Très présent sur le banc aux côtés du coach fédéral, Marc Wilmots a retroussé ses manches au service de l'équipe nationale. Et comme tout fils d'un terroir aussi riche en bonnes terres que la Hesbaye, le T2 des Diables Rouges aurait aimé engranger des points contre l'Allemagne et en Turquie. Les vents contraires ont réduit la récolte espérée à zéro point sur six. Mais il connaît trop bien la nature des hommes et du football pour laisser tomber les bras. Au-delà de deux défaites et de quelques tensions, la Belgique a retrouvé une équipe, un esprit, un public, et toutes les raisons du monde de ne rien lâcher sur la route qui mène à la phase finale de l'Euro 2012. Wilmots parle surtout de gagne, de travail et de progrès : le contraire aurait été étonnant...
...

Très présent sur le banc aux côtés du coach fédéral, Marc Wilmots a retroussé ses manches au service de l'équipe nationale. Et comme tout fils d'un terroir aussi riche en bonnes terres que la Hesbaye, le T2 des Diables Rouges aurait aimé engranger des points contre l'Allemagne et en Turquie. Les vents contraires ont réduit la récolte espérée à zéro point sur six. Mais il connaît trop bien la nature des hommes et du football pour laisser tomber les bras. Au-delà de deux défaites et de quelques tensions, la Belgique a retrouvé une équipe, un esprit, un public, et toutes les raisons du monde de ne rien lâcher sur la route qui mène à la phase finale de l'Euro 2012. Wilmots parle surtout de gagne, de travail et de progrès : le contraire aurait été étonnant... Marc Wilmots : Je maintiens que le plan mis au point par Dick Advocaat et que j'approuvais était bon. Quatre pays du groupe espéraient entamer leur campagne de qualification face à l'Allemagne. Cela signifie que beaucoup avaient la même idée : les Allemands étaient abordables maintenant, pas encore remis des fatigues de leur belle Coupe du Monde, et avant que leur moteur tourne à plein régime. Et, sans un coup de malchance, le calcul était bon. La Belgique méritait un point et il en fut de même en Turquie où nous aurions même pu revendiquer le succès. Un 4 sur 6 n'aurait choqué personne. Le bilan comptable n'est pas à la hauteur et rend malade mais cet effectif a avancé dans pas mal de domaines, en inquiétant deux des meilleures équipes nationales. Les Diables Rouges ont tout donné et des choses se sont mises en place. Et comme le public suit, on peut dire que le message passe. Il y a forcément des leçons à tirer pour avancer. Il y a quand même eu un manque de lucidité. Au top, cela peut s'expliquer par un niveau physique qu'on doit améliorer. Quand on n'est pas top-top, les idées peuvent s'embrouiller. Nous le signalerons aux clubs des joueurs concernés. Quand un footballeur est dans le rouge, il ne décide plus sur le terrain : il subit. Nous avons encaissé trop de buts. La Belgique en a donné trois à la Turquie. On doit bannir ces erreurs de son jeu. Je songe à toutes les erreurs. Je n'ai pas apprécié la chasse à l'homme, le lynchage de Van Buyten. Qui ne rate jamais un contrôle ? De plus, Van Buyten n'a pas eu de chance sur ce coup-là. Il a mal négocié deux ballons en deux matches. Il nous a montré sa lettre avant de la publier sur son blog. Georges a approuvé. Ecoutez, le coach a été génial et il a tout de suite dit que Daniel jouerait en Turquie. C'était important pour le groupe et la gestion positive de cette affaire a contribué à unir encore un peu plus l'équipe. Comment peut-on douter des atouts de Big Dan ? Vous avez vu son palmarès ? Au Bayern, un des clubs du top 5 mondial, Louis van Gaal l'aligne et laisse Martin Demichelis sur le banc. Est-ce que cela ne veut pas tout dire ? A 32 ans, il se soigne remarquablement, vit pour son métier et bosse. Je n'ai pas eu le temps de parler avec lui au retour de la Turquie. Un grand footballeur répond sur le terrain. Daniel l'a fait. Je m'en satisfais, le reste, c'est du blabla. En 1994, j'ai été attaqué. J'ai alors pris du recul. J'ai tranché. Daniel a 32 ans... Non... Je ne sais pas. Les joueurs doivent se méfier. Quand on a quelque chose à se dire, c'est de la cuisine interne. Je ne peux que le répéter : l'ambiance est formidable. C'est lui qui décidera s'il estime que c'est le moment de trancher. Certains s'amusent à chercher la petite bête. En Turquie, on aurait pu critiquer d'autres défenseurs. Et si on tire sur tout le monde, on joue avec qui à la fin ? Il faut corriger, gommer les erreurs et bâtir à partir de nos acquis et points forts. L'esprit de groupe. Et il faut que la Belgique soit un bloc de plus en plus solide. On ne peut jamais rien lâcher. Si un maillon cède, tout s'écroule. Le bloc est capable d'évoluer plus haut ou plus bas en fonction des problèmes. Je préfère jouer dans le camp adverse mais ce n'est pas toujours possible, comme contre l'Allemagne. De plus, nous ne sommes pas Ajax ou Arsenal. Il faut connaître ses limites, le travail qui reste à faire. En Afrique du Sud, l'Argentine et son armée de grands attaquants ont pris l'équipe allemande à la légère. Ils allaient tout balayer. Conclusion : les gars de Diego Maradona ont été balayés par la Mannschaft. Si on avait baisse la garde, l'addition aurait été très lourde. A Bruxelles et à Istanbul, j'ai été frappé par la transfiguration de Vincent Kompany. Il a compris et est concentré à 100 % sur son métier. Sa première carte jaune était injuste. Au repos, Guus Hiddink a parlé trois minutes avec l'arbitre. Cela ne se fait pas. Je me suis mis à côté d'eux et j'ai écouté. Malin, Hiddink a contesté certaines décisions. L'arbitre m'a jeté un regard du style : -Qu'est-ce que tu fous là ? Déguerpis. Bien joué de Hiddink : l'arbitrage ne nous fut pas favorable après la pause. Nous avons été naïfs et c'est pour cet échange entre le coach de la Turquie et l'arbitre que Leekens était furax. C'était un détail mais tout a son importance à ce niveau-là. Kompany est désormais très important en dehors du terrain. Il y a six mois, je m'étais accroché avec lui, je trouvais qu'il ne se comportait pas comme un pro. Mais il a progressé et mûri à Manchester City : chapeau. J'ai aussi été impressionné par Toby Alderweireld, qui s'est adapté au poste d'arrière droit alors qu'il est arrière central à l'Ajax. Il a bien tenu Arda en Turquie. Il a fait preuve d'intelligence et de répondant technique et physique. Sa mentalité est exemplaire. Et il sait mettre le nez à la fenêtre avec une belle qualité de centre en plus. Derrière, on parle moins de lui que des autres mais c'est peut-être lui qui ira le plus loin. Intelligent, il a accepté de glisser à droite car il y a du monde dans l'axe : Van Buyten, Kompany, Thomas Vermaelen (un guerrier), Jan Vertonghen, Timmy Simons qui nous a tant aidés dans la ligne médiane. Simons aurait pu dormir sur ses deux oreilles. Il a opté pour la difficulté en acceptant l'offre de Nuremberg en Bundesliga : chapeau... On ne peut pas tout demander à Lukaku. Il n'a que 17 ans et doit forcément apprendre tous les petits secrets du métier. Romelu est un peu dans le creux mais, face à l'Allemagne, je me souviens d'une belle percée dans le rectangle. En Turquie, il remet bien le ballon de la tête sur le deuxième but. Il avait des monstres devant lui. En Ligue des Champions, il s'est heurté à Mladen Krstajic du Partizan Belgrade que je connais bien. Cet arrière central a un gros vécu et l'a bien exploité pour contrer et limiter Lukaku. Et ce sera le cas d'autres arrières centraux qu'il rencontrera en Europa League. En fait, on doit se poser une question : est-il normal qu'il soit, à 17 ans, presque le seul sauveur de l'attaque belge. C'est énorme. Hazard est dans une passe délicate de sa carrière. Il est éclatant de talent mais cela ne suffit pas... Eden traverse une période difficile pour tous les jeunes. La saison passée a été celle de la révélation et de tous les compliments mais il y a tout le reste maintenant. Je connais le football français. Eden vit désormais dans sa bulle alors que toute la France l'attend désormais au tournant. Plus rien ne sera facile ou comme avant. C'est sûr, même pour lui qui a du talent, tout passera par le travail. Or, je n'ai pas été rassuré au niveau du travail au quotidien d'Eden. La classe ne suffit pas si on n'y ajoute pas une grosse envie de progresser et de se remettre en questions. Les grands joueurs qui arrivent ne cessent de le faire. Hazard est jeune et il doit digérer tout ce qui lui arrive. Quand ils ne le comprennent pas, des espoirs peuvent devenir des désespoirs. Il y a le cas de Samir Nasri pour illustrer ce que je dis. Je le rappelle : nous avons négocié l'Allemagne et la Turquie. A Istanbul, il y a parfois eu des choix malchanceux. Guillaume Gillet a failli faire 0-2. Si sa balle rentre au lieu de percuter le montant, c'est 0-2 et la messe est dite. Oui, nous avons entamé le match en 4-1-3-1-1. Moussa Dembélé était chargé de jouer derrière Lukaku. Dembélé n'est pas resté dans les parages de Lukaku. Là, il devait l'aider, plonger dans les espaces à gauche et à droite. Moussa s'est décalé sur la gauche ou a reculé dans le jeu. Il a fallu procéder à un réglage et opter plus pour un 4-3-3. Cela dit, le retour de Dembélé a été excellent et son transfert en Angleterre lui a fait du bien. Il est revenu avec un formidable sourire. Moussa n'a pas eu une campagne de préparation complète avec Fulham mais il a tout donné. On connaît son style. Il adore décrocher et doit ajouter l'efficacité à ses atouts. Dribbler, c'est plus difficile près de la zone de conclusion, c'est là qu'on fait la différence. Les espaces y sont forcément plus réduits. Nous nous attendions à une baisse de régime de Moussa en Turquie. Il ne peut pas encore enchaîner deux matches en quatre jours, c'est normal. Marouane Fellaini revient aussi, après une blessure dans son cas. il a travaillé comme un fou avec Lieven Maesschalk, le kiné désormais attaché au service de Diables Rouges. Marouane s'est transformé en Premier League. Lui aussi a compris comme Kompany. Oui même si je préfère parler de bloc... Ce sera tous ensemble ou rien. Il sera à son top pour 2014 vu sa jeunesse mais 2012 est encore jouable. En effet mais ne croyez pas que ce sera facile : la Turquie a souffert au Kazakhstan... Passionnant, vraiment. Cela me plaît et donc je me donne à fond. Le courant est tout de suite passé. Georges est un battant, moi aussi. Sur la dernière sélection, il n'y avait qu'un joueur à propos duquel nous n'avions pas le même avis. "Toute la France attend désormais Hazard au tournant. "