Le prime time, c'est sacré. Les politiciens, publicitaires, artistes, cinéastes, stars du tube cathodique ou hommes d'affaires ne jurent que par ces heures du début de soirée réunissant le plus de téléspectateurs. Business, célébrité, reconnaissance, couronnement : le prime time offre tout cela. Pour faire sa place sous le soleil de ces moments si importants, les vedettes de tous les milieux jouent des coudes, se font parfois des coups bas ou n'hésitent pas à s'entre-tuer. La D1 est le prime time du football belge. C'est là et nulle part ailleurs que cela se passe pour les joueurs et les entraîneurs de chez nous.
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Le prime time, c'est sacré. Les politiciens, publicitaires, artistes, cinéastes, stars du tube cathodique ou hommes d'affaires ne jurent que par ces heures du début de soirée réunissant le plus de téléspectateurs. Business, célébrité, reconnaissance, couronnement : le prime time offre tout cela. Pour faire sa place sous le soleil de ces moments si importants, les vedettes de tous les milieux jouent des coudes, se font parfois des coups bas ou n'hésitent pas à s'entre-tuer. La D1 est le prime time du football belge. C'est là et nulle part ailleurs que cela se passe pour les joueurs et les entraîneurs de chez nous. Avec ses 401 présences à ce niveau en tant que portier (390 au Standard, 11 pour le compte de Beveren), Gilbert Bodart (43 ans, 12 fois international A) connaît parfaitement la musique de ce hit-parade. En tant que coach, il l'avait retrouvé durant six mois la saison passée après avoir propulsé miraculeusement Ostende en D1. Loin de ce petit gotha depuis sa défenestration à la Côte et son séjour à Alost, en D2, il se languissait en attendant qu'on pense à lui. A La Louvière, c'est avec un optimisme communicatif et une belle fraîcheur qu'il a pris la succession d'Emilio Ferrera. Gilbert Bodart : Même si les Loups étaient dans de sales de draps au classement, il faut rendre à chacun ce qui appartient à chacun. Tout le monde a gardé en mémoire le fait qu'Emilio Ferrera était arrivé au Tivoli après la saison intéressante, même si chahutée à la fin, passée sous la direction de l'excellent Albert Cartier. La Louvière a dû beaucoup travailler afin de recomposer son noyau. C'est une tâche énorme pour un petit club qui ne peut franchir ce cap que s'il y a osmose entre les joueurs, le staff, la direction, les supporters. Il y a peu, j'ai été abordé par une dame d'un certain âge en arrivant au stade : - Monsieur Bodart ? J'habite en face du Tivoli. Regardez : j'ai accroché le drapeau du club à mon balcon. Ce n'était plus arrivé depuis trois mois. Dès le premier entraînement, j'ai deviné ce qui clochait. Emilio Ferrera avait livré un gros boulot avec un staff technique parfait : bon travail physique, entraîneur des gardiens de but à la page, un adjoint rêvé. C'était la preuve que les choses étaient en place à La Louvière mais le déclic n'a pas eu lieu et cela a provoqué des blocages. Je suis tombé des nues en arrivant ici. La Louvière est un palace par rapport à ce que j'avais connu à Ostende. Mon vestiaire, c'était un kot, presque une cabane. A la mer, je devais tout faire moi-même. Il fallait que je vérifie si la pelouse avait été entretenue, ramasser les bouteilles abandonnées par des enfants, enlever les branches que le vent avait arrachées. Je me transformais en concierge et, après les entraînements, je cherchais les ballons perdus. Oui, oui... c'était de la folie alors que tout est bien réglé au Tivoli. La Louvière a le meilleur terrain de D1. Pourquoi n'en parle-t-on jamais dans les médias ? Les surfaces d'entraînement sont bichonnées. Les responsables du matériel et de la cuisine sont sans cesse aux petits soins pour les joueurs. Petit-déjeuner, repas de midi : tout est prêt. J'ai même ma tartine au choco à huit heures du matin. Les journaux attendent sur la table. La Louvière n'avait qu'un problème : le premier succès se faisait attendre. A la longue, cela mine tout. A ce rythme-là, on doute, on craint trop l'adversaire. C'est paralysant. Il fallait d'abord nettoyer les têtes. Oui et j'avais même la parole des dirigeants de ce club que je ne citerai pas. Pas de contrat mais un accord verbal. Comme je n'avais plus pris de vacances avec ma femme et mes enfants depuis douze ans, je suis parti me reposer au Cap d'Agde, en France, avec les miens. A mon retour, je me suis retrouvé le bec dans l'eau : le directeur du club en question avait été viré et tout était fini pour moi. J'avais été roulé dans la farine. Je suis devenu fou. Je fais toujours confiance aux gens. Là, j'ai été berné. J'ai eu des touches en D3 mais je ne voulais pas redescendre aussi bas. J'ai rencontré des dirigeants étrangers mais je n'ai pas de licence pro et cela a tout bloqué. Je suis en attente d'une nouvelle session comme c'est aussi le cas de Marc Wilmots. En attendant, je bénéficie d'une dérogation qui me permet de travailler en Belgique. A La Louvière, je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur la paperasse. Je suis d'accord avec le président Filippo Gaone et Maître Laurent Denis : cela me suffit. Pour la signature du contrat, on verra plus tard quand tout le monde aura un peu plus de temps. Je me suis installé à La Louvière durant la semaine qui a suivi le déplacement à Roulers. Malgré cette défaite en Flandre, je savais que La Louvière n'était pas un oiseau pour le chat. Frédéric Tilmant avait bien mené la barque sur le banc et l'équipe a tenu jusqu'à 2-1 avant de céder. Le problème était d'abord mental. Non. Ce sont ceux qui lancent ou amplifient toutes ces sornettes qui ont un problème, pas moi. Faudrait pas confondre quand même. Le monde du football est un immense amplificateur alors certains s'amusent. C'est du n'importe quoi qui n'a plus rien à voir avec de l'information. J'ai même entendu parler de la mafia russe. Non, non pas chinoise... mais bien russe : Fred Tilmant m'a dit que cela a été écrit sur le forum d'un site internet. C'est insignifiant... Ce sont des couillonnades. On a même affirmé que j'avais amené Franklin Sleuyter, l'ex-homme fort et mécène d'Ostende dans mon sac de sport. Il était en vacances depuis deux semaines en Egypte quand il m'a téléphoné après la victoire contre le Lierse. Sleuyter ne savait pas d'où venaient toutes ces âneries. Il ne faut pas perdre son temps avec ces ragots qui finissent cependant par percoler dans la presse. C'est à peine bon pour la poubelle et, dans le fond, je me fous de ce qui n'est pas sérieux. Il y a en a qui prennent du plaisir à faire mal aux autres. Piero Allatta ? Il s'occupe de ses joueurs, je suppose. Pas de moi. Herman Van Holsbeek a travaillé avec lui pour le transfert de Silvio Proto à Anderlecht. Et cela se passe bien à Bruxelles où personne ne s'en plaint. J'ai lu que Piero était mon agent et que j'avais signé au Tivoli grâce à lui. Faut pas rigoler. Filippo Gaone a officiellement démenti. J'ai été contacté par le président et Chris Benoît avant que tout ne se mette en place. On a aussi rapporté que je gagnais 1.500 euros par mois plus une prime de 1.000 euros qui aurait été le montant d'une amende si le club avait engagé un coach étranger sans licence. Je ne vous dévoilerai pas le montant de mon contrat. J'ai reçu une superbe proposition. Je suis content mais je ne viens pas à La Louvière pour l'argent. Je relève un défi. J'ai l'honneur de travailler dans un des rares clubs wallons de D1, pas trop loin de chez moi. La Louvière, c'est mon os et je vais le ronger. Les coaches wallons n'ont pas tellement de débouchés près de chez eux. Alors, ce qu'on a, il faut travailler pour le garder. En voilà une magnifique image... Au départ, on se craignait un peu. Nous ne nous connaissions pas. Il a fallu qu'on se renifle, Filippo Gaone et moi, afin de cerner nos personnalités, nos caractères. Non, comme deux loups ! Je dis la vérité, c'est comme cela. Et quand il a été question de mes conditions financières, cela a très vite été réglé. Le président a même dit : -Je n'ai jamais trouvé aussi vite un accord avec un coach. Au fil de la conversation, l'envie de travailler ensemble a tout emporté sur son passage. C'est ce qui compte. Tant mieux si le soleil brille. Il fallait balayer cette sinistrose qui n'avait pas lieu d'être. Le ton était trop défaitiste. Je veux que tout le monde prenne du bonheur. La défaite fait partie du jeu mais elle ne peut pas tuer l'envie. Quand on tombe, il faut se relever et cela ira mieux demain. Je ne suis pas un naïf, je ne dis pas que tout est parfait mais La Louvière a des atouts et je préfère parler de bouteille à moitié remplie qu'à moitié vide. Non mais je peux comprendre. Sur le banc, j'ai eu des crampes tellement j'étais tendu. Mes joueurs ne le savaient pas. Je me suis rendu compte que c'était fort pour tout le monde. C'était un moment tellement espéré et attendu. J'imagine ce que cela a représenté pour le président après tant de mois de tension. Le vestiaire a explosé de joie et je lui ai laissé sa fête : cette victoire appartenait aux joueurs. Avant le match, ils chiaient dans leur froc. Pourquoi ? Je leur ai clairement affirmé qu'ils étaient plus forts que les Lierrois et qu'ils gagneraient. C'était quitte ou double. La victoire leur appartenait et, je leur ai dit qu'en cas de défaite j'assumerais tout. J'ai joué gros avec un tel discours et un autre système. J'ai été offensif. Comment gagner un match autrement ? Je me suis inspiré d'Ernst Happel. J'ai réfléchi comme lui. A ma place, d'autres auraient assuré derrière. C'était logique. N'était-ce pas normal avec la défense la plus perméable de D1 ? Et qu'est-ce que cela aurait rapporté ? Un point tout au plus, peut-être trois sur un contre heureux... La Louvière a préféré jouer pour rafler tout l'enjeu. J'ai introduit mon troisième réserviste à 20 minutes de la fin. Je risquais de me retrouver avec 10 gars sur le terrain en cas de blessure ? Et alors ? J'ai imploré le ciel qu'il n'arrive rien. De toute façon, je préfère donner 20 minutes à un attaquant que de le réserver pour les dernières secondes. Si je n'avais offert que cinq minutes à Alexandre Potier, aurait-il marqué ? J'étais satisfait car je ne voyais que des gens heureux autour de moi : joueurs, président, public, staff technique. Le soir même, à trois heures du matin, j'ai revu ce match dans mon fauteuil en dégustant une bonne grappa. J'ai savouré car quelques jours plus tôt, je n'avais pas de boulot. Je tournais comme un lion en cage. Je ne supportais plus personne, j'avais des mots avec ma femme. Je suis un autre homme... Non, c'est totalement différent. La Louvière est un club professionnel, Ostende ne l'a jamais été. Le miracle ostendais s'est produit en D2. J'étais le seul à envisager la possibilité de prendre l'ascenseur pour la D1. Je me suis même mis la direction à dos car nous avions le plus petit budget de D2. Et faire la course en tête, cela coûte cher. Ostende y est arrivé avec des gamins. Tout le monde l'a oublié, moi pas. Je me suis donné à fond. Je débutais en D1. J'avais les crocs. La direction s'est divisée. En hiver, j'ai réclamé la venue d'Eric Joly. J'en ai eu d'autres, plus chers et moins en phase avec le football belge. En janvier, on m'a proposé une flopée de nouveaux joueurs. C'était trop tard et aucun n'avait le niveau de la Promotion. Je l'ai dit et on m'en a voulu. C'était pourtant la vérité. J'avais besoin de maturité au milieu du terrain. Il valait mieux en rester là entre nous. La séparation s'imposait. Dommage, car si nous n'avons pas récolté beaucoup de points lors du premier tour, le jeu était bon et quelque chose se mettait en place. Le président a paniqué et c'est mon successeur qui a reçu Eric Joly, pas moi. Cela m'a fait mal mais j'ai retenu la leçon. A La Louvière, je ne veux pas entendre parler de l'expression -Se sauver. Sauver, sauver : c'est horrible. Ne m'en parlez pas. Cela veut dire qu'on est mal en point, qu'on échappe au pire. Non, La Louvière va réaliser un bon championnat. En fait, il vient de commencer car il faut oublier les dix premiers matches. Cela plaît aux joueurs mais il y a des variantes, avec plus ou moins de prudence dans la ligne médiane. Je pensais à ce système et les joueurs sont réceptifs. Ils ont envie de cela et se sentent bien dans cette occupation du terrain. Je dois en tenir compte tout en prônant l'adaptation aux problèmes posés par l'adversaire. Je suis content, oui. En ligne, mes joueurs ont des problèmes. Si la sauce prend, La Louvière ne terminera pas dans les cinq derniers. Avec un système adéquat, on peut compenser ses lacunes tout en donnant confiance aux joueurs. Ben oui. Une tour faciliterait le travail de Nordin Jbari et d'Aco Stojkov. Nordin est un emmerdeur, un malin, un roublard. Il travaille comme un malade, va au duel, se manifeste dans le trafic aérien et Stojkov en profite. La Louvière a besoin d'une belle plante devant. Il y a de la qualité et du métier dans tous les secteurs mais on cherche une tour, un joueur du milieu polyvalent, un arrière central et un deuxième gardien de but d'expérience. Je ne veux pas 42 nouveaux joueurs, juste ce qui enrichira le jeu de chacun et les atouts du collectif. Avec le noyau actuel, La Louvière va s'en sortir mais si on peut vivre plus à l'aise avec des apports, pourquoi pas. Contre le Lierse, j'ai noté à un moment 14 passes dans notre chef. A Ostende, quand on alignait quatre passes valables, j'étais aux anges. Je sais déjà comment mon équipe évoluera face à ces artistes ivoiriens. Et j'expliquerai le pourquoi de ce choix à mes joueurs. Ce sera totalement différent par rapport au Lierse. Contre Beveren, qui monopolise la possession du ballon, il faut miser sur le contre. A eux de garder le ballon. Pour ceux qui ouvrent la porte face à ces dribbleurs et veulent les égaler techniquement, c'est mortel. Beveren a du mal à déplacer les briques d'une bonne organisation défensive et il faut frapper quand le découragement et la lassitude des artistes africains se précise. Ce sera un tout autre problème qu'à Saint-Trond où on jure beaucoup par l'engagement... PIERRE BILIC " pour cerner nos personnalitÉs, Il a fallu qu'on se renifle Gaone et moi " " J'ai l'honneur de travailler dans un des rares clubs wallons de D1 "