C'est bien loin de la région montoise que l'entraîneur des Dragons, José Riga, prend plaisir à se ressourcer. Dans sa région à lui, à quelques encablures de Visé, coincé entre la Meuse et le Canal Albert, dans le village de Hermalle-sous-Argenteau, dominé par les tours lointaines du site sidérurgique de Chertal. " La route est longue mais elle m'aide à effectuer une coupure ".
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C'est bien loin de la région montoise que l'entraîneur des Dragons, José Riga, prend plaisir à se ressourcer. Dans sa région à lui, à quelques encablures de Visé, coincé entre la Meuse et le Canal Albert, dans le village de Hermalle-sous-Argenteau, dominé par les tours lointaines du site sidérurgique de Chertal. " La route est longue mais elle m'aide à effectuer une coupure ". Pas de complaintes inutiles chez ce Liégeois qui aime toujours offrir un ton calme et poli à son interlocuteur. Même quand il se laisse gagner par l'adrénaline en bord de terrain, il mesure ses propos. Ce relatif détachement lui a permis de résister aux soubresauts qui n'ont cessé d'émailler la campagne montoise. Huit mois après avoir découvert la D1 dans la peau d'un entraîneur principal, presque deux ans après avoir pris du service à Mons, il est toujours là. Ce qui, sous la présidence de Dominique Leone, s'assimile déjà à une gageure tant le bouillant président montois a la gâchette facile quand il s'agit de se séparer d'un entraîneur. " Pourquoi ne m'a- t-il pas limogé ? Car il a trouvé des raisons pour me garder. Sans doute a-t-il eu le sentiment que je faisais tout pour réussir et qu'il ne voyait pas de grosses lacunes dans cette équipe ". C'est donc dans son fief que José Riga nous reçoit. Avec toute sa famille pour l'entourer. Son fils Grégory (23 ans), sa fille Melissa (21 ans) et son épouse Joëlle. " Ici, je suis chez moi. Enfin, surtout chez ma femme qui habitait déjà dans le village. Je n'ai pas vraiment eu le choix. C'était quasiment prévu dans le contrat de mariage ", dit il sur le ton de la plaisanterie. Voilà pour le côté reposant. Car pour le reste, on ne peut pas dire que Riga a nagé dans la quiétude tout au long de l'année. Entre rumeurs de licenciement et résultats parfois pas à la hauteur du jeu proposé, il n'a pas été ménagé. " J'ai vécu ces événements avec beaucoup de simplicité. Cependant, il ne faut pas croire que j'étais dupe. Je savais ce qu'il risquait de m'arriver en cas de mauvais résultats. Je ne pense pas que j'échappe à la règle. Je me remettais en question. Je me demandais si j'avais fait tout ce qu'il fallait pour sortir de cette crise. Je passais cependant plus de temps à travailler qu'à penser à mon avenir. Je ne me suis jamais soucié des conséquences qu'un licenciement pouvait avoir sur mon image ni sur ma famille. J'avais préparé les miens depuis longtemps à cette éventualité. Ils savent que je fais un job à risque. Croyez moi : je n'ai pas craint l'issue fatale quand je me suis assis sur le banc avant le match contre Bruges. Le foot a toujours occupé mon esprit. Que je sois menacé ou pas ! Je pars du principe que si on pense trop au passé et au futur, on oublie le présent. Je réagis de la même façon quand il y a des bons résultats. Je ne vais pas me dire que si on fait un bon parcours, un club plus huppé pourrait être intéressé par mes services ". Le plus dur semble passé même si le club n'est pas encore totalement à l'abri. Riga finirait-il donc la saison sur le banc montois ? " J'y compte bien. Je n'aime pas l'échec. Comme tout le monde, j'ai eu des coups de cafard mais cela ne dure jamais longtemps. J'en reviens toujours à terminer ce que j'ai commencé. Lors des difficultés, tout le staff a essayé d'identifier les tenants et les aboutissants. J'ai mené également une réflexion sur moi-même. Il est impératif de se remettre en question et surtout éviter de douter. Je ne suis pas souvent satisfait mais il faut parfois admettre qu'on n'est pas responsable de tout. Sur une saison et demie, j'ai rencontré des obstacles difficiles à expliquer aux joueurs. Notamment l'année passée lorsqu'on nous a retiré des points ". Depuis qu'il est à Mons, Riga n'a jamais dérogé à sa philosophie du beau jeu. " Fondamentalement, je ne saurais pas changer. Sinon, on risque de ne plus être vrai. Un acteur, quand il rentre dans la peau d'un personnage, ce n'est que le temps d'un film. Un coach voit ses joueurs tous les jours. Il ne sait pas être faux. Je suis amateur d'un certain foot et on a beau me parler de réalisme, ma recherche va toujours dans le même sens. Les spectateurs doivent s'y retrouver. Quand j'ai commencé comme entraîneur en Provinciales, j'ai mis en place un système et celui-ci a toujours fonctionné. Et je pense que quand on fait appel à moi, c'est aussi en raison de cette qualité de jeu que je prône. En début de saison passée, je savais qu'il y avait un impératif : le résultat final. En D2, on dit toujours qu'il faut du caractère mais on a été champion avec un fonds de jeu. En début de championnat, je n'ai jamais été obnubilé par le maintien. Je trouvais réducteur que l'on débarque en D1 et que l'on parle uniquement de maintien. On ne savait même pas se situer. Je n'aime pas cela car j'ai toujours envie de plus. Cependant, c'est vrai que je me suis demandé à certains moments si c'était le bon chemin pour y arriver. De plus, je vous l'ai dit, je ne suis pas dupe : je sais qu'une organisation est nécessaire mais je refuse de subir le jeu ". Et ce n'est pas pour rien que la campagne de transferts a été orientée de façon à ce que Mons puisse développer un beau jeu. " On a cherché certains profils. On voulait des joueurs rapides et techniques. Les premiers matches nous ont donné raison puisqu'on est bien rentré dans le championnat. Finalement, on a basculé dans la difficulté sur peu de choses. On nous reproche notre naïveté mais si on regarde le nombre d'occasions que l'on a à chaque rencontre par rapport à celles que l'on a concédées, la balance est largement en notre faveur. Vu l'effectif que j'avais, c'était difficile de modifier notre philosophie de départ. A la trêve, on a quand même rectifié le tir en prenant des joueurs de gabarit différent car on avait constaté un problème de taille ". " A un moment donné, on louait notre jeu et on a même fait plusieurs reportages sur notre défense. C'était avant le match de Genk (6-1). Après, on a oublié tout ce qu'on a essayé de faire. On a commencé à ne relever que les points faibles de l'équipe. Parfois, je trouve qu'on attend trop de Mons. Si on gagne 1-0 mais qu'on n'a pas mis le deuxième but, on va parler de partie monotone. On a vu de très bonnes rencontres de Mons et quand on en observe une moins bonne, elle est qualifiée de médiocre. J'ai le sentiment que l'on oublie qu'on est promu, qu'on a agi avec nos armes et que, malgré tout, on a produit du beau football. Après la rencontre à Charleroi, j'ai vu les cotes dans les journaux. Tous les Carolos avaient 6 et tous les Montois 5. Je ne suis pas d'accord. Quand je revois le match, on méritait le point, voire la victoire ". Lorsqu'il parle, Riga peut très vite s'emballer. Comme sur un terrain. " Je ne saurais pas voir les choses passivement ". L'entraîneur mosan se montre persuasif et n'hésite pas à balayer certains arguments. Oui, Mons peut avoir des regrets au vu de la tournure prise par certaines rencontres. Non, Mons n'a jamais usurpé une victoire. " La victoire face au Germinal Beerschot a été facilitée par l'exclusion mais avant cela, les Anversois ne touchaient pas une quille. Et après, ils ne se créaient rien. On aurait dû l'emporter 3-0. On a gagné contre Lokeren et il ne faut pas oublier ce qu'il y avait sur le terrain en face. Or, l'adversaire n'a pas eu d'occasions. La même réflexion est de mise contre Bruges. Il faut se demander pourquoi notre opposant n'a rien montré. Si on ne prend pas de buts contre ces équipes, c'est la preuve qu'on dispose d'une organisation. Finalement, il nous manque simplement de l'efficacité devant ". Il concédera juste que le rythme de jeu a changé en cours de championnat : " Ce ne sont pas les mêmes joueurs qu'en début de saison. Avant, il y avait des feux follets mais on manquait de puissance et de force de pénétration. Maintenant, on dispose de plus de maturité. Et puis, il ne faut pas oublier que ce sont des matches à six points ! On n'emballe pas une rencontre comme on veut. On a pris Beveren à la gorge dès l'entame du match. Résultat : 1-0 seulement. Si on avait réussi à gagner l'une ou l'autre rencontre par deux ou trois buts d'écart, on aurait joué plus libéré. Il nous a manqué un match référence et maintenant avec notre succès contre Genk, on l'a." Si Mons se crée des occasions, il ne les met pas au fond. Cette rengaine revient depuis quelques mois. Ne fallait-il pas tout simplement conserver Jeremie Njock ? " Il a émis à plusieurs reprises son désir de partir et doit-on retenir un joueur dans ces conditions ? De plus, il faut voir sa vraie valeur en D1. Il a ses limites. Il donne beaucoup sur un terrain mais il a un problème de lenteur et de finition, quoi qu'on en dise. Il a mis des buts en D2 car c'est un gros travailleur mais dans certaines situations, on a pesté sur ses ratés, son manque de technique et de lucidité. Je pense qu'on a fait une analyse correcte ". Mais ses remplaçants font-ils mieux ? " L'objectif était de transférer quelqu'un à l'instinct de buteur. On avait quelques pistes mais on n'a pas pu les concrétiser. Mons n'a pas les moyens de se payer n'importe quel attaquant. On attirera davantage si on se maintient en D1. L'été passé, on n'était pas en position de force. Dès janvier 2006, on a effectué une évaluation très objective de notre effectif et on a décidé de se séparer de plusieurs éléments. Certains nous reprochent de ne pas avoir conservé le noyau champion en D2 mais il suffit de regarder où sont ces joueurs aujourd'hui. En Promotion, en D3, en D2, en Ligue 2, ou dans des clubs de D1 où ils ne sont pas titulaires. Notre souci était de bien faire les choses. On a essayé de retrouver une certaine identité, ce qui n'est pas facile. On nous reproche le nombre élevé de transferts étrangers mais le premier joueur acquis fut Bjorn De Coninck qui, pour des raisons personnelles, est parti. Je ne suis pas du genre à casser ce que j'ai construit. Partout où je suis passé, j'ai voulu conserver une assise ". Oui mais les transferts sont-ils réussis ? " On a regardé la mentalité et les qualités. On critique certaines arrivées mais il ne faut pas tout jeter. Frédéric Jay constitue un bon choix ; Hocine Ragued un très bon choix ; Wilfried Dalmat et Michaël Wiggers aussi. Aziz El Khanchaf se fond très bien dans le groupe. Au moins, l'aspect mentalité est présent chez lui. François Zoko n'a que 23 ans et est en devenir ". Tel un bon avocat, il a bien assuré la défense de son groupe. Le ton redevient calme et reste poli. Riga sait où il va. " Ma femme m'a dit - Tu te rends compte de la chance que tu as, tu réussis tout ce que tu fais. Non, je ne m'en rends pas compte. Si je m'en nourrissais, je n'aurais plus faim. Cependant, comme je n'avais jamais connu une période de non-réussite, j'ai eu du mal à l'admettre. Ceci étant, je ne me plains pas de mon parcours. Je sais où se situe le vrai bonheur : la santé, la famille, tout ce qui relève de l'humain. Finalement, je suis quelqu'un qui se contente de pas grand-chose ". par stéphane vande velde/photo : reporters-philippe buissin