C'est la première fois que vous vous retrouvez dans la position de courir après les autres puisque tant lors des dernières éliminatoires que dans les poules de la Coupe du Monde vous avez fait la course en tête...

On a 5 points sur 9. On gagne contre Chypre et on est 2e à égalité. Le but, c'est de se qualifier. Il n'y a rien de dramatique. Pas de quoi se tracasser. D'ailleurs, je pense que l'après Coupe du Monde fut assez bon, l'Australie c'était très bon, la Bosnie aussi. Et il y a une bonne mi-temps contre le Pays de Galles.
...

On a 5 points sur 9. On gagne contre Chypre et on est 2e à égalité. Le but, c'est de se qualifier. Il n'y a rien de dramatique. Pas de quoi se tracasser. D'ailleurs, je pense que l'après Coupe du Monde fut assez bon, l'Australie c'était très bon, la Bosnie aussi. Et il y a une bonne mi-temps contre le Pays de Galles. Ce sont des mots durs ! Après deux ans et demi de succès, avec une équipe quatrième mondiale, vous me dites que si je rate un match, je suis sur la sellette ! Mon seul objectif, c'est l'EURO 2016. Ceux qui voudront ouvrir le débat le feront. Moi, ce qui m'intéresse, ce sont les cinq matches qui resteront. Si je comprends bien, ce que j'ai fait pendant deux ans et demi, c'était de la chance ? J'ai un contrat jusqu'en 2018. Soit à un moment donné, la Fédération dit " on arrête ", soit on continue. Moi, ça ne m'empêche pas de dormir. Je remarque qu'à chaque fois qu'on a joué avec notre triangle en équipe nationale, c'était costaud. Après, on a tenté quelques essais, en évoluant un peu plus offensif et on a vu qu'on se marchait dessus. On doit donc retrouver des bases simples. Je suis content d'avoir essayé certains trucs, de trouver des solutions mais j'ai peu de temps pour en trouver. Je dois être tout de suite efficace. C'est la grande différence par rapport à un entraîneur de club. Où voyez-vous une marche arrière ? L'ambition, c'est quoi ? Avoir une bonne équipe et gagner des matches. Je n'ai jamais dit que Kevin ne jouerait plus dans l'axe. C'est une option. Après, il y a des choix à faire par rapport à l'adversaire, aux autres joueurs alignés, à la recherche ou pas de la profondeur. Kevin a même la faculté de jouer en numéro six ! Tout est dans l'animation et la reconversion défensive. C'est là qu'on doit être fort. Car la presse essaye de créer une polémique : qui va être le meneur de jeu ? Je vais vous le dire, moi, qui va être le meneur de jeu : l'équipe. J'ai réglé le problème en disant qu'il va jouer sur le côté mais peut-être qu'en définitive, je vais le mettre central. Il a suffi que je dise cela à la presse pour que la polémique soit terminée. D'un coup, il n'y avait plus de dossier. Je trouve stupide de me dire après deux ans qu'il faut trouver un meneur : tu as Hazard, De Bruyne, Witsel. On parle de quoi ? Quand j'ai vu la polémique De Bruyne-Hazard, j'étais mort de rire : ça fait deux ans qu'ils jouent ensemble ! Et sur une mi-temps, on en fait un débat ! Moi, j'appelle cela " parler pour ne rien dire ", mais il faut vendre... Moi, je ne joue pas avec... Mon travail est de regarder comment De Bruyne évolue à Wolfsbourg, comment Hazard, Carrasco, Mirallas progressent, dans quelle position, dans quelle animation pour récupérer le plus possible leurs automatismes de club. Je ne peux pas demander à un joueur de changer en deux jours ! Je reste dans la philosophie collective. Il y a eu des mauvais choix mais ça arrive. Ils ne font pas toujours les bons choix. Ce serait trop beau ! Il a plus d'espace côté droit. Et quand il a de l'espace, il utilise sa vitesse, ses assists, sa verticalité. Mais tout cela dépend du match, des coéquipiers, de l'adversaire. Regardez Nacer (Chadli) : il joue très bien cette saison derrière l'attaquant ; il permute souvent avec Eriksen, attrape des automatismes avec Townsend qui fait parler sa vitesse et, avec Kane devant, il y a là une harmonie de qualités qui fait que l'équipe devient efficace. Sans faire de jeu de mots, je pense qu'il s'agit d'un hasard. Ça peut arriver dans un match. Vous oubliez que De Bruyne et Hazard sont deux joueurs qui se battent pour le collectif, sans se mettre en avant. On peut reprocher à Hazard le fait qu'il ne soit pas assez individualiste ; il ne frappe pas assez mais c'est ce qui fait son charme. Ses statistiques, il s'en fout ! Je pense qu'il est sur le bon chemin : il est régulier, enchaîne les bonnes performances, travaille défensivement aussi. Il faut arrêter de les monter les uns contre les autres ; ce serait une bêtise. Oui, on me demande de gagner et d'être beau en faisant du jeu attractif. Attendez, on va où ? Moi, je suis payé pour être efficace, avoir des résultats et qualifier mon pays. Non, ce n'est pas pragmatique. J'ai bien réfléchi pendant quatre mois et me suis dit - c'est quoi le beau jeu ? C'est d'être efficace et de gagner les matches. Le PSG a fait du beau jeu à Chelsea mais marque deux fois sur phases arrêtées. Il y a un an, j'ai dit que si on restait parmi les 8-9 premières nations mondiales pendant six ans, on aura bien travaillé. On s'applique à le faire. Il y a deux ans, j'avais misé sur Vermaelen-Kompany. Finalement, ils n'ont pas beaucoup joué ensemble. Mais j'ai pour principe de ne jamais me plaindre mais de trouver des solutions. Et on en a chaque fois trouvées. Van Buyten a suppléé remarquablement pendant deux ans. Après, remplacer le métier d'un Van Buyten, trois finales de Ligue des Champions, deux Coupes du Monde, ça, on ne peut pas. Une mentalité et un professionnalisme comme le sien, on n'a plus. On ne peut pas demander à des gamins de 20 ans d'avoir son métier alors que lui en avait 36 ! Il suffit de voir comment Deschacht, à 34 ans, fait parler son métier. Mais, je le répète, on a des solutions. Lombaerts et Alderweireld ont rejoué le week-end passé, Kompany pas de problèmes... Je me ferai du souci pour lui le jour où il ne réagira pas. Chez moi, je n'ai jamais rien eu à dire sur son implication. Ce sont toujours les grands arbres qui prennent le plus de vent. Vous venez de dire quelque chose d'important : c'est un retour de blessure. C'est toujours difficile de revenir à son niveau quand il y a trois matches par semaine. En même temps, City a besoin de lui et moi, ça m'arrange bien qu'il enchaîne. On ne peut pas tout mettre sur lui, non plus. Je ne vais pas rentrer dans la tactique de City mais je vois d'autres choses ! Tout dépend de ce que tu demandes à un joueur. Chez moi, Kompany ne monte pas, ou rarement. Je préfère qu'il reste derrière, qu'il ferme. Je veux de vrais défenseurs comme ceux de la Juve, des mecs dont l'attaquant a peur, qui ne font pas de bêtes fautes. Des passes à 40 mètres, extérieur du pied, ça ne m'intéresse pas. Je veux l'efficacité. Mais d'autres entraîneurs ont une philosophie différente que la mienne et préfèrent des défenseurs qui relancent bien ou qui marquent. Un peu, mais moi je vois que Van Gaal s'est très bien adapté à la Coupe du Monde en mettant trois taureaux en défense et on ne passait pas ! Ils ont beaucoup travaillé à l'entraînement mais c'est vrai qu'il leur manquera le rythme de la compétition et qu'il y a toujours un risque de rechute. Je peux juste ajouter que j'ai vu Inter-Celtic avec un Jason Denayer qui a très bien joué, alors que son équipe était réduite à dix pendant une heure et face à deux attaquants costauds. Il ne se jette pas, va vite, relance proprement, est toujours concentré dans sa perte de balle ; son replacement est bon. Il est en train de bien avancer. Ce sont des choses que j'aime beaucoup chez des défenseurs. Jan, chez moi, il est back gauche. Terminé, point à la ligne ! Et il aime bien jouer back gauche. Il a sa diagonale, sa course vers l'avant. Quand c'est possible, oui. Après, je dois bien trouver un back gauche ! Poco ne joue pas, Van Damme est blessé, Deschacht a 34 ans et joue maintenant comme défenseur central. Pour l'instant, oui. Et parce que Jan a été un des meilleurs backs gauches à la Coupe du Monde. Je juge pour le moment que c'est là qu'il est le meilleur pour l'équipe. Et s'il joue mal, ce sera moi le coupable. J'aime bien le 4-3-3. Je pense que c'est le système qui colle le mieux aux qualités intrinsèques de mes joueurs. J'aime bien jouer avec deux attaquants et un numéro dix. Mais a-t-on les joueurs pour le faire ? Pour l'instant, je ne pense pas car nos trois attaquants évoluent comme seul numéro neuf. Seul Michy Batshuayi a joué dans un système avec deux attaquants avec Imoh Ezekiel. Et dans ce système, si l'attaquant ne revient pas, le milieu de terrain est pris à la gorge. Pourquoi ? Parce qu'Axel, quand il n'a pas le ballon, il revient directement. L'idéal demeure une permutation permanente entre les trois médians axiaux. Pour cela, il faut de la communication, que les trois se mettent d'accord pour serrer l'espace et couper les lignes de passes. Cette permutation donne de la variété au jeu. Il me faut toujours quatre personnes dans les 16 mètres pour aller finir. J'en veux 5 qui pensent à marquer. Non, je crois qu'il a bien fait de rester. Il a pris un an de métier en plus. Mentalement, il apprend les difficultés. Il faut passer par là. Maintenant, il est conscient que le football, ce n'est pas rose tout le temps. C'est là qu'on va voir son caractère. C'est bien. Il a beaucoup appris. Lui-même a reconnu qu'au Standard, il jouait mal mais il continuait à jouer. Dans un grand club, si tu joues mal, tu es dehors. Il a progressé sur le plan mental et physique. Il y a la forme mais aussi l'inexpérience au top-niveau. Les autres ont un bagage supplémentaire mais c'est bien de s'en rapprocher. Abondance de biens ne m'a jamais fait de tort. Non car ces joueurs savent qu'on a moins d'espaces. A un moment, il faut passer. S'ils veulent de l'espace, ils n'ont qu'à jouer pour un petit pays ! Il faut savoir ce qu'on veut. Je sais que De Bruyne aime la profondeur mais chez nous, il y en aura de moins en moins. Il va falloir être inventif. Parfois, il y a des choix durs à faire. Mais c'est la vie, c'est pour cela que tu es payé. La décision de ne pas prendre Timmy Simons n'était pas facile mais il faut voir l'intérêt du pays. Je n'ai plus eu l'occasion d'en discuter avec lui. On s'est vu lorsqu'il a été fêté contre l'Australie mais c'était très bref. PAR STÉPHANE VANDE VELDE ET PETER T'KINT - PHOTOS : BELGAIMAGE / LAURIE DIEFFEMBACQ" Sans jeu de mots, si Eden Hazard a eu moins de ballons en Bosnie qu'à Chelsea, c'est un pur hasard. " " Remplacer le métier d'un Van Buyten, trois finales de Ligue des Champions, deux Coupes du Monde, ça, on ne peut pas. "