Cette année, le tournoi de Wimbledon était placé sous le signe de la confirmation. Tout d'abord, la confirmation que les s£urs Williams font tout pour contrer les attaques des petites Belges Kim et Justine. Confirmation, aussi, que nos compatriotes manquent encore de répondant sur cette surface très rapide. Confirmation, enfin, de l'énorme potentiel de Roger Federer et du retour au premier plan de Mark Philippoussis.
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Cette année, le tournoi de Wimbledon était placé sous le signe de la confirmation. Tout d'abord, la confirmation que les s£urs Williams font tout pour contrer les attaques des petites Belges Kim et Justine. Confirmation, aussi, que nos compatriotes manquent encore de répondant sur cette surface très rapide. Confirmation, enfin, de l'énorme potentiel de Roger Federer et du retour au premier plan de Mark Philippoussis. Alors que sur le terrain les demi-finales dames s'étaient déroulées de manière limpide, hors du terrain, elles avaient fait beaucoup de bruit. On avait rappelé l'incident parisien lors de la rencontre entre Justine Henin et SerenaWilliams. Pour info, tout juste avant un service de l'Américaine, Justine avait indiqué d'un geste qu'elle n'était pas prête. Serena servit dans le filet, mais avait remarqué du coin de l'£il le geste de Justine et demanda donc au juge-arbitre de lui accorder un premier service. L'arbitre n'ayant pas prêté attention à cette phase de jeu, n'accéda pas à la demande de Serena et Justine fit semblant de rien. Pas très sportif mais compréhensible... Tout comme les balles juste dans le court ou juste en dehors, les incidents de jeu peuvent être abordés de deux manières. Lorsque l'ambiance est bon enfant et détendue, le fair-play règne généralement, les joueurs améliorant la prestation de l'arbitre en l'aidant sur certaines décisions. Par contre, lorsque la nervosité est palpable, que les joueurs (ou joueuses) n'attendent pas de cadeaux de leur adversaire, il est de bon ton d'accepter telles quelles les décisions arbitrales. C'est ce qu'avait fait Justine à Paris et en grande professionnelle c'est son droit le plus strict. Les huées de soi-disant supporters, qui ont fait gonfler l'anecdote, n'y changeront rien. Il est étonnant, dès lors, que Carlos Rodriguez en personne ait relancé cette histoire dans la presse, réglant au passage ses comptes avec la famille Williams et semblant même parfois perdre le contrôle de ses paroles. De cette manière, Carlos, l'homme de principes, essayait peut-être tout simplement de transformer Justine en machine de guerre très froide. C'est le contraire qui s'est produit à Londres, où on a vu une Justine pas encore suffisamment mature pour mettre à profit la polémique naissante. Serena Williams, par contre... La différence était moins sensible dans l'autre demi-finale opposant Kim Clijsters à Venus. La Limbourgeoise parut d'ailleurs longtemps en mesure de se frayer un chemin en finale dans le temple sacré de l'All England. L'aînée des frangines semblait en effet paralysée par ses ennuis abdominaux récurrents et le jeu impeccable de la 2e tête de série. Mais le ciel vint en aide à Venus : la pluie lui permit de bénéficier d'une pause réparatrice. Ensuite, sa maman et coach Oracene l'encouragea tellement que la blessure de Venus sembla appartenir au passé, ses coups avaient subitement regagné en intensité. Il faudra qu'on nous dise quelles psaumes sa maman avait récités... On reprocha à Kim les breaks subis sur son service et un coup droit un peu facile à un moment crucial de la partie. L'expression " peur de gagner " fut même évoquée ci et là suite à sa demi-finale à l'Open d'Australie et à sa finale manquée à Paris, mais l'entourage de la fille de Bree s'en moqua. Reste tout de même qu'on ne peut s'empêcher de penser que Kim a raté une belle occasion. Les flots incessants de bonnes nouvelles et la manie qu'a le clan Clijsters de toujours relativiser les choses commencent à énerver la presse et le public. Alors qu'aux conférences de presse Justine est passée de la gamine hyper nerveuse à la jeune femme qui s'affirme, le discours unidimensionnel de Kim après une défaite est perçu comme peu spontané. Heureusement, elle s'est imposée à nouveau en double dames avec sa coéquipière Ai Sugyama comme à Roland Garros. Il n'empêche, nos deux porte-drapeaux ont tout de même atteint le dernier carré de fort belle manière. Sans connaître trop de problèmes, elles se sont hissées en demi-finales. D'ailleurs, le manque de concurrence dans le tennis féminin commence à jouer des tours à la discipline. En l'absence de Mauresmo et avec Hantuchova pour ainsi dire invisible, la résistance devait venir des aînées, Capriati et Davenport. En ce qui concerne Lindsay, il pourrait s'agir d'un de ses derniers faits d'armes pour celle qui est sujette à des blessures à répétition et dont le sens des priorités semble avoir changé suite à son récent mariage. Quant à la génération montante russe, elles devra encore beaucoup travailler pour atteindre le top mondial. La finale dames fut brutale à bien des égards. Cette douzième confrontation familiale, malgré quelques très beaux échanges, semblait irréelle. Pas de danse de joie après la rencontre, moins de détermination et Venus qui jouait sur une jambe. Au troisième set, au bout du rouleau, elle a servi très mollement. Malgré ses affirmations de ne pas jouer dans la douleur, Venus a tenu bon pendant deux matches et a même offert une solide résistance à sa cadette. Les décibels produits par les Américaines durant la finale ont dû plusieurs fois réveiller les pigeons qui squattent les toits du Centre Court. Alors que plus tôt dans la semaine, Sharapova avait eu droit aux remontrances, les frangines purent s'y donner à c£ur joie sans être inquiétées par la juge-arbitre. Qui a parlé de discrimination et de racisme ? En marge du tournoi féminin, la Campinoise Kirsten Flipkens nous a concocté une belle surprise. Dix ans après la victoire de Nancy Feber et cinq ans après la finale disputée par Kim Clijsters, la joueuse de Mol a remporté le tournoi Juniors. Le parcours de Flipper a marqué les esprits, son jeu encore plus. Plus talentueuse que la plupart des joueuses du circuit WTA, il est étonnant que ce pur produit de la fédération flamande de tennis (VTV) ne soit pas déjà mieux classée que sa 500e place actuelle. Cela signifie tout simplement qu'une jeune fille de 17 ans a encore beaucoup de chemin à accomplir pour croire encore plus en ses possibilités. Les Belges du tableau masculin se sont également fait remarquer, pas tous de la même façon. Xavier Malisse, dont on espérait qu'il fut notre meilleur espoir après son beau parcours au Queens, est retombé dans ses travers, dès le deuxième tour face à un Français moyen. La présence de son coach " mental " n'a apparemment pas servi à développer les qualités de battant du Courtraisien. Il semble en plus que Xavier devra se passer des services de celui qu'il entrevoyait comme son nouvel entraîneur, Rowan Goetzke, puisque ce dernier va se focaliser sur le talent croate Mario Ancic. Xavier n'a que 23 ans et survivra à cet épisode de sa carrière mais il doit dénicher rapidement un coach qui lui permettra de retrouver un peu de fraîcheur dans son jeu. Tous les regards se sont dès lors tournés vers Olivier Rochus, qui a prouvé qu'il avait encore progressé et gagné de la confiance en atteignant le 4e tour, un de plus que l'an dernier. Des victoires convaincantes contre Coria, Dupuis et Nieminnen l'ont conduit en huitièmes de finales où l'Allemand Alexander Popp et son double mètre ont eu raison de l'Auvelaisien. Un service qui s'est amélioré, un centre de gravité très bas et parfois des coups de génie, voilà des ingrédients qui ont servi le parcours d'Olivier sur le gazon londonien. Lentement mais sûrement, Rochus se bonifie sur cette surface et s'érigera l'an prochain comme adversaire à éviter pour les gros bras. Son frère Christophe ainsi que l'imprévisible Dick Norman ont fait leurs adieux au premier tour. Gilles Elseneer est également revenu avec un goût amer. Après un parcours sans faute en qualifications et une victoire de prestige contre Kiefer, le Bruxellois a mordu la poussière contre le talent suédois Robin Söderling. Tracassé par ses nerfs Elseneer a laissé filer une situation qu'il semblait pourtant contrôler, ce qui lui donne une impression de gueule de bois. Roger Federer aura certainement eu mal à la tête lundi, mais pas pour les mêmes raisons. La 5e tête de série a terminé en beauté dimanche un tournoi de rêve pour lui. L'ovation debout du public anglais après sa demi-finale contre Roddick atteste à quel point Federer a ravi les yeux pendant cette quinzaine, développant un tennis génial, créatif : du pur plaisir. Le supporter du FC Bâle a une belle saison derrière lui. Il est le leader en termes de matches remportés et a engrangé quatre victoires finales sur quatre surfaces différentes. Celui que l'on surnomme Federer Express a marqué de son empreinte les premiers six mois de 2003 mais, jusqu'à dimanche dernier, son absence de résultats en Grand Chelem lui avaient valu un autre surnom, moins envié : Club Fed. Deux quarts de finale en 15 participations, le bilan était maigre pour l'élève de Peter Lundgren. Son éclosion semble à présent définitive. Roger est l'étalon pur sang du circuit masculin. Il est athlétique, a beaucoup de style, est techniquement doué, des qualités auxquelles il ajoute charisme et maturité. Federer sera sans doute l'une des figures de proue du tennis ces cinq prochaines années. Pour Mark Philippoussis également, le temps semble être venu de cueillir les fruits d'un gros travail et d'un talent naturel. Scud a vécu des années infernales, ponctuées par trois opérations aux genoux suivies chaque fois de longues périodes de rééducation. La dernière intervention chirurgicale le cala pendant deux mois et demi dans un fauteuil roulant, les médecins lui prédisant alors une fin de carrière précoce. Mais l'Australien, trop amoureux de son sport, décida de tout faire pour pouvoir continuer. Tous les six mois, il se fait injecter du cartilage dans les articulations du genou via des trous prévus à cet effet. Pour libérer un peu ces charnières, il demanda même à un médecin de la Navy de lui préparer un programme pour optimaliser le rendement de ses genoux. Il a également rompu avec son coach Peter McNamara pour retravailler avec son père, Nick. Il avait même laissé tomber Miami pour s'installer et retrouver le calme auprès des surfeurs de la Côte Ouest, à San Diego. Il reste bien sûr à voir si le corps de Philippoussis résistera aux efforts explosifs qu'il doit subir en compétition et si celui qui aime faire la fête ne profitera pas trop de ce regain d'attention pour trop goûter aux plaisirs de la belle vie... Mais à 27 ans, il semble arrivé à maturité. En témoignent sa hargne lors de son quart contre Popp et sa sérénité en demis face à Grosjean. Le Français avait mis toute l'Angleterre en deuil en éliminant auparavant Tim Henman, une désillusion en plus pour celui qui incarne le tennistiquement correct. Le palmarès de Henman à Wimbledon, soit sept quarts de finale en huit participations, n'est égalé que par des légendes comme Jimmy Connors ou John McEnroe. Mais une fois de plus, Tiger Timn'avait pas assez de carburant pour aller au bout. Henman propose un tennis sur mesure mais auquel il manque cette étincelle qui lui permettrait d'aller au bout d'un grand tournoi. C'est la raison pour laquelle il n'atteindra sans doute jamais le top 5 mondial et qu'il n'est pas parvenu plus loin que le 4e tour des autres tournois du Grand Chelem. Sa carrière suit la trame d'un drame shakespearien. Malgré trois finales au Queens, Henman n'a ainsi jamais remporté un tournoi sur gazon. Gentleman Tim a même le triste privilège, en 120 ans d'histoire, d'avoir été le seul joueur exclu du tournoi de Wimbledon. En effet, il y a quelques années en double, il avait atteint une ramasseuse de balle pour cause de frustration, en tapant la balle jaune n'importe où. Lleyton Hewitt a également vécu une tragédie à Londres. En vivant dans son microcosme, avec ses amis et sa famille, il a perdu du crédit tant au plan sportif qu'extrasportif. Son procès contre l'ATP et donc contre ses collègues a suscité l'ire des autres joueurs du circuit. Le renvoi de son entraîneur à temps plein Jason Stoltenberg deux semaines avant le début du tournoi était aussi un acte bizarre. Bref, le chant du cygne au premier tour était prévisible pour Hewitt. Son plus grand talent se situe dans sa tête et les flammes qui faisaient étinceler son tennis il y a encore quelques mois ne sont plus que des braises. Il est devenu un joueur banal en comparaison avec ses adversaires. Un conseil : qu'il se trouve illico un manager qui ose affronter sa famille, très influente, et qui lui trouve un coach renommé. Wimbledon a donc connu une édition étonnante. Le niveau fut très élevé et notre colonie belge était présente en masse. Prochain rendez-vous : le zoo de New York, lieu de rendez-vous des s£urs Williams et de nos tenniswomen sur une surface plus neutre. Clijsters et Henin vont-elles pouvoir enchaîner les frangines sur leur territoire ? Justine n'est pas suffisamment mature pour mettre à profit la polémique avec Serena La manie qu'a le clan Clijsters de toujours relativiser les choses commence à énerver