"Après la Coupe du Monde 1986, les joueurs et les accompagnateurs de l'équipe nationale belge ont voulu faire un geste envers les enfants de Toluca", raconte-t-elle. "Ils avaient été impressionnés par ces gosses rencontrés dans la rue, en train de vendre des bonbons pour gagner quelques pesos, et qui n'avaient aucun accès à l'éducation. Dans un premier temps, on avait pensé à une aide financière, mais les parents de certains enfants étaient alcooliques et auraient pu utiliser l'argent à d'autres fins. Puis, on avait pensé à une maison ouverte, où les gosses pourraient manger et dormir. Mais cela n'a pas fonctionné, parce que la plupart des gosses ne revenaient pas. Après, on a songé à un internat. C'était mieux, mais les enfants se méfiaient. Ils n'avaient pas l'habitude de se voir offrir un toit, de la nourriture et de l'eau chaude alors qu'on ne leur demandait rien en échange. Progressivement, la Casa Hogar a cependant acquis une certaine réputation. Il arrivait encore que des enfants s'enfuyaient, mais au fil du temps, ils ont compris qu'ils pouvaient dormir ici et aller à l'école pendant la journée. C'était comme s'ils rentraient à la maison après les cours. Mais il restait à affronter le regard des autres. C'était difficile, pour eux, d'expliquer ...

"Après la Coupe du Monde 1986, les joueurs et les accompagnateurs de l'équipe nationale belge ont voulu faire un geste envers les enfants de Toluca", raconte-t-elle. "Ils avaient été impressionnés par ces gosses rencontrés dans la rue, en train de vendre des bonbons pour gagner quelques pesos, et qui n'avaient aucun accès à l'éducation. Dans un premier temps, on avait pensé à une aide financière, mais les parents de certains enfants étaient alcooliques et auraient pu utiliser l'argent à d'autres fins. Puis, on avait pensé à une maison ouverte, où les gosses pourraient manger et dormir. Mais cela n'a pas fonctionné, parce que la plupart des gosses ne revenaient pas. Après, on a songé à un internat. C'était mieux, mais les enfants se méfiaient. Ils n'avaient pas l'habitude de se voir offrir un toit, de la nourriture et de l'eau chaude alors qu'on ne leur demandait rien en échange. Progressivement, la Casa Hogar a cependant acquis une certaine réputation. Il arrivait encore que des enfants s'enfuyaient, mais au fil du temps, ils ont compris qu'ils pouvaient dormir ici et aller à l'école pendant la journée. C'était comme s'ils rentraient à la maison après les cours. Mais il restait à affronter le regard des autres. C'était difficile, pour eux, d'expliquer à leurs compagnons de classe que la personne qui venait les chercher n'était ni leur père, ni leur mère. On a alors créé la figure de l'oncle. Tous les éducateurs de la Casa Hogar sont donc des oncles ou des tantes. Leurs condisciples ne se doutent pas directement que ce sont des enfants abandonnés". Pas que le foot"La majorité des enfants de la Casa Hogar ont été abandonnés par leurs parents qui n'avaient pas les moyens de les nourrir. D'autres ont été battus. Nous ne pouvons pas, cela va de soi, emmener avec nous à la Casa Hogar tous les enfants que l'on rencontre dans la rue. Ce serait du rapt. Il faut qu'un membre de la famille signale que l'enfant est l'objet de mauvais traitements ou qu'un jugement nous autorise à l'accueillir. L'une des conditions est que l'enfant soit en mesure d'aller à l'école. Nous ne pouvons pas accueillir des enfants qui présentent des déficiences physiques ou mentales, et requièrent une assistance spéciale". Actuellement, ils sont 22 enfants à la Casa Hogar. Le plus jeune a quatre ans et demi, le plus âgé en a 15. Ce sont tous des garçons. "Pourquoi pas de filles? La mixité pourrait peut-être poser un problème dans l'établissement, mais la raison principale est que ce sont surtout les garçons qui sont abandonnés. Les filles parviennent souvent à être embauchées comme femme de ménage, même à un très jeune âge. Mais ce serait peut-être une bonne idée de créer une deuxième Casa Hogar pour elles". Comment se présente une journée-type? Tío Jesus, l'un des oncles, prend la parole : "Les enfants se lèvent à 5h30. Ils font leur chambre et leur toilette, prennent leur petit déjeuner, puis on les conduit à l'école avec notre mini-bus. Les cours se terminent vers 13 heures ou 13h30. Ils sont de retour à la Casa Hogar en début d'après-midi. Ils mangent, font leurs devoirs et, lorsqu'ils ont le temps, peuvent ensuite se délasser. Nous avons un terrain de football, un terrain de basket, une bibliothèque, une chapelle Saint-Michel. Nous avons des enfants affiliés à des clubs de football, de basket, de tennis, de natation ou de foot américain. Pour certains enfants, l'adaptation demeure difficile car ils veulent partir à la recherche de leurs véritables parents, c'est humain. D'autres ont un comportement conflictuel ou rencontrent des problèmes à l'école. Quelque part, c'est logique aussi lorsqu'on connaît le contexte dans lequel ils ont grandi. Mais, dans la majorité des cas, cela finit par s'arranger. Il est préférable, cependant, que les enfants arrivent très jeunes à la Casa Hogar. Vers trois ans, par exemple. Ils s'adaptent mieux. S'ils arrivent à dix ou 12 ans, ils ont déjà pris trop de mauvaises habitudes et ont vécu trop d'expériences douloureuses. Sans compter qu'ils se dirigent vers la période toujours très délicate de l'adolescence. Mais ils n'ont pas choisi d'être abandonnés, et si on peut les secourir à n'importe quel âge, on se doit d'essayer. L'expérience nous a appris que l'une des meilleures méthodes était de se montrer respectueux envers eux. Ce sont des gosses auxquels la vie n'a pas fait de cadeau. Il faut comprendre qu'ils puissent traverser des crises. Comprendre, aussi, qu'ils se posent des questions fondamentales sur l'existence, l'amour, l'amitié". La maison des touche-à-toutDepuis 1986, les enfants-pensionnaires de la Casa Hogar ont changé. Selon les années, leur nombre a oscillé entre 12 et 28. Les premiers ont forcément quitté l'établissement. "Il y en a dont nous avons perdu la trace", reprend Rosío Fuentes. "Mais certains anciens sont revenus nous rendre visite. Cela fait plaisir d'apprendre qu'ils ont trouvé un travail ou se sont mariés. Récemment l'un d'entre eux est devenu papa. Ce qui fait dire à certains que je suis devenue... grand-mère!Actuellement, nous sommes six. Nous enchaînons cinq jours de travail et deux jours de congé. La plus ancienne est Patricia Martinez, elle est ici depuis six ans. Le plus difficile, pour la survie de la Casa Hogar, est de renouveler le personnel. Travailler ici, ce n'est pas une profession, mais un apostolat. Car il faut aussi quitter sa famille. On dort avec les enfants, forcément. La plupart des gens qui posent leur candidature demandent combien ils peuvent gagner... et ils se ravisent. Il faut être un peu touche-à-tout. S'y connaître en cuisine, en plomberie, en électricité. Car nous n'avons pas les moyens d'engager des cuistots ou des ouvriers. Mais quelle récompense lorsqu'on découvre que l'un des enfants réussit dans la vie!" Aux murs de la Casa Hogar, des plaques commémoratives rendent hommage aux généreux donateurs: des dirigeants fédéraux, des privés, des sponsors de l'Union Belge. Dans la bibliothèque, un portrait de Philippe et Mathilde. "Voici quatre ans, le prince Philippe était venu nous rendre visite", se souvient Rosío Fuentes. "Après avoir visité les installations, il a souhaité participer à un match de football avec les enfants. Ceux-ci ne l'ont pas ménagé: ils l'ont tacklé, certains refusaient de lui céder le ballon. Alors que Philippe était au sol, l'un des enfants lui a demandé: -C'est vrai que tu es un prince? Alors, où se trouvent ton cheval et ta couronne?" Daniel Devos, envoyé spécial au Mexique,Ils ont tacklé notre prince Philippe!