Il y a eu Mbark Boussoufa. Bryan Ruiz. Roberto Rosales. Yassine El Ghanassy. Puis, plus récemment, Yaha Soumahoro. Et Ibrahima Conte. Quand il s'agit de débusquer des techniciens élégants dans les coins les plus reculés, les scouts de La Gantoise sont là. Ce Conte (20 ans en avril), le staff Buffalo est allé le chercher en pleine nature. Pas dans sa Guinée natale : il l'avait quittée tout en fin d'année 2008 car une guerre civile sanglante venait d'y éclater. Il s'était réfugié en Côte-d'Ivoire. " C'était l'horreur dans mon pays, il fallait que je m'en aille. On incendiait tout, on tuait des civils. Comme dans les films. "
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Il y a eu Mbark Boussoufa. Bryan Ruiz. Roberto Rosales. Yassine El Ghanassy. Puis, plus récemment, Yaha Soumahoro. Et Ibrahima Conte. Quand il s'agit de débusquer des techniciens élégants dans les coins les plus reculés, les scouts de La Gantoise sont là. Ce Conte (20 ans en avril), le staff Buffalo est allé le chercher en pleine nature. Pas dans sa Guinée natale : il l'avait quittée tout en fin d'année 2008 car une guerre civile sanglante venait d'y éclater. Il s'était réfugié en Côte-d'Ivoire. " C'était l'horreur dans mon pays, il fallait que je m'en aille. On incendiait tout, on tuait des civils. Comme dans les films. " Son agent l'emmène donc à Abidjan. Lors d'un tournoi international de jeunes, Conte épate la galerie, multiplie ses petits numéros. A la Boussoufa. A la Ruiz. Etc. Plusieurs recruteurs français sont sur le cul. Et celui de Lille est le plus pressant. Le petit Conte (174 cm) reçoit une offre formelle pour signer dans le Nord. " Mais mon rêve s'est effondré à cause de problèmes administratifs. On ne voulait pas me donner de visa. Ni en Guinée, ni en Côte-d'Ivoire. " Sa déception est énorme, il pense être passé à côté d'une chance unique, d'une opportunité qui ne se représentera pas. La Gantoise entre alors dans la danse. Erwin Vandendaele, l'ancien Diable Rouge qui est scout pour les Buffalos, a entendu parler du talent, se déplace en Afrique et organise spécialement un match pour le voir à l'£uvre. Il est directement séduit. Et il boucle tout aussi directement les formalités administratives : Conte débarque chez nous durant l'été 2009. Pas pour y faire partie immédiatement du noyau professionnel. Il fait d'abord un long stage en Espoirs, où il rencontre une autre personne déterminante pour son avenir : " Bob Peeters, qui entraînait les jeunes de Gand, je lui dois tout. Il m'aimait trop ! Il me faisait énormément confiance : tous les corners et les coups francs, c'était pour moi. Après les entraînements collectifs, il me gardait encore un long moment sur le terrain et je continuais à travailler mes frappes. Puis, il m'appelait quand j'étais rentré chez moi pour s'assurer que tout allait bien. Parce qu'il voyait que je souffrais beaucoup en dehors du stade : je pleurais souvent, l'Afrique me paraissait si loin. Je n'oublierai jamais Peeters. Même s'il ne m'a pas épargné à certains moments. Quand j'avais mal joué, il ne me le cachait pas, il pouvait même être très sec dans son analyse. A la mi-temps d'un match contre Anderlecht, par exemple, il m'a sérieusement engueulé et m'a menacé de me sortir si je ne montrais pas autre chose. Il ne comprenait pas que je n'exploite pas toutes mes qualités dans un rendez-vous pareil. " Peeters a d'ailleurs essayé de le faire passer au Cercle, l'été dernier : " Personne ne le connaissait encore, à part quelques personnes de Gand, et j'ai essayé d'en profiter. Mais la direction n'a pas voulu le lâcher. C'est normal : la nouvelle perle du club, c'est lui. J'ai un souvenir très fort de ses débuts en Espoirs, la saison passée. Il avait raté la préparation à cause d'une blessure, puis il a fait un premier match de fou. On pensait qu'il jouait sur son enthousiasme et qu'il allait vite retomber, mais au contraire, il s'est amélioré de semaine en semaine. Il était au-dessus du lot. Il est très rapide et très mobile, donc c'est difficile de lui prendre le ballon. Sa technique est bien au-dessus de la moyenne. Et il est assez costaud, malgré son gabarit plutôt frêle. Je le faisais jouer à gauche, à droite, comme médian axial ou comme attaquant de pointe : tout lui réussissait. Je suis sûr que La Gantoise n'est qu'une étape pour lui, qu'il ne s'éternisera pas dans le championnat de Belgique. "En 2009-2010, Ibrahima Conte ne dispute qu'un seul match de championnat. Michel Preud'homme le trouve encore beaucoup trop tendre. Par contre, Francky Dury croit en lui dès son entrée en fonction : " Il a quelque chose de spécial. Je suis séduit notamment par son endurance et son jeu de position. Moi, je ne suis pas du genre à dire : -Patience, il n'a que 19 ans. Quand on est bon, on joue. " Quelques bribes de match par-ci, par-là, à différents postes dans l'entrejeu, et même une chance en Europa League contre le Sporting Lisbonne. Ce soir-là, le Guinéen - entre-temps devenu international - marque son tout premier but - et magnifique, en plus - pour Gand. Après une longue période de frustration car il était habitué à tout renverser sur son passage et à scorer avec Bob Peeters. " Au début de cette saison, j'étais très impatient d'enfin entrer dans l'équipe. Demandez à Michel Louwagie, le manager : je l'ai appelé un nombre incalculable de fois quand je n'avais pas la confiance du coach, je lui demandais quand on allait enfin croire en moi. Il me répétait sans arrêt que rien ne pressait, que j'étais encore jeune. L'arrivée de Dury a été une très bonne chose pour moi car il aime les techniciens alors que Preud'homme n'avait pas nécessairement les mêmes priorités. " PAR PIERRE DANVOYE " Il fallait que je quitte la Guinée. On incendiait tout, on tuait des civils. Comme dans les films. "