Nous voilà en avril et je dois encore vous parler des stades du Mondial. C'est un vieux refrain, qui reste malheureusement d'actualité. Commençons par Itaquerão. Ce stade, situé à l'est de São Paulo, va devenir le nouveau port d'attache des Corinthians, le deuxième club du pays en termes de popularité. Il sera livré à la FIFA le 15 avril. Jusque-là, c'est une bonne nouvelle.
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Nous voilà en avril et je dois encore vous parler des stades du Mondial. C'est un vieux refrain, qui reste malheureusement d'actualité. Commençons par Itaquerão. Ce stade, situé à l'est de São Paulo, va devenir le nouveau port d'attache des Corinthians, le deuxième club du pays en termes de popularité. Il sera livré à la FIFA le 15 avril. Jusque-là, c'est une bonne nouvelle. Le 12 juin, Itaquerão servira de décor au match d'ouverture de la Coupe du Monde entre le Brésil et la Croatie. 14 jours plus tard, la Belgique y disputera son troisième match de poule contre la Corée du Sud. À São Paulo, partisans et adversaires de la Coupe du Monde sont d'accord : cette nouvelle arène est une perle architecturale. Aussi belle soit-elle, elle n'est pas encore prête. Les sièges, le terrain, les vestiaires sont en ordre mais l'habillage fait défaut. C'est justement le principal souci de la FIFA. Vous vous demandez sans doute ce que représente cet habillage. Il s'agit, en fait, des constructions provisoires dont un stade a besoin pour une Coupe du Monde ou des Jeux olympiques : machines X-Ray, barrières Nadar, air conditionné, guichets de vente des billets, câbles, tentes, stands et, ce qui tient le plus à coeur des journalistes, un centre de presse. Ces choses évidentes coûtent des millions d'euros et... nul ne semble prêt à assumer leur coût. La FIFA essaie de faire passer à la caisse les Etats qui accueilleront le Mondial mais ils ont décliné l'offre. À leur tour, les villes ont fait savoir qu'elles n'avaient pas l'intention de dépenser un euro de plus. Du coup, les clubs sont mis sous pression. Les Corinthians ont annoncé être prêts à contribuer à ces frais supplémentaires à concurrence de 22 millions d'euros mais pas dans l'immédiat. Reste à voir comment avancer dans ces conditions. La situation de Porto Alegre est encore plus catastrophique. Porto Alegre est la capitale de l'Etat de Rio Grande do Sul, dans le sud du pays, une région froide. Les Diables Rouges y joueront leur huitième de finale s'ils terminent deuxièmes de leur groupe, pour un duel avec le premier de la poule comprenant l'Allemagne et le Portugal. L'Internacional, le club qui a battu Barcelone en 2006, en finale de la Coupe du Monde des Clubs, est propriétaire du stade Beira-Rio de Porto Alegre et a d'emblée signifié qu'il n'investirait pas un real dans l'habillement de son stade pour le Mondial. Le bourgmestre José Fortunatti s'est empressé de dire la même chose. Sa ville ne serait en mesure de mettre le stade en conformité qu'en levant de nouveaux impôts. Or, dans le contexte actuel, c'est impensable. Fortunatti a été plus loin : le lundi 24 mars, durant une conférence de presse, il a déclaré que les matches de Coupe du Monde qui se dérouleront dans sa ville sont tout sauf assurés. Selon lui, il y a de réelles chances que le Mondial se passe de Porto Alegre. Brasilia, la capitale, a immédiatement réagi : elle a un plan B et l'Estadio Nacional est disponible s'il faut accueillir des matches supplémentaires. En fait, toutes les parties impliquées jouent au poker menteur mais c'est révélateur dans un pays qui croule sous les problèmes au moment d'accueillir l'événement le plus important de son histoire de 514 ans. Porto Alegre ne semble pas être un cas unique. Selon un rapport publié dans Folha de São Paulo, Manaus, Cuiaba, Curitiba et Natal, quatre autres des douze villes-hôtes, n'avaient pas encore signé d'accord pour le financement de ces aménagements provisoires, fin mars. À moins de 80 jours du coup d'envoi du Mondial, la situation est tendue. Pour le moment, tout le monde se dit qu'on est au Brésil et que tout rentrera dans l'ordre en dernière minute. En résumé, vous êtes vraiment les bienvenus au Brésil en juin mais soyez prévenus : il se peut que la peinture soit encore fraîche. PAR FRANÇOIS COLINMéfiez-vous : la peinture risque encore d'être fraîche !