Engagé pour faire des résultats, René Vandereycken n'en avait surtout fait qu'à sa tête en l'espace de deux ans et demi à la tête des Diables Rouges. Plus de cinquante joueurs utilisés pour un jeu frileux à l'extrême et agrémenté d'une piètre récolte de 40 % des points à peine, c'était là sa griffe. Et voilà que coup sur coup, devant l'Estonie et la Turquie, le compteur s'emballe en même temps que le football s'anime : 4 sur 6 et enfin de quoi s'en mettre plein les mirettes. Nous aurait-on donc changé notre fédéral ?
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Engagé pour faire des résultats, René Vandereycken n'en avait surtout fait qu'à sa tête en l'espace de deux ans et demi à la tête des Diables Rouges. Plus de cinquante joueurs utilisés pour un jeu frileux à l'extrême et agrémenté d'une piètre récolte de 40 % des points à peine, c'était là sa griffe. Et voilà que coup sur coup, devant l'Estonie et la Turquie, le compteur s'emballe en même temps que le football s'anime : 4 sur 6 et enfin de quoi s'en mettre plein les mirettes. Nous aurait-on donc changé notre fédéral ? Chassez le naturel et il revient au galop, dit le dicton. Et on a pu le vérifier à Istanbul quand, en tout début de seconde mi-temps, GabyMudingayi est venu relayer Steven Defour. Un milieu de terrain défensif pour un offensif, c'est le genre de recadrage dont le sélectionneur est coutumier et qui a, par moments, été synonyme de déboires. Pas cette fois dans la mesure où les trois récupérateurs, contrairement à ce qui s'est souvent vérifié par le passé, avaient le droit de mettre résolument le nez à la fenêtre au lieu d'attendre de pied ferme l'opposant dans leur camp. Voilà donc pourquoi Marouane Fellaini et Jan Vertonghen furent, tour à tour, proches du 0-2, le premier sur une tête croisée, et l'autre sur un obus qui nécessita une belle parade du gardien Volkan. Le néo-Bolognais, lui, appuya nettement moins la man£uvre. Il est vrai que, déporté sur le flanc droit, il avait souvent maille à partir, au même titre que Gill Swerts d'ailleurs, avec Arda Turan, de loin l'attaquant le plus incisif de la bande à Fatih Terim et tourmenteur, au préalable déjà, du Soulier d'Or en personne. Le Standardman à droite, collé le long de la ligne, c'est manifestement une place qui ne lui convient pas. Le jeunot des Rouches doit opérer dans une position plus axiale pour atteindre son meilleur rendement mais reste à voir, bien évidemment, si cette option est envisageable. Car, au centre, Fellaini et Vertonghen ont sans conteste fait leur trou. Tant contre les représentants de la Baltique que face aux joueurs du Bosphore, tous deux ont ratissé la pelouse de long en large, se multipliant avec succès au four de la défense comme au moulin de l'attaque. Devant ce duo, il y aurait certes moyen de faire appel à un élément chargé d'un rôle de courroie de transmission. Ce rôle ne semble pas devoir être réservé à Defour mais plutôt à Moussa Dembélé, précieux à la fois en raison de sa taille et de son extraordinaire maîtrise de balle. Faudra-t-il, dès lors, composer sous peu sans l'enfant-chéri de Sclessin, à l'image du sort que Vandereycken a réservé à Daniel Van Buyten lors du récent déplacement à Istanbul ? Laszlo Bölöni, davantage réceptif au rendement qu'au nom, l'a bien fait chez les champions, alors pourquoi pas Maître René ? Une chose est sûre, celui-ci ne rend ni service au joueur ni à l'équipe nationale en persistant à l'aligner à une place qui n'est pas la sienne. Et ce qui vaut pour Defour est aussi d'application à son compère Axel Witsel, voire encore à Thomas Vermaelen, qui ne cache pas que sa préférence va à une position centrale à l'arrière plutôt qu'à un rôle de back. Pour l'heure, les divers choix opérés par Vandereycken sur les franges latérales n'ont pas été préjudiciables à l'équipe. Certes, il y eut bien le non-match de Vincent Kompany face à l'Estonie, imité par Swerts en Turquie. Mais tôt ou tard, à commencer par cet affrontement qui nous attend dans moins d'un mois face à l'Arménie, il faudra tout de même songer à meubler les ailes par de véritables spécialistes en lieu et place de joueurs délocalisés. Personnellement, nous ne comprenons pas que la piste d' Onder Turaci n'ait jamais été relancée à l'arrière droit, alors que l'intéressé a encore brillé à cette position avec Fenerbahçe contre Anderlecht la saison passée. On rappellera à cet effet que le Belgo-Turc, invité par le coach national aux fins d'une joute amicale contre le Luxembourg en février 2006, avait décliné la sélection sous prétexte qu'il voulait jouer pour le pays de ses ancêtres. Mais l'ex-Standardman se trouve dans le même cas de figure que Nabil Dirar : l'arrière de Fenerbahçe ne peut être retenu avec la Turquie. Dans ces conditions, Turaci est prêt à défendre les couleurs de la Belgique. Vandereycken en a été avisé, mais comme il a la rancune tenace, les contacts sont restés lettre morte. C'est une véritable hérésie, car l'apport d'un élément de sa trempe ne serait pas superflu. Idem, un échelon plus haut pour Jonathan Legear, conjointement avec Tom De Mul, l'un des rares milieux offensifs ou ailiers dignes de ce nom, mais qui n'a jamais fait l'objet que d'un appel au sein du groupe élargi pour les matches contre la Finlande et l'Arménie. Dans un même ordre d'idées, nous concevons difficilement aussi que Jelle Van Damme n'ait toujours pas eu sa chance comme latéral gauche. Depuis des mois, l'Anderlechtois, aussi habile sur l'homme que performant en matière d'assists et de buts, n'a plus de rival à sa hauteur en Belgique. A Istanbul, pourtant, son nom n'était même pas repris sur la feuille de match. Comprenne qui pourra. Autant une reconsidération s'impose sur les ailes, autant l'épine dorsale de l'équipe ne suscite plus la moindre contestation. Pourquoi ne pas l'avouer, nous avons eu longtemps nos doutes sur les capacités réelles de Stijn Stijnen. D'accord, le portier brugeois a toujours été bon sur sa ligne et dans les situations d'homme à homme, comme il l'a encore prouvé contre l'Estonie et la Turquie d'ailleurs. Mais de là à pouvoir soutenir la comparaison avec les meilleurs, comme Jean- Marie Pfaff ou Michel Preud'homme, il y avait quand même une marge. Car à côté de ces qualités, combien d'approximations ? Comme ce but encaissé face à Rozumberok, en Coupe d'Europe, sur un rebond que n'importe quelle grand-mère aurait aisément maîtrisé ? Ou encore ce lob encaissé des 40 mètres devant Lokeren ? Deux scènes, parmi tant d'autres, au Portugal notamment, qui ne plaidaient pas en sa faveur. Depuis lors, le portier du Club Bruges a indéniablement grandi dans son rôle et si la Belgique est à présent nantie de 4 points sur 6 dans son groupe de qualification pour la Coupe du Monde 2010, c'est à lui qu'elle le doit : personne n'a oublié son arrêt décisif face à l'Estonie, alors que le score était d'un but partout. Et le Flandrien remit encore le couvert à Istanbul, face à Sentürk ce coup-ci. Devant lui, le duo formé de Kompany et Timmy Simons ne se discute plus non plus. Au gré des matches, l'un et l'autre ont été mis à toutes les sauces. Il y a deux ans, lors de l'entrée en matière des Diables Rouges pour l'EURO 2008, ils avaient été alignés de concert dans l'entrejeu, aux cotés de Karel Geraerts et Thomas Buffel. Cette fois, en Turquie, le tandem fut appelé à reculer d'un cran pour monter bonne garde devant Stijnen. Titularisé face à l'Estonie, c'est Van Buyten qui fit les frais de ce recul. Non sans raison car Big Dan ne fut pas d'une sûreté à toute épreuve devant cette formation. Le premier but des visiteurs était d'ailleurs pour sa pomme, suite à une flagrante erreur de marquage. Simons, de son côté, n'était pas blanc non plus sur le deuxième but. Mais lui, au moins, eut la sagesse de ne pas tirer à boulets rouges sur ses équipiers. Or, il est de notoriété publique que Vandereycken n'aime pas qu'un joueur montre les autres du doigt. Guillaume Gillet en sait quelque chose, lui qui n'a plus trouvé grâce aux yeux du fédéral après avoir soi-disant tenu des propos peu amènes envers les Olympiens. Le comble, c'est qu'il n'en était rien et que tout résultait d'une erreur d'interprétation d'un journaliste du quotidien Het Laatste Nieuws. Mais le mal était fait. En 30 mois sous la coupe de Vandereycken, pas moins de 17 défenseurs auront été passés en revue, dont dix dans le seul axe central. Van Buyten y fut le plus souvent titularisé, avec 14 présences, suivi de Simons (7), Kompany (6), Vermaelen (5), PhilippeLéonard (4), Philippe Clement (4), Carl Hoefkens (2), Van Damme (1) et Vertonghen (1). D'un match à l'autre, le sélectionneur a régulièrement été adepte de changements. Par deux fois seulement, il reconduisit les hommes en place : contre l'Azerbaïdjan (3-0) et la Pologne (0-1), fin 2006, quand il fit appel au quatuor composé de Hoefkens, Van Buyten, Léonard et Vermaelen et l'été suivant lorsqu'en vue des matches contre la Serbie (3-2) et le Kazakhstan (2-2), il titularisa Hoefkens, Kompany, Simons et Vermaelen. De toutes ces associations, celle formée de Simons et Kompany aura été la plus fructueuse et a tout lieu d'être reconduite. Elle nous paraît idéale, en ce sens qu'elle couple un routinier, passé maître dans le sens du placement, à un jeune qui a la faculté de relancer judicieusement le ballon. Dans l'entrejeu, leur science et aisance pourraient être d'appoint aussi mais comme Fellaini et Vertonghen y font le ménage, il serait réellement navrant de les dissocier. Devant, pour flanquer Dembélé, orfèvre en matière de conservation du ballon et de détermination, Wesley Sonck s'impose sans nul doute plus que tout autre. En 44 matches avec les Diables, l'artificier du Club Bruges en était à son 20e but, ce qui constitue pour ainsi dire un goal par tranche de deux matches. Ce total le fait entrer dans le groupe sélect des 10 meilleurs artificiers du royaume, dont le classement est conduit par Bernard Voorhoof et Paul Van Himst, tous deux auteurs de 30 buts. Sonck peut espérer grimper encore résolument dans cette hiérarchie, en tout cas, si Vandereycken maintient les mêmes desseins que contre l'Estonie et la Turquie. Par le passé, sa prétendue volonté d'aller de l'avant avait toujours été démentie par la réalité du terrain. Cette fois, par contre, il a bel et bien tenu parole en optant à deux reprises pour quatre éléments offensifs : Defour, Witsel, Mirallas et Sonck contre les Estoniens ; Defour, Witsel, Dembélé et Sonck face aux Turcs. La meilleure défense serait-elle donc devenue l'attaque ? On attend désormais la confirmation contre l'Arménie d'abord puis face à l'Espagne. par bruno govers