Pelé, Garrincha, Rivellino, Gilmar, Ronaldo, Rivaldo, Romario... Ces noms figurent parmi les plus mythiques de l'histoire du football. Ils sont connus et appréciés dans le monde entier. Tous ont gagné au moins une fois la Coupe du monde, le trophée le plus convoité de la planète foot. Après l'avoir remporté à cinq reprises, le Brésil s'est dit qu'il produirait toujours les meilleurs joueurs du monde, que l'arrivée du nouveau Pelé n'était qu'une question de temps, qu'il se trouverait toujours un joueur capable de perforer des défenses d'acier, d'inscrire des buts formidables et d'emmener la Seleção dans son sillage.
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Pelé, Garrincha, Rivellino, Gilmar, Ronaldo, Rivaldo, Romario... Ces noms figurent parmi les plus mythiques de l'histoire du football. Ils sont connus et appréciés dans le monde entier. Tous ont gagné au moins une fois la Coupe du monde, le trophée le plus convoité de la planète foot. Après l'avoir remporté à cinq reprises, le Brésil s'est dit qu'il produirait toujours les meilleurs joueurs du monde, que l'arrivée du nouveau Pelé n'était qu'une question de temps, qu'il se trouverait toujours un joueur capable de perforer des défenses d'acier, d'inscrire des buts formidables et d'emmener la Seleção dans son sillage. En 2002, après le cinquième titre mondial, rien n'était trop beau. Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho avaient tous déjà été élus Footballeur de l'Année. Roberto Carlos pas mais c'était une véritable star. Sans parler de joueurs comme Cafu, Lucio et Juninho. Quatre ans plus tard, malgré la présence de nouvelles vedettes comme Kaká et Adriano, le Brésil échouait. Depuis, la source des talents semble asséchée. Le Brésil entame cette semaine la Coupe du monde avec une équipe certes très compétitives mais peu brillante, tant s'en faut. Notre seule star, c'est Neymar. Nous pensons qu'il sera un jour le meilleur joueur du monde mais pour le moment, il n'atteint pas le niveau de Lionel Messi ou de Cristiano Ronaldo. Il a tout gagné au Brésil avec le FC Santos mais il est encore jeune et il a encore beaucoup à apprendre en Europe. Laissons-le encore s'épanouir pendant deux ou trois ans à Barcelone et on le verra sous son meilleur jour. Je préviens tous nos adversaires : Neymar est une arme mortelle. Il l'a démontré l'an dernier au cours de la Coupe des Confédérations, marquant un but lors de presque tous les matches et étant élu Meilleur Joueur du tournoi. Il peut faire la même chose au Mondial. Mais pour le reste, le Brésil mise plutôt sur le labeur que sur le jogo bonito (le beau football). La force de l'équipe, c'est sa défense. Thiago Silva et David Luiz sont les deux meilleurs défenseurs du monde. Ce constat dérange beaucoup de Brésiliens. Ici, les stars sont appelées craques et tous les connaisseurs savent que désormais, elles sont rares. On avance régulièrement deux explications à cela : le passage à un style de jeu européen et le fait que de nombreux jeunes partent pour l'Europe trop tôt. Bref, c'est votre faute. En fait, il n'y a qu'une raison : dans le football moderne, la victoire compte plus que jamais. Le jogo bonito est mort et enterré. Et pas seulement en équipe nationale ! De plus en plus d'entraîneurs et de clubs brésiliens optent pour la prudence. Désormais, les attaquants aussi doivent défendre. Avant, on se moquait de ceux qui affirmaient cela. Oscar, le médian de Chelsea, est le meilleur passeur de l'équipe brésilienne. Mais à la Coupe du monde, il devra avant tout prêter main forte à la défense. Il sera pourtant notre médian le plus offensif car les autres médians seront surtout défensifs. Carlos Alberto Parreira, le coordinateur sportif de l'équipe nationale, a offert en 1994 au pays le titre que nous attendions depuis 24 ans et pourtant, les gens ne l'aiment pas. Il avait construit son équipe autour de Romário. Il est un peu exagéré de dire que les dix autres devaient défendre mais on n'est pas loin de la vérité. Le joueur le plus important de son système était Dunga, le capitaine, qui faisait le ménage devant la défense. En Afrique du Sud, Dunga était le sélectionneur de l'équipe qui fut éliminée en quarts de finale par les Pays-Bas. Il ne misait que sur l'organisation défensive et sur le contre. Lorsqu'il fut limogé, les gens ont fait la fête. Le style de jeu plus réaliste a affecté la relation entre la Seleção et les supporters. Ceux-ci ne s'identifient plus non plus aux joueurs qui partent tellement tôt qu'ils ne sont pas connus du grand public lorsqu'ils arrivent en équipe nationale. Hulk, Daniel Alves, David Luiz et Luiz Gustavo sont plus célèbres en Europe qu'au Brésil. Mais que nous le voulions ou non, c'est sur leurs épaules que reposent les espoirs du football brésilien.PAR FRANÇOIS COLIN" Le jogo bonito est mort et enterré "