" DANS LE TROU, MOI ? OUBLIE ! MERCREDI, IL Y A COURSE ET JE VEUX GAGNER ! " (1ER FÉVRIER 2015, APRÈS LE CHAMPIONNAT DU MONDE OÙ NYS N'AVAIT TERMINÉ QUE 17E)

SVEN NYS: Ça peut vous sembler bizarre mais, la saison dernière, je n'ai jamais été abattu mentalement. Parce que je connaissais la cause de mes problèmes : je manquais de repos. J'aime tout contrôler mais ma séparation m'en empêchait. Je devais payer les factures, faire les courses, demander de nouveaux codes d'accès sur internet... Ça me stressait. Je me demandais aussi comment mon fils Thibau allait digérer tout cela. Ma famille avait priorité sur ma carrière.
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SVEN NYS: Ça peut vous sembler bizarre mais, la saison dernière, je n'ai jamais été abattu mentalement. Parce que je connaissais la cause de mes problèmes : je manquais de repos. J'aime tout contrôler mais ma séparation m'en empêchait. Je devais payer les factures, faire les courses, demander de nouveaux codes d'accès sur internet... Ça me stressait. Je me demandais aussi comment mon fils Thibau allait digérer tout cela. Ma famille avait priorité sur ma carrière. A l'entraînement, pour la première fois, j'avais du mal à aller au bout. J'étais vidé mais je savais pourquoi et je l'acceptais. Le plus frustrant, c'était cette question des journalistes, qui revenait sans cesse : Es-tu trop vieux ? Je me suis souvent dit : Vous êtes bêtes ? Vous ne comprenez pas ? A la fin, j'ai fini par ne plus expliquer. Dans mon entourage, on en rigolait même. Beaucoup de fans ont continué à me soutenir mais j'ai aussi reçu des tweets du genre Arrête, vieux machin ! Je répondais poliment : Encore un peu de patience et tu seras bientôt débarrassé de moi. Bon dimanche ! Puis je retweetais pour que mes followers (167.000, ndlr) puissent en profiter et le type se faisait attaquer. Heureusement, les frustrés étaient minoritaires. Cette saison, on m'encourage même plus. Par respect pour le petit vieux, sans doute (il rit). SVEN NYS: C'est dans cet état d'esprit que j'ai entamé la saison. J'ai d'abord pris des vacances - aux Maldives et au ski - pour me remettre. Pendant trois semaines, je n'ai presque pas roulé. Ça ne m'était jamais arrivé au cours des dix dernières années mais j'en avais besoin. Tout est vite rentré dans l'ordre, y compris à la maison. Je me suis habitué. De plus, Thibau est heureux et je m'entends bien avec mon ex, Isabelle, au sujet de la garde. Il s'en sort bien. Parfois, il me téléphone pour me dire de m'entraîner un peu plus parce qu'il se débrouille sans moi, tandis qu'avant, je me disais constamment que je devais être là au moment où il rentrait de l'école. Dès le mois d'avril, tout cela a eu un effet positif, même si cela ne se traduisait pas en course. On a dû me calmer en me disant que l'objectif était d'être prêt en septembre. Le vent a tourné en juillet, quand j'ai été champion de Belgique de VTT. J'étais très fier de quitter cette discipline, qui m'a tant apporté, au son de la Brabançonne. Et c'était la preuve que je n'étais pas usé. D'ailleurs, la semaine suivante, je remportais le Tour du Brabant Flamand devant les meilleurs cyclocrossmen et espoirs. C'était ma première victoire dans une course par étapes. Depuis, j'ai de nouveau les jambes légères. SVEN NYS: Pour la première fois, j'ai dépassé les 1400 watts au sprint à l'entraînement. Ça faisait longtemps que je voulais y arriver. En décembre de l'année précédente, j'arrivais à peine à 1100. Il est vrai que j'avais beaucoup travaillé l'explosivité et la puissance mais tout de même, à mon âge... Ce que je réalise à l'entraînement a plus d'importance que mes résultats. Si je ne respecte pas mes plans, je deviens fou. Je n'accepterais pas non plus de rouler moins vite qu'avant. Il y a peu, j'ai fait du 36,5 km/h de moyenne. Même à 25 ans, j'y arrivais difficilement. De nombreuses personnes pensent qu'il est normal qu'à 39 ans, je rivalise encore avec des gars qui pourraient presque être mes enfants mais ça ne l'est pas. A mon âge, les anciens champions du passé ne roulaient déjà plus. Cela veut-il dire que je n'ai pas de date de péremption ? Si ! Ma fréquence cardiaque maximale n'est plus que de 190 au lieu de 196 ou 197 avant. Et ma fréquence cardiaque moyenne est passée de 185-186 à 179-180. Je suis plus lent au démarrage. Comme Wout Van Aert et les autres tentent de me mettre sous pression dès le départ, je dois anticiper en m'entraînant de façon intensive la veille de la course et en m'échauffant comme si j'étais déjà en course. Je devrais déjà être sur mon vélo deux heures avant le départ mais, pratiquement, c'est impossible. En 2000, je dictais la loi et j'allais au combat contre des vieux comme Mario De Clercq. Aujourd'hui, je subis davantage la course. Je suis sans doute un peu blasé. Je suis toujours très concerné par mon métier mais la victoire n'est plus obligatoire, surtout dans les cross normaux. Un titre de champion du monde à Zolder, ce serait le sommet mais j'ai peu de chances d'y arriver. Si j'y parviens, je mets immédiatement un terme à ma carrière, même si ça veut dire que je ne porterai plus jamais le maillot. Ce serait spécial, non ? Même Peter Sagan a envisagé ce scénario (il rit). SVEN NYS: J'ai retweeté parce que j'imaginais parfaitement comment Fabian Cancellara se sentait : il avait bien dormi, pris un bon petit-déjeuner, s'était entraîné au soleil, avait passé du bon temps avec sa famille puis était allé au restaurant... Ces journées-là sont rares. Les vedettes ne peuvent pas se contenter de manger, s'entraîner et dormir. Les sponsors ont aussi leurs exigences. C'est pourquoi, ces dernières années, j'ai décidé de profiter un peu des petites choses, comme un hamburger au McDonald's de Las Vegas. Mais le plus important, c'est ma famille. J'ai fait du vélo à Majorque avec Thibau, emmené mon père à Las Vegas. Des choses dont on parlera encore en 2025. Comme on parle encore de mon premier cross à Gieten, il y a 23 ans ! Je ne suis pourtant pas nostalgique, même si je sais que, désormais, c'est la dernière fois partout. Je remercie justement personnellement l'organisateur. Pour le reste, je fais mon métier le mieux possible. Si je gagne, tant mieux. Mais une sixième place ne m'empêche plus de dormir. Le plus dur, ce sera sans doute la fête Merci Sven !, au Sportpaleis. Je n'ai pleuré que trois fois au cours de ma carrière : de rage avec Mario De Clercq après le championnat du monde 2000, de fatigue après Paris-Roubaix 2002 et de soulagement après le championnat de Belgique 2012 (le matin, Nys avait le dos bloqué et pouvait à peine marcher, ndlr). Cette fête, c'est une idée de Bob Verbeeck (CEO de Golazo, ndlr). En trois jours, tout était vendu. Je suis très honoré. Cette carrière mérite bien une telle fin, non ? Après, je rentrerai avec plaisir dans l'anonymat. On ne me verra pas aux courses d'anciens champions. Et quand j'assisterai à un cross, ce ne sera pas dans une tente VIP. Je chausserai mes bottes et j'irai acheter mon hamburger. SVEN NYS: J'ai déjà donné plusieurs conférences sur la façon dont on peut lier le sport de haut niveau à la vie des entreprises. Une fois, j'ai parlé devant 1500 patrons. Je n'ai plus le trac. J'aime parler de ma passion. J'étais timide et réservé, le sport m'a transformé. Plusieurs conférences sont déjà programmées pour après ma carrière car c'est une certitude : au lendemain de mon dernier cross, j'irai travailler. Il y a peu, LarsBoom m'a dit qu'après sa carrière, il resterait assis dans son fauteuil pendant un an, à manger des chips. Très peu pour moi : il me faut un objectif. Ma vie ne sera donc pas moins agitée, au contraire : beaucoup de chantiers sont au programme et je veux tout faire à la perfection. Le plus concret, c'est un centre de vélo off-road au Balenberg où j'organiserai des initiations, des conférences et où aura toujours lieu le GP Sven Nys, le 1er janvier. Je vais aussi travailler pour mon nouveau sponsor, Mundo Mediterraneo (une société immobilière aux Baléares, ndlr), je discute avec Trek pour tester du matériel et faire office de relations publiques et j'ai déjà discuté d'un rôle de consultant avec la VRT. Je continuerai aussi à faire du sport, pour rester en forme. Je ne veux pas voir mon corps dépérir. Je relèverai quelques défis mais plus dans l'optique de battre les autres, juste pour me détendre. PAR JONAS CRETEUR - PHOTOS KOEN BAUTERS