Les larmes ont coulé chez les Roussel, en début de semaine dernière. Une fois de plus! Josette, la mère de Cédric, fut la première à apprendre la sélection de son fils pour Algérie-Belgique. "L'Union Belge m'a demandé à quel numéro il était possible de joindre Cédric", explique-t-elle. "J'ai voulu savoir: -Dites-moi seulement s'il est repris. Ce monsieur m'a confié qu'il était effectivement sélectionné".
...

Les larmes ont coulé chez les Roussel, en début de semaine dernière. Une fois de plus! Josette, la mère de Cédric, fut la première à apprendre la sélection de son fils pour Algérie-Belgique. "L'Union Belge m'a demandé à quel numéro il était possible de joindre Cédric", explique-t-elle. "J'ai voulu savoir: -Dites-moi seulement s'il est repris. Ce monsieur m'a confié qu'il était effectivement sélectionné". Huguet, le père de Cédric, a alors laissé tomber ses pots de peinture et ses pinceaux. "J'étais scié", lance-t-il. "Je n'aurais plus rien su faire. Nous avons pleuré tous les deux à chaudes larmes". Le héros de la maisonnée, lui, n'était pas surpris. "J'aurais surtout été étonné si Aimé Anthuenisne m'avait pas intégré dans son groupe, j'aurais considéré cela comme une grave injustice", avoue-t-il. "D'ailleurs, la bonne nouvelle ne m'a même pas excité. J'avais un très bon pressentiment. Si on ne me sélectionne pas avec la forme que je tiens depuis quelques mois, je ne jouerai jamais avec les Diables Rouges. Je ne suis plus très loin du niveau que j'avais lors de ma première saison à Coventry. Mais je ne sais pas si, en championnat de Belgique, je pourrai un jour être aussi bon qu'en Angleterre. Là-bas, tout est tellement différent: le jeu va plus vite, on affronte de grands joueurs, les stades sont combles. La motivation s'en ressent inévitablement". Pour cette famille, la revanche après les années noires est superbe. A Bray, petit village ouvrier coincé à mi-distance entre La Louvière et Mons, la souffrance, on connaît. Huguet a déjà eu une existence pas très drôle. "J'adorais le sport. J'ai fait un peu de boxe. Je rêvais de devenir cycliste professionnel. Mais je n'ai jamais eu de vélo, par manque de moyens. J'habitais avec ma mère parce que mon père n'est jamais revenu de la guerre. Il avait été prisonnier en Allemagne, et là, il a connu une Polonaise et n'est plus rentré à la maison. Il est venu me rechercher quand j'avais 14 ans. Il voulait que j'aille avec lui travailler dans des fermes. Je ne le connaissais pas et j'adorais trop ma mère, alors il est reparti seul".Huguet et Josette Roussel ont eu trois enfants. Leur fille unique est décédée dans des conditions atroces, en 1981. "Elle était en parfaite santé à la naissance", se souvient Josette. "Mais, à l'âge de quatre mois, elle a été infectée par un virus très grave. Il n'a jamais été possible de la soigner. Elle n'a jamais parlé, jamais marché, jamais su manger seule. Pour elle, nous avons déménagé. Elle a été hospitalisée pendant une très longue période à Bordet et mon mari a quitté les charbonnages pour que nous nous installions à Bruxelles. Cédric avait trois ans quand elle est décédée. Il n'en a aucun souvenir. Moi, je le vois encore grimper sur elle, inerte, dans le divan. Il ne comprenait pas pourquoi sa grande soeur ne bougeait pas"."Je n'ai plus revu mon fils depuis 9 mois. Sa mère va me le payer"Huguet Roussel a très vite prévenu ses deux fils, Cédric et Geoffrey. Ils feraient du sport parce que leur père ne voulait pas qu'ils deviennent des voyous. Mais il ne voyait pas tellement leur avenir dans le football. "Ils jouaient à Bray et Cédric a battu à lui seul La Louvière: 0-2 et 2-0. Il a marqué les quatre buts. Quelques jours plus tard, un gamin est venu me trouver dans mon jardin. Il m'a demandé de prendre contact avec La Louvière. Je n'ai donné aucune suite. J'estimais que Cédric avait plus d'avenir en course à pied qu'en football. Les gens de La Louvière m'ont contacté. Je leur ai répondu que je n'avais pas le temps de conduire mes fils à l'entraînement là-bas. Le club m'a alors offert une voiture". Trois ans plus tard, c'est le Standard qui vient aux nouvelles. "J'avais été champion en Cadets avec La Louvière et j'étais capitaine", se souvient Cédric. "Le Standard m'a alors proposé de participer à un tournoi en France avec l'Inter, Kaiserslautern, Lille, le PSV, l'Ajax et l'Espanyol Barcelone. Nous avons gagné la finale et raflé tous les prix: meilleur gardien ( Gillet), meilleur défenseur, meilleur médian, meilleur attaquant, meilleur buteur (moi!) et... joueur le plus malchanceux (un gars de notre équipe qui s'était cassé le bras). Avec mon frère, je suis parti pour deux ans au Standard. Ma mère a dû apprendre à conduire, à 44 ans, parce que nous n'avions pas toujours les mêmes horaires d'entraînement. Nous devions étudier dans la voiture. Au Standard, j'ai côtoyé une génération terrible: Fassotte, Thijs, Wavreille, Rouffignon, Remacle. Et c'est à ce moment-là que j'ai découvert Roger Henrotay, qui est aujourd'hui mon manager. Son fils est devenu mon meilleur ami". Une clause du contrat de location au Standard prévoit que les frères Roussel devront retourner à la Louvière si ce club monte en D2. C'est le cas après deux ans à Sclessin. Ils passent quatre nouvelles saisons au Tivoli, puis l'aventure de la D1 s'offre à eux: ils sont transférés à Gand. De son séjour en Flandre, Cédric garde un souvenir mitigé. " Johan Boskamp a transféré plusieurs jeunes mais est parti quelques mois plus tard. J'ai fait une bonne première saison, puis Trond Sollied, qui était devenu mon coach, a fait le forcing pour transférer Aarst. Pour moi, c'était le début de la fin. Je ne comptais plus et je suis parti à Coventry le coeur léger". Pour la première fois, les trajectoires des frangins se séparent. Geoffrey quitte Gand sans savoir que c'est la fin de son parcours de joueur professionnel (voir encadré) et Cédric se retrouve seul à l'étranger. Quand ils voient aujourd'hui la réussite des frères Mpenza, les parents Roussel en pincent. "éa doit être tellement extraordinaire pour un père et une mère de voir leurs deux enfants au plus haut niveau", reconnaît Huguet. "J'ai déjà pleuré en voyant les Mpenza à la télévision". Le début de l'expérience anglaise de Cédric coïncide avec ses premiers coups de blues. "Au début, c'était terrible", se souvient Huguet. "Il m'a demandé plusieurs fois d'aller le rejoindre. Il ne connaissait personne et se sentait seul". Il y eut la première saison à Coventry, très réussie sur le plan sportif, puis l'enfer de Wolverhampton. Quand il fut transféré dans ce club de D2, Cédric vivait de gros problèmes privés. Il ne s'en est pas encore remis."Depuis le mois de mai de l'année dernière, je n'ai plus revu mon petit garçon, qui vient d'avoir deux ans", dit-il. "Sa mère fait tout pour m'empêcher de le voir. Entre elle et moi, ça se passe très, très mal. Nous nous battons devant les tribunaux. Elle exige la moitié de ma fortune mais m'interdit d'avoir des contacts avec mon fils. Je suis pénalisé parce que j'habite en Belgique. Si j'étais toujours en Angleterre, ce serait plus facile car le père qui paye une pension alimentaire a automatiquement un droit de garde. Mon avocat me dit que j'ai peu de chances d'avoir raison en justice, vu que je me suis expatrié. Mais je me battrai jusqu'au bout. Elle me le payera un jour, c'est certain. éa lui reviendra comme un boomerang, en pleine figure! Elle va en baver. Il viendra un jour où le bien triomphera sur le mal! Je ne sais pas comment le petit Cameron vit la situation. Il était fou de son papa. Nous étions très complices. Quand je partais à l'entraînement, il pleurait pour me suivre. A la maison, il venait beaucoup plus vers moi que vers sa mère. Depuis neuf mois, je remue ciel et terre pour pouvoir le revoir. Début novembre, j'ai envoyé des messages à sa mère pour qu'elle sache que je serais en Angleterre pendant les vacances de Noël et que je voulais voir mon fils. Elle s'est arrangée pour partir dans un autre pays à cette période-là!" Pour les parents de Cédric Roussel, dont Cameron est l'unique petit enfant, la situation est dure à vivre aussi. Ils ne l'ont plus vu depuis Pâques 2002 et doivent se contenter des photos qui trônent à plusieurs endroits de la maison.Entre-temps, Cédric a refait sa vie avec Gemma, une fille de Coventry qu'il a rencontrée lors d'une sortie en boîte de nuit en compagnie de Laurent Delorge. Le couple vient d'acheter une maison à Bray. Cédric avait deux demeures en Angleterre mais a vendu celle où il vécut autrefois avec la mère de son fils. "J'avais trop de mauvais souvenirs entre ces murs, je ne pouvais pas la conserver", avoue-t-il. "En pleine dépression, je dormais des journées entières pour que le temps passe plus vite"Au moment de son transfert à Wolverhampton, le couple de Cédric Roussel battait de l'aile. Et lui-même était légèrement blessé. "J'ai débarqué là-bas dans de très mauvaises conditions. Ce n'était plus le vrai Cédric Roussel. J'étais renfermé, je ne parlais plus à personne. Je l'ai expliqué à mon coach, Dave Jones. Je pensais qu'il me comprenait parce qu'il avait aussi connu son lot de malheurs. Il avait été accusé de pédophilie. La justice l'avait finalement acquitté, mais il en était resté quelque chose et Wolverhampton était le premier club qui lui faisait confiance après ses problèmes. Il m'a dit: -En fin de saison, tu règles tes problèmes et tu retournes te reposer en Belgique. Je veux te voir en pleine forme à la reprise. Je suis revenu ici et j'ai fait de la dépression. éa ne marchait plus dans le foot et j'étais malheureux comme la pierre de ne plus voir mon fils. Je n'avais plus envie de rien. Le foot était devenu le dernier de mes soucis. Je passais mes journées à essayer de dormir dans le divan. Tout le monde me disait qu'une dépression ne durait pas éternellement et je me raccrochais à ce discours. Je me disais que, plus je dormais, plus le temps passerait vite. Des copains venaient régulièrement me chercher. Ils m'ont parfois emmené de force en boîte. Je les suivais, mais je n'étais avec eux que physiquement. En même temps, je suivais un traitement médical. J'ai gardé des souvenirs horribles de cette période. Je me sentais déjà un peu mieux quand je suis retourné à Wolverhampton pour la reprise des entraînements. J'ai marqué des buts dans les matches amicaux, puis lors des premières rencontres de championnat. J'avais même retrouvé le sourire à l'entraînement. Je pensais être définitivement sorti du trou. Mais le club a alors dépensé une grosse somme pour un nouvel attaquant, qui a marqué dès son premier match. C'était terminé pour moi et ce fut l'entrée en enfer". Humilié par Dave Jones, Roussel prit huit kilos. "C'est impossible de se motiver quand on sait qu'on ne jouera pas. Un footballeur a besoin d'un coach qui ne lui fiche jamais la paix. A Gand, quand on ne courait pas assez, Boskamp nous bottait les fesses dès que nous rentrions au vestiaire".Le coup de fil lors duquel Cédric Roussel a annoncé à son père qu'il abandonnait le football, s'explique par tous ces soucis privés et professionnels. C'était en mai de l'année dernière. "J'entends encore le téléphone sonner", dit Huguet. "Nous avions l'habitude d'entendre Cédric. Depuis qu'il était en Angleterre, il nous appelait au moins deux fois tous les jours! Cette fois-là, il m'a dit: -Papa, j'en ai marre, je plaque tout. Je lui ai répondu: -Mais tu n'es pas fou? Après tout ce que j'ai fait pour ta carrière? Avec ma femme, nous avons fait nos valises, et nous étions en Angleterre le soir même. Cédric était dans un drôle d'état. J'ai fait un infarctus à cette période-là: ses problèmes dans le foot et le fait qu'on l'empêchait de voir son petit garçon, c'était trop pour moi". Pierre Danvoye"La mère de mon fils m'empêche de le revoir mais réclame la moitié de ma fortune""Je pensais que le coach de Wolverhampton comprenait mes problèmes privés: il avait été jugé pour pédophilie"