On le savait passionné d'équitation, le voici proclamé nouveau chevalier blanc d'un foot belge particulièrement secoué depuis ce mercredi 10 octobre. Un qualificatif qui fait d'ailleurs toussoter dans le milieu footballistique. Car Pierre François compte de nombreux partisans mais aussi ses détracteurs. Homme de dossiers mais aussi de médias lors du règne de Lucien D'Onofrio au Standard, l'actuel CEO de la Pro League, a aussi connu durant cinq mois le White Star de John Bico, puis la faillite du RAEC Mons.
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On le savait passionné d'équitation, le voici proclamé nouveau chevalier blanc d'un foot belge particulièrement secoué depuis ce mercredi 10 octobre. Un qualificatif qui fait d'ailleurs toussoter dans le milieu footballistique. Car Pierre François compte de nombreux partisans mais aussi ses détracteurs. Homme de dossiers mais aussi de médias lors du règne de Lucien D'Onofrio au Standard, l'actuel CEO de la Pro League, a aussi connu durant cinq mois le White Star de John Bico, puis la faillite du RAEC Mons. Du grenier à la cave donc. Membre aux côtés de Melchior Whatelet et de Wouter Lambrecht d'un comité d'experts indépendants dont le but est de fournir des recommandations concrètes au sujet de la fonction d'agents de joueurs, Pierre François nous reçoit dans ses bureaux du premier étage de la maison de verre, et évoque l'actualité chaude mais aussi un football belge gangrené depuis de nombreuses années par une ribambelle de personnages nocifs. Quelle fut votre première réaction à l'affaire qui secoue actuellement le football belge ? Avez-vous été surpris par la nature des inculpations ou vous vous rendiez compte de l'illégalité de certaines pratiques ? PIERRE FRANÇOIS : Ce sont peut-être des journées difficiles mais ce sont des journées opportunes. Mais il m'est difficile de vous dire aujourd'hui ce que je pense de la justesse de ces inculpations tant qu'un jugement n'a pas été rendu, d'autant que je pense que ce qui arrive aujourd'hui dans le foot belge n'est qu'un début. Mais savoir si je tombe de ma chaise, c'est différent. Si vous demandez au président de la confédération nationale du bâtiment si dans son secteur des payements au noir existent, il ne va pas vous répondre de façon sérieuse : " je l'ignore ". Si vous m'aviez demandé de parier si oui ou non des constructions illégales existent ou ont existé au sein des clubs de foot belges, j'aurais eu tendance à vous répondre que oui. Et vous dire que je suis choqué par le match fixing, c'est une évidence. Tout comme vous dire qu'on est obligé de faire quelque chose au sujet du milieu des agents, c'est également une évidence. Pourquoi avoir attendu que la justice s'en mêle ? FRANÇOIS : Comme je vous l'ai dit, il faut parfois tirer profit de situations opportunes. La situation s'est aggravée suite à la dérégulation du statut d'agent par la FIFA en 2015. Voyez le nombre d'agents qui s'énoncent aujourd'hui, et pour quel service... Parmi les " leaders du marché " des agents, ce sont pourtant les mêmes noms qui opéraient déjà avant cette dérégulation ? FRANÇOIS : Vous avez raison. Le problème est plus vaste que les deux agents en question ( Dejan Veljkovic et Mogi Bayat, ndlr). La Pro League a renoncé à l'enregistrement des agents car nous n'avions aucune prise sur la déclaration des clubs, vu que les contrats se trouvent à la fédération, et que nous n'avons pas accès comme ligue au FIFA TMS ( la plateforme qui enregistre les transferts entre les clubs, ndlr). Les politiques ne l'ont pas fait non plus, malgré une proposition de loi qui n'a pas été prise en considération, et la fédération n'a rien fait d'autre qu'un simple enregistrement sur base de ce qui avait été demandé par la FIFA. Nous n'avons pas pris d'initiative non plus, ce fut sans doute une erreur collective. À nous donc de redresser collectivement la donne. On a peut-être eu tort de ne pas intervenir plus tôt. Mais aujourd'hui, le momentum permet d'intervenir, et on le fera d'autant plus en prenant des mesures fortes, d'autant qu'on sent un réel soutien de la part du conseil d'administration de la Pro League et de son président. Je peux vous assurer que les autres ligues européennes n'attendent qu'une chose, que l'on prenne des initiatives. Et rassurez-vous, nous serons soutenus et suivis. Que ce soit Marc Coucke, président de la Pro League, ou vous-même, vous naviguez au sein de ce milieu depuis de nombreuses années, sans que la sonnette d'alarme n'ait jusqu'ici été tirée publiquement.FRANÇOIS : J'ai quand même l'impression que le milieu des agents a fameusement évolué, et dans un sens assez négatif, depuis mon départ du Standard en 2012. Au Standard où, pourtant, votre ancien patron, Lucien D'Onofrio, a été un agent de joueur réputé, qui ne s'est jamais véritablement débarrassé de cette casquette d'agent.FRANÇOIS : Je suis celui qui lui a dit d'arrêter d'être agent, et de passer vice-président exécutif du Standard, ce qu'il est devenu. Et au Standard, je ne lui ai jamais versé un euro en tant qu'agent. Le fait que le vice-président de l'Antwerp, ex-homme fort du Standard, Lucien D'Onofrio, continue à officier comme agent, ça ne vous pose pas de problèmes ? FRANÇOIS : Je n'en sais rien. L'activité d'agent qu'il occuperait aujourd'hui, je ne la connais pas. Dans le cas du litige qui opposait Mouscron à Malines, OHL, et Westerlo en 2016, vous aviez conseillé Mouscron, détenu alors par les agents Pini Zahavi et Fali Ramadani, pour l'obtention de la licence. Est-ce le rôle du CEO de la Pro League ? FRANÇOIS : Oui. Tous les clubs doivent obtenir leur licence. L'objectif de notre championnat, c'est que le premier soit champion et que le dernier soit relégué. Et concernant le cas de Mouscron, c'est moi qui ai introduit dans le " dossier licence ", la règle interdisant non seulement la propriété d'un club par des agents mais aussi les comptes courants liés à des agents. Si j'avais voulu faire plaisir à Mouscron, je n'aurais pas veillé à ce que cette deuxième règle, qui a d'ailleurs conduit au refus de la licence par la commission des licences au printemps 20017... avant que Mouscron ne l'obtienne, ne soit appliquée. Et par rapport à Westerlo, il y a deux saisons, ou Malines la saison dernière, je comprends leur volonté de contester l'application des règles par la Cour belge d'arbitrage du sport mais bien moins que ces clubs s'attaquent aux règles en matière de licence, véritable squelette de notre organisation. Vous faites aujourd'hui partie d'un comité d'experts qui est censé plancher sur la réglementation de l'activité d'agent, alors que depuis 2003 et votre arrivée au Standard, vous êtes confronté à ce système. On peut s'étonner de vous retrouver à cette position.FRANÇOIS : Je suis indépendant des clubs. Et du temps où je travaillais pour des clubs, je n'avais aucun problème avec les agents ni comment je négociais leurs commissions. L'objectif a toujours été d'essayer de payer moins pour le club. Je peux vous dire par exemple que je n'ai payé au total que 15.000 euros de commission à Mogi Bayat du temps où j'étais au Standard. Je répétais d'ailleurs à Mogi Bayat et à Laurent Denis de bien garder leurs contrats à eux dans leurs mallettes. Ce sont les contrats du Standard que l'on signait et rien d'autre. À Sclessin, on vous a pourtant reproché d'avoir facilité le transfert de Gohi Bi Cyriac vers Anderlecht en juillet 2012. FRANÇOIS : Et pourtant, c'était un transfert excellent. Prolonger un joueur en incluant une clause libératoire à 2 millions d'euros, qu'Anderlecht a versé dans la foulée, c'est plutôt rare comme pratique.FRANÇOIS : Il valait combien Cyriac ? Il était blessé, il voulait partir et on en a obtenu 2 millions. Sans prolongation, il partait pour zéro franc-zéro centime. Jamais Monsieur Duchâtelet ne m'a reproché d'avoir mal négocié pour le Standard. Après votre période au Standard, vous rejoignez, en avril 2013, de façon assez étonnante le White Star du sulfureux John Bico. Est-ce bien Mogi Bayat qui a joué les intermédiaires lors de votre arrivée dans la capitale ? FRANÇOIS : C'est Benjamin Nicaise qui m'a introduit auprès de John Bico. Que Mogi ait validé ma venue, c'est certain aussi. Il me reconnaît une certaine compétence, vous n'allez pas lui en vouloir. Quant à Bico, je savais qu'il était l'agent d'Eden Hazard mais je ne le connaissais pas. Il m'a proposé de reprendre un club proche de la liquidation. Et j'y ai travaillé pendant cinq mois avant de démissionner. Pourquoi avez-vous démissionné ? FRANÇOIS : Parce que je ne sentais pas l'avenir du club. Je souligne aussi que j'ai arrêté à un moment où je n'avais pas d'autre job. J'ai démissionné pour retourner cultiver mes poireaux et mes tomates. Vous étiez proche de Mogi Bayat ? FRANÇOIS : C'est une bonne relation dans le football. Et j'ai dit de lui, quand il représentait le Sporting Charleroi, qu'il était une des meilleurs intervenants au Conseil d'administration de la Pro League. Je ne vais pas dire le contraire aujourd'hui. Mais quand je l'ai eu comme agent en face de moi, je ne l'ai jamais avantagé. Pourquoi avez-vous organisé une intermédiation à la demande de Mogi Bayat avec le club de Courtrai afin qu'il récupère une commission qu'il estimait lui être dû ? FRANÇOIS : Je suis intervenu afin d'obtenir un excellent accord pour Courtrai mettant un terme à la réclamation de Mogi Bayat. Quand un club a un problème avec un créancier, quel qu'il soit, et qu'il interpelle la League, je transmets la revendication du créancier au club et je lui demande si je peux faire quelque chose. Et je peux vous assurer que le club de Courtrai était content du résultat parce que j'ai fameusement permis de diminuer la dette ( ce qui nous a été confirmé par la direction courtraisienne, ndlr). En 2014, vous avez payé une transaction pénale dans l'enquête dite du " Standard de Liège " où 33 personnes ont été inculpées de blanchiment d'argent. Difficile de ne pas faire le parallèle avec la situation actuelle.FRANÇOIS : Premièrement, je n'ai jamais signé de transaction pénale en reconnaissant ma culpabilité. J'ai été poursuivi pour un document que j'ai signé en janvier 2003. Contrairement à d'autres personnes, je n'ai jamais voulu reporter la responsabilité de cette signature ni sur les personnes en dessous de ma fonction ou au-dessus. Deuxièmement, de cette convention signée, je n'ai pas touché le moindre centime. Troisièmement, je ne suis pas sûr que si je devais plaider mon cas devant le tribunal correctionnel, cela déboucherait sur une condamnation. Cela étant, après des perquisitions à mon domicile, la confiscation de l'ordinateur de mon fils, le ramdam médiatique, le parquet m'a félicité pour le travail que j'avais fourni au Standard et m'a invité à sortir de ce procès en signant une transaction pénale. Et je l'ai signée pour ne plus entendre parler de cette affaire. Mais aujourd'hui, on assimile cette transaction à un aveu de culpabilité. Je ne suis pas d'accord. Moi quand j'ai signé cette convention, je pouvais parfaitement croire au montage que je signais. Si l'objectif est de poser la question : a-t-il la qualité pour faire partie du comité d'experts indépendants ? Je vous réponds que oui. Je sais comment les agents négocient, je sais ce qu'ils peuvent apporter quand ce sont de bons agents, et je suis indépendant. Et pourtant, vous comptez quelques opposants au sein du football belge. Vous les connaissez ? FRANÇOIS : Non mais je trouve que l'ambiance est délétère. À l'époque, Lucien D'Onofrio m'avait contacté en accord avec Robert-Louis Dreyfus, après avoir été l'avocat du Standard pendant 13 ans. Le fait qu'il fasse appel à moi, et ça a toujours été dit, c'était le mariage de l'eau et du feu. Le gars sérieux, les papiers bien en ordre d'un côté, de l'autre Lucien le génie du foot. On s'est très bien répartis les tâches. Et on a fait du bon boulot. Je maintiens qu'aujourd'hui l'équipe que l'on formait était une bonne équipe dirigeante où j'ai pu gagner trois bonus grâce à deux titres de champion et une coupe de Belgique. Je n'ai jamais rien demandé d'autre et j'étais très content comme ça.