Les ponts qui enjambent la Meuse lui rappellent peut-être les magnifiques ouvrages qui sautent au-dessus de la Seine à Paris. Cédric Collet a rêvé en les admirant mais, si son destin le veut, c'est Liège qui sera la Ville Lumière de sa carrière. C'est fou : en fin de saison passée, cet excellent " couloir gauche ", rapide et solide comme Jérôme, de Bob et Bobette, plonge en D2 avec Mons. Quelques semaines plus tard, il se retrouve au Standard, tenant du titre et détenteur d'un billet pour les poules de la Ligue des Champions.
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Les ponts qui enjambent la Meuse lui rappellent peut-être les magnifiques ouvrages qui sautent au-dessus de la Seine à Paris. Cédric Collet a rêvé en les admirant mais, si son destin le veut, c'est Liège qui sera la Ville Lumière de sa carrière. C'est fou : en fin de saison passée, cet excellent " couloir gauche ", rapide et solide comme Jérôme, de Bob et Bobette, plonge en D2 avec Mons. Quelques semaines plus tard, il se retrouve au Standard, tenant du titre et détenteur d'un billet pour les poules de la Ligue des Champions. Il ne se pince pas tous les jours mais sourit en pensant à ceux qui ne lui ont pas totalement fait confiance dans le cadre du football français. Mesuré et réaliste, Collet devine que tout doit passer par la modestie, la volonté, le travail et surtout, par ses facultés d'adaptation à d'autres fonctions et responsabilités sur le terrain. Eternel sprinteur accroché à sa ligne, il devra reculer d'un cran sur le grand échiquier vert : Laszlo Bölöni le destine au poste d'arrière gauche. " Je le sais depuis le départ et cela exige pas mal de réglages ", avance-t-il. " C'est une première pour moi car j'ai toujours vécu d'autres sensations sur un terrain. J'éprouvais de la joie quand je posais des problèmes offensifs à mon adversaire direct. Maintenant, je dois d'abord être efficace dans mon job défensif. Les gestes et les placements sont totalement différents. Mes plaisirs seront à l'opposé de ceux que j'ai éprouvés jusqu'à présent. Je dois me situer par rapport à mes équipiers dans de nouvelles géométries de jeu. Il m'arrive encore de m'interroger à propos des couvertures et des moments où je peux mettre le nez à la fenêtre. Au poste d'arrière gauche, la moindre erreur se paye cash. La prise de risques doit être plus soigneusement dosée ou calculée que dans la ligne médiane. Avant, il y avait toujours un ou deux hommes pour me couvrir. Je regardais moins dans le rétro. "Collet n'est pas seul dans ce secteur et il doit compter sur la présence de Landry Mulemo qui a signé un bon deuxième tour la saison passée. L'ancien Montois le sait, estime son équipier et cette concurrence ne le dérange pas. Il a évidemment la carrure nécessaire pour supporter le poids de la concurrence et même plus que cela. Son passé d'excellent jeune judoka lui a offert des épaules en acier suédois. Sa corpulence fait penser à celle du légendaire Jean Thissen, un ancien attaquant des années 60 que Michel Pavic transforma en arrière gauche intransigeant. Collet peut-il imiter ce célèbre exemple ? Pas mal d'attaquants craignaient de se fracasser sur les pectoraux du terrible Jeannot qui, un jour, expédia Jan Mulder et Paul Van Himst dans les balustrades. Cet après-midi-là, plus aucun Anderlechtois n'osa se risquer sur le flanc gauche du Standard. Collet n'est pas un tendre sur la pelouse même s'il précise tout de suite " ne jamais avoir blessé personne ". Meilleur joueur de Mons la saison passée, il écope quand même de quelques cartes jaunes évitables qui, avec un jet de salive en direction de Stijn Meert, de Zulte Waregem ont prouvé qu'il montait parfois trop haut dans les tours. Il n'est pas d'accord, trouve la parade avec calme, évoque le stress des Montois engagés dans la lutte pour le maintien avant de préciser à propos de Meert : " Oui, cet expert de la provocation m'a tendu un piège. Je me suis énervé mais je n'ai pas craché dans sa direction. C'est mon point de vue et je le maintiens. J'ai retenu la leçon : il faut toujours garder la tête froide. Ma stature est un avantage et un problème à la fois. Je vais au combat et quand un adversaire se heurte à moi cela peut paraître spectaculaire. " Collet a été épaté par l'outil de travail au Standard : " La saison passée, j'avais évidemment été emballé par l'ambiance qui règne dans le stade. " Du Camp des Loges, au PSG, à l'Académie Robert Louis-Dreyfus, il a parfois vécu des galères mais ne regrette pas d'avoir opté pour le football alors qu'on lui prédisait un bel avenir sur les tatamis. Il s'est longtemps partagé entre le judo et le football. La solitude du judoka l'a finalement poussé vers le foot. " Je suis un homme de collectif ", explique-t-il. " Dans les sports de combat, il suffit d'une erreur d'inattention pour encaisser une défaite. On est seul avec ses joies et ses problèmes. Je préfère partager tout ce qu'on peut vivre à l'entraînement et en compétition. L'effectif est un cocon indispensable pour moi. Je ne renie pas mes années judo. Elles m'ont permis de forger une volonté et m'ont offert mes atouts athlétiques mais, en même temps, cette passion m'a probablement privé d'un plus gros vécu dans le monde du football. Je suis arrivé relativement tard dans le circuit professionnel. Je n'ai pas suivi la traditionnelle filière des centres de formation. Je le regrette car mon registre technique, par exemple, aurait été mieux rodé. J'ai compensé par mon envie d'y arriver. " Collet ne sert pas le refrain parfois un peu lassant des cités difficiles. Lui, il y a en en tout cas puisé un désir de se cracher dans les pognes pour voir le bout du tunnel. " Je suis originaire du département de l'Essonne, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. Les Ulis où Thierry Henry habitait n'était pas loin de chez moi. J'ai joué dans des petits clubs dont les équipes de jeunes se mesuraient aux talents des cercles plus huppés. " Il est repéré par les scouts du Paris Saint-Germain mais ne peut franchir en un bond l'écart qui sépare l'écolage dans un petit club et les obligations rencontrées au plus haut niveau. Il a 15 ans et le football est encore un hobby pour lui. Après une saison, cette chance se transforme en bulletin insuffisant et le PSG le renvoie dans l'Essonne. Une chance est passée. Il l'a ratée par manque de maturité. L'échec est cuisant mais l'ado prend quand même une décision : priorité au football par rapport au judo. Sedan vient aux nouvelles et il accepte l'offre des Ardennais. Une aventure car il doit traverser la France et quitter le cocon familial auquel il reste très attaché. Il évoque souvent les mérites de sa maman, originaire de La Guadeloupe. Son père est décédé. A Sedan, le jeune homme progresse, s'entraîne parfois aux côtés de Toni Brogno, acquis à Westerlo, joue un match de L1 contre Bordeaux mais se produit le plus souvent en CFA. En fin 2003-2004, Sedan s'interroge à son propos et le jeune homme se retrouve en National (Romorantin, Tours) et " C'est le tournant car je cherchais du temps de jeu ". Avec Tours et Brest, il découvre la L2 et les côtés les moins agréables du foot. En Bretagne, il est courtisé par des clubs intéressants, refuse de prolonger son contrat et est écarté. Il ne suffit pas toujours d'être le meilleur pour jouer. Les intérêts supérieurs d'un club peuvent être injustes et le joueur n'est parfois qu'un investissement, passons... La Belgique est alors sa bouée de sauvetage. Il n'avait en entendu parler que d'Anderlecht et de Genk. Collet dépose alors son kimono et ses godasses à Mons. Même si les Dragons se retrouvent au tapis, Collet s'en tire bien. Déçu par la chute en D2, il charge son agent de lui trouver un nouvel employeur en France. Dans l'attente, Collet ne prend pas part à la Gold Cup avec la Guadeloupe. Le Standard lui propose alors un défi. S'il réussit aussi bien que Wilfried Dalmat ou exprime le même mental que Benjamin Nicaise, venus de l'Albert un an avant lui, Bölöni lui offrira une ceinture rouge en fin de saison. par pierre bilic - photos: reporters/ gouverneurArrière gauche est une première pour moi. J'ai toujours vécu d'autres sensations sur un terrain. Quand un adversaire se heurte à moi cela peut paraître spectaculaire.