Comme Gaëtan Hendrickx, Jonathan Benteke ou François Marquet, avec qui il fut champion de Belgique chez les moins de 17 ans du Standard, Lucas Pirard a dû s'éloigner de l'académie Robert Louis Dreyfus pour découvrir le plus haut niveau. Une sorte de fuite en avant nécessaire à son épanouissement, qui après une année passée dans le purgatoire de la D2 à Lommel, commence tout doucement à porter ses fruits. Toujours installé à Aywaille, près de Sprimont, Lucas Pirard se coltine aujourd'hui l'aller-retour quotidien jusque Saint-Trond, preuve de sa fidélité indéfectible envers la capitale touristique de l'Ourthe-Amblève. Presque un non-sens à l'entendre. " Je vais vous dire quelque chose, je n'ai pas le souvenir d'avoir visité les Grottes de Remouchamps et pire encore, je préfère Pairi Daiza au Monde Sauvage d'Aywaille ! " La confidence d'un homme lucide et bien dans son époque, assurément. Rencontre.
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Comme Gaëtan Hendrickx, Jonathan Benteke ou François Marquet, avec qui il fut champion de Belgique chez les moins de 17 ans du Standard, Lucas Pirard a dû s'éloigner de l'académie Robert Louis Dreyfus pour découvrir le plus haut niveau. Une sorte de fuite en avant nécessaire à son épanouissement, qui après une année passée dans le purgatoire de la D2 à Lommel, commence tout doucement à porter ses fruits. Toujours installé à Aywaille, près de Sprimont, Lucas Pirard se coltine aujourd'hui l'aller-retour quotidien jusque Saint-Trond, preuve de sa fidélité indéfectible envers la capitale touristique de l'Ourthe-Amblève. Presque un non-sens à l'entendre. " Je vais vous dire quelque chose, je n'ai pas le souvenir d'avoir visité les Grottes de Remouchamps et pire encore, je préfère Pairi Daiza au Monde Sauvage d'Aywaille ! " La confidence d'un homme lucide et bien dans son époque, assurément. Rencontre. LUCAS PIRARD : Pas franchement, non (il rit). Mais c'est vrai que comme beaucoup, j'ai d'abord commencé par jouer dans le jeu. Ça a duré 3 ou 4 ans. Et puis, comme de temps en temps on faisait une tournante pour aller au but, je me suis rendu compte que c'était quelque chose qui me plaisait. C'est vers mes 9-10 ans que je suis devenu gardien à temps plein à Sprimont. Sauf qu'à l'époque, j'étais à mille lieues d'imaginer faire une carrière. Je jouais surtout pour le plaisir de me rouler dans la boue une fois par semaine. Et puis un jour, l'entraîneur des gardiens de Sprimont me contacte et me dit que son fils, qui joue à Libramont, est malade et qu'ils ont besoin d'un gardien pour le remplacer au Challenge Sljivo. Du coup, je me suis retrouvé dans les buts avec l'équipe de Libramont et on a gagné le tournoi. Même chose l'année suivante. C'est là qu'on m'a repéré pour la première fois. Après le tournoi, j'ai fait un test à Genk puis le stage de Pâques au Standard qui a débouché sur un nouveau test. Donc voilà, à 14 ans, je me retrouve à signer au Standard. Un peu par hasard donc, mais certainement pas parce que j'avais deux pieds gauches (il rit). PIRARD : On était tous un peu surpris. Scolairement, j'ai d'abord changé d'école avant de finalement arrêter les frais en cinquième secondaire, mais ce n'était pas lié au Standard. Étant dyslexique, j'ai toujours eu des problèmes à l'école. En fait, cela n'avait jamais été un objectif de me retrouver dans un grand club. J'étais un bon gardien, mais comme il y en a plein chez les jeunes. C'est quand mes parents ont compris que le Standard était vraiment intéressé qu'ils m'ont demandé ce que je pensais de faire du football plus que 2 ou 3 fois par semaine. Du jour au lendemain ou presque, j'ai fait une croix sur les sorties avec les potes. Très vite, j'ai compris que le foot, c'était aussi ne pas avoir la même jeunesse que les autres. Ne pas boire, ne pas sortir, ce n'est pas facile pour un jeune de 18 ans qui voit tous ses potes s'amuser sans lui. Aujourd'hui encore, je dois toujours dire non, mais bon c'est un choix de vie que je ne regrette pas. PIRARD : C'est vrai que je ne m'attendais pas à jouer mon premier match en D1 contre une équipe du calibre de Bruges et dans un contexte où mon club avait besoin de points. Je vous mentirais si je disais que je n'étais pas particulièrement stressé ce soir-là, même si j'ai eu une semaine pour me préparer. Ma chance, ça a été d'avoir un entourage aux petits oignons pour me rassurer et d'avoir gardé une excellente relation avec William. En fait, elle est restée la même que quand lui était titulaire. Je pense que c'était d'autant plus facile que lui savait qu'il recevrait son bon de sortie en fin d'année. PIRARD : Alors là, avec Sébastien, il n'y a vraiment aucun souci non plus. C'est un Liégeois, donc on fait même les trajets ensemble pour aller aux entraînements, c'est vous dire. Je trouve ça légitime que le club ai opté pour un gardien d'expérience étant donné que j'étais le keeper le plus âgé après le départ de William. PIRARD : Je ne suis pas d'accord, j'ai encore découvert récemment le jeune Nordin Jackers à Genk qui a profité de la blessure de Bizot pour prendre un peu de temps de jeu. Il a été très bon. Ce n'est pas le seul, même si c'est vrai qu'actuellement dans les grands clubs, c'est plus difficile. Après, quand tu vois le niveau d'un Kalinic à Gand, ça doit forcément pousser les autres vers le haut. Il y a des choses surprenantes aussi. Par exemple, Ludovic Butelle qui était au-dessus du lot l'an dernier et qui a plus de mal cette saison. PIRARD : Quand j'ai le temps, je regarde toujours les matchs du Standard à la télévision. Et je ne peux dire qu'une chose, c'est que les réactions ont été complètement disproportionnées à son égard. OK, il a fait une erreur, mais tous les gardiens en font. Quel est l'intérêt de s'acharner contre un jeune gardien qu'on sait bourré de qualité ? Surtout quand on voit les prestations globales de l'équipe qui sont loin d'être irréprochables. Ce qui est sûr, c'est que j'ai beaucoup pensé à lui ces dernières semaines et que je n'aimerais pas être à sa place. Personne n'a envie de vivre des moments pareils. PIRARD : Moi, je suis parti à l'été 2015 parce que j'avais envie d'autres choses. Je voyais bien que mon avenir était bouché et que la politique sportive du club avait radicalement changé. Il faut remettre les choses dans leur contexte pour bien situer l'exploit de Guillaume qui a réussi à s'imposer dans l'équipe première d'un club qui transfère 111 joueurs en 4 mercatos ! Ma situation actuelle est fort différente, j'ai moins de pression. Après, je peux en effet me dire que si j'étais resté au Standard, j'aurais peut-être eu une trajectoire différente. Personne n'en saura jamais rien. Je ne referais pas les choses différemment mais je mentirais si je disais qu'il y a un an, à la même époque, je n'ai pas secrètement jalousé Guillaume d'y être arrivé au Standard. Le tout en étant évidemment son premier supporter. PIRARD : Je pense qu'il y a en effet un lien particulier qui nous unit. Le fait d'être esseulé tout en faisant partie d'un groupe, c'est une sensation étrange que seul un gardien peut comprendre. On ne fait pas le même boulot en fait. Il suffit de voir la réaction de Jean-François Gillet après son super match contre Anderlecht qui est allé vers Guillaume directement. C'est quelque chose qu'un attaquant ne ferait pas envers son concurrent. Et c'est normal, ce sont juste des rapports totalement différents. Un joueur de champ s'enthousiasmera toujours sur une belle frappe de Messi, nous on prendra toujours le parti du gardien de but. Moi, par exemple, j'adore le style d'un Joe Hart. PIRARD : Oui, mais à l'époque, il comparait aussi Guillaume à Thibaut Courtois qu'il avait connu à Genk. C'était plus de l'ordre de l'anecdote pour nous rappeler qu'il avait travaillé avec les deux meilleurs gardiens belges de notre génération (il rit). Moi, mon seul contact avec Simon Mignolet, c'était lors de ma toute première interview dans un café lui appartenant à Saint Trond. Il avait envoyé un message au tenancier pour lui dire qu'il nous regardait depuis Liverpool à travers la caméra de surveillance. PIRARD : On a l'impression qu'ils sont partis pour quelques années alors que Thibaut Courtois n'a que 3 ans de plus que moi. Ça signifie que rien n'est perdu, mais qu'ils vont être difficiles à bouger. Personne ne sait où je serai dans 5 ans ou l'année prochaine et je ne m'interdis certainement pas d'être ambitieux, mais à l'heure actuelle je vais déjà essayer de m'affirmer à Saint-Trond. S'il doit y avoir plus, cela viendra naturellement. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS BELGAIMAGE