Flash-back. Il y a trente ans. Le petit stade désuet du FC Winterslag accueille le premier match de championnat du nouveau club, le KRC Genk, devant 13.400 curieux mais à la mi-temps, le match est déjà plié. Anderlecht s'impose 0-3, notamment grâce à un but rapide de Luc Nilis, un ancien de Winterslag et un des nombreux Limbourgeois qui ont dû quitter leur province pour intégrer un grand club.
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Flash-back. Il y a trente ans. Le petit stade désuet du FC Winterslag accueille le premier match de championnat du nouveau club, le KRC Genk, devant 13.400 curieux mais à la mi-temps, le match est déjà plié. Anderlecht s'impose 0-3, notamment grâce à un but rapide de Luc Nilis, un ancien de Winterslag et un des nombreux Limbourgeois qui ont dû quitter leur province pour intégrer un grand club. Trois des joueurs qui ont vécu les débuts de Genk travaillent toujours pour le club. Dirk Medved est venu de Waterschei et a été vendu à Gand au bout d'une saison. Il exploite le café à thème de Genk. Pierre Denier était capitaine de Winterslag et est désormais team manager. Domenico Olivieri, jadis un jeune talent de Waterschei, allait succéder à Denier comme capitaine et il fait maintenant partie du staff technique. PIERRE DENIER : Elle était logique. Winterslag luttait chaque saison pour le maintien. Je voyais les meilleurs joueurs signer dans des clubs en dehors du Limbourg. Daniel De Raeve a rejoint Lokeren, Patrick Teppers est parti à Waregem. C'était la fête quand nous étions seizièmes, puisque seuls les deux derniers étaient relégués. Sans cette fusion, les deux clubs auraient dégringolé en séries provinciales, comme Beringen. DOMENICO OLIVIERI : J'ai travaillé huit mois chez Ford et trois semaines dans une usine de plastique avant de recevoir un contrat pro à 1.500 euros par mois. Le départ a été très difficile. Nous avions le sentiment que Winterslag avait la main, à tous les échelons. Il était resté en D1 alors que nous serions descendus en D3 sans la fusion. Nous étions tous des débutants, à part Tony Bialousz alors que les joueurs de Winterslag étaient expérimentés. Cette première saison, ce sont surtout eux qui ont été alignés. En plus, nous avons utilisé le terrain de Winterslag au début. Après l'échauffement sur le terrain annexe, nous devions traverser la rue, en chaussures de football, en nous faufilant entre les voitures pour rejoindre le vestiaire. C'était un peu dire aux gens : " Bougez vous, Pierke Denier arrive. " ( Rires) DENIER : Il a fallu quatre ou cinq ans pour que le nouveau club trouve ses marques. Nous venions d'un milieu amateur, nous avions un autre emploi et nous jouions pour nous amuser. J'avais travaillé huit heures par jour chez Yoko. Je m'entraînais le soir. Mon contrat semi-pro à Genk m'a rapporté 2.000 euros par mois. Je suis passé à temps plein en 1992. OLIVIERI : Les deux entités avaient des problèmes et leur fusion en a entraîné d'autres. Pendant des années, nous n'avons pas eu le sentiment d'être en bonne voie. Ça n'a commencé à changer qu'après la promotion, sur le terrain de Zwarte Leeuw. Pour la première fois, nos supporters nous ont soutenus avec fanatisme. C'était un tournant. Je voulais rester mais la direction ne m'a pas offert de nouveau contrat et je suis parti à Seraing, pour revenir quatre ans plus tard. Quand Genk m'a téléphoné, je pouvais aussi signer à Overpelt, en D2, qui était ambitieux et payait bien. DENIER : Il faut aussi un peu de chance. La première saison et celle qui a suivi la relégation, je n'étais pas titulaire. Puis, après le deuxième match de championnat, à Diest, René Desaeyere a raconté à la cantine qu'il partait au Germinal Ekeren. Le nouvel entraîneur, Enver Alisic, m'a dit qu'il me confiait le brassard et qu'il allait former une équipe autour de moi. Si Desaeyere était resté, ma carrière se serait achevée trois ans plus tôt et je ne serais sans doute pas ici. OLIVIERI : Nous faisions la navette à travers Genk. Nous nous entraînions ici derrière le stade, nous allions deux fois par semaine manger des spaghetti puis jouer au snooker et nous jouions à Winterslag. Pour la séance de récupération du lundi, nous allions à Tennisdel, où nous avions un jacuzzi. Après, nous mangions et buvions quelques bières au bar. DENIER : Au début, on comptait combien de joueurs des deux équipes étaient alignés chaque week-end. Ça n'allait pas bien et ça ne s'est pas amélioré quand Ernst Künnecke a été remplacé par Jef Vliers. Nous sommes descendus et plusieurs jeunes sont partis : Dirk Vangronsveld et Dirk Medved à Gand, Gerard Plessers, arrivé du grand HSV lors de la fusion, et quelques étrangers, comme le gardien Tomislav Ivkovic, qui n'avait été transféré qu'en janvier. Le stade en rigolait : " Avec Ivkovic, vous n'allez plus perdre 6-0, seulement 4-0. "OLIVIERI : Genk était très différent quatre ans plus tard, à mon retour de Seraing. Il n'y avait plus de rivalité entre les deux anciennes entités. DENIER : Plusieurs joueurs de Winterslag, insuffisants, avaient été remplacés. Alisic a joué un rôle positif car il a amené des éléments qui nous ont valu nos premiers succès : Davy Oyen, Jacky Peeters, Besnik Hasi, Philippe Clement. Ensuite, Pier Janssen a aussi demandé quatre renforts, parmi lesquels Kubu Lembi et Siasia Samson de Lokeren, mais en vain. Aimé Anthuenis, lui, a eu gain de cause. Je le revois foncer à l'étage, avec ses chaussures boueuses, en apprenant que Clement serait transféré en janvier. Il est resté et nous avons réussi le doublé titre-coupe. Aimé pouvait être très convaincant. Il savait comme prendre les gens, il impliquait tout le monde et nous sommes devenus un club très familial. Plus tard, la prolongation de contrat d'Oulare a provoqué des discussions car il était très fragile. Quand il a marqué, Aimé s'est tourné vers la direction et a mimé un geste : signer. OLIVIERI : Il savait pourquoi il voulait Souleymane Oulare malgré sa fragilité. Le mardi, nous avions souvent une séance corsée dans les bois. Clement et Jacky Peeters y allaient de tout leur coeur et sprintaient pour être les premiers mais Oulare n'a jamais vu le bois. Il pouvait rester tranquillement au chaud pendant que nous nous défoncions. Nous le comprenions car il faisait la différence le week-end. Il n'aurait sans doute pas émergé avec un autre entraîneur. DENIER : Un jour, le médecin a dit qu'il ne jouerait certainement pas le week-end. Aimé a répondu que si. Oulare a joué et a fait la différence. OLIVIERI : Ces premiers trophées nous ont permis de découvrir l'Europe. Imaginez-vous, un joueur de Genk à Moscou ! Mais l'image qui reste gravée en moi, c'est l'échauffement dans un stade albanais, avant un match contre Apolonia Fier. Un bonhomme allait rechercher tous nos ballons. Il n'avait même pas de chaussettes dignes de ce nom : nous lui en avons offert une paire. Je n'oublierai jamais son regard ni sa reconnaissance. Il ne faut jamais perdre de vue d'où on vient. OLIVIERI : J'ai mis un terme à ma carrière en 2003 et j'ai travaillé en jeunes, en U15 pour commencer. Kevin De Bruyne est le plus grand talent que j'aie connu. Il se fâchait parce qu'il avait toujours deux actions d'avance sur ses coéquipiers. DENIER : Je me rappelle que, chaque fois que j'allais à un match des U17 avec Domenico ou que je lui téléphonais pour savoir ce qu'ils avaient fait, il disait : " Kevin a encore marqué. " OLIVIERI : Durant un stage à Spa, Hans Visser et moi avons mis sur pied un entraînement alternatif en VTT. Nous sommes partis en petits groupes et nous avons vite rattrapé celui de Hans et de Kevin. Celui-ci était lent, rouge comme une tomate et furieux : " Ça n'a rien à voir avec le football ", a-t-il crié alors que nous l'encouragions. Je suis époustouflé de voir son rayon d'action actuel. DENIER : Nous alignions Kevin sur le flanc. Il y était si bon que nous ne pensions même pas à l'essayer au centre. Ce sont les talents d'exception qui font les champions. Maintenant, nous avons à nouveau un triangle médian avec lequel... (Il se reprend de justesse.) euh, nous pouvons obtenir de bons résultats. (Sourire)OLIVIERI : Nous sommes un club formateur. Le meilleur moyen de convaincre les jeunes talents de nous rejoindre et de rester, c'est de leur montrer qu'ils peuvent recevoir leur chance. S'ils n'obtiennent pas leur chance en équipe première, ils s'en vont. Mais ils ne sont pas tous prêts immédiatement à jouer en équipe A. La patience est souvent aussi importante que le talent. Prenez Leandro Trossard. Parfois, il vaut mieux effectuer un détour. DENIER : Sergej Milinkovic-Savic joue à la Lazio mais pendant sept ou huit mois, j'ai dû lui répéter : " Sergej, tu es le 19e homme. " OLIVIERI : Il devait alors jouer en espoirs mais au début, il ne tenait pas physiquement. DENIER : Il faut de temps en temps pouvoir aligner un garçon du cru. C'est pour ça que nous sommes si contents de ce que montrent Bryan Heynen, Trossard et Dries Wouters. OLIVIERI : Heynen a toujours joué facilement, il a toujours eu de la vista et il est rapidement passé des espoirs au noyau A. Mais pour le moment, la concurrence fait rage dans l'entrejeu. Dries a presque toujours joué au quatre mais il est aussi très bien entré à l'arrière gauche. En fait, il n'a jamais déçu, à quelque position qu'il joue. DENIER : L'arrivée de Philippe Clement a été décisive. On décelait déjà l'entraîneur en lui quand il jouait. Au repos, il conduisait quelques coéquipiers au tableau. Il ne se ménageait pas lors de la dernière séance de la semaine. Son engagement était contagieux. Il a bénéficié d'un bon apprentissage avec Michel Preud'homme et il y adjoint ses qualités personnelles. Son sens du travail est une des principales. OLIVIERI : Il est maniaque. Avant de jouer pour nous, il nous a affrontés, sous le maillot du Beerschot. Il courait comme un fou. Je lui ai crié : " Eh, du calme. " Mais Philippe est aussi très sociable. Il aime travailler mais il sait rire. Je me rappelle une superbe soirée de carnaval en sa compagnie. DENIER : C'est un fin tacticien et il accorde une certaine liberté aux joueurs mais toujours dans des limites bien définies. OLIVIERI : C'est aussi un bon people manager, capable de rallier tout le monde à sa cause. Il a rendu importants les joueurs qu'il fallait, sans les placer au-dessus du groupe. DENIER : Et quand l'un d'eux essaie de sortir du droit chemin, il le sent et intervient immédiatement. Philippe sait comment gérer Pozuelo. OLIVIERI : Les joueurs s'amusent et se livrent à fond à l'entraînement. On sent que l'implication est énorme dans tous les départements. Le président est d'ici, comme le CEO et d'autres dirigeants. DENIER : Quand l'entraîneur revient d'une séance, je l'entends souvent dire : " Il y avait encore beaucoup de qualité, aujourd'hui. " Cela se remarque du banc. Il m'arrive de le dire à Guy Martens : nous avons connu une période similaire avec Hugo Broos. Du banc, nous sentions que tout allait bien se passer. Cette équipe est solide, stable. Elle aime s'entraîner. Quand elle concède un nul, on lit la déception sur tous les visages. Ce groupe est très ambitieux.