Chaque saison amène le même refrain. Comment Albert Cartier va-t-il réussir à nous surprendre, à conduire sa formation plus haut encore ? A chaque fois, on souligne la jeunesse de l'effectif (21 ans de moyenne d'âge sur les quatre premiers matches du championnat), le manque de talent, le départ de pions importants, la préparation houleuse mais à chaque fois, son équipe est présente quand les trois coups de la compétition retentissent. Cartier ne laisse rien au hasard. Il soigne les détails, parle de rigueur et de travail, passe ses journées au stade, tentant de communiquer son envie et sa volonté à tout un groupe.
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Chaque saison amène le même refrain. Comment Albert Cartier va-t-il réussir à nous surprendre, à conduire sa formation plus haut encore ? A chaque fois, on souligne la jeunesse de l'effectif (21 ans de moyenne d'âge sur les quatre premiers matches du championnat), le manque de talent, le départ de pions importants, la préparation houleuse mais à chaque fois, son équipe est présente quand les trois coups de la compétition retentissent. Cartier ne laisse rien au hasard. Il soigne les détails, parle de rigueur et de travail, passe ses journées au stade, tentant de communiquer son envie et sa volonté à tout un groupe. A 45 ans, ce Vosgien entame sa troisième saison en Belgique et jusqu'à présent, son parcours sous nos latitudes est couronné de succès sportifs. Au Brussels, il a façonné un effectif jeune et il a réussi à l'amener à maturité pour le début du championnat. Au grand étonnement de tout le monde. " Vous cherchez une raison valable pour expliquer notre réussite ? On a repris les entraînements le 5 juin. Parce qu'on savait qu'on avait un groupe jeune qui avait besoin de travailler et de progresser. Vivre ensemble amène de l'expérience. Ce groupe devait apprendre à avoir une philosophie commune et il faut qu'il reste avec cet état d'esprit-là. Je ne considère pas les résultats obtenus comme un miracle. Le groupe a respecté des principes, des fondamentaux. Dès l'instant où on commencera à les négliger, on va se retrouver face à un mur. Cependant, si les résultats proviennent d'un état d'esprit, il faut aussi souligner qu'on est dans la continuité de ce qui a été accompli la saison dernière mais aussi sous la conduite d' Emilio Ferrera et de Robert Waseige. Les hommes passent mais la philosophie reste. Seul, finalement, le président demeure et c'est lui qui est le détenteur de cette philosophie. Le Brussels, c'est son projet et nous sommes là pour le faire avancer ". Malgré les bons résultats, la grenouille bruxelloise ne se voudra pas plus grosse que le b£uf. Foi de Cartier : " On est persuadé qu'on n'est pas les meilleurs mais qu'on peut avoir une équipe. Ce qui importe, c'est la solidarité entre les lignes ; la réussite de notre entreprise dépendra de ça et de la volonté qui règnera dans l'équipe. Ce qui donne aux joueurs la capacité de se sublimer réside dans l'envie de progresser. Nous, les éducateurs, nous devons juste donner envie d'avoir envie " " Mon travail s'oriente autour de trois principes. Premièrement : la rigueur. Il y a un code interne dans le groupe et celui-ci est accepté et respecté par tous. Deuxièmement : la transparence. On peut tout se dire. Pour moi, le respect est le point d'ancrage fondamental dans la relation humaine et il passe par la transparence. Cependant, c'est le point le plus difficile à obtenir et à conserver. Le mode de communication est important car il faut se positionner dans son discours selon la personne. On ne dit pas tout de la même façon. Troisièmement : la créativité. A un moment donné, le joueur va sortir quelque chose d'unique et il faut que cela transparaisse et s'exprime. Cet espace-là de liberté, ce n'est pas pour faire n'importe quoi. Il doit servir à ce que le joueur s'accomplisse et se réalise. Il faut lui enlever toute l'anxiété que peut susciter la compétition et lui redonner la joie de jouer. Mais il y a des impératifs à respecter ". Tout cela paraît-il trop théorique ? Cartier : " Il faut donner envie de gagner à son groupe. Mais tout le monde veut gagner en montant sur un terrain. Ce qu'il faut, c'est préparer son groupe à cette envie. Cela ne sert à rien de leur dire - Il faut gagner ce soir car en affirmant cela, on ne fait que rajouter de l'anxiété. Non, il faut susciter à chaque fois et à chacun un autre objectif. Pour faire souffrir l'adversaire, il faut être capable de souffrir soi-même. C'est en semaine que cette souffrance doit se manifester et le week-end, place au plaisir. Quand les joueurs rentrent sur le terrain, ils savent qu'ils sont prêts physiquement car ils ont bien travaillé en semaine et ils connaissent leur mission ". Pour avoir le groupe le plus compact possible, Albert Cartier valorise aussi les travailleurs de l'ombre : " Un joueur ne doit pas râler du fait que certains brillent sur un terrain et d'autres pas. Il faut des travailleurs, des créateurs et des finisseurs. A moi de repositionner la médiatisation d'un tel ou d'un tel et de mettre en valeur des garçons moins habitués à être sous le feu des projecteurs. Finalement, je dois veiller à obtenir un certain équilibre. Une équipe n'est pas composée des 11 meilleurs éléments mais du meilleur onze ". Avec une moyenne d'âge de 22,9 ans, le Brussels bat tous les records (cf. cadre). Pourtant, tout le monde est épaté de la maturité de ces gamins : " Ils savent ce qu'ils doivent faire quand ils sont appelés au jeu. Ils ne sont pas surpris. J'organise pendant les entraînements des situations de stress défensifs ou offensifs pour qu'ils sachent comment réagir en match lorsqu'ils seront confrontés à ces situations. Pour moi, un bon joueur n'a pas d'âge. S'il est prêt et s'il comprend et assimile son rôle, il peut être aligné. Un jeune doit apprendre, comprendre et retenir. La qualité première d'un joueur, c'est son intelligence. Il doit évoluer avec sa tête. Le talent sans rigueur s'évapore. On en revient au critère de la transparence. Il faut savoir dire au jeune ce qui ne va pas et lui, doit être capable d'entendre, d'intégrer et de corriger ". Dans la galaxie Cartier, on rencontre souvent les mêmes têtes. L'ancien Messin aime transférer des garçons qu'il a déjà eus sous sa houlette pour éviter d'être surpris par leur comportement : " Je ne serais pas parti de Metz si je n'avais pas été licencié. C'est normal d'avoir envie de travailler avec des gens qui ont la même envie de progresser et qui se trouvent sur la même longueur d'onde. Si eux ont besoin de moi, moi aussi j'ai besoin d'eux pour évoluer. J'aime bouger dans la vie mais j'aime que les gens bougent avec moi. Cette fidélité permet de valider l'investissement que je mets au quotidien, dans ma tâche. Si au bout il y a une certaine forme de reconnaissance, tant mieux. Cela me donne une sensation d'avoir réalisé mon travail avec comme objectif premier d'avoir fait progresser le groupe. Quand je ne peux plus apprendre quelque chose à un groupe, alors oui, je me dis que c'est le moment de céder ma place. Un professeur est toujours mû par cette envie de faire évoluer ses élèves. Lui aussi, le jour où il voit que son message ne passe plus et qu'il n'apprend plus rien, il se sent inutile. C'est aussi pour cette raison que je prône la rigueur. Je ne supporte pas quand quelqu'un commet une mauvaise passe à l'entraînement car je recherche la perfection. Je n'aime pas la médiocrité et l'autosatisfaction. J'arrête le jeu. Cela ne doit pas passer inaperçu. Il faut que le joueur sente que je l'ai vue, sa mauvaise passe. Par contre, en match, je change d'attitude. Cela ne sert à rien de fustiger un mauvais contrôle ou une mauvaise passe car cela créerait une situation de stress. On en parlera le lendemain. Il faut donc toujours maintenir un niveau élevé d'ambition mais ne pas tomber dans l'insatisfaction perpétuelle. Le tout est comme je l'ai déjà dit une question d'équilibre ". Au FC Brussels, l'histoire repasse les plats. Voici 18 mois, lors du mercato 2005, les Coalisés s'étaient assurés les services d' Igor De Camargo, le buteur brésilien de Genk, relégué sur une voie de garage au racing. Acquis pour une croûte de pain, le Sud-Américain allait ensuite s'épanouir pleinement dans la capitale au point d'être transféré un an plus tard, contre force espèces sonnantes et trébuchantes au Standard. A présent, c'est un autre attaquant tombé en disgrâce au stade du Phénix qui a convergé vers Molenbeek : Nenad Stojanovic, auteur de 11 buts en 33 rencontres sous la casaque des Bleu et Blanc. Le puncheur serbe, âgé de 26 ans, est attendu comme le Messie dans un club qui, s'il occupe actuellement les premières loges du classement, n'en affiche pas moins un retard au plan de l'efficacité : 5 goals seulement, après 4 journées, pour 10 au leader, Anderlecht. " Même si Dieudonné Kalulika réussit au-delà des espérances depuis son arrivée, il convenait d'étoffer notre division offensive ", observe le président Johan Vermeersch. " J'escomptais deux renforts dans ce secteur mais je n'en ai obtenu qu'un seul. Hormis Stojanovic, il m'aurait plu de disposer des services d'un Sambegou Bangoura, d'un Aristide Bancé voire même d'un Jaja Coelho dont les noms ont été justement cités. Mais, pour des raisons diverses, aucun de ces dossiers n'a pu être finalisé. Le Guinéen n'a pas su racheter sa liberté à Stoke City, tandis que le Burkinabé a été contraint de jurer fidélité au Metallurh Donetsk, même s'il avoue se morfondre en Ukraine et confesse avoir hâte de revenir en Belgique. Il n'est pas interdit de penser que lors de la période de transferts de janvier, l'un de ces deux-là arrivera chez nous. Une chose est sûre : tous deux ont fait du FC Brussels leur priorité en cas de retour. Comme quoi, si le manager d'Anderlecht, Herman Van Holsbeeck, soutient que son club est in pour le moment, le même raisonnement est d'application pour le mien, qui suscite visiblement pas mal de sympathie aussi. Même Jaja Coelho, révélation à Westerlo la saison passée, était disposé à mettre le cap sur le FC Brussels. Dans son cas, toutefois, l'affaire a capoté pour des raisons financières. Les dirigeants de Getafe réclamaient 300.000 euros pour une location d'un an. Compte tenu des prétentions salariales du joueur, il nous en aurait coûté au bas mot un demi-million d'euros. Désolé, mais c'est au-dessus de nos possibilités. A ce tarif-là, je préfère poursuivre avec mes cacahouètes, à savoir la classe biberon de la Première qui, au vu des résultats, ne s'est pas trop mal débrouillée pour l'instant ". Avec une moyenne d'âge de 21 ans sur l'ensemble des 4 premiers matches, le Brussels est de loin l'équipe la plus jeune de la compétition. Après Steve Colpaert, Musaba Selemani et Fabrice Omonga, lancés résolument dans le grand bain la saison passée, d'autres promesses ont suivi en ce début de compétition : Michaël Jonckheere, Kristoffer Andersen et Sydney Kargbo. En attendant d'autres percées car des gaillards comme Cédric Dellevoet, Arnaud Sutchuin et Esteban Costagolda, qui ont tous reçu la chance de s'exprimer, vendredi passé, en match amical face à Willem II Tilburg, frappent résolument au portillon. " En 2008, je serai au bout de mon premier quinquennat au FC Brussels ", poursuit l'homme fort du club. " A ce moment-là, j'espère que la moitié de l'effectif sera constitué de joueurs issus de la capitale. Il y a, sur l'ensemble des 19 communes, pas moins de 8.000 footballeurs en herbe. A mes yeux, chacun doit pouvoir trouver chaussure à son pied dans l'un ou l'autre des clubs implantés sur le territoire de la ville ou de sa périphérie : Anderlecht et le FC Brussels au plus haut niveau, l'Union en D2, le White Star Woluwé en D3 et ainsi de suite. Mon but est d'en arriver à un système de vases communicants entre toutes ces entités, afin de ne pas devoir aller chercher ailleurs ce qui se trouve pour ainsi dire sous la main. Nous avons voulu montrer la voie à suivre en cédant dans un passé récent Michaël Clepkens au White Star Woluwé, Gert-Jan Martens à l'Union et Michaël Corbisier au RWDM. Preuve s'il en est que je n'ai pas une dent contre ce club. D'ailleurs, le club dirigé par Georges Heylens, et qui milite en P1 cette saison, va utiliser le terrain synthétique qui jouxte notre terrain principal. Je ne suis donc pas un empêcheur de tourner en rond comme le prétendent certains énergumènes. Personnellement, j'attends des autres qu'ils imitent mon exemple afin que chacun y trouve son compte. A terme, tout le monde pourra ainsi puiser dans un grand vivier bruxellois au lieu de se tourner vers une main-d'£uvre lointaine, souvent plus onéreuse aussi. Je constate non sans fierté, en tout cas, que la Région bruxelloise s'est montrée sensible au vaste projet que j'ai initié. Depuis cette année, elle a décidé d'allouer des subsides pour la formation des jeunes au prorata de la hiérarchie de chacun : Anderlecht a obtenu 1,25 million d'euros, le FC Brussels 1 million, l'Union 300.000 et le White Star Woluwé 100.000, pour ne mentionner qu'eux. Au total, c'est 3,5 millions d'euros par an qui sont débloqués sur une période de 4 ans, soit 14 millions au total. Si, à l'aide de cette somme, le Sporting entend moderniser son centre des jeunes de Neerpede, le FC Brussels lui, veut d'abord s'atteler à une infrastructure adéquate. Il y a toujours eu un problème quant à la qualité des terrains d'entraînement à Molenbeek et nous allons y remédier en construisant deux aires de jeu synthétiques supplémentaires à côté du stade Edmond Machtens. D'ici la fin de cette première période de 5 ans, je ne compte cependant pas en rester là et vise ni plus ni moins la création de 20 surfaces réparties sur tout le territoire bruxellois ". Bâtisseur, l'entrepreneur de Ternat le sera aussi, en 2007, d'une tribune flambant neuve située du côté de la rue Charles Malis, et qui abritera quelque 2.500 places assises. Multi fonctionnelle, elle comprendra entre autres une salle de fitness, un espace réservé aux séminaires et sera pourvue de deux garages souterrains. De quoi porter la capacité du stade à une quinzaine de milliers de spectateurs. " Certains de mes collègues achètent une équipe, moi je préfère la bâtir brique par brique comme j'édifie une tribune ou une maison ", renchérit le président des Coalisés. " C'est la seule manière de s'inscrire dans la durée. Depuis ma prise de pouvoir, je n'ai jamais acquis que le strict nécessaire, lisez des joueurs que je n'avais pas sous la main. Dans la mesure où nous n'avions pas de régisseur, j'ai pris Zola Matumona, le maître à jouer des Simbas congolais. Idem pour Ebou Sillah, car nous manquions de gauchers. Mais ces solutions sont temporaires, car dictées par les événements. Un jour viendra où nous trouverons chez nous tous ceux qui sont nécessaires pour constituer une formation compétitive au plus haut niveau. Et je me fais fort de jouer l'Europe avec tous ceux-là. Cette saison, je vise la 7e place en tablant sur 52 points. L'année suivante, je désire intégrer le top-5. Après, tout dépendra des relations avec les autres clubs bruxellois et des politiques. Mais si on poursuit sur la bonne route, Bruxelles sera une référence en matière de football. Et du sport en général, car ce qui est possible au niveau du foot est envisageable également à l'échelon du basket, du volley ou du hockey par exemple. Mais il faut que chacun adhère au projet et persévère. Rome ne s'est pas bâtie en un jour, Bruxelles non plus ". BRUNO GOVERS ET STÉPHANE VANDE VELDE