un léger agacement, nous répondons que oui, ils se font moins pressants. En route vers le stade de tennis, nous remarquons que les arbres au bord de la route viennent d'être plantés. Des ouvriers s'activent à appliquer la dernière couche de peinture à plusieurs petits bâtiments. Dans l'arène tennistique, Justine Henin s'entraîne à cinq heures avec son sparring-partner, le numéro 4 dans la hiérarchie grecque. L'installation musicale crache On The Beach de Chris Rea et quelques bénévoles prennent des photos. Sur le court, les échanges sont intenses. Le Grec est 590e mondial et a renoncé à un tournoi en Autriche pour être le compagnon d'entraînement de la n°1 mondiale. Il est payé par Henin, rassure le coach Carlos Rodriguez qui évacue toute la pression des épaules de sa protégée. Il est déjà très content qu'elle soit ici, après le sérieux virus dont elle fut victime les mois qui suivirent Roland Garros. Jusqu'au 19 juillet, il avoue qu'il ne savait pas si Justine allait oui ou non prendre part aux Jeux ou même à l'US Open. A partir du 20 juillet, son état s'est amélioré, comme l'avaient prévu les docteurs. La Rochefortoise s'est passé du confort d'une chambre d'hôtel individuelle. Elle voulait rencontrer les autres athlètes du monde entier et loge au village olympique. Elle partage un appartement avec les trois judokates. En fait, ajoute Rodriguez, elle est un peu gênée que les autres athlètes lui demandent sans cesse des autographes : " Elle n'aime pas. Cela lui donne le faux sentiment qu'elle est plus importante qu'eux, simplement parce qu'elle reçoit davantage de couverture médiatique. Rassurez-vous, elle n'a pas du tout ce sentiment ". Il n'a jamais été question de pression de la part du COIB, qui a vu ces derniers mois pas mal de médailles potentielles s'envoler pour cause de défection d'athlètes. Rodriguez apprécie au contraire l'aide médicale spontanée proposée par le directeur sportif du COIB, Eddy De Smedt. " Il a dit que nous ne devions absolument pas nous sentir obligés de quoi que ce soit, que la santé de Juju primait avant tout ". Le coach a quand même conseillé à Justine de ne pas porter le drapeau belge lors de la cérémonie d'ouverture qui dure jusqu'à 1 heure du matin. C'est trop tard pour quelqu'un qui vient de se remettre d'un virus et s'endort crevée à 21 heures chaque soir. Mais Rodriguez insiste : " Je ne décide rien, je ne fais que suggérer. Justine décide ". Le lendemain, le COIB annonce que notre vétéran des JO, Jean-Michel Saive, portera le fanion national lors de la cérémonie du vendredi... Un bon conseil si vous venez un jour à Athènes et devez quitter la ville à temps : ne prenez jamais un taxi dont le chauffeur ne parle que le grec. Sinon, vous courez le risque qu'il vous demande le chemin. Si vous ne savez pas le lui expliquer en grec, arriver à destination sera une véritable gageure. On n'en croit pas ses yeux lorsque le chauffeur s'arrête à chaque carrefour pour demander son chemin à des policiers, des laveurs de vitres, des mères qui passent avec leur poussette ou des autostoppeurs ! Daisy De Bock était la première Belge à entrer en action, deux jours plus tard, dans la compétition de tir à la carabine. Elle échappe à la cérémonie d'ouverture puisque son épreuve commence le samedi à 9 heures. De Bock n'a commencé à penser aux Jeux qu'il y a un an et demi. " Avant cela, je faisais partie du subtop belge. Il s'est passé des choses dans ma vie privée qui m'ont poussée à investir plus de temps dans la pratique de mon sport ". La conséquence est qu'elle risque de devenir la première médaillée belge des J.O. 2004. Parmi les 45 tireurs, 35 se valent. Avec 396 points sur 400 (son record), elle peut aussi bien se retrouver troisième que vingtième. De Bock est à l'aise mais commence à ressentir des frissons. Elle se définit comme une boule de stress, disant que deux jours avant la compétition personne sauf son coach ne put lui adresser la parole. Mais elle prouve le contraire... La judoka Ilse Heylen vise quant à elle une place sur le podium, " Mais je pourrais aussi me faire éliminer dès le premier jour ", dit-elle. Heylen doit encore suer à grosses gouttes pour faire baisser son poids sous les 52 kilos, sa catégorie de prédilection. Encore trois jours de souffrance, à moins de trouver une autre solution, mais laquelle ? " Instaurer une catégorie des -53 kg ", reprend-elle en riant. Après les Jeux, elle pèsera 55 à 56 kg, conséquence de la bonne vie, même si son copain est aussi un judoka, mais qui ne fait plus de compétition. A quelle catégorie appartient-il ? " Aux moins de 100 kg ", sourit Ilse, à qui Jean-Marie Dedecker et ses gueulantes au bord du tatami ne semblent pas manquer. Aussi présente, la gymnaste de 16 ans Aagje Vanwalleghem, qui attend patiemment son tour pour rencontrer la presse. Il est 21 heures passées et Aagje doit être au plus tard à 21 h 30 au lit, prévient le responsable de presse Jos Segaert. Aagje partage sa chambre avec trois athlètes féminines. Elle est de loin la plus jeune, dit-elle avec un peu de mélancolie. " Tous ces adultes sont tellement sérieux et moi je suis si fofolle ! " Quelles vedettes a-t-elle déjà rencontrées ? " Le nageur australien Ian Thorpe. Je l'ai vu de loin, il traversait la rue ". Qui aimerait-elle encore rencontrer ? " Marion Jones ". Il est neuf heures et demie. Au lit, Aagje ! Assister à la cérémonie olympique dans le stade flambant neuf a un prix : les meilleures places se vendent entre 800 et 2.000 euros et même davantage sur le marché noir. Le stade est néanmoins rempli pour un show fantastique où les personnages de la mythologie grecque prennent littéralement vie. Ensuite, les athlètes des 202 pays participants défilent. Les délégations d'Irak et de Palestine reçoivent une ovation debout, tout comme la Grèce. Nous n'avions jamais pensé que les Hellènes avaient autant d'athlètes jusqu'à ce qu'on apprenne que des collaborateurs et des officiels du comité olympique grec s'étaient joints au cortège. L'ordre de passage des pays est déterminé par l'alphabet grec. C'est ainsi que Saint-Marin arrive en troisième position, parce que Saint en grec se dit Aego. Juste avant l'Angola, qui retarde quelque peu le défilé parce que les membres de la délégation souhaitent immortaliser leur passage sur caméra digitale. Le porteur de drapeau de Djibouti est connu depuis longtemps puisque l'athlète est le seul représentant de son pays. Les délégations du Liechtenstein et de Brunei, avec leurs deux athlètes et leur officiel chacune, font pléthore en comparaison ! Peu après minuit, le feu d'artifice prend fin. Une bonne heure plus tard, nous pouvons déjà aller dormir. Un tout autre scénario qu'à Atlanta en 1996. Là, le système des bus pour la presse était tellement mal organisé que la plupart des journalistes n'avaient pu trouver le sommeil qu'à 3 heures du matin. Certains s'étaient même battus pour s'attribuer les rares places dans les navettes menant aux hôtels. Avec pour conséquence pour la presse belge que de nombreux journalistes avaient raté la performance de FredDeburghgraeve lorsqu'il avait décroché l'or et battu le record du monde sur 100 m brasse. A Athènes, par contre, tout se déroule comme sur des roulettes : c'est tellement agréable de se faire conduire en bus sur des voies bien dégagées du stade vers le centre. Un journaliste japonais veut savoir où jouent les Mpenza et Bart Goor. Et pourquoi n'entend-il plus rien au sujet de Wesley Sonck ? Et que fait Franky Van der Elst de ses journées ? Tout ça sans consulter ses notes. La Belgique ne représente peut-être plus grand-chose au niveau sportif international, mais nous sommes encore Big in Japan. Le chef de délégation Robert Van de Walle a de petits yeux. Après la cérémonie d'ouverture, l'ambiance a monté d'un cran chez les Belges. Jusqu'à trois heures du matin, l'aile belge du village olympique a dansé le sirtaki. Qui ça ? Van de Walle grimace : " Pas de noms. Mais je n'y étais pas ". Y a-t-il quelqu'un dans le camp belge qui soit plus heureux qu' Axel Merckx le samedi soir, après sa médaille de bronze ? Oui, car la délégation belge tout entière ne cache pas son bonheur. Et l'image de Merckx père et fils qui s'embrassent efface toute la frustration. Champagne ! A l'hôtel Minoa, le propriétaire est content pour son hôte que la Belgique tienne déjà sa première médaille. Le nom du vainqueur est même familier au Grec qui ne connaît rien au cyclisme, mais il tire quand même une mine étonnée : " Merckx, oui, mais n'est-il pas un peu vieux pour remporter cette course ? Ah, c'est son fils ? Eh bien, Félicitations ". Pour la première fois depuis notre arrivée, des nuages glissent au-dessus d'Athènes. Le dimanche, c'est le jour du tennis pour les Belges. Xavier Malisse et Olivier Rochus entrent en lice, tout comme Justine Henin. Ils n'osent pas penser à aller plus loin que le premier tour en double car ils affrontent le duo tête de série n°3... qu'ils avaient battu à Roland Garros. Malisse et Rochus s'entendent toujours aussi bien. Il le faut, car aucun coach ne les accompagne. Rochus estime que c'est une respiration de ne pas devoir penser au tennis toute la journée. " C'est seulement à l'entraînement qu'on y pense, pour le reste on discute avec des autres sportifs. Je trouve cela enrichissant. C'est génial ! Tous les tournois ATP devraient être ainsi ! " Pour les autres athlètes, les Jeux sont une illumination, apprend Malisse : " C'est une véritable passion pour eux. Et dire que certains tennismen rouspètent parce que la prime d'élimination au premier tour n'est que de 3.000 dollars ! Alors que de nombreux finalistes dans d'autres disciplines doivent se contenter de 500 euros. En venant ici, on comprend mieux que le monde du tennis est doré ". Geert FoutréNe prenez jamais un taxi dont le chauffeur NE PARLE QUE LE GREC