Depuis quelques mois, Christian Kabasele fait partie des quelques privilégiés d'Angleterre. Il s'est établi à Hadley Wood, dans la banlieue verte de Londres, en plein corridor of wealth, là où la capitale se fond dans la campagne du comté du Hertfordshire. La petite ville jouit d'une popularité immense auprès des joueurs de Tottenham et d'Arsenal. Par le passé, Ashley Cole, Edgar Davids, Robbie Keane, Luka Modric, Thomas Rosicky et Rafael van der Vaart y ont vécu. On pouvait aussi y croiser Amy Winehouse et Paul Young. " Theo Walcott habite dans mon quartier, je le croise souvent sur l'autoroute ", dit Christian Kabasele. " Toby Alderweireld vit à cinq minutes de chez moi mais nous ne nous sommes pas encore rencontrés. Il est très rare que je voie d'autres footballeurs. "
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Depuis quelques mois, Christian Kabasele fait partie des quelques privilégiés d'Angleterre. Il s'est établi à Hadley Wood, dans la banlieue verte de Londres, en plein corridor of wealth, là où la capitale se fond dans la campagne du comté du Hertfordshire. La petite ville jouit d'une popularité immense auprès des joueurs de Tottenham et d'Arsenal. Par le passé, Ashley Cole, Edgar Davids, Robbie Keane, Luka Modric, Thomas Rosicky et Rafael van der Vaart y ont vécu. On pouvait aussi y croiser Amy Winehouse et Paul Young. " Theo Walcott habite dans mon quartier, je le croise souvent sur l'autoroute ", dit Christian Kabasele. " Toby Alderweireld vit à cinq minutes de chez moi mais nous ne nous sommes pas encore rencontrés. Il est très rare que je voie d'autres footballeurs. " De son quartier luxueux, Christian Kabasele en a pour vingt minutes de voiture pour rejoindre le centre d'entraînement de Watford, à London Colney. Celui d'Arsenal, véritable forteresse, se trouve quelques centaines de mètres plus loin. Jusqu'ici, il n'a pas encore tenté de rendre visite à ses collègues du nord de Londres. " Les deux complexes sont tout à fait étanches. Les terrains d'entraînement se touchent pratiquement mais ils sont séparés par une longue rangée d'arbres qui empêchent de voir quoi que ce soit. Pas moyen de s'espionner mutuellement. " CHRISTIAN KABASELE : Très enrichissants ! J'ai dû m'habituer à un nouvel environnement, à un nouveau système et aux méthodes de travail de Walter Mazzari, un entraîneur typiquement italien, très exigeant au niveau tactique. La seule chose à laquelle je dois encore me faire, c'est le banc... A Genk, Dewaest et moi n'avions que des jeunes pour concurrents. Ici, il n'y a que des internationaux. De mauvais joueurs en Premier League, ça n'existe pas. KABASELE : Dans ces moments-là, on se sent vraiment inutile. Mais quand on raisonne un peu, on se dit que l'entraîneur ne peut sélectionner que 18 joueurs. Lorsque l'équipe évoluait en déplacement, je la regardais donc jouer à la télévision, dans mon salon. Il y a des joueurs qui, dans ces cas-là, espèrent que leur concurrent commettra deux erreurs et que l'équipe perdra. Pas moi. Le lundi, j'essayais de me comporter comme si j'avais été là le week-end. Je m'obligeais à faire preuve de la plus grande implication possible, histoire de ne pas sombrer mentalement. Attention, je ne veux pas dramatiser ma situation. J'ai signé pour cinq ans et il n'y a encore que quatre mois qui sont passés. Dans un mois et demi, le mercato rouvre ses portes. A ce moment-là, je pourrai tirer un bilan de mes six premiers mois en Angleterre. KABASELE : J'ai eu de la malchance : les deux fois où j'ai été titulaire, nous avons perdu. Contre Arsenal, nous étions menés 3-0 au repos. L'entraîneur a procédé à un changement tactique et son choix s'est porté sur moi. Il ne pouvait pas enlever un joueur expérimenté. L'analyse vidéo d'après-match a démontré que je n'étais pas impliqué dans les buts encaissés. Mais ce genre de match laisse des traces dans la tête d'un entraîneur et ça ne l'a certainement pas incité à m'aligner la semaine suivante. KABASELE : Quand j'ai congé - souvent le lendemain du match -, je vais m'entraîner individuellement au club. J'entretiens ma condition, je fais quelques exercices avec ballon, etc. Ici, c'est tout ce qu'il y a de plus normal. On peut dire ce qu'on veut des joueurs de Premier League mais ils vivent comme des pros. Bien plus qu'en Belgique. A Genk, une fois l'entraînement terminé, tout le monde prenait sa douche et rentrait chez soi le plus vite possible. Les clubs belges devraient faire en sorte que les joueurs aient, d'eux-mêmes, envie de s'entraîner davantage. Le championnat n'en serait que meilleur. KABASELE : J'ai suivi mon intuition. Après deux belles saisons à Genk, j'avais envie de franchir un palier. Pour cela, en Belgique, j'aurais dû signer à Anderlecht ou à Bruges. Si ces deux clubs ne m'approchaient pas, il était logique que j'opte pour l'étranger. J'avais surtout peur de faire l'année de trop à Genk. Qui pouvait me garantir que les clubs qui s'étaient intéressés à moi seraient encore là un an plus tard ? La plupart du temps, le train ne passe qu'une fois, il faut veiller à sauter dedans. Watford s'est donc présenté au moment idéal. Imaginez : il y a trois ans, j'étais un attaquant de D2 inconnu. Aujourd'hui, je joue en Premier League." KABASELE : Pas directement. De toute façon, Genk avait fixé la barre si haut qu'aucun club belge n'aurait pu payer la somme demandée. J'étais devenu inaccessible en Belgique. KABASELE : Le Standard reste un grand club mais depuis son dernier titre, en 2009, il a pris pas mal de retard sur Anderlecht, le Club Bruges et Gand. A quoi cela aurait-il servi de partir dans un club du même niveau que Genk ? De plus, vu la rivalité, il n'est pas courant de passer de l'un à l'autre. Pourtant, j'habite Chênée, à dix minutes de Liège, et j'ai toujours été fan du Standard. Bien sûr que j'ai rêvé de porter ce maillot mais au fil des années, mon amour pour le club s'est estompé. KABASELE : J'étais au stade le soir où le club a décroché le titre pour la première fois après 25 ans d'attente, en 2008. Ce jour-là, je n'avais pas l'intention d'envahir le terrain mais je l'ai quand même fait. C'était plus fort que moi. Peut-être était-ce un signe de Dieu : il a voulu me dire qu'un jour, je jouerais à Sclessin. KABASELE : Non, je n'avais pas pu aller au match. Mais j'étais un habitué de la T3, je côtoyais le noyau dur, et j'ai souvent insulté Silvio Proto (il rit). Le plus fou, c'est que, quand je jouais à Genk, ces supporters avec qui j'avais si souvent chanté m'ont également sifflé... Ça faisait bizarre d'être de l'autre côté de la barrière et d'affronter Defour, que j'avais vénéré lorsque j'étais ado. Un coup du destin, sans doute. Je n'ai jamais dit à Defour que j'avais été fan de lui. Je profite de cette occasion pour le faire. KABASELE : En soi, ce match ne change pas grand-chose : je suis toujours réserviste. Tant qu'on ne m'appelle pas quinze fois de suite, je ne serai pas à l'aise au moment où le sélectionneur dévoilera sa sélection. KABASELE : J'ai compris que Roberto Martinez voulait accorder une chance à plusieurs jeunes, quelles que soient les absences pour blessures. Comme je ne joue pas beaucoup avec Watford, le sélectionneur aurait pu se passer de moi sans problème mais j'ai pu le convaincre à l'entraînement. A ce niveau, il n'y a pas de cadeau. Martinez ne m'a pas appelé pour me faire plaisir, il pense que je peux apporter une plus-value à l'équipe nationale. KABASELE : Laissez-moi d'abord dire ceci : je serai éternellement reconnaissant à Marc Wilmots. S'il ne m'avait pas repris pour l'Euro, je ne serais sans doute pas ici aujourd'hui. Mais il est vrai qu'avant le match face au Pays de Galles, je pensais qu'il allait me donner ma chance. Il a cependant opté pour Jason... KABASELE : Non, je râlais plutôt de ne pas avoir joué. Même après le match. Mais la manière dont on s'en est pris à Denayer et à Jordan Lukaku... Les médias ont cherché quelques boucs émissaires et ces deux joueurs, qui disputaient leur premier grand match, constituaient des proies faciles. Je me suis aussi senti visé par la critique sur la défense. Quand on touche à un de mes équipiers, on me touche aussi en plein coeur. Il faudrait avoir un ego énorme pour ne pas se sentir concerné. KABASELE : C'est le premier mot qui m'est passé par la tête après l'élimination. Combien de fois un petit pays a-t-il la chance de remporter l'Euro ? Combien de fois a-t-on la voie aussi libre jusqu'à la finale ? Nous avons certes une génération très talentueuse mais, la prochaine fois, pour gagner, nous devrons devancer l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne. KABASELE : Je dis toujours ce que je pense, je ne vais pas me retenir parce que je suis sur le banc. Ai-je dit quelque chose d'exceptionnel ? Non ! Je n'ai pas fait de commentaire négatif sur un équipier et je n'ai pas critiqué la tactique de Wilmots. J'ai juste dit tout haut ce que toute la Belgique pensait. KABASELE : Je n'avais pas tellement envie de jouer avec le Congo. Je sais que la concurrence chez les Diables Rouges est très forte mais je ne suis pas un opportuniste qui change de pays juste pour pouvoir jouer. KABASELE : Après mes six premiers mois à Genk, Florent Ibenge, le sélectionneur, m'a téléphoné une première fois. Il voulait m'emmener à la Coupe d'Afrique des Nations. J'ai refusé car je ne souhaitais pas prendre de décision impulsive. Par la suite, il m'a rappelé régulièrement pour savoir si j'avais déjà décidé quelque chose. A chaque fois, je répondais la même chose : je voulais voir comment ma situation au sein du club allait évoluer. La fédération a même demandé à Chancel Mbemba d'essayer de me convaincre mais après notre première entrevue, Chancel a compris que c'étaient les Diables qui m'intéressaient. KABASELE : J'ai appris que je n'étais pas très apprécié parce que j'avais opté pour la Belgique. De nombreux soi-disant supporters m'ont insulté sur les réseaux sociaux. Vous vous rappelez des cris de singes qui m'ont été adressés la saison dernière à Courtrai ? Un supporter congolais m'a écrit littéralement : Tu as ce que tu mérites, tu aurais dû opter pour nous. Je trouve lamentable que des gens réagissent comme cela. Après tout, ce n'est que du football. KABASELE(il joue les vierges effarouchées) : Je ne sais pas qui est Mogi... Je ne sais pas exactement comment il m'a découvert - via Juri Selak, je suppose -, car celui-ci venait souvent à Eupen lorsqu'il était agent. Sans ce coup de fil de Mogi, il y a deux ans, ma vie serait sans doute très différente aujourd'hui. Normalement, il ne travaillait pas avec des joueurs de D2 et pourtant, il m'a amené une proposition concrète de Genk. J'étais quand même un peu perturbé. KABASELE : Il ouvre des portes qui sont fermées aux autres et il entretient de bonnes relations avec les grands clubs belges. Les bobards qu'on raconte viennent d'agents qui sont jaloux de son succès. Mettez-vous à leur place : Mogi est impliqué dans tous les grands transferts en Belgique et eux doivent se battre pour grappiller un peu de monnaie. J'imagine que ses détracteurs aimeraient récupérer une partie du marché. PAR ALAIN ELIASY À LONDRES - PHOTOS BELGAIMAGE" Je dis toujours ce que je pense et je ne vais pas me retenir sous prétexte que je suis sur le banc. " - CHRISTIAN KABASELE " Avec Okaka, on s'est presque tapé dessus. Et voilà qu'on se retrouve à Watford. C'est marrant. " - CHRISTIAN KABASELE " Au Standard, j'étais un habitué de la T3. J'avoue avoir souvent insulté Silvio Proto... " - CHRISTIAN KABASELE