Avec deux formations de chaque côté de la frontière linguistique - plus bien entendu Anderlecht - la Belgique a été représentée de manière parfaitement égale dans les compétitions européennes cet été. Parmi les habitués brugeois, gantois, liégeois et donc bruxellois, on retrouvait également Charleroi, absent de la Coupe d'Europe depuis 20 ans et dont le parcours a séduit les Flamands.
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Avec deux formations de chaque côté de la frontière linguistique - plus bien entendu Anderlecht - la Belgique a été représentée de manière parfaitement égale dans les compétitions européennes cet été. Parmi les habitués brugeois, gantois, liégeois et donc bruxellois, on retrouvait également Charleroi, absent de la Coupe d'Europe depuis 20 ans et dont le parcours a séduit les Flamands. Plus généralement, c'est même tout le blason des Carolos qui a été redoré ces dernières années au point d'attirer l'oeil et l'intérêt au nord du pays. Etat des lieux de la vision flamande du Sporting en abordant différents thèmes zébrés avec HermanWijnants, président de Westerlo ; VincentMannaert, manager général du Club Bruges ; MichelLouwagie, directeur de Gand ; DenisOdoi, défenseur de Lokeren ainsi que Peter Vandenbempt, journaliste à Radio 1. Le milieu de la décennie 2000 fut un passage plutôt difficile pour des Carolos dont les résultats et les affaires extérieures au sport ont fait pâlir l'image du matricule 22. " Jusqu'à la saison passée, cela faisait 3-4 ans que j'avais même un dégoût d'aller au Mambourg, avoue Peter Vandenbempt. Ça ne vivait plus, il n'y avait plus de monde, ça jouait mal... L'image de Charleroi en Flandre était très très mauvaise : c'était un club d'emmerdeurs. Mais pas les emmerdeurs sympathiques qu'ils avaient été auparavant sur le terrain, des emmerdeurs tout court. " Pour Denis Odoi, les matchs au Mambourg n'étaient pas non plus ceux qu'il attendait avec impatience. " C'est un grand mot de dire que j'étais dérangé d'y aller, mais on va dire que c'était un déplacement que tu ne voulais pas vraiment faire : c'est loin et tu jouais dans un grand stade vide... Ce n'était pas un match très plaisant. " Depuis lors, le sulfureux homme d'affaires iranien AbbasBayat a quitté la présidence du Sporting, cédant sa place à FabienDebecq et la gestion quotidienne à son neveu Mehdi. Ce départ - attendu par beaucoup de supporters - a probablement été un des premiers déclics dans le changement d'image du Sporting aux yeux des Flamands. " On s'est bien amusé avec Abbas Bayat, mais à la fin c'était vraiment une caricature ", confirme Peter Vandenbempt. " Je respecte aussi monsieur Bayat, mais les deux années qui ont suivi son départ ont été très bonnes, c'est un excellent travail qui a été effectué ", poursuit Herman Wijnants. Devenu administrateur délégué du club fin août 2012, Mehdi Bayat est parvenu à relancer Charleroi sportivement tout en liant de bonnes relations avec ses homologues néerlandophones. " Mehdi gère vraiment très bien son club ", estime ainsi Michel Louwagie. " Le Sporting a désormais une tout autre approche, les dirigeants sont humains et sont aimés par le peuple : Mehdi, par exemple, est aimable, il rit beaucoup, semble proche de ses supporters... " Le son de cloche est le même auprès de Peter Vandenbempt, pour qui " Mehdi Bayat est un personnage qui se vend bien, ce n'est pas quelqu'un qui crie les choses. Il a une vision, on sent qu'il sait dans quelle direction le club se dirige. " Le départ d'Abbas, la remontée et la stabilisation en D1, le charisme de Mazzu, la gestion de Mehdi... Nombreux sont les éléments qui ont renvoyé une meilleure image des Zèbres un peu plus au nord du pays. " La représentation que nous avons de Charleroi a changé à 100 % ", glisse Peter Vandenbempt. " En fait, tout le monde voit que c'est un club qui a un équilibre qui va rester pendant des années ", relance Herman Wijnants. Pour Denis Odoi, c'est surtout sur le terrain que le Sporting a forcé le respect. " Leur image a changé surtout depuis l'année passée suite à leurs bonnes performances en championnat avec des joueurs de bonne qualité. Là ils ont montré que ce n'était plus le Charleroi d'il y a quatre ans. " Et la bonne tenue du Sporting a également une influence sur la réputation de la ville, qui n'a pas toujours été au- dessus de l'échelle touristique des Flamands. " Le football est très important dans le city marketing, considère Vincent Mannaert. Si le bourgmestre de Bruges va à l'étranger, il va certainement parler de la ville, mais dans la même phrase il va citer le Club Bruges. Les prestations et l'image du Sporting peuvent donc vraiment faire vivre la réputation de Charleroi. Je sais bien qu'il y a d'autres initiatives qui existent, mais le football possède cette force de réunir les gens, de les rendre fiers et de donner une bonne image de leur ville. " De retour sur la scène européenne plus de 20 ans après leur dernière participation, Les Zèbres ont largement captivé les observateurs flamands en réussissant de bien belle façon leur entrée en matière. " Eliminer un club comme le Beitar Jérusalem de cette manière-là, c'est très fort ", s'extasie Vincent Mannaert, qui ne se cache pas d'avoir vibré devant les exploits carolos. " C'est normal que l'on regarde les matchs des équipes belges. Et c'est même supporter que l'on fait, c'est très important pour le coefficient européen de la Belgique. " Début juillet, Michel Louwagie était également devant son petit écran pour voir NeeskensKebano et consorts enquiller neuf buts en deux matchs aux Israéliens. " J'ai suivi cette campagne en tant que dirigeant de club, mais aussi comme supporter parce que les gens de Charleroi sont des amis, je connais les frères Bayat depuis longtemps et je trouve qu'il y a une stabilité dans ce club. " " La saison passée, je connais beaucoup de gens en Flandre qui disaient : "On espère que Charleroi va aller en PO1". " Non content d'avoir perdu sa réputation de club d'emmerdeurs, le Sporting Charleroi a complètement réussi à charmer les gens du Nord. " En Flandre, on se dit que c'est bien que ce ne soit pas toujours les mêmes équipes qui se qualifient en PO1 ", renseigne Michel Louwagie. " C'est intéressant pour tous les suiveurs du football. C'est également important pour l'équilibre linguistique du pays. " Bien évidemment, le regain d'intérêt pour le Sporting Charleroi ne va pas jusqu'à déplacer les foules au Mambourg. " En Campine, beaucoup de gens ont un abonnement au Standard, expose Herman Wijnants. C'est par contre un peu difficile pour des supporters d'aller jusqu'à Charleroi, à 120 km de là. Même s'il arrive que certains suivent un joueur du coin qui a signé dans un autre club de D1. "Après avoir réussi de belles choses en D2 avec le White Star, FeliceMazzu a rejoint le Sporting carolo en 2013. Dixième en 2014, il a grimpé de cinq places la saison suivante et est parvenu à mettre tout le monde d'accord sur sa personne. " Charleroi possède des joueurs qui peuvent de temps en temps s'investir à plus de 100 %, ce qui est aussi une réussite de l'entraîneur qui peut mettre le feu dans le vestiaire pour motiver ses joueurs ", annonce Vincent Mannaert. " En Flandre, Felice Mazzu est apprécié tant pour ses qualités d'entraîneur qu'en tant qu'être humain ", lance de son côté Peter Vandenbempt. Certains se montrent même quelque peu admiratifs par rapport au boulot de l'ancien professeur d'éducation physique. " Constituer une bonne équipe à Charleroi était une tâche très difficile pour lui ", pense Odoi. " Personne n'avait beaucoup d'espoir, mais il a créé un bon ensemble avec un bon jeu, le mérite lui revient donc en bonne partie. " " On voit qu'il y a désormais une vraie stabilité ", analyse Herman Wijnants. " Le club a dû faire face aux départs de quelques joueurs, mais ils ont été remplacés sans précipitation par des joueurs de qualité. " Les avis positifs concernant le fonctionnement du club affluent de plus en plus de l'autre côté du pays, et même jusqu'aux oreilles de Denis Odoi qui affirme avoir entendu dire que " le cadre sportif et les infrastructures devenaient de plus en plus professionnels, tout comme leurs ambitions : ils veulent devenir un club comme Gand ou Genk. " Quant à Vincent Mannaert, s'il estime ne pas connaître exactement le fonctionnement interne du club, il assure que ce qu'il voit maintenant, " c'est une dynamique sportive et extra-sportive, des initiatives commerciales, des résultats sur le terrain... on ne peut que dire que c'est du bon boulot ".Encore à moitié vide il n'y a pas si longtemps, le Mambourg revit depuis quelques mois... " Au point que les supporters sont désormais 8-9000 à se déplacer alors qu'il y a quelque temps, il y avait seulement 2000 ou 3000 personnes ", analyse Herman Wijnants. Peter Vandenbempt : " Personnellement, j'aimais beaucoup aller à Charleroi à l'époque de DanteBrogno joueur puis de JackyMathijssen : c'était l'ambiance, ça vivait, ils jouaient toujours très bien contre les grosses équipes... On retrouve progressivement cette atmosphère ! " Vincent Mannaert semble quant à lui attendre avec impatience la visite brugeoise au club hennuyer. " L'ambiance est chaude et c'est toujours agréable de voir ce club et ses supporters se développer à un bon niveau. " De son côté, Denis Odoi craint toujours ses déplacements au Mambourg, " mais maintenant c'est parce que Charleroi est une très bonne équipe qui est difficile à battre chez elle dans une ambiance qui redevient forte. " Au nord du pays, Peter Vandenbempt n'est pas le seul à comparer l'évolution du Sporting Charleroi à celle des clubs flamands qui ont réussi de bons résultats ces derniers temps. " Pour avoir travaillé à Zulte, je connais très bien les difficultés à convaincre les gens d'une région de venir supporter le club, c'est donc très satisfaisant de voir quand il y a des résultats comme ce fut le cas à Zulte et désormais ici ", ajoute Vincent Mannaert. " Et puis, comme à Zulte, il y a un coach bosseur qui a commencé dans le football provincial et qui s'est manifesté de plus en plus dans les hautes divisions. " Michel Louwagie, quant à lui, se met même à oser une comparaison encore plus prestigieuse. " Charleroi est une ville un peu comme Gand, avec plus de 200 000 habitants, donc on peut comparer les deux, parce qu'ils viennent également d'une situation financière un peu difficile. Le Sporting peut suivre notre chemin. "Qualifié la saison dernière pour des PO1 où ils ont été loin d'être ridicules, les Carolos ont goûté au bonus de la Coupe d'Europe. Avant de se lancer dans la saison de la confirmation ? " Je pense qu'ils sont sur le bon chemin et c'est bien pour le foot ", pose, enthousiaste, Michel Louwagie. Peter Vandenbempt voit même encore plus haut : " Charleroi peut devenir une équipe importante du championnat. Le Sporting ajoute quelque chose à la Jupiler Pro League parce que ça joue bien. En outre, il n'y a pas de concurrence dans la région, tout ce qui est autour a disparu. Le club peut donc encore progresser plus facilement. " De l'ambition oui, mais pas d'illusion. " Je pense qu'il leur faut d'abord quelques années de stabilité parce qu'une bonne saison ne veut rien dire ", soutient Denis Odoi. " Il va notamment falloir conserver ou pallier le départ des bons joueurs. C'est donc un peu tôt pour voir fort haut. " PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS BELGAIMAGE